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 la petite histoire de Linda

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Lady Edelweiss
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Mer 21 Jan - 8:13

La main frêle de la petite blonde se posa sur la grille du manoir Mason. Comme tous les soirs, rentrer chez elle rien que quelques heures faisait horreur à Linda. Depuis ce jour et cette nuit fantastique dans les bras d’Arthur, la jeune demoiselle vivait un véritable rêve, du moins lorsqu’elle n’était pas prisonnière de l’enceinte de sa propre maison.
Le garçon était un amour, prévenant, doux, drôle et un amant fantastique. Tara exigeait d’ailleurs de son amie des rapports détaillés et ne manquait pas de la conseiller sur les façons de subjuguer un homme au lit. Très loin de toutes ces considérations avant de rencontrer Arthur Black, Linda avait bien du se rendre compte que les conseils de sa partenaire mutante portaient leurs fruits.
Avant de pousser la lourde grille du manoir, miss Mason se recoiffa du bout des doigts. Elle était passée quelques instants dans le gymnase du collège après les cours. Arthur trouvait les énormes tapis de mousse très confortable pour faire l’amour.

John était là ce soir. De plus en plus fréquemment, il ne rentrait pas de la nuit, pour le plus grand bonheur de sa fille unique qui pouvait voir Tara sans se soucier d’une visite importune dans sa chambre délaissée.
Le père et la fille dînèrent religieusement dans le grand salon du rez-de-chaussée. L’éditeur n’avait pas l’air de meilleure humeur que d’habitude. Depuis combien de temps n’avait-il pas montré un peu de tendresse à Linda ? Etrangement, ce soir, la belle adolescente éprouva une profonde pitié pour cet homme qu’elle ne connaissait finalement pas. Se réfugier dans le travail était fatalement la seule défense de John. La maison d’édition profitait des efforts quotidiens de son dirigeant, et Linda savait que sans tout ce travail accompli, jamais le manoir ne se serait vu équiper du laboratoire sous terrain.
Le plus souvent affairé à lire ou à boire de nombreux verres de scotch, John Mason semblait se résoudre à une certaine solitude quand il rentrait au manoir. Pourquoi rentrait-il d’ailleurs ? Il ne semblait pas plus heureux que Linda d’être chez lui. Pendant un instant, la petite blonde se demanda si son père se réjouissait comme elle de sa vie à l’extérieur. Avait-il des maîtresses, des amis en dehors des murs épais de leur bâtisse ?
L’homme se rendit compte qu’il était observé d’une inhabituelle manière.
- Qu’est-ce qu’il y a ? Tu n’as pas faim, demanda-t-il sans se douter des profondes réflexions de sa fille
Fut-ce à cause du bonheur qu’elle connaissait dans les bras d’Arthur que Linda se risqua à ouvrir son cœur à celui qui lui avait donné vie ? Malgré ses seize ans, elle décida de faire le premier pas vers son géniteur.
- Je me disais que vous aviez l’air triste, lâcha-t-elle avant de plonger ses yeux bleus dans le regard de son père.
L’éditeur marqua une pause, étonné par la remarque.
- Je suis juste fatigué, tu sais que je travaille beaucoup.
- Mais…vous ne vous reposez jamais, je trouve cela dommage, continua la jeune femme sans baisser le regard.
- Me reposer ! Il y a beaucoup de monde qui compte sur moi, et toi la première, Linda. Ta mère voulait qu’on s’occupe de toi du mieux possible.
- Maman est morte…
Le silence retomba quelques secondes. Le père et la fille restèrent à se regarder comme deux chiens de faïence, immobiles, puis John se leva, laissant son assiette.

Physiquement, John Mason n’était guère imposant. Linda le regarda marcher vers la grande cheminée du salon et s’allumer une cigarette.
- Te souviens-tu de ce jour là, Linda ? demanda-t-il.
Sa voix tremblait. Il tira une longue bouffée de fumée qu’il recracha aussitôt. La jeune adolescente n’osa répondre devant le ton autoritaire qu’avait pris son père. Sue restait un sujet tabou entre eux. Jamais il n’en parlaient bien longtemps et leurs visites au cimetière se déroulaient dans le plus solennel silence. L’éditeur attendit une réponse de sa fille quelques instants, puis continua.
- Quand j’ai retrouvé ta mère dans la voiture, elle était couverte de givre…tu sais…ce qui sort de toi.
Linda le regarda, les pupilles dilatées par l’étonnement et le chagrin. Comment pouvait-il lui lancer ça en pleine face ?
- Vous êtes injuste ! bredouilla-t-elle au bord des larmes. Je n’ai jamais voulu…
- Oh tu n’as sûrement pas fait exprès…Mais tu l’as fait.
- Pourquoi me dites vous ça, père ? demanda la jeune femme ivre de désarroi.
John Mason se tourna vers sa fille et tira une nouvelle bouffée de fumée nocive avant de répondre.
- Quand je te vois, je pense à ta mère, tous les jours. Lâcha l’homme avec une certaine colère dans le regard. Même si tu redevenais normale, jamais je n’oublierais ce que tu as fait. Je suis ton père et j’ai promis à ta mère de tout faire pour toi…mais quand on voit où ça mène…
- ASSEZ !
Linda se leva à son tour, en larmes. Si elle n’avait pas été sous l’influence du mutagène, elle aurait volontiers expulsé sa rage sur ce père ignoble dans des rafales de glace.
- Allons ! Tu ne vas pas nous faire un caprice non ? Tu es assez grande pour être responsable de tes actes maintenant, lâcha John sur un ton sec. Ce n’était pas ta faute mais réalise ce que tu es. Ces pouvoirs que tu as, tu t’en amuses comme si c’était un don de dieu, Linda ! Ils ont tué ta mère !
La jeune femme resta bouche bée. Un instant, elle repensa à son affrontement avec Tara et l’état dans lequel elle avait laissé sa camarade.
- Je ne…balbutia la petite blonde.
- Quoi ? Tu n’es pas un monstre…Si Linda, c’est triste mais c’est comme ça. Et toi et moi devons le vivre tous les jours.
La belle adolescente pleurait maintenant sans retenue.
- Je suis normale, papa…
L’éditeur ne répondit pas. Son regard était définitivement celui d’un étranger. Un père normal aurait passé sa main sur la joue de sa fille, gentiment, l’aurait serré contre lui, l’entourant de ses bras solides et rassurants. Linda le regarda terminer sa cigarette plus lentement.
- M’avez-vous déjà aimé, père ? sanglota la jeune demoiselle.
Mason dévisagea sa fille unique. Elle ressemblait tellement à Sue. Ses larmes dégoulinaient jusque sur son menton mais John n’avait pas envie d’avoir pitié. Sous son apparence d’adolescente en pleurs, Linda avait ruiné sa vie.
- Oui…Je t’ai aimé comme on aime sa fille…il y a longtemps.
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Lady Edelweiss
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Mer 21 Jan - 21:32

Qu’aurait-elle pu attendre ? Eut-elle espéré rien qu’un instant que la porte de sa chambre surchauffée s’ouvre sur son père désolé de toutes ces horreurs ? Non…Linda savait que la porte resterait close, l’enfermant dans sa solitude. Elle n’avait jamais voulu parler à son père de tout cela, de cet amour père fille qui semblait si absent, et elle en connaissait maintenant la raison.
Durant toutes ces années où elle pensait se faire des idées, elle n’avait jamais osé crever l’abcès, demander à John ce qu’il avait dans le cœur. Savait-elle au fond d’elle-même qu’il n’y avait rien, certainement depuis le début ? Arthur, Tara, ses professeurs, tous ces gens qui la rendaient vivante durant la journée…tous ces gens semblaient tellement inutiles en ce moment précis. Linda aurait échangé tout cela contre l’amour de son père.

Deux étages plus bas, l’éditeur se tenait debout dans son bureau. Dans sa main droite, il tenait une photographie de sa famille, quand il y avait encore une famille ; dans sa main gauche, un verre de whisky sans glace.
L’image était belle. Lui était fier, n’arborant qu’un petit sourire de chef de famille protecteur et bienveillant. Sue était radieuse à ses côtés, sublime comme un levé de soleil, ses longs cheveux blonds rabattus sur son épaule. La photo avait été prise par Linda, quelques mois avant qu’elle ne subisse sa mutation. Quelques années avant que cette catin n’aille se faire baiser par Vauhn dans son dos…
Malgré l’envie qu’il eut de jeter l’image au sol, John la rangea lentement là où il l’avait prise.
Il n’avait aucune idée de l’avenir, ni pourquoi Dieu lui avait imposé une telle souffrance…Avaler son verre de scotch lui paru une bonne façon d’oublier de se poser ces questions stupides. S’il en avait eu le courage, il aurait chassé Linda de SON manoir. Si seulement Sue ne l’avait pas tant hanté depuis des années. Elle semblait être dans la pièce, calme, tout à la fois douce et sévère envers son époux.
John tourna la tête vers la fenêtre de son bureau, Sue s’y tenait, vêtue d’une longue robe blanche, telle un fantôme. Il pu lire son regard. Elle regrettait tout cela, mais n’excusait rien. Il n’avait pas le droit d’abandonner Linda, elle serait inflexible…
L’éditeur secoua la tête et termina son verre avant de regarder à nouveau vers la fenêtre. Il était seul, perdu.

La jeune femme avait beau être dotée d’aptitudes extraordinaires, une telle chute lui avait arraché un gémissement de douleur. Ses pouvoirs revenus, Linda n’avait pas réussi à rester prostrée dans sa chambre. Peu importait ce père qui ne l’aimait pas après tout. Tara disait toujours qu’il fallait positiver, et c’est ce que la petite blonde comptait faire. Il lui avait fallu deux bonnes heures pour se remettre mais elle avait pris la décision de sauter par la fenêtre avec une détermination digne de celle de son amie.
Voilà où était sa vie : Tara, Arthur…les études.
Elle se releva lentement, tâtant sa cheville qui avait légèrement tourné lors de l’atterrissage. Elle ne s’était jamais rendue compte lors des téléportations de Tara que trois étages reflétaient une sacrée hauteur. En fait elle se demanda si elle n’aurait pas pu se blesser grièvement.
Linda regarda sa fenêtre plusieurs mètres au dessus d’elle. Peut-être qu’elle n’aurait plus jamais à remonter là haut, elle n’avait pas encore décidé. A grands pas, elle s’enfuit en direction du mur d’enceinte. Le professeur Vauhn lui avait montré jusqu’où elle pouvait déployer ses dons. Tendant la main vers le mur de pierre, la jeune femme créa une marche de glace, y prenant appui pour sauter l’obstacle.
Plus jamais elle ne voulait vivre un tel dîner avec son père, même si cela devait impliquer de faire bonne figure quelques heures par jour pour vivre heureuse. Elle prit la direction du centre ville, là où se trouvaient les êtres qu’elle aimait.

Tara Gift se réveilla en pleine nuit lorsque plusieurs cailloux frappèrent sa fenêtre. Toute ébouriffée, elle réussit tout de même à ouvrir les yeux pour voir Linda dans sa combinaison isotherme en bas de sa maison. Les deux jeunes femmes dormaient habituellement peu et c’est presque en maudissant son amie que Tara la rejoignit quelques minutes plus tard, sacrifiant sa nuit au nom de l’amitié.
- J’espère que tu ne m’as pas réveillée pour rien, maugréa-t-elle faussement fâchée.
- Désolée, j’ai vraiment besoin de décompresser là, répondit Linda dont le regard était aussi perdu que décidé.
- Tu t’es fâchée avec Arthur ou quoi ? demanda la brunette en pyjama.
La fille de John Mason ne voulut pas donner de détail sur sa cauchemardesque soirée, se contentant d’un ‘’mon père’’ pour toute réponse. Tara avait saisit depuis bien longtemps que ce sujet était sensible et le dépit de son amie chaque fois qu’elle retournait chez elle était visible. Pour que Linda la dérange en pleine nuit avec un air aussi déterminé, cela avait du être grave. Sans même l’avoir rencontré, Tara détestait cet homme. On ne pouvait pas être un homme correct pour rendre son propre enfant malade à ce point.
- Il ne t’a pas frappée ? risqua Tara en regardant le visage de son amie.
Malgré l’obscurité, elle ne discernait aucun bleu sur le joli minois de la petite blonde.
- Non…et j’ai envie de me défouler, pas d’en parler toute la nuit.
Tara Gift posa son poing sur sa hanche. C’était un geste qu’elle faisait souvent quand elle se sentait mise au défi ou qu’elle était enthousiaste. Elle adressa un large sourire à sa camarade.
- Je file passer ce qu’il faut et on va aller se défouler alors !
L’instant d’après, la jeune femme avait disparu. Elle ne fut pas longue à réapparaître, se téléportant depuis sa fenêtre, parée d’une tenue tout aussi noire que moulante, beaucoup plus opportune aux ballades nocturnes dont avait l’habitude les deux jeunes femmes.

A peine quelques minutes avaient suffi aux deux collégiennes pour se retrouver là où Linda voulait se rendre. Tara la regarda avec étonnement.
- Et qu’est-ce que tu veux faire là dedans ? demanda la jeune femme sans vraiment comprendre.
- Je ne sais pas…un tour en Rolls !
La mutante aux cheveux de jais regarda à travers la large vitrine du garage de luxe. Le concessionnaire de voiture anglaise n’avait que peu de modèles en exposition mais Jaguar et Rolls Royce semblaient briller même en pleine nuit.
- Comment ça un tour en Rolls ? Tu veux qu’on vole une voiture, s’inquiéta Tara.
- Je veux juste faire un tour, pas la voler. Tu as déjà roulé dans une telle voiture toi ?
Tara haussa les épaules.
- Oh mais moi ça ne me dérange pas, ça m’étonne juste de ta part, toi qui m’en veut dès que je pique une bière dans un magasin.
Linda réfléchit un instant. Elle n’avait pas l’habitude de voler et détestait ça à vrai dire, mais ce soir, elle avait envie de faire des folies.
- On la ramène après, et tu dis toujours que ça ne fait de mal à personne. Là nous ne faisons de mal à personne non ?
La petite brune ne pu retenir un rire devant le naturel de son ami revenant au grand galop.
- T’inquiète pas, j’ai compris ! On va le faire ce tour en Rolls…tu avais un plan pour rentrer ou c’est encore moi qui doit penser à tout ?



Les deux adolescentes avaient déjà visité bien des lieux fermés durant leurs sorties nocturnes. Linda se débrouillait à merveille pour obturer les objectifs des caméras de surveillance d’une épaisse couche de glace. En moins de deux minutes, les acolytes furent à l’intérieur du garage, pouvant caresser les carrosseries brillantes des luxueux bolides.
A vrai dire, Linda ignorait si elle désirait vraiment rouler dans une voiture si belle et exprimer son goût pour le luxe, ou juste faire quelque chose d’interdit. Tara ne se posait plus la question depuis longtemps. C’était l’interdit qui l’attirait. Elle ouvrit la portière conducteur et invita son amie à rentre à la manière d’un majordome. La jolie blonde s’installa sur le fauteuil confortable, remerciant sa camarade de quelques mots avec un accent mondain plus forcé qu’à l’habitude. Tara nota la différence et sourit amicalement, son amie avait par nature un phrasé soutenu, voire snob.
La téléporteuse fit le tour du véhicule et s’installa à la place du mort, tout sourire.
- Où va-t-on, miss Mason ? demanda-t-elle.
Linda la regarda, un petit air déçu au fond de ses grands yeux bleus.
- Les clés ne sont pas dessus…
- Ils ne sont pas complètement débiles dans ce garage, rétorqua Tara qui trouva la chose évidente.
- Que faisons nous ? Tu crois qu’ils les cachent quelque part ? demanda Linda qui était toujours aussi empotée dès lors qu’il s’agissait d’autre chose que ses cours et ses livres.
- Ca c’est sûr, ou alors le gérant les garde dans son slip toute la journée, répondit Tara Gift moqueuse. Et quand on aura les clés, tu comptes défoncer la vitrine ? Je te préviens elle doit être blindée vu le prix des voitures.
Linda regarda son amie. Pour une fois, elle avait eu une idée sans que Tara ne la devance.
- Tu peux nous téléporter avec la voiture de l’autre côté, déclara-t-elle sans sourciller.
- bein voyons…comme si c’était fac…
La petite brune n’eut pas le temps de terminer sa phrase, Linda lui posa la main sur la bouche pour la faire taire.

Tara regarda son amie, comprenant tout de suite ce qui avait entraîné cette réaction, mais dieu que la main posée sur ses lèvres était froide. Lentement, elle ôta les doigts de Linda de son visage, essayant de bouger le moins possible.
Un faisceau lumineux se baladait dans l’obscurité du garage. Les deux adolescentes se crispèrent sur leurs fauteuils, essayant de se faire aussi petites que possible. Avec des véhicules de ce prix à la vue de tous, il était évident que la vitre était blindée. Il était tout aussi évident qu’il pouvait y avoir un gardien de nuit.
Linda serra ses mains l’une contre l’autre, le stress ne favorisait pas le contrôle de son pouvoir et elle sentait le froid s’échapper de sa peau petit à petit. Le rayon de la lampe torche passa plusieurs fois à travers l’habitacle de la Rolls Royce mais le gardien ne sembla pas apercevoir les silhouettes à l’intérieur. Le bruit de ses pas était lourd, il devait s’agir d’un homme, d’une bonne corpulence. Tara hésitait à tourner la tête pour voir d’où venait le faisceau lumineux. Le moindre geste pouvait trahir leur présence dans l’habitacle de la Rolls.

Le gardien éclaira une des trois caméras présentes. La couche de glace qui la recouvrait ne le rassura pas. D’un geste rapide, il balaya le garage de sa torche. Personne…en apparence.
L’homme n’avait pas fait de grandes études mais en plein printemps, ce n’était pas naturel qu’une caméra gèle toute seule. Ce qui se passait cette nuit n’était pas normal, pas besoin de sortir d’Harvard pour le comprendre. Plein de bon sens, il dégaina son arme, ratissant une nouvelle fois le garage de sa torche.
De belles voitures comme ça, bien entendu que quelqu’un essayerait de les voler un jour. Lui avait horreur des voleurs. Il s’agenouilla et éclaira sous les voitures. Peut-être un pied qui traînait trahirait ces bandits, ou ils pensaient échapper à sa vigilance en se couchant au sol. Malheureusement cette brillante idée ne fut pas couronnée de succès, il n’y avait rien d’étrange sur le sol du garage.
Tel Martin Riggs, son revolver et sa torche croisés devant lui, le courageux gardien entreprit de contrôler l’intérieur des véhicules. Il n’y avait que là où les voleurs pouvaient encore se cacher. L’homme armé se demanda si tout cela valait bien le coup. Que se passerait-il s’il tombait sur des brigands plus armés que lui ou avec un fusil cryogénisant ? Il n’était pas dans l’arme fatale mais malgré tout, il était payé pour ça…
Ce fut lorsqu’il s’approcha de la Rolls Royce Corniche que le gardien sursauta. Traversant la vitre de la portière passager, la torche éclaira une jeune femme, brune, aux yeux bleus. Il pu lire de la peur dans ce regard découvert, mais lui-même fut suffisamment surpris pour commettre l’irréparable. La vitre éclata sous l’impact de la balle. Le gardien ne tira qu’une fois, par réflexe. Jamais il n’aurait tué une adolescente de son arme, jamais sauf si le stress de son job n’avait pas eu raison de ses nerfs, nuit après nuit.

L’homme garda son arme en main, baissée. Il éclaira à nouveau l’habitacle par la vitre détruite. Etait-il fou ? Pendant plusieurs jours, il reverrait le regard bleu de la jeune femme dans la voiture, sans savoir s’il l’avait rêvé ou si quelque chose d’inexplicable s’était produit cette nuit là.
Quoi qu’il en fût, le gardien fut soulagé en ouvrant la portière. La voiture était vide. La balle avait troué le siège conducteur. De beaux dégâts…il allait sûrement se faire virer dès le lendemain.
A peine à quelques mètres, les deux adolescentes se relevèrent du saut qu’avait provoqué Tara. Toutes deux s’était réceptionnées sur les fesses, maintenant douloureuses. Elles se retournèrent de concert pour voir l’intérieur du garage. L’homme à la torche regardait à l’intérieur de la Rolls. Tara l’avait fixé droit dans les yeux avant de se téléporter, serrant la main de Linda fortement.
- Il a tiré ? Tu n’as rien ? s’inquiéta Linda.
La fille aux cheveux noirs n’avait même pas pris conscience qu’elle aurait pu être blessée si elle ne s’était pas téléportée si vite. Rapidement, elle vérifia que la balle ne l’avait pas touchée.
- Non…ça va…mais quel connard de tirer comme ça !
Linda ne savait que dire, Son amie aurait pu mourir mais elle semblait tout aussi prête à retourner dire sa façon de penser à l’homme à la torche.
La torche…qui éclairait maintenant à travers la vitre blindée ! Linda se maudit, elles n’étaient vraiment pas prudentes. Le gardien avait du les entendre et éclaira la rue.
Comme la Rolls Royce, celle-ci était vide.
Tara téléporta le duo plusieurs mètres plus loin. Linda tremblait d’excitation ou de peur, tenant toujours la main de son amie au risque de lui geler les doigts.
- Désolée…je n’aurais pas du t’entraîner ici, lâcha la jolie blonde pleine de regrets.
- Tu plaisantes ! On commence juste à s’amuser ! lança Tara en souriant à nouveau. Viens, je vais te montrer comment je me défoule moi !
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Mar 10 Mar - 15:53

Les deux jeunes femmes traversèrent le centre ville en quelques minutes, profitant des capacités de Tara. Une détermination nouvelle flamboyait dans le regard de la jeune femme aux cheveux de jais alors qu’elle guidait le duo d’un coin de rue à l’autre.
Linda regarda sa complice avec admiration, elle adorait se faire téléporter ainsi, le décor semblant changer à chaque battement de ses paupières. Les rues d’Alexandria lui étaient bien moins familières qu’à son amie. Celle-ci avait du les parcourir des milliers de nuits grâce à son pouvoir.
Qu’aurait donc dit John Mason s’il avait su les fréquentations et les activités de sa progéniture ? Linda chassa cette idée fugace de son esprit, entraînée vers la banlieue bourgeoise de la ville.

- Nous-y voilà, chuchota Tara.
Le dernier saut avait conduit les deux adolescentes à l’abri des ombres inquiétantes dessinées par le feuillage d’un saule pleureur. Tout le quartier était éclairé par de puissants lampadaires, sans doute gage de sécurité dans ces petites allées bétonnées séparant les villas neuves des cadres et autres médecins du Minnesota. Tara intima à sa blonde amie de se faire discrète et de rester dans l’ombre.
- Que se passe-t-il ? demanda Linda sans comprendre le but de cette manœuvre.
- Je n’ai pas très envie qu’on nous remarque, répondit Tara, et puis c’est exaltant de se cacher non ?
Linda s’était sans doute trop cachée toute ces années dans sa propre chambre ou dans son laboratoire, elle ne répondit que par une moue peu inspirée.
Presque invisible dans sa combinaison noire, Tara s’avança d’un pas et écarta quelques branches, semblant inspecter une propriété toute proche.
- Mais que fais-tu, voyons ? poursuivi La petite blonde en s’avançant à son tour.
Tara tourna la tête, plongeant son regard dans celui de Linda, tout aussi bleu.
- Je regarde cette maison, là…Elle est vide normalement.
Miss Mason détourna les yeux pour elle aussi regarder la demeure dont effectivement aucune lumière ne trahissait la présence des occupants habituels.
- Peut-être dorment-ils tout simplement, ma chère…
- Tss tss tss, non ! déclara la téléporteuse avec une certitude qui ne manqua pas de piquer la curiosité de sa comparse. Il n’y eut même pas besoin de poser la question suivante. A la grande surprise de Linda, Tara semblait bien connaître les gens vivant dans la maison de deux étages.
- Les parents profitent de quelques jours de vacances au Mexique, ils ne rentreront pas avant le 25, et leur fille est en pensionnat. Il y a juste deux chiens…
Sans prévenir, l’adolescente aux cheveux noirs saisit la main de sa camarade et se projeta tout contre le mur de la maison, franchissant plus de cinquante mètres d’un battement de cils.

Linda se pencha vers la mutante téléporteuse, chuchotant à son oreille, de peur de se faire entendre.
- Mais que veux-tu faire, Tara ? On ne va quand même pas les cambrioler ?
- Et pourquoi pas ?...Viens…
Tara Gift entraîna la belle blonde le long du mur, inspectant celui-ci d’un œil averti.
- Tu vas voir, on va s’amuser, je te signale qu’on a failli se faire tuer parce que tu voulais voler une Rolls ! continua la petite brune en poursuivant l’inspection de la paroi.
- L’emprunter…
La discussion était vaine et surtout dangereuse. Linda n’avait aucune envie de se faire voir même si une fuite serait certainement chose aisée étant donnés les dons de Tara. Celle-ci lui fit faire le tour de la propriété, s’arrêtant devant une fenêtre, volets clos.
- A toi de jouer ma grande ! lâcha Tara en se fendant d’un sourire éclatant.
S’approchant des lourds volets de bois, Linda posa la main à plat sur la séparation, cherchant en fonction de ses poussées où se trouvait le loquet intérieur. Dans la semi-obscurité de la nuit dérangée par les lampadaires voisins, Tara fixa la belle adolescente aux cheveux d’or alors qu’elle laissait libre court à son pouvoir. Les pupilles bleues de Linda brillèrent faiblement, comme à chaque fois qu’elle utilisait son don. Ce phénomène interpellait toujours miss Gift, comme hypnotisée par l’éclat bleuté des yeux de son amie. Elle ne pouvait s’empêcher de la comparer à une chatte au regard d’argent.
Elle avait appris très jeune à se servir de son incroyable talent, fendre l’espace à volonté, sans effort, et elle n’ignorait pas l’immensité de ce pouvoir, ainsi que les diverses possibilités que cela lui procurait. De nombreuses fois, elle avait tenté d’approcher des gens comme elle. Tara vouait un véritable culte à tous ceux qui, comme elle, n’étaient pas normaux. Malheureusement, les quelques mutants qu’elle avait rencontrés dans le passé ne partageaient pas son enthousiasme. La plupart craignaient jusqu’à ce que la communauté découvre leurs pouvoirs et se terraient, certainement comme Linda aurait du le faire si elle avait suivi les volontés de son antipathique de père…
Linda était la première. La seule jusqu’alors à avoir vu en elle une amie, une sœur. La regarder canaliser le froid de sa petite main aux ongles soignés sur le loquet était magique. Comment pouvait-on ne pas se reconnaître entre méta-humains ? Comment ne pouvait-on pas voir que ces deux filles là étaient de la même race ? Tara, elle, l’avait vu.
Elle sourit lorsque Linda Mason saisit le volet et le tira sèchement, faisant voler en éclat le loquet métallique congelé.

Linda secoua son poignet, faisant tomber quelques cristaux de givre restés sur sa peau. Son sourire n’était pas aussi assuré que celui de sa comparse. La peur l’étreignait tout comme sa conscience avait refait surface. L’adolescente aux cheveux noirs ne lui laissa pas le temps de penser, prenant à nouveau sa main, la gauche pour ne pas finir avec des engelures aux doigts.
Les deux jeunes femmes se retrouvèrent instantanément de l’autre côté de la vitre. Tara traversait à volonté tout obstacle de verre, n’étant arrêtée que par la portée de sa vision dans l’expression de son pouvoir. Elles restèrent immobiles, silencieuses. Si Linda était tremblante de peur, Tara semblait bien plus à l’aise avec l’idée de commettre une effraction. Elle serra légèrement la main de sa camarade, essayant de la rassurer.
C’était ce qu’elle voulait. L’interdit, cette abstraction que Linda ne connaissait que si peu, ferait oublier à la jolie blonde les horribles mots que son père avait pu prononcer. Tara Gift s’amusait toujours autant dans ses sorties nocturnes mais elle se remémorait encore de ses toutes premières fois, lorsque ses tempes semblaient devoir exploser sous les martèlement du sang dans ses veines.
Elle sourit de plus belle en constatant que son amie connaissait la même sensation. Tous les sens de Linda semblaient être en alerte, ses pupilles brillaient d’avantage dans l’obscurité de la pièce.

Tara sortit une minuscule torche de sa poche, faisant naître un rayon de lumière jaune fendant les ombres de ce qui s’avérait être une cuisine. Le couple s’enfonça dans la maison, sur la pointe des pieds, la lumière vive de la torche longeant rapidement les murs. Tara pointa du doigt la porte d’entrée en éclairant un petit boîtier doté d’un clavier numérique.
-Là, gèle ça aussi, c’est l’alarme.
L’inspiration que prit la demoiselle aux cheveux dorés indiqua que le niveau de stress ne baissait pas. Elle s’approcha du petit boîtier blanc et tendit à nouveau le bras. Eclairés par la torche, ses doigts laissèrent des flots de givre s’abattre sur l’appareil qui finit par être englobé dans un glaçon d’une quarantaine de centimètres de diamètre, hors de service.
Linda regarda son œuvre, ébahie par ce qu’elle faisait, presque en transe. Elle sentit les lèvres de son amie se poser sur sa joue, la sortant de sa rêverie.
- Tu es super, lança Tara en éloignant ses lèvres du visage ahuri de miss Mason.
Le rayon de lumière éclaira le mur du salon, où trônaient deux tableaux de maître et un équipement électronique dernier cri. La petite brune s’empressa d’aller vers un des tableaux, qu’elle décrocha sans difficulté.
- Tara ! Tu ne vas pas voler le tableau ? s’inquiéta Linda.
- On n’a pas fait tout ça pour rien ! Aide-moi à décrocher l’autre.
Linda Mason regarda autour d’elle. A tout moment, les propriétaires ou un policier pouvaient surgir. Le volet ouvert signalait la présence d’intrus ! Le faisceau de la lampe torche était certainement visible de l’extérieur !
Sans aucune logique, la belle adolescente courut aider sa complice à décrocher le second tableau, plus lourd.
Tara Gift saisit à nouveau la main de Linda, la tirant jusqu’à l’escalier menant à l’étage.
- Je sais ce qui va t’amuser, miss bourge !
Elles gravirent les marches deux par deux sans se lâcher la main, juste éclairées par le faible rayon de la torche. La petite brune ouvrit deux portes avant de trouver la chambre des parents. Cette fois, elle alluma carrément la lumière.
- Tu es malade ! Quelqu’un va nous repérer ! chuchota Linda qui ne voulait pas que sa voix n’ajoute à la lumière pour qu’elles finissent en prison à casser des cailloux.
- Chut ! Il est trois heures du mat, personne ne va nous voir…mais dépêche-toi, ça doit se faire vite un cambriolage.
- Parce que tu en as déjà fait ? Et dépêche-toi pour quoi faire ?
Tara ouvrit une petite commode, fouillant à l’intérieur avec une rapidité étonnante.
- Boite à bijoux trouvée ! On prend le tout ! déclara la voleuse en souriant de toutes ses dents à Linda qui n’avait pas bougé.

A peine trois minutes plus tard, Linda portait un sac à dos trouvé sur place, fourré de plusieurs robes de marque et du petit coffret de bois censé contenir la fortune personnelle de la maîtresse de maison.
- Tu ne m’as pas dit, tu as déjà fait ça ? insista Linda entre la panique et l’excitation.
- Tu crois que j’ai eu mes robes où ? répondit la garce brune, fière de sa révélation.
- Tes robes ? Elles sont toutes volées ? continua miss Mason en suivant son amie dans l’escalier.
- Pas toutes non, mais celles que tu as portées, oui, toutes. Et pas mal de chaussures aussi…
Tara tendit la main en arrière, appuyant sa paume entre les seins de son amie, la stoppant net dans sa descente.
- Et les tableaux ? On les vole aussi ? Tu en as d’autres ?
- Je ne crois pas que c’est le moment de parler de ça tu sais…chuchota lentement la fille aux cheveux de jais.
Un aboiement sourd vint interrompre la jeune femme dont la torche éclairait un des deux chiens présents en bas de l’escalier.

Les deux molosses n’avaient pas l’air bien réveillés mais étrangement menaçant dans la faible lumière produite par la lampe de l’adolescente. Ils grognèrent de concert, interdisant aux intruses de continuer à descendre les marches.
- Tu ne plaisantais pas pour les chiens ? lâcha Linda entre ses mâchoires crispées.
- j’avais l’air ? répondit la fille de tête de la même manière, replaçant très lentement son bras le long de son corps.
- Tu nous téléportes ? demanda la petite blonde dont le dos commençait à ruisseler de sueur comme les grognements hargneux ne cessaient pas.
- Je ne vois pas la fenêtre, si je nous téléporte c’est au milieu d’eux deux…
- Et tu as une meilleure idée ?
- je cherche…

Fort heureusement, aucunes des deux bêtes ne semblait vouloir monter l’escalier pour étriper ou déchiqueter les adolescentes paralysées. Les chiens se contentaient de grogner à chaque mouvement, même léger, que pouvaient faire les voleuses en herbe. Si Tara avait mieux étudié les habitudes des occupants de la propriété, elle aurait pu savoir que Luke et Han, les deux gardiens des lieux, avaient interdiction formelle de monter les marches où restaient immobiles les jeunes femmes.
Soudain, les mots de Tara, pourtant prononcés à voix basse, résonnèrent dans la tête de Linda.
- Il va falloir que tu les gèles…
La petite blonde faillit défaillir, sentant ses jambes perdre toute leur force. Elle posa sa main gauche sur l’épaule de Tara pour se maintenir debout, incapable de répondre.
Il s’agissait d’être vivants. Elle avait déjà vu ce que son pouvoir pouvait faire, elle avait faillit tuer la fille qui lui servait d’appui. L’image de Tara en larmes, dans son uniforme en lambeaux et couverte de givre, était encore gravée dans sa mémoire.
Tara posa sa main sur celle de Linda. Malgré le froid des doigts de son amie, elle savait sans même la voir que celle-ci serait horrifiée à l’idée de déverser ses foudres glacées sur des animaux, quand bien même hostiles.
Les doigts des deux jeunes femmes se croisèrent. Tara serra fort, elle-même n’aurait jamais voulu blesser un animal mais il était évident que les deux molosses ne les laisseraient pas monter et s’éclipser par une fenêtre de l’étage. Le moindre pas condamneraient les jeunes femmes, c’était évident aux yeux de Tara.

Les doigts de Linda serrèrent encore d’avantage ceux de son amie alors qu’elle levait lentement son autre bras pour le passer au dessus de l’épaule droite de Tara.
La fille de l’éditeur avait elle aussi réalisé qu’elles étaient face à une impasse.
Son bras se tendit lentement, laissant à Tara le loisir de sentir le courant d’air frais caresser sa joue. La petite blonde ouvrit la main, semblant montrer sa paume aux chiens grondant toujours dans le faisceau de lumière.
Tara pouvait entendre le souffle de son amie dans son dos, court, puissant, trahissant la peur et l’horreur de ce qu’elle allait faire.
Les doigts de Linda s’écartèrent d’un geste. Elle crispa ceux de sa main gauche entre ceux de Tara jusqu’à lui faire mal. Une profonde inspiration précéda le torrent de givre.
Les animaux n’eurent pas le temps de bouger, Sans doute ne comprirent-ils pas ce qui leur arrivait. Tara regarda le pouvoir de son amie déferler sur les chiens, écarquillant les yeux d’horreur et de fascination. Un froid profond envahit l’escalier. L’instant sembla durer une éternité pourtant en moins de trois secondes, Linda avait enfermé les deux chiens dans un impressionnant iceberg.
Refermant ce poing qui avait semé la mort, la belle blonde plongea son regard dans celui de Tara. L’éclat bleuté de ses yeux n’avait jamais été aussi resplendissant. Il se fana aussi vite comme elle sombrait dans l’inconscience. Tara retint la chute de son amie, évanouie.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Sam 28 Mar - 8:46



Linda Mason ouvrit les yeux sur un plafond inconnu, lentement. Le lit sur lequel elle était allongée était confortable, elle ne portait plus que sa combinaison isotherme sous des draps dont la douceur venait lui caresser le menton.
Elle n’était pas dans sa chambre, ni dans celle d’Arthur. La vision de la jolie blonde s’adapta à la semi-obscurité de la pièce : il s’agissait visiblement d’une chambre. Un hôtel ? Une fenêtre se trouvait à quelques mètres de la literie, on pouvait entendre le bruit de la ville naissante malgré le volet clôt. Les idées de l’adolescente se remirent en place alors qu’elle se redressait sur le lit. Les paroles de son père, si blessantes, le concessionnaire Rolls, la maison, leur cambriolage, les chiens…
La main de la belle blonde vint se placer sur ses lèvres sans même qu’elle en eut conscience. Comment avait-elle pu tuer ces animaux ? Elle avait vu le résultat, les deux molosses emprisonnés dans des blocs de glace, privés d’air. Il n’avaient du survivre que quelques secondes avant de suffoquer et de perdre la vie. Linda chercha son amie du regard dans la pièce, en vain. Elle était seule dans cette petite chambre.

La lumière faible du jour levant filtrait par l’encadrement du volet. La jeune femme ouvrit la porte de la chambre, inquiète de sa solitude entre ces murs. La pièce dans laquelle elle déboucha était plus grande, une sorte de salon à l’ameublement sobre. Il s’agissait d’un appartement manifestement situé en hauteur. La lueur pourtant encore faible de l’aube fit fermer les paupières à la jeune femme, légèrement aveuglée. La main en visière, elle se dirigea vers les ouvertures, regardant la rue cinq ou six étages en contrebas. Le salon ne comportait que peu de meubles : Un canapé en toile beige datant de quelques années, une télévision lui faisant face, une commode décorée, une table ronde et quelques chaises.
Le regard de Linda fut attiré par un coin de la pièce. Un drap blanc couvrait ce qui semblait être une grande caisse. La jeune femme observa un instant la porte qui semblait être la sortie, plus lourde et solide que celle menant à la chambre, et se dirigea, curieuse, vers l’intriguant bout de tissu immaculé.
Ce n’était pas une caisse. La petite blonde souleva tout d’abord un coin du drap puis le tira d’un geste ample, dévoilant un râtelier où étaient rangées plusieurs tableaux. Elle ne comprit pas. Tara était une voleuse d’œuvres d’art ? Comment lui aurait-elle caché ça durant tous ces mois d’amitié ?
Pourtant, elles avaient volé deux toiles durant la nuit. Rapidement, avide de découvrir la vérité, Linda bascula les toiles unes à unes. Elle recula d’un pas lorsqu’elle reconnût une des deux œuvres. Tara avait encore des secrets.

Le claquement de la porte d’entrée fit sursauter la jeune femme aux cheveux d’or. Elle se retourna, l’air froid tournait déjà autour de son poing, prête à envoyer sur quiconque un javelot de glace.
- Hey ! Tu as le réveil agressif, lança Tara en se fendant d’un sourire, sans bouger.
La jeune femme tenait un sac de papier brun. L’odeur du café chaud embauma la pièce presque dans l’instant. Tara s’avança et déposa son sac sur la table, se rendant compte que Linda avait découvert ses toiles.
La fille de l’éditeur resta à regarder son amie, les lèvres entrouvertes comme elle ne savait quoi dire. Elle ne comprenait ni où elle était, ni pourquoi Tara possédait une bonne trentaine de tableaux volés dans un appartement du sixième étage en plein centre ville. La jeune brune ramassa le drap et recouvrit ses toiles avec soin.
- Il faut en prendre soin, c’est fragile.
- Tu as volé tout ça ? demanda Linda.
La jeune femme aux cheveux de jais lui répondit d’un sourire.
- Café ? On en parle après ?
Linda s’apaisa, rassurée par le sourire de son amie. Elle ne comprenait pas encore mais elle n’avait pas à douter de celle qu’elle considérait comme sa sœur.

Les deux adolescentes s’assirent devant les grands cafés fumants, Tara sorti quelques donuts de son sac de papier. Elle semblait particulièrement tranquille malgré le déroulement catastrophique de la soirée. Si Linda avait pu lire dans les pensées, elle aurait compris que son amie adoptait cette attitude pour la rassurer.
- Comment ça va ? demanda Tara qui avait vu son amie s’écrouler quelques heures plus tôt après avoir congelé les chiens de garde.
- Ca peut aller…un peu perdue en me réveillant je dois dire…
La main de Tara se posa délicatement sur celle de la petite blonde. Elle ne la laisserait pas longtemps comme les doigts fins de Linda étaient froids mais ce geste comptait. Elle était aux côtés de Linda, une amie à vie.
- Tous ces tableaux ? Ils sont volés ?
Tara acquiesça, elle voulait quoi qu’il arrive dire la vérité à la blonde adolescente.
- Ca fait quelques années déjà que j’ai commencé ma collection, j’adore la peinture.
- Quelques années ? Pourquoi ne m’as-tu rien dit avant ?
- Tu aurais désapprouvé non ? lâcha Tara avant de prendre une grande gorgée de café.
- Probable oui…
Linda Mason finit par ricaner.
- Et cet appartement ? Où sommes nous ? Tu as tué le propriétaire et tu loges là les week-ends ? continua la petite blonde.
- Non, c’est un cadeau, de mon père.
Linda avala un morceau de donut. Les paroles suivantes de son amie faillirent l’étouffer.
- Mon vrai père en fait, pas celui que tu as déjà vu…

Miss Mason toussa plusieurs fois, obligée de boire une grande gorgée de café pour avaler.
- Tu as été adoptée ? Mais qu’est-ce que je ne sais pas de toi encore ?
Tara la regarda avec un léger air de culpabilité mais la malice n’avait définitivement pas quitté son regard.
- Pas vraiment, ma mère est ma mère naturelle, mon père non…Et ce n’est pas toi qui vas me reprocher de ne pas parler de nos parents si ?
Linda plongea son regard dans les yeux bleus de sa camarade, elle n’avait pas tort. Les deux jeunes femmes parlaient beaucoup, souvent, voire tout le temps, mais quasiment jamais elles n’avaient de conversation sur ceux qui leur avaient donné la vie, et accessoirement leur la rendaient invivable.
Finalement, Tara avoua que son père véritable était un homme marié lorsqu’elle était née. Il n’avait logiquement pas voulu fuir son mariage pour assumer une relation d’un soir et s’était contenté de donner une grosse somme d’argent à sa mère. Celle-ci avait gardé une partie non négligeable de l’argent pour sa fille et s’était à son tour marié quelques années plus tard.
- Viens, je vais te montrer, déclara la jolie brune en se levant de table.
Elle entraîna Linda vers la commode où elle fouilla un tiroir.
- Regarde, c’est lui mon vrai père, dit-elle en montrant une vieille photographie à la petite blonde.
Linda en resta bouche bée.
- Tu plaisantes ! lâcha-t-elle enfin en prenant le cliché en main.
- Non, du tout ! Ca calme hein !
Linda rendit la photographie à sa camarade qui la rangea soigneusement. Elle avait du mal à croire à tout ce qu’elle venait d’apprendre mais Tara ne pouvait pas être mythomane.
- Tu sais que les cours commencent dans une heure ? demanda celle-ci en refermant le tiroir de la commode. Je t’emmène chez toi te changer ?
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Sam 18 Juil - 21:32

Quelques semaines plus tard…

Temper Jones voyait la route défiler au travers du pare-brise maculé des cadavres d’insectes croisés le long de la 52. Le trajet jusqu’à Alexandria n’était que d’un peu plus de deux heures mais le policier ne roulait vraiment pas vite. Il arriverait certainement après le coucher du soleil, s’il arrivait…
Cette fois il avait bu assez pour être saoul.

Le territoire américain était selon la légende propice aux grands voyages, teintés de réflexion et de souvenirs, comme certains réalisateurs aimaient le rappeler environ tous les deux ans d’un bon road movie permettant à un acteur sur le déclin de se refaire la cerise.
Prenant une nouvelle gorgée de sa flasque de whisky, Jones se laissa aller à quelques remontées dans sa mémoire, pas bien éloignées, juste assez pour lui donner envie de reprendre le goulot en bouche.
L’enterrement de Jane avait été somptueux. L’ensemble de la profession avait versé larmes et dollars en son honneur, même Jones. Les Hounds ne firent plus parler d’eux depuis leur rencontre avec le Sabre et les nombreuses interpellations musclées qui suivirent cette soirée moribonde finirent par rendre totalement inexistante leur activité.

Jones, lui, avait été affublé d’un nouveau coéquipier puisqu’il avait refusé de prendre le congé sympathiquement proposé par son supérieur. L’homme était un transfuge de Washington, arrivé dans le Minnesota pour suivre son épouse. Autant dire un ‘’vrai’’ mâle comme Temper les aimait, incapable d’envoyer promener son épouse.
La coopération entre les deux policiers ne dura que neuf jours avant que Jones ne lui brisa l’épaule dans un accès de colère. Une sombre conversation dont le vétéran n’avait plus souvenir mais où son avis devait certainement être le bon…
Cependant, cela serait peut-être passé s’il n’avait pas été convoqué – une nouvelle fois – dans le bureau du capitaine. Pourquoi cet homme ne comprenait-il pas que Jones faisait du meilleur boulot seul ? Lui coller un coéquipier dans les pattes n’aidait personne. L’erreur du capitaine fut d’aborder le cas de Jane.
A vrai dire, Temper Jones ne se souvenait plus vraiment ce que lui avait dit son supérieur au sujet de la jeune femme. Sans doute qu’elle était morte par sa faute, ou qu’elle avait voulu jouer au mercenaire pour lui plaire…En tout cas une chose qu’il n’avait pas à dire.
Le Sabre n’était peut-être pas un héros parfait, encore moins un homme parfait ; mais il respectait les morts, qu’ils le fussent de sa main ou de celle d’un autre.

Le capitaine de la police de Minneapolis n’était pas mort mais cela n’était pas passé loin. Jones ne regrettait même pas de l’avoir molesté dans son bureau. Il s’en était d’ailleurs pris de bonnes par ses collègues. Tous des frustrés qui rêvaient depuis des années de lui bleuir le visage.
Ils ne s’étaient pas gênés.
C’était donc ainsi, le Sabre avait été tout bonnement viré de la police, et ce n’était pas plus mal. Il était quoi qu’il arrive toujours capable d’aller chercher ses renseignements auprès d’indicateurs fiables ou même se servir dans les archives du commissariat sans que ses anciens collègues ne puissent l’apercevoir. Au pire il exploserait quelques rotules à ceux qu’il jugeait comme planqués.
Aucune plainte n’avait été portée contre Jones, tous ayant considérés qu’il était plus fou et déstabilisé par la mort de sa partenaire qu’autre chose.
A présent il roulait dans une Oldsmobile de location pour rejoindre la quiétude familiale.
Aaaah…Ruth…Est-ce qu’elle, il arriverait à ne pas lui en coller une ?

Ruth Pastor, née Jones, cinquante trois ans, trois enfants et trois chats, bonne mère de famille et bonne épouse, était l’aînée.
Plus jeune, Temper la détestait mais il devait reconnaître que le mariage et les arrivées successives des petits avaient considérablement changé son côté garce. Elle restait tout de même difficilement supportable plus de deux jours.
Pourquoi avait-il accepté son invitation ? Pensait-il que, maintenant au chômage, il lui passerait son air supérieur et sa volonté de tout diriger ?
Plus certainement, il avait besoin de fuir Minneapolis. Errer dans les couloirs de son appartement n’aidait en rien. Jones avait fini par se dire que la déprime couvait peut-être plus qu’il ne voulait l’entendre. A un psy trop cher il avait préféré le cocon familial, et quel cocon !

Au moment où l’Oldsmobile passa le panneau marqué Alexandria, l’ancien flic faillit faire demi-tour. Si dans son costume de justicier nocturne il était toujours certain des bonnes décisions à prendre, cette fois il se sentait hésitant. Repensant à la valise bien calée dans son coffre, pleine de ses armes et de sa tenue héroïque, il appuya néanmoins sur l’accélérateur.
Ruth habitait les beaux quartiers, il se souvenait encore du chemin à prendre depuis six ans qu’il n’était pas venu. Il était dix-neuf heures cinquante huit précises.

Il ne restait plus que deux minutes !
Courant à perdre haleine, Linda Mason était en retard. Elle s’était fixée seule cet horaire à respecter et tenait à tous prix à ne pas arriver une seule fois après vingt heures…c'est-à-dire environ une demi-heure avant que ne rentre son éditeur de père.
La jeune collégienne retrouvait également ses capacités à cette heure-ci et si le froid qui commençait à entourer ses membres ne la gênait pas, elle pu également augmenter la cadence. D’aucun aurait trouvé que cette jeune fille en uniforme avait la foulée d’une athlète et ce n’était pas faux. Plus elle grandissait et plus Linda se trouvait forte. Les poids qu’elle pouvait lever et la hauteur à laquelle elle sautait lorsqu’elle laissait son pouvoir en paix était tout simplement prodigieux.

Arrivée devant la grille du manoir, la belle blonde regarda sa montre : vingt heures précises. Heureusement la voiture de John Mason n’était pas dans l’allée. L’adolescente se dirigea en vitesse dans l’immense bâtisse. Elle se changea, laissant son uniforme dans le panier à linge. Qu’arriverait-il si elle devait croiser son père en rentrant dans un tel état un jour ? Il fallait être honnête, ses vêtements sentaient la sueur et le sexe…ce que n’apprécierait à coup sûr pas John. Tout en attachant ses cheveux dans un chignon pratique, Linda se demande si elle voulait être prise sur le fait ? Cela lui ferait quoi, après tout, de dévoiler à son père qu’elle aimait un homme ? de lui dire en face qu’elle faisait l’amour presque tous les jours avant de rentrer chez elle, certains midis entre les cours au lieu d’aller déjeuner et même plusieurs soirs par semaine lorsqu’elle faisait le mur pour rejoindre l’appartement secret de Tara ?
Le bruit de la porte s’ouvrant tira la belle adolescente aux cheveux d’or de sa rêverie. Elle savait ce que ces révélations lui apporteraient : de fulgurantes douleurs sur les joues et des barreaux à ses fenêtres.

Elle se promit de partir un jour, de quitter cette prison et son geôlier pour vivre son amour dans les bras d’Arthur…un jour…
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Dim 2 Aoû - 17:57



La journée avait été très chaude, et promettait de l’être encore quelques heures. L’orage se montrerait certainement à la tombée du soir ou de la nuit mais cela ne semblait pas nuire à l’attirance des deux amants.
En s’allongeant sur le corps d’Arthur, Linda Mason n’avait vraiment rien à faire de la météo. Le jeune homme s’était arrangé pour laisser une porte du gymnase ouverte après son cours de sport. L’immense bâtiment, désert, résonnait maintenant des soupirs des deux adolescents. Depuis le premier jour, cette fameuse nuit passée sur la paille d’une grange inconnue, l’adolescente et son petit ami ne se lassaient pas de ces étreintes passionnées. Allongeant la jeune femme sur l’épais tapis de mousse sur lequel ils s’étaient réfugiés, Arthur confirma que son désir ne s’était pas évanoui malgré les semaines passées ensemble.

Les lèvres d’Arthur étaient à la fois douces et empreintes d’une puissance insoupçonnée chez ce garçon au physique ne laissant transparaître aucune agressivité. Linda le laissa ouvrir son chemisier, dévoilant un des dessous de dentelle qu’elle avait trouvé dans une boutique lors d’une sortie nocturne en compagnie de Tara. Le jeune homme déshabilla sa belle tout en goûtant chaque centimètre de peau qu’il découvrait, s’attardant autour de son nombril avant de descendre pour des baisers plus passionnés sous la jupe plissée de la lycéenne.
Les deux amoureux profitèrent autant que l’heure le leur permit du lieu. Vide, le gymnase laissa les cris de plaisir de la jeune femme résonner pour le plus grand bonheur de son fougueux amant. Il était presque dix-neuf heures lorsque, épuisés, Linda et Arthur furent pris d’un fou rire, leurs corps presque nus entremêlés sur l’épais matelas couvert de sueur. Ni l’un ni l’autre n’avaient eu envie d’être surpris alors qu’ils faisaient l’amour…quoi que !

C’est un sourire niais aux lèvres que la petite blonde rentra chez elle. Elle avait maintenant pris l’habitude de s’équiper d’un miroir et d’un peigne et personne n’aurait pu soupçonner ses activités coquines en la croisant. Peut-être ces yeux brillants de bonheur la trahiraient-ils finalement.
L’année se terminait, nullement comme elle avait commencé. Que cette jeune fille asociale avait changé depuis quelques mois. Sans avoir beaucoup d’amis, Linda était reconnue parmi les élèves. Elle serait majeure de son année sans aucun doute, et depuis qu’elle ne rasait plus les murs pour éviter les autres, plus personne ne trouvait de défaut à la belle. Peut-être certains la trouvaient-ils un peu snob…On ne pouvait pas être parfait. En outre, Linda considérait une grande partie de ses camarades comme des enfants gâtés sans aucun mérite, ce qui, si cela transparaissait même légèrement, ne devait pas aider à amoindrir cette image.
Mais En avait-elle vraiment à faire de l’avis général ? Sans doute un peu, mais rien qui n’ait eu à voir avec ce que pensaient d’elle ses amis. Si elle avait pu, la jolie blonde aurait rêvé de vivre sur une île en compagnie de Tara et d’Arthur.
Les relations avec John Mason, son père, s’étaient dégradées durant toute l’année scolaire. A peine était-il fier des résultats flatteurs de sa progéniture. Il réprouvait toute idée de relation sociale de sa fille. Quel était donc l’avenir qu’il imaginait pour elle ? Pensait-il que Linda resterait toute sa vie dans sa chambre ? Tous les soirs ? Sans jamais voir personne ?

En pénétrant dans le salon du manoir, l’adolescente afficha un grand sourire. Sur la table à manger, un simple papier marqué d’une simple phrase la combla de joie : ‘’Je ne rentrerai pas du week-end, sois sage. Papa’’
Il ne fallut pas longtemps à Linda pour entrevoir mille plans pour ce week-end qui s’annonçait excellent, en priant pour que les orages ne restent que menaçants. La première à prévenir de cette excellente nouvelle était Tara. Aucune des deux lycéennes n’était adepte des longues conversations avec leurs copines – sans doute du fait que ni l’une ni l’autre n’en avaient réellement – et l’appel de Linda ne dura guère plus de trois minutes avant qu’il ne fut décidé de se payer une bonne pizza avant d’aller courir les toits de la ville.
La nuit n’était pas encore tombée lorsque les deux jeunes femmes arrivèrent dans l’appartement privé de Tara, deux boîtes de pizza en main. Elles avaient également acheté deux litre de bière, il faisait très chaud même à cette heure.

Linda ne portait plus qu’un jean et un chemisier, vêtements couvrant parfaitement sa combinaison isotherme. Tara ne manqua pas d’avouer à sa blonde amie qu’elle n’avait guère été discrète plus tôt dans la journée en se rendant au gymnase.
-Tu nous as suivis ? demanda l’amoureuse, n’assumant guère son désir pour Arthur que quand ils étaient tous les deux.
- Bien sûr que non ! se défendit la jeune femme aux cheveux noirs. Tu fais les cochonneries que tu veux, je m’en fiche moi !
- Alors, tu m’en dis un peu plus sur ton vrai père ?
-…
Linda Mason n’avait trouvé que cela pour contrecarrer la gêne des conversations concernant ses ébats torrides et endiablés. Elle rougit pourtant d’autant plus en se rendant compte de ce qu’elle venait de dire, le sujet ayant été tabou jusque là. Tara du avaler un morceau de pizza avant de répondre, affichant un grand sourire.
- Tu as vu la photo, tu imagines qu’il est plein aux as comme mec non ?
- Comme mec ? répéta la petite blonde, surprise de l’expression.
- Je ne le connais pas du tout, pour moi c’est juste un mec.
A son tour, la blondinette avala une part de pizza, franchement navrée pour son amie. Si Tara n’avait pas les rapports conflictuels ou au mieux froids de Linda avec son père, elle semblait presque délaissée par ses parents, bien trop souvent absents pour que l’on puisse parler de cellule familiale.
- Tu as vu ses films au moins ? continua la jeune femme aux cheveux d’or.
- Ouais…tu les as vu toi ?
- Quelques uns, mais je n’ai pas la télévision dans ma chambre. Enfin j’en ai regardé un il y a un mois, en noir et blanc, mais tu as les mêmes yeux.
- Si c’était en noir et blanc je ne sais pas comment tu as pu voir ça, rigola Tara en servant un plein verre de bière à sa camarade.
- Quand même…la fille de Gary Garnett…personnellement j’irais le voir pour qu’il me raconte sa vie.
Tara soupira, gardant tout de même un sourire franc.
- Je préfère qu’on parle de ce que tu as fait avec Arthur dans le gymnase, lança-t-elle pour couper court à la conversation.
- Oui, sinon je te rappelle que ce n’est pas poli de manger la bouche pleine. Nous ne sommes pas obligées de parler.
Les deux jeunes femmes prirent de concert une gorgée du liquide amer. Elles trouveraient bien un sujet de conversation qui convienne.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Dim 9 Aoû - 5:56

- Es-tu certaine qu’il n’y a pas de chien ici ? Je ne veux pas revivre une expérience semblable à la dernière fois.
- Certaine…mais je crois qu’il y a des chats. répondit Tara Gift sans une émotion dans la voix.
Les deux adolescentes n’avaient pas attendu la digestion de leurs pizzas et à peine minuit passé, affublées de leurs combinaisons, elles avaient pris la direction du quartier chic où habitaient d’ailleurs les parents de Tara.
-Et tu sais s’il y a quelque chose de valeur ici ? Tu connais cette maison ? s’inquiéta Linda sous la cagoule assortie au gris de sa tenue isotherme.
- Oui, tu étais même là quand on l’a appris. Ils ont un Degas chez eux. Répondit la petite brune en souriant sous son masque.
- Quoi ? Nous n’allons tout de même pas voler une copine ?

Quatre jours plus tôt, au cours d’une banale conversation de récréation entre filles, une camarade de Linda s’était vantée d’avoir un tableau de maître chez elle. La jeune femme s’appelait Kelly. Elles étaient d’ailleurs deux à porter ce prénom dans la classe de miss Mason.
Kelly, donc, était une adolescente plutôt coincée, et travailleuse. Sans être vraiment désagréable, elle n’affichait pas une joie de vivre évidente. Linda aurait sans doute été ainsi si Tara Gift ne s’était pas mise sur sa route. Elle était la puînée d’une fratrie de trois qui semblaient tous promis à de grandes études, l’autorité familiale ne leur laissant manifestement pas le choix. Loin de se rebeller, Kelly défendait le point de vue de ses parents, formatée pour réussir comme le disait la téléporteuse.
Si elle en avait eu quelques choses à faire, Tara aurait peut-être tenté de dévergonder celle-ci aussi. Elle était réellement fière de ce qu’elle avait fait de Linda, juste une fille rayonnante de bonheur. Mais pourquoi s’occuper d’elle plus d’une autre ? Tara avait constaté depuis longtemps que les filles de son collège n’avaient pas du tout les mêmes préoccupations qu’elle, sans doute son pouvoir lui avait permis de voir le monde différemment.
Sans attendre de s’engager sur une conversation concernant la moralité de voler une connaissance, Tara saisit la main de sa comparse et se téléporta à proximité d’une fenêtre de la maison de Kelly Pastor.

Les deux adolescentes pénétrèrent la maison en silence, n’allumant leurs torches qu’une fois à l’intérieur. Elles avaient maintenant l’habitude d’agir ainsi, Tara ayant emmenée son amie plusieurs fois déjà visiter les habitations de riches propriétaires.
- Il n’y a personne, Kelly est partie en week-end avec ses parents.
- Pourquoi le dis-tu en chuchotant alors ? ricana Tara.
- L’habitude…et puis je ne suis pas certaine.
- Tu peux juste dire ‘’la trouille’’, ça suffira.
Linda éclaira son amie du faisceau de sa torche.
- Tais-toi ! Nous n’allons pas prendre nos aises et le petit déjeuner ici non ?
- Non je confirme, on va pas petit déjeuner ici, c’est sûr qu’ils n’ont pas de beurre de cacahuète, dit Tara en rigolant à nouveau. Tu as vu comme elle est maigre Kelly, on croirait qu’elle est anorexique !
- Je crois qu’elle l’est…
Devinant la compassion de sa blonde amie envers la jeune occupante des lieux, Tara préféra s’abstenir de toute remarque. Linda était vraiment trop gentille à avoir pitié de tout le monde dès qu’ils avaient un petit souci !
- Allez, on trouve le tableau et on se tire ! lança-t-elle.

La courageuse Ellen fit enfin son retour !
A voir la détermination dans ses yeux, on savait que la grosse bébête allait passer un mauvais quart d’heure !
Elle s’avança dans son armure dorée ! Dur de dire qui était la reine à ce moment là !
Temper Jones termina sa bière, il se doutait que la fin approchait.
A grands coups de bras mécaniques, le lieutenant Ripley repoussa l’alien, la faisant reculer jusque au sas…sans surprise, la pondeuse s’en alla dériver dans l’espace…
Jones éteint le magnétoscope au début du générique de fin : un bien beau film ma foi ! Des explosions, des grosses armes et Sigourney Weaver qu’il trouvait particulièrement à son goût.
Ce week-end solitaire ne commençait pas trop mal pour l’ancien flic.
Connaissant la maniaquerie de sa sœur, Temper se hâta de ranger avec soin la cassette vidéo à sa place. Il était à peine minuit et demie, largement le temps de déguster une ou deux autres œuvres contemporaines sorties des studios hollywoodiens…après s’être soulagé. Il faudrait faire attention de ne pas boire tant de bière toute la soirée.
Jones quitta la pièce aménagée en mini-cinéma. Le trajet était tout planifié : toilettes, terrasse en compagnie d’une cigarette, cuisine pour s’adjoindre la compagnie d’un nouveau pack de bière, et retour en salle ciné pour ce qui semblait être un chef-d’œuvre…James Bond déguisé en moine : Rien que l’idée faisait lever les yeux au ciel.

Comme prévu, le tableau était dans le grand salon. Bien que plus petit que celui du manoir Mason, Linda ne pu s’empêcher de mettre en parallèle les décorations quasi semblables. Tout était strict, rangé au millimètre. Elle imagina un instant que son père eu pu être le propriétaire des lieux. Tara posa sa lampe torche sur la table et entreprit de décrocher le Degas.
- Ne vas-tu pas vérifier s’il n’y a pas d’alarme avant de le décrocher ? demanda Linda.
La petite brune regarda son amie. S’habituerait-elle un jour aux risques ? De son point de vue, entendre sonner une alarme serait jouissif.
- Si tu veux, mais tu sais, on sera loin avant que les flics n’arrivent même si c’est le cas.
- Un jour, tu ne te feras prendre à cause de ton imprudence.
- Un jour, un jour…on verra. Passe moi ma to…
Tara se tu. Elle vit Linda mettre la main devant sa bouche en sursautant. L’allumage d’une lumière dans la maison n’était pas prévu.
L’adolescente aux cheveux d’or éteignit sa torche sans attendre plus, restant immobile et silencieuse. Tara se téléporta à proximité de la sienne et imita sa comparse, plongeant le salon dans une obscurité inquiétante. Seul l’encadrement à présent lumineux de la porte de la cuisine leur fournissait un faible éclairage.
- Je croyais qu’il n’y avait personne, chuchota Linda, tout à coup en sueur dans son costume.
- Ne bouge pas…Ne fais pas de bruit !
La fille de l’éditeur écarquilla les yeux. Tara n’avait pas du tout l’intention de fuir. A pas lents et aussi discrets que possible, elle se dirigea vers le canapé, invitant sa camarade de classe à la rejoindre.
- Pourquoi ne partons nous pas ? Cela vaut-il le coup ? demanda la belle collégienne une fois agenouillée derrière le grand divan.
- Bien sûr, je ne pars pas sans le tableau. On ne va pas se sauver dès que quelqu’un va pisser !
L’attente sembla durer une éternité. La lumière restait allumée dans la pièce jouxtant le salon, sans qu’aucun bruit n’en filtre. Combien de temps ? Cinq minutes ? Dix ? Une heure ?

Exactement trois minutes et vingt secondes. Temper Jones avait finalement plus envie d’une cigarette que de vider la bière contenue dans sa vessie. L’homme écrasa son mégot dans un pot de fleur et l’amena dans la poubelle. Il savait très bien que si Ruth trouvait un filtre sur sa terrasse, elle le tuerait. Il était assez risible qu’un homme comme lui, un superhéros garde cette peur consciente de son aînée de sœur. En rangeant avec soin le mégot parmi les autres ordures, il sourit même de cette situation.
Ses activités nécessitaient un ordre et une discipline de fer, donc il pouvait comprendre Ruth…Tenir une maison devait être certainement aussi ardu que mener une vie de justicier. Un instant il imagina sa sœur en latex avant de chasser cette idée saugrenue de son esprit.
La porte de la cuisine s’ouvrit enfin. Linda appuya fortement sa main sur ses lèvres. Elle sentait le froid comme la peur l’envahir. Elle se retint de ne pas crier, mais retenir son pouvoir, assaillie de telles émotions, était plus compliqué.
Tara posa sa main sur la cuisse de son amie. Malgré l’obscurité, Linda Mason pu lire dans son regard qu’elle ne l’abandonnerait pas.

Sans rien apercevoir, les deux adolescentes écoutèrent les pas lourds traverser la pièce. Mr Pastor avait-il laissé partir sa famille en week-end sans lui ? L’homme, heureusement, n’alluma pas le salon, ce qui aurait sans doute fini par faire défaillir la voleuse aux cheveux d’or, et se dirigea directement dans un couloir.
- Que fait-on ? lança Linda dont la respiration trahissait la crainte.
- Il a laissé la cuisiné allumée. Je dis qu’on attend ici qu’il reparte se coucher, il va sûrement y retourner.
Linda acquiesça. Dans la panique, elle ne pensait de toutes manières pas être capable de prendre elle-même une décision judicieuse.
L’attente fut plus courte cette fois-ci et les pas se firent de nouveau entendre, en sens inverse.
Linda serra ses bras sur sa poitrine. Elle n’avait qu’une envie, fuir. Elle s’imaginait déjà en train de geler ce pauvre homme. Que penserait John ? Que penserait son père si il savait ce qu’elle faisait ? Que penserait Sue si elle s’attaquait à un humain ?
Linda ne voulait surtout pas devoir utiliser son pouvoir contre qui que ce soit d’innocent.
Les pas stoppèrent alors que l’homme se trouvait au milieu du salon. Que faisait-il ? Prostrées derrière le dossier du canapé, les deux jeunes femmes retinrent leur respiration. Leurs regards bleus ne se quittaient pas, Elles étaient ensemble et elle le resteraient, telle était la promesse qu’elle se faisaient sans même parler.
Tout sembla s’accélérer : Les pas reprirent leur marche, la porte de la cuisine se referma puis la lumière quelques secondes plus tard.
Linda ouvrit enfin la bouche, laissant échapper ce qui ressemblait à un sanglot. Tara Gift lui sourit. Elle aussi avait eu peur finalement.
- Allez, on ne traîne pas !

Les deux jeunes femmes allumèrent leurs torches à nouveau, se relevant de derrière leur cachette. Linda était encore tremblante, un courant d’air froid voyageait autour de ses bras sans qu’elle ne pu le contenir.
- Reste là, réchauffe toi, je regarde s’il n’y a pas d’alarme et on file, lança Tara en se rapprochant du Degas.
-Dépêche toi s’il te plait…répondit Linda à voix basse.
La jeune collégienne aux cheveux de jais fit méticuleusement le tour de la toile. Celle-ci était de bonne taille et effectivement, un aimant était fixé sur le derrière du cadre. Sans doute l’éloigner du mur déclencherait une sonnerie ou signalerait directement le vol au commissariat. Tara sortit son arme secrète : un couteau suisse, et s’attela à détacher l’aimant du cadre en bois.
Méticuleusement, elle retira la sécurité qui n’était finalement que punaisée sur l’œuvre. Elle soupira pour elle-même quand elle se rendit compte qu’elle ne pouvait bouger sa main sous peine de bouger l’aimant. Tara avait beau être douée en maligne, elle ignorait totalement le mode de fonctionnement de ce type de sécurité. Le moindre mouvement pouvait les trahir.
- Linda, viens ici. Il faut que tu gèles la sécurité là où elle est.
Non mais ! Elle n’allait tout de même pas se laisser ennuyer par un simple aimant.
Sans un bruit, Linda se rapprocha. Il ne serait pas dur de geler quoi que ce soit à cet instant. Elle sentait tout son pouvoir courir le long de ses membres. Aussi vite que Tara le lui indiqua, la petite blonde créa un glaçon reliant le mur à sa main, emprisonnant la sécurité aimantée dans sa position initiale.
Tara saisit le tableau et le décrocha. On devinait un grand sourire sous son masque.

La lumière du salon s’alluma alors. Les deux jeunes femmes se retournèrent en sursaut alors qu’un bruit métallique se fit entendre au centre de la pièce. Avant même qu’elles aient pu voir la personne ayant allumé, Une fumée grise apparut.
- Un fumigène ? cria Tara en saisissant la main de son amie, prête à se téléporter loin de ce qui semblait être un traquenard.
Linda Mason la regarda. Le froid l’envahit d’avantage alors qu’elle réalisait que sa camarade avait délaissé le Degas.
Les yeux de Tara Gift scrutaient la pièce à toute vitesse, cherchant en vain le lanceur de fumigène. Le nuage remplit en quelques secondes seulement le grand salon.
- Merde ! Je vois rien ! chuchota la brunette dont l’expression avait cette fois bien changé.
- On ne bouge pas !
La voix avait tonné de l’autre côté de la pièce. Une voix masculine, puissante et effrayante par sa conviction. Tara imaginait mal le père de Kelly posséder des grenades fumigènes mais elle se fichait royalement de l’identité de l’homme. Elle voulait juste sortir.
Problème…elle ne se téléporterait pas à plus de trois mètres dans cette fumée. Tirant Linda par la main, elle décida de courir. Une fois devant une fenêtre, plus rien ne pourrait l’arrêter.

Jones l’avait senti. Revenant des toilettes, sans savoir si ses sens particulièrement aiguisés ou une simple intuition l’avait prévenu, il avait senti des présences toutes proches.
Il s’était rendu dans la cuisine, avait éteint, et s’était faufilé par la fenêtre sans un bruit. Retombant sur le gazon lestement, telle une ombre, il avait sourit.
Sa vitesse de course était impressionnante, il rejoignit son véhicule avant même que les deux jeunes femmes d’eurent quitté leur cachette derrière le divan. En moins de deux minutes, il redevint Le Sabre. Est-ce que ça valait le coup ? On était peut-être venu pour lui, qui sait !
De l’extérieur, il discerna aisément les rayons de lumière de torches. D’après ceux-ci, les intrus étaient deux. De simples voleurs ou des assassins envoyés par d’anciens ennemis ? Il le saurait bien assez tôt, comme eux sauraient que Le Sabre ne prend jamais de vacances.
La lumière du salon allumée, la pièce totalement enfumée, Jones fit son entrée. Il était peu probable que ses adversaires aient eu des équipements infrarouges comme lui. Pourquoi utiliser des torches sinon ? Malgré la fumée, il voyait les deux intrus. Intruses plutôt. La morphologie des silhouettes dans ses lunettes infrarouges ne pouvait mentir. Il s’agissait bien de femmes.
Elles se mirent à courir. Ne venait-il pas d’ordonner qu’on se fixe ? Essayant de réfléchir au plus vite, le superhéros conclut qu’il était plus probable qu’il soit tombé sur un cambriolage…ou alors on le prenait vraiment pour un amateur si on s’attaquait à lui de la sorte ! Il ne chercha donc qu’à arrêter les deux inconnues. D’un même geste, Le Sabre tira un dard de sa ceinture et le lança en direction des fuyardes.
Il sourit au hurlement de l’autre côté de la pièce. La voix stridente d’une jeune femme lui indiqua qu’il n’avait pas manqué, mais il manquait rarement.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Dim 14 Fév - 9:13

Tara porta la main sur sa cuisse en hurlant. La lame s’était enfoncée dans sa chair de cinq bons centimètres et l’avait coupée dans sa course, la faisant chuter lamentablement au sol.
Elle n’osa pas tout de suite retirer le dard de sa jambe, essayant de regarder sa blessure malgré l’épaisse fumée qui avait envahi le grand salon. L’adolescente aux cheveux de jais pu sentir un froid intense émaner de son amie lorsque celle-ci se pencha pour s’enquérir de sa santé.
Voilà qui était un mouvement d’amateur ! Qui pouvait donc se préoccuper ainsi de son acolyte sans même sécuriser les lieux ou – au moins – vérifier qu’il n’était pas visé ?

Il ne fallut pas trois secondes à Temper Jones pour traverser la pièce. Le glissement métallique de son arme dans son fourreau attira l’attention du rôdeur encore indemne, mais il fut largement trop lent pour éviter le coup. D’un même geste, le Sabre percuta le pommeau de son arme contre la mâchoire de Linda Mason et plaça la lame sous la gorge de l’intruse déjà à terre. Alors que la première roulait en arrière en se prenant la mâchoire entre les mains, la seconde disparut.
Jones avait déjà vu bon nombre de pouvoirs en action lors de ses interventions mais il ne pu s’empêcher d’écarquiller les yeux devant ce prodige. Il pensa tout d’abord à un don d’invisibilité et trancha l’air de son arme, sans rencontrer la moindre résistance. Il était clair que la jeune femme s’était dématérialisée. Elle ne serait peut-être pas si facile que ça à menotter. Le flic patibulaire se retourna vers sa seconde proie, qui semblait moins douée. Le corps frêle la jeune femme, enrobé d’une combinaison taillée sans génie, était étendu au sol.
Il avait vu tant de criminels qu’il lui parut évident que celle-ci n’était qu’une débutante, sans doute pas encore majeure. La lame se dirigea, menaçante, en direction de la petite blonde, encore occupée à vérifier l’état de sa mâchoire douloureuse.

L’ancien policier n’eut pas le temps de se montrer plus vindicatif envers sa cible, ni même d’esquisser un geste avant que Tara Gift ne réapparaisse. Comme en lévitation, la jeune acrobate se matérialisa au dessus de ce nouvel adversaire et posa sa main sur sa tête.
Une nouvelle téléportation emmena le duo au centre de la pièce, à deux mètres de hauteur.
Temper chercha à s’emparer de la main qui n’avait fait qu’effleurer son crâne, en vain. Tara lui envoya un violent coup de pied entre les omoplates, le propulsant s’écraser contre la table basse du salon. Elle se téléporta à nouveau, ne lui laissant pas le temps de respirer.
C’est en hurlant de rage qu’elle planta le dard de Jones dans son biceps. Cela n’eut pas l’effet escompté.
Le Sabre était un dur à cuir. Il ne comptait plus les coups qu’il avait pris dans sa vie, même si les éviter était son principal talent. Cette fois il s’empara du poignet de la voleuse. Par malchance, il ne pouvait manier son arme de manière à la blesser dans cette position, et fut à nouveau victime d’une téléportation aérienne. Il était pourtant bien décidé à ne pas lâcher le poignet fin de son adversaire. Il se retourna en l’air comme un lion enragé, entraînant Tara sur le côté. Il tombèrent tous les deux lourdement sur le sol, et comme souvent, Temper Jones fut le plus rapide à agir. Il se releva d’un bond sans lâcher sa prise, faisant voler la jeune femme sur une trajectoire circulaire qui s’acheva dans un bruit sourd contre le mur où se trouvait le tableau cinq minutes plus tôt.

La douleur était innommable. Linda pensait que sa mâchoire était fendue et le sang coulait abondamment dans sa cagoule. Elle se releva cependant, bien consciente des bruits de lutte autour d’elle.
Mais qui pouvait être cet homme ? Elle n’avait pas rêvé. C’était bien une épée qu’il avait pointé sur elle…Il était complètement inconcevable que le père de Kelly se batte à coups de fumigènes militaires et de sabre japonais. Le plus probable était bien qu’elle rêvait.
Un nouveau cri de Tara, à plusieurs mètres d’elle, décida Linda. Malgré la douleur qui courait de son menton au sommet de son crâne, la belle blonde se rua sur l’homme armé, au son.
Elle discerna la silhouette massive de l’ancien flic et tendit les mains en avant, déversant son air glacé dans le dos de sa proie.
Comme de petits couteaux tranchants, plusieurs éclats de glace vinrent frapper le Sabre, qui lâcha la jeune femme aux cheveux noirs. Jones se retourna en grognant, balayant devant lui avec la lame de son arme.

Linda Mason resta immobile, presque inconsciente du mouvement de l’épée courbe. Elle pointait toujours l’ancien flic de sa main, paume ouverte. Tara Gift se téléporta une nouvelle fois, à hauteur du visage de Jones, et lui porta un nouveau coup de pied. L’homme recula de trois pas, permettant une autre téléportation.
Tara se battait avec toute la rage dont elle pouvait faire preuve, apparaissant et disparaissant autour du Sabre, le frappant aussi puissamment que possible.
La petite blonde voyait le combat, de plus en plus distinctement comme la fumée se dissipait, mais elle ne pouvait plus envoyer son pouvoir à l’aide de son amie. Elle l’aurait blessée sans doute. Elle tenait les deux combattants en joue, le bras toujours tendu devant elle.
Ce n’était pas le risque de toucher Tara qui l’empêchait de lancer ses flèches de glace…Elle en était incapable, physiquement.
L’homme était rapide, extrêmement rapide, et bien entraîné. Tara devait user de tout son pouvoir pour échapper à ses coups et le frapper en même temps, mais le combat était inégal. Il suffirait d’un coup, un seul mal placé, pour qu’elle succombe, alors que lui encaissait coups de pieds sur coups de pieds sans avoir l’air de broncher. Petit à petit, il cessa de juste se défendre, tentant des frappes précises et mortelles. Il finirait bien par frapper cette petite emmerdeuse !

Consciente du déroulement du combat, Tara se téléporta à plusieurs mètres du Sabre, se mettant à l’abris de sa lame de plus en plus vicieuse. Aurait-elle pu esquiver la charge de l’ancien flic si elle n’avait pas eu son amie dans son champ de vision.
Elle resta immobile, le regard incrédule et désolé, lorsque Temper Jones fondit sur elle le sabre en avant.

A vrai dire, il ne pensait pas la toucher.
Il pensait qu’elle se téléporterait une nouvelle fois.
Le sabre perfora l’adolescente de part en part, entrant par le nombril et ressortant entre ses omoplates.
Il y eut un léger silence avant que Jones ne retire son arme du corps sans vie de Tara Gift.
Linda ne bougea pas devant cette scène. Elle garda sa position, bras tendu en avant.
Pourquoi est-ce qu’elle ne pouvait pas bouger ? Elle essaya.
Son corps ne répondait plus. Jones s’avança vers elle. Il n’était même pas menaçant.
C’est à cet instant qu’elle sentit…
Elle baissa le regard et compris, plusieurs minutes après avoir été coupée en deux par la lame de Temper Jones. Etrangement, ses jambes la retenaient encore debout, en un seul morceau, mais dans son mouvement de dégagement, le sabre avait bel et bien tranché net la chair et les os de la belle adolescente.
Le sang coulait maintenant dans et sur son pantalon.
Elle ne le sentait même pas.

Jones tenait encore son arme. Son corps avait été meurtri cette fois. Cela avait été un beau combat. Il observa la jeune femme devant lui. Elle ne semblait pas morte, pourtant elle l’était.
L’ancien flic ôta ses lunettes à infrarouge et son masque. Il avait gagné.
Les yeux bleus de la femme trahissaient son jeune âge mais il ne voulut pas voir son visage. Même s’il ne se reprochait rien, il n’aimait pas tuer des enfants.
Quelques mèches blondes dépassaient de sa cagoule imbibée de sang.
Lentement, elle laissa retomber son bras le long de son corps.
Cela la déséquilibra, révélant sa blessure. Le haut du corps de Linda tomba au sol dans une marre vermillon. Ses jambes et son bassin suivirent, mais de l’autre côté…
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Dim 14 Fév - 10:01

-Linda ?
-…
-Linda …
-…
-Linda !
-Moi ?
-Oui toi.
-Qui es-tu ?
-Je suis toi.
-Je me parle ?
-Non, c’est moi qui te parle.
-Suis-je folle ?
-Non, tu es morte.
-Morte ?
-Oui, morte.
-…
-Tu ne savais pas ?
-Je m’en doutais un peu…
-Et que vas-tu faire ?
-Faire ? Là maintenant ? Je ne sais pas…
-Tu ne veux pas te venger ?
-Mais je suis morte…Je ne pense pas à ça.
-Tu es morte parce que tu le veux.
-Cela n’est pas si simple. Tu es folle !
-Moi ? Folle ! Tu es morte je te rappelle, et tu parles ! Qui est la folle ici ?
-Je croyais que tu étais moi ! Nous sommes la folle !
-Bien bien, si tu y tiens ! Mais je ne veux pas mourir.
-Ce n’est pas quand on est mort qu’on décide de ça.
-Moi, si !
-Si je suis morte, tu es morte aussi, puisque tu es moi.
-Je suis morte parce que tu le veux.
-Je ne comprends pas.
-Tu ne comprends pas bien les choses n’est-ce pas ?
-Je suis majeure de ma promotion quand même…
-Du savoir ! Mais tu es sotte !
-Sotte ? Folle ? Tu es là pour m’insulter ? C’est ça l’enfer ? Une voix qui t’insulte pour l’éternité ?
-Je ne suis pas le diable, d’ailleurs je n’y crois pas !
-Moi non plus…
-Evidemment, mais que dirait maman ?
-Comment ça ?
-Elle n’a sûrement pas envie que tu meures.
-Je pourrais la rejoindre comme ça…
-Tu ne crois pas à ça.
-Non, je n’y crois pas.
-Tu as raison, moi non plus.
-Linda ?
-Maman ?
-Oui, je suis ta mère.
-Comment est-ce possible ? Je reconnais ta voix.
-Je suis là, avec toi, comme toujours.
-Je sais…
-Depuis que je suis morte, je t’accompagne, depuis que tu m’as tuée.
-Je…n’ai pas fait exprès…
-Je sais, et je t’aime.
-Je t’aime.
-Et moi tu m’aimes ?
-Tara ?
-Oui. Tu es morte aussi ?
-Oui, je crois.
-Tu n’es pas obligée.
-Mais toi tu es morte ?
-Oui…
-Je suis navrée…
-Je sais…
-Qu’est-ce qui va se passer maintenant ?
-Pour moi, rien, je suis morte.
-Moi aussi, je suis morte.
-Tu es morte si tu le veux.
-Je ne comprends pas.
-J’ai envie que tu vives.
-Pourquoi ?
-j’ai envie que tu vives pour me venger.
-Te venger ? Mais je suis morte.
-Tu es morte parce que tu le veux ! Je veux que tu vives !
-…
-Moi aussi, je veux que tu vives, Linda.
-Maman ?
-Il faut que tu vives !
-…Mais ? Qui êtes vous ?
-Je suis Sue, je suis Tara, je suis Arthur, Je suis John, Je suis toi, Linda…je suis ta vie.
-Mais je suis morte, non ?
-Non…je vais vivre…


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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Mar 28 Sep - 4:10

Lorsque vous étiez étudiant, d’origine japonaise de surcroît, la vie n’était pas aisée à Alexandria. John Nakata était né dix-neuf ans auparavant d’une mère qui ne parlait toujours qu’une douzaine de mots anglais malgré les deux décennies passées à travailler à l’usine.
John, lui, s’était juré quelques années plus tôt de réussir dans ce grand pays, pour l’honneur.

Le jeune homme avait les traits typiquement nippons, de beaux yeux noirs et un visage fin. Ses études de médecine à peine débutées, il avait cherché à les financer, et fort heureusement, aux USA, qui veut peut. L’étudiant avait enchaîné les jobs, ingrats ou ennuyeux, ou les deux. Le dernier emploi que John avait trouvé rentrait dans la catégorie ennuyeuse, habituellement. Il s’était d’ailleurs étonné de savoir que les morgues étaient surveillées le soir venu. Des gens volaient-ils des cadavres dans ce pays ?
John n’avait eu a déploré aucun larcin de ce type depuis les deux mois qu’il s’affairait dans le silence de l’établissement mortuaire. Il lui arrivait, presque une fois par nuit, de couper sa radio pour profiter du calme. Mais ce soir, le calme ne régna pas dans les couloirs faiblement éclairés de la morgue.

Il était bientôt une heure du matin quand la double porte de l’entrée s’ouvrit violemment. L’étudiant sursauta sur son siège. Un instant durant, il se demanda si son cœur avait lâché tellement il avait bondi de son fauteuil. La porte était pourtant fermée à clef.
-Y’a quelqu’un ?
John osa à peine répondre. L’homme qui venait d’entrer était inquiétant, voire sinistre, voire flippant ! Vêtu de noir, cagoulé, un sabre à son dos, l’inconnu avança de quelques pas en direction de l’accueil. Il sentait l’alcool et le sang.
L’asiatique ne pu bouger. Son air ahuri ne fit cependant pas rire l’inconnu qui s’avança encore jusqu’à poser son coude sur le bureau.
-Y’a que toi ici, gamin ?
-…Ooui…monsieur…
-Viens me filer un coup de main ! ordonna l’homme armé.

Tout avait débuté ainsi. Quelques minutes plus tard, John Nakata s’était retrouvé dans la morgue proprement dite, contemplant les corps de deux adolescentes. L’homme lui avait fait décharger deux lourds sacs de son coffre, et s’était enfuit après avoir déposé les cadavres sur les tables d’autopsie. L’étudiant avait failli rendre malgré le sang froid dont il faisait habituellement preuve. L’une des deux victimes avait été littéralement coupée en deux.
John n’osa rien dire. Il laissa partir l’homme en noir, les blessures mortelles des jeunes femmes avaient pourtant été faites à l’aide du sabre qui trônait entre les omoplates de l’inconnu.
Mille questions assaillirent le cerveau du jeune étudiant mais plus important que savoir s’il n’allait pas perdre son travail ou se retrouver au commissariat, il fallait prendre soin de ces victimes. Lentement, il les déshabilla. Elles étaient affublées d’étranges combinaisons, sorte d’habits de ninja mal taillés. Qui pouvaient-elles être ?
John connaissait la procédure. Il remplit d’une écriture tremblante deux fiches d’entrée. Même si cela devait rester temporaire, il devait garder une trace de tout cela. Les deux jeunes filles étaient très belles, un peu plus jeunes que lui, et il ne pu qu’éprouver une énorme tristesse, un sentiment de gâchis en les enfermant derrière les portes froides de leurs casiers.
Il laissa un profond soupir résonner dans la pièce redevenue silencieuse avant de ranger les affaires ensanglantées et de retourner à son bureau, les deux fiches d’admission en main.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Sam 25 Déc - 19:25

Le premier coup fut à peine audible. John Nakata ne laissa trahir sa déconcentration que d'un léger détournement du regard.
Lorsqu'à nouveau, il lui sembla entendre un nouveau bruit, toutes sortes d'émotions le traversèrent. L'angoisse soudaine de n'être pas seul au sein de la morgue fut celui qui domina les autres. Le jeune nippon releva la tête lentement de son livre puis se pencha en avant, cherchant l'origine de ces bruits inquiétants.
Il ne pu s'empêcher de déglutir bruyamment en entendant la série de chocs émanant de la salle mortuaire.

Etait-ce du courage, de la curiosité ou de la folie qui poussèrent John à se lever de son siège? Il n'osait même pas se poser ces questions existentielles alors que ses pas le menaient malhabilement jusqu'à la double porte battante derrière laquelle étaient entreposés les corps inertes.
De nouveaux bruits de coups lui laissèrent penser que tous ne devaient pas être inertes ce soir.
L'étudiant n'avait jamais entendu parler de revenants, d'êtres immortels, de magie ou de quoi que ce soit de surnaturel qui ai été prouvé. Cela lui traversa bien l'esprit alors qu'il entrebâillait un des battant de l'ouvrant mais son esprit cartésien penchait plutôt en faveur d'un phénomène plus simple et logique : On avait mis dans cette salle quelqu'un qui n'était pas mort.
Alors qu'un nouveau son retentit, John alluma la lumière, et son esprit, tout aussi cartésien qu'il fut, ne pu que se résoudre.

Les néons clignotèrent une demi douzaine de fois avant de baigner les casiers de leur lumière intense. John Nakata resta figé sur place. Il ne comprenait pas.
Les murs de la salle étaient entièrement recouverts de givre. Il s'étonna toutefois de n'avoir aucunement froid, pourtant il regarda sa main et constata qu'il tremblait. Il reconnut facilement la porte du casier d'où "on" frappait. En outre celle ci était cernée par une glace plus intense que le reste de la pièce.
Trois nouveaux coups retentirent. Il lui sembla voir la porte bouger.
L'intellect du jeune homme était troublé. Il n'y avait aucune logique à ce qu'il vivait cette nuit. Le givre, la glace, d'où cela pouvait-il provenir? Et cette porte, ce casier...la fille qu'il avait mise dedans avait eu le corps coupé en deux.
Il se demanda si son corps agissait seul lorsqu'il vit sa main s'emparer de la poignée. Pourquoi ouvrait-il? La logique aurait voulu qu'il retourne s'asseoir, et se réveille dans quelques minutes, en sueur, après ce cauchemar trop réel.

La poignée déverrouillée, la porte s'ouvrit violemment. John recula en laissant échapper un cri de frayeur alors qu'il distinguait clairement deux jambes repousser la porte du casier.
Il eu à peine le temps de faire deux pas en arrière que la jeune femme se dégagea de sa prison et tomba au sol.
John l'observa. son corps était entièrement nu. Un genou et une main au sol, la tête baissée, Elle possédait des courbes parfaites. Elle resta ainsi quelques secondes qui durèrent une éternité pour l'asiatique. Il aurait peut-être eu la même réaction devant une femme nue faite de chair et de sang, mais son mutisme était du à un phénomène qu'il n'avait jamais encore imaginé.
Le corps de Linda Mason était fait de glace. On eu pu la croire taillée dans le cristal ou le diamant.

John recula encore quand la statue translucide commença à bouger de nouveau. Lentement, elle releva la tête vers lui. La lumière criarde des néons se refléta dans ses yeux qui scintillèrent en se posant sur le gardien de nuit. Elle ouvrit la bouche.
Aucun son ne sortit.
Nakata recula encore, s'adossant à la porte. Il était à la foi effrayé et émerveillé par le spectacle que lui offrait la statue de glace. Elle porta la main à sa gorge en essayant à nouveau de parler, en vain.
Linda se redressa lentement en regardant autour d'elle. Elle ne comprenait pas, elle non plus, ce qui avait pu se passer. Elle regarda ses mains, son corps, toucha ses seins puis son ventre, longeant une cicatrice qui aurait du être là.
Puis la rage s'empara d'elle.

John n'eut pas le temps d'esquiver. La fille de glace se rua sur lui, lui bloquant la gorge avec son avant bras. Elle avait beau être plus petite que l'étudiant, il sentit ses pieds décollés du sol alors que la jeune femme lui écrasait la pomme d'Adam. Il tenta de s'emparer du bras gelé qui le compressait contre le mur mais sans résultat. La statue tenta encore une fois de parler, sans succès. Lui non plus ne pouvait plus articuler.
Linda le jeta sur le côté, furieuse de ne pouvoir s'exprimer. L'asiatique s'écroula sur le sol recouvert de givre. Cette fois, il avait froid et peur pour sa vie.
la jeune collégienne se dirigea vers les casiers. Elle les ouvrit uns par uns, tirant les cadavres de leur quiétude. Elle fut tirée de sa furie par la voix du jeune homme. Il se tenait derrière le corps de glace, les bras croisés sur sa poitrine. Du givre recouvrait maintenant sa peau et ses cheveux.
- Attends, je vais t'aider, dit-il en frissonnant.
Linda se retourna. Son visage de glace exprimait douleur et rage. Ses yeux luisaient comme des torches bleutés. Aucune expression ne pouvait transparaître de ces feux gelés pourtant John y sentait une profonde tristesse.
Sans pouvoir détourner son regard de celui de l'entité de glace, il se dirigea vers le casier où il avait couché Tara. Comme si ce fut un cérémonial, il ouvrit et dégagea le corps de la jeune femme.

Linda s'avança lentement vers son amie. Elle avait été nettoyée rapidement et malgré l'entaille sur sa gorge, elle semblait tranquille. L'asiatique s'éloigna des deux jeunes femmes. Il avait déjà assisté au recueillement de plusieurs personnes face à un proche, mais le spectacle de ce corps de femme, sculpté dans le cristal, effleurant du bout des doigts le visage blafard de son amie, resterait marqué dans son esprit pour toujours.
Malheureusement pour John Nakata, "toujours" pour lui ne signifiait pas éternité, ni même quelques années.
Il fallait que quelqu'un paye !
Linda se retourna et fixa un simple instant le jeune homme. Son regard n'avait pas changé, mais son corps était redevenu menaçant. L'air froid se mit à tourbillonner de plus belle autour du corps gelé. Elle s'avança vers lui d'un pas assuré. Elle n'essayait plus de parler.
L'étudiant supplia de plusieurs "non !", n'essayant même pas de trouver quelques arguments recevables quant au fait qu'il n'y était pour rien dans ce malheur. Il préféra fuir.
John Nakata eut à peine le temps de poser sa main sur la poignée de la double porte battante. Il constata avec effroi qu'un stalactite dépassait de son sternum. La douleur était aigüe. Il ne pensait pas que cela faisait cet effet là d'être transpercé par un pieu de glace. Peut-être était-ce le froid qui donnait cette étrange sensation de brûlure plus que de déchirure d'ailleurs?
Ses réflexions s'arrêtèrent lorsque son corps toucha le sol. Il mourut presque instantanément.





Il neigea cette nuit là.

Linda marcha, nue, enfermée dans son corps de glace.
Elle portait le cadavre de sa seule amie dans ses bras, sans peine.
Elle marcha plusieurs kilomètres, ne croisant aucune voiture sur son chemin.
Tout autour d'elle, la neige tombait comme ses larmes ne pouvaient couler.

Ses pas la menèrent jusqu'à cet endroit qu'elle adorait tant.
Un petit lac paisible, loin de la ville et ses fourberies.
Sur le bord de ce lac, elle avait failli tuer son premier ami, le professeur Vauhn.
Quand son pied affola la surface de l'eau, Linda voulu offrir un lieu de paix à celle qui était sa soeur.

Elle nagea jusqu'au fond des eaux, entraînant Tara dans ses bras.
La jeune étudiante si joyeuse semblait encore sourire dans les remous du lac.
Elles restèrent ainsi longtemps. allongées l'une contre l'autre loin sous la surface.
Qu'aurait-elle pu faire de plus que lui offrir un cercueil de glace éternelle?

Tara Gift reposerait à jamais dans ce lac.
Protégée des temps dans son dôme de glace.
Elle y avait mis tout son amour, toute sa puissance.
Qu'aurait-elle pu lui donner de plus que ce repos éternel dans son propre corps?

...Hormis la venger.

Linda ressortit de l'eau alors que le soleil commençait à filtrer au travers des branches. La surface de l'eau était brouillée, les arbres devenus blancs, recouverts par la neige.
Elle ne pu faire que quelques pas. La lueur dans les yeux argentés de la belle statue de cristal s'estompa.
Son corps nu s'effondra sur le bord du lac. Ses cheveux blonds étaient mouillés.
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