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 la petite histoire de Linda

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Lady Edelweiss
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MessageSujet: la petite histoire de Linda   Dim 23 Sep - 4:37

HRP : Bien évidemment, tout ce qui va suivre n'est qu'histoire, et vos personnages n'ont en aucun cas connaissance de ces détails
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Lady Edelweiss
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Dim 23 Sep - 4:38




Alexandria – Minnesota – 1981

L’homme était assis sur un fauteuil en bois et cuir richement décoré. Paré de lunettes de vue et d’un costume gris clair, Il avait le nez plongé sur une pile de notes et factures, laissant tourner en sourdine un vieil album des comets.

John Mason était à la tête d’une imprimerie dans le Minnesota. L’entreprise fonctionnait plutôt bien, ce qui lui avait permis d’acquérir un splendide manoir de trois étages, un peu à l’extérieur de la ville, en direction de Morris.

Les domestiques avaient quittéla bâtisse bien des heures auparavant, le manoir était quasiment vide. John Mason était un homme plutôt grand, blond avec un sourire qui lui avait ouvert bien des portes par le passé. Non qu’il fût enclin à courber l’échine à tout bout de champ, mais il restait persuadé que quelques courbettes et compliments bien placés pouvaient rapporter plus gros qu’une attitude agressive – comme celle qu’adoptait généralement le co-propriétaire de l’imprimerie – au moment de signer un contrat juteux.

Le bureau de John était sommetoute assez sobre, une décoration en bois, dans des tons rouges et chauds, faisait la pièce particulièrement accueillante. De ci, de là étaient attachés au mur quelques cadres de divers diplômes de commerce et quelques photos de Sue et Linda, les deux êtres les plus chers que John ait jamais compté dans sa vie.


Alors que l’imprimeur sortait une cigarette du paquet posé sur le bureau, il lança un regard au cadre en face de lui. La photographie était simple : Sue, sa femme, se tenait juste devant lui, la tête un peu penchée sur le côté, un sourire tendre aux bords des lèvres ; dans ses bras elle tenait un bébé. John avait les deux mains posées sur les épaules de Sue, il regardaient tous deux leur enfant.

Sortant de sa rêverie, John Mason regarda sa montre, il était 21h36. Linda avait huit ans maintenant, et une fillette de huit ans se devait d’être couchée à cette heure là.

Madame Mason se tenait au salon. Un feu de cheminée crépitant réchauffait la pièce d’une douceur apaisante. Sue avait ramené ses jambes sur le canapé. A moitié allongée, ses chaussures posées minutieusement sur le sol, elle était occupée à lire un des derniers romans parus aux éditions de son époux.

John apparu à la porte qui donnait sur le couloir, cigarette à la main.
-Chérie, tu veux aller coucherLinda ?
Sue releva la tête de son livre, ses grands yeux bleus voilés derrière des lunettes de vue, puis acquiesça sans sourire. Son mari disparu aussitôt en direction de son bureau.
La jeune femme rangea soigneusement ses lunettes dans leur étui et posa celui-ci sur le livre dont elle avait marqué la page. Pieds nus, elle pris la direction des escaliers. La chambre de Linda se trouvait au second.

Sue Mason était une femme d’une grande beauté. John avait craqué à la première seconde où ils s’étaient croisés, en faculté de littérature. Ce soir, elle portait une robe blanche décolletée qui lui donnait l’air d’un ange. Sa longue chevelure blonde tombait en cascade sur ses épaules et son dos. Elle avait toujours soutenu et aidé son mari dans ses affaires, et John le savait. Ils étaient complices à la vie comme au travail jusqu’à l’accouchement.

Parfois, Sue se demandait si Linda était aimée par son père. Comme toute bonne mère américaine, elle se donnait corps et biens pour éduquer sa fille et la rendre heureuse. John ne la voyait-il que comme un obstacle dans son ascension sociale, comme elle le pensait parfois ? Depuis la naissance de Linda, Sue avait vu son mari s’éloigner progressivement, prétextant qu’il était maintenant le seul à subvenir à leurs besoins.

Sue posa ses pieds nus sur le parquet en bois du deuxième étage. Aucun bruit ne se faisait entendre de derrière la porte de sa fille…le sol était…froid.
La jeune femme regarda ses pieds. Le sol était anormalement froid, cela la frappa tout de suite. Même l’air était beaucoup plus frais qu’au premier. Pourtant la chaleur de la cheminée aurait du monter jusqu’ici.

Regardant une dernière fois en bas de l’escalier, la jeune blonde se dirigea hâtivement vers la chambre. Elle avait une mauvaise intuition. Sa main se referma sur la clenche en fer doré…toute aussi froide que le sol.
Elle entra…et hurla le nom de son mari.

Le cri strident qu’il venait d’entendre le fit se lever comme un ressort. John bouscula son siège et sorti en trombe de son bureau.
-John, vite ! Vite !
Sue criait, quelque chose de grave était arrivé. L’homme d’affaire se rua dans le salon, puis dans l’escalier.
Jamais il ne l’avait gravi aussi vite, il manqua de tomber dans sa
précipitation.
La porte de la chambre de la petite était grande ouverte. John s’arrêta net sur le pas de la porte, contemplant un phénomène qu’il n’aurait jamais pensé sous de telles latitudes.

Bouche entrouverte, il resta
quelques secondes à détailler l’antre de Linda, sa fille…Une couche de givre
recouvrait les murs et le plafond…et le froid ! Il n’avait pas senti le courant d’air froid jusque là. Il réalisa seulement que la température dans cette chambre ne devait même pas dépasser zéro.
Comment la chambre avait-elle pu geler ?
-Sue !
Sa femme était agenouillée sur le sol, dans ses bras, la tête tombante – tel un cadavre – elle tenait Linda.
La petite fille avait les yeux grands ouverts. Ses magnifiques pupilles bleues
qu’elle avait volées à sa mère pointaient le vide, le néant.


Sue Mason regarda son mari, les
yeux emplis de larmes abondantes et bredouilla :
-Elle est…morte…





Dernière édition par Edelweiss - Linda Mason le Dim 14 Fév - 9:30, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Mar 25 Sep - 17:26

Le vacarme des pas dans l’escalier s’éloigna peu à peu. La jeune femme resta là quelques instants, ses jambes nues pliées sur le sol froid. Elle était entourée de givre. Les murs, la fenêtre, les meubles, tout était gelé. Elle essuya ses larmes et se releva lentement, chancelante.
Sa fille était en vie…mais que lui était-il arrivé. Sue tremblait. Elle faillit tomber, posa sa main contre le mur, et la retira aussitôt, du givre sur sa peau.
Elle entendit le moteur de la Dodge se mettre en route et hurler gravement.

John était en sueur. Linda respirait à peine sur le siège passager. Le moteur vrombissant de la Dodge ne couvrait qu’à peine le battement de son cœur qui résonnait dans ses tempes. Un moment lui aussi avait cru sa fille morte, puis il avait vu sa poitrine se soulever. Elle était toujours inconsciente mais avait fermé les yeux. Elle semblait presque dormir.
Elle dormait oui…mais s’il ne voulait pas qu’elle s’endorme à jamais, il devait la conduire à l’hôpital au plus vite. Tant pis pour les excès de vitesse !
La route défila comme jamais, klaxonnant, le bolide se moquait des feux rouges. Heureusement il était tard, quasiment personne ne circulait à cette heure là. John parvint enfin à l’hôpital. Montant sur les trottoirs, il gara la Dodge et en sortit le plus vite possible.

L’infirmière vit débouler l’homme dans le hall, une fillette inconsciente dans les bras. Son regard était empli de peur, de désespoir, de chagrin. La jeune femme dans sa blouse blanche comprit tout de suite qu’il s’agissait de quelque chose de grave. Elle laissa son bureau de l’accueil et parti à la recherche d’un médecin après avoir signifier à John Mason d’allonger son enfant sur les fauteuils.
L’éditeur était paniqué comme jamais. Il s’en rendait compte. ‘’Linda, Linda ! Mon bébé…’’. Il contempla sa fille, pâle comme la faucheuse, les lèvres bleuies par le froid. Sa peau était toujours glacée se rendit-il compte en touchant son front. De petites particules de givre parsemaient encore sa chevelure en bataille. Sa respiration était si lente, beaucoup trop lente…
John leva la tête.
Combien de temps avait caressé le visage de sa petite fille ?
Il était presque apaisé quand un homme en blouse déboula au pas de course, suivi de l’infirmière. Le docteur se présenta mais John ne saisit pas son nom. Il ne réussi qu’à bafouiller trois mots avant de voir le médecin emporter son enfant.
-Elle a froid !

-Son cœur ne bat presque plus !
-Voici de l’eau chaude, docteur !
-Epongez-la, sur tout le corps, il faut la réchauffer.
-Bien docteur.
-Elle s’est baignée dans l’eau glacée ou quoi ?
-J’en sais rien, Roy ! Elle va y rester si on la réchauffe pas, c’est tout !
-A combien est son pouls ?
-…
-Alors ?
-Je ne le sens même pas !
-Docteur !
-Rah, silence, réchauffez là, Curtiss, prépare le défibrillateur au cas où !
-Docteur !
-Je m’en occupe.
-Docteur !
-QUOI ?
-Elle a ouvert les yeux.
-Mais…

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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Jeu 4 Oct - 23:44

John Mason ouvrit les yeux et sursauta. Tout ceci n’était qu’un cauchemar !
Non…
Il pencha la tête en arrière, il était bien assis sur un des fauteuils de l’hôpital. Il était bien venu apporter ici sa fille mourante. Ce n’était pas un cauchemar.
L’homme se leva lentement, comme il pu. La nervosité avait cédé la place au sommeil, mais quelle heure était-il ? Il se souvenait avoir regardé la pendule vers minuit, alors qu’un homme en costume brun traversait en courant le hall. Plus tôt, il y avait eu une alarme. Il se décida à demander des renseignements à la jeune femme brune qui faisait semblant de ne pas dormir derrière l’accueil.
-Excusez-moi, mademoiselle…Je suis John Mason, j’ai amené ma fille tout à l’heure, enfin hier soir…
-Bien sûr, comment s’appelle-t-elle ? demanda la charmante post-adolescente.
-Linda…Mason…
John reçu un sourire d’approbation puis la jeune standardiste s’en alla fouiller des fiches d’admission.
Cela dura trois minutes, elle sembla regarder deux fois, en vain.
-Je suis désolée monsieur, je n’ai personne à ce nom, vous l’avez faites enregistrer ?
-Heu…non…non, c’était une urgence, et votre collègue est partie avec le médecin.
-Ah…bien, de que docteur s’agissait-il ?
John se prit la tête entre les mains
-Le docteur, le docteur…je sais pas !
Exténué et énervé par son manque de jugement, l’éditeur ne remarqua pas le changement d’attitude de la jeune femme.
-Je vais me renseigner, monsieur, veuillez attendre ici je vous prie.
John lâcha un ‘’oui’’ obligé et décida de faire les cents pas, il n’avait que ça à faire quoiqu’il arrive.

La jeune fille qu’elle cherchait s’appelait comme elle : Linda. Elle n’avait même pas eu la présence d’esprit de demander son âge, mais l’infirmière avait pris panique. Petite brune mignonne, sa frange laissait voir à peine la moitié de son regard. Linda Wallern n’était en poste à l’hôpital que depuis une semaine.
L’ambiance était étrange ce soir. Elle était arrivée peu après minuit, après sa pause d’une heure, mais tout le monde était plus silencieux que d’habitude. La jeune femme demanda des renseignements sur un homme et sa fille, cherchant après les médecins. Personne ne lui donna une indication convenable. Passablement irritée, l’infirmière ne se préoccupa pas de savoir pourquoi tout le monde semblait perturbé.
Linda Wallern bifurqua au hasard d’un couloir, presque en courant…et faillit rentrer dans un homme en blouse blanche.
-Docteur Willis !
Quelque chose n’allait vraiment pas ce soir. Même la nuit, les médecins de garde avait rarement le temps de former des colloques en plein couloir (à la limite dans la salle de repos autour d’un café). Ils étaient cinq. Non, quatre, plus un homme en complet brun.
-Que se passe-t-il, …(le docteur Willis regarda la badge de la jeune femme) Linda ?

Fut-ce une intuition féminine, ou simplement le fait qu’une chaleur inhabituelle se dégageait de derrière la porte de la chambre d’à côté, mais l’infirmière ne pu s’empêcher de tourner la tête pour voir à l’intérieur de celle-ci. Elle reconnut, bouche bée, le docteur Jabs…et sur le lit jouxtant, le docteur Roy Cottus.
Tous deux étaient allongés, mais dans des positions extravagantes, leurs membres semblaient durs comme du bois, figés dans d’inexplicables poses…et gelés. On avait branché une demi douzaine de radiateurs dont la chaleur parvenait en vagues jusque dans le couloir.
Le docteur Willis s’approcha de la jeune femme et la fit se retourner en la guidant doucement par les épaules.
Elle balbutia :
-Un homme…qui a perdu sa fille…
L’homme en complet brun se lissa le bouc, et s’avança vers l’infirmière.


Richard Vauhn avait tout juste 26 ans. C’était un surdoué. Un génie de la science. Ni trop beau, ni trop laid, il avait passé sa vie à ses études. Diplômé des plus grandes écoles de chimie et professeur de génétique, il avait le plus grand avenir qu’on pouvait promettre à un savant.
Cela le passionnait, il pouvait passer plusieurs jours enfermés avec ses éprouvettes, sans voir personne et en se gavant de sandwich au thon. Oui, le professeur Vauhn n’était pas une personne normale. Ses relations sociales se traduisaient par collègues de travail. Déjà enfant, il ne jouait pas, il ne se sentait bien qu’en résolvant des équations mathématiques, des lignes et des lignes de chiffres et de formules couchées sur du papier. Combien l’avaient pris pour un fou ?
Ce soir, le téléphone avait sonné dans son petit appartement – pas besoin de grand quand on vit dans son labo – vers onze heures et demie.
Un phénomène étrange s’était produit. Un accident qu’ils avaient d’abord imputé à la mauvaise manipulation d’azote liquide. Cinq membres du personnel avaient été gelés dans une salle d’opération, ainsi qu’une enfant.
Seulement il n’y avait pas d’azote liquide dans la pièce…
Richard ne se faisait pas de soucis pour ses collègues. Il seraient peut-être choqués mais ils se ‘’réchaufferaient’’. Aucun n’avait succombé à cette hypothermie.
La fillette, elle, avait retrouvé une température normale en moins de trente minutes. Elle dormait paisiblement dans une chambre au troisième étage. Il n’avait même pas pris le temps de mettre des chaussettes et son costard était froissé, sa chevelure en bataille et son haleine puait le café, rien en somme qui pu le décrire comme un savant, pourtant le professeur Vauhn s’avança vers l’homme qui attendait dans le hall avec l’assurance d’Einstein exposant sa théorie sur la relativité.

Richard Vauhn en était persuadé après avoir vu l’enfant, cet homme était le père d’une mutante.


Richard Vauhn – 1981
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Mer 10 Oct - 1:14

1ère partie : Dans les yeux trop bleus d’une enfant…




‘’Revoilà le docteur Richard. Il va encore me faire une piqûre, je le sens. Je ne l’aime pas, je sais qu’il se force à être gentil.
Quand j’étais à l’hôpital avec lui, je voyais bien à ces yeux qu’il était étrange. Il me regarde comme quand je regarde une poupée.
A cause de lui, je ne vais plus à l’école, j’ai perdu tous mes amis. Maman me fait des leçons tous les jours mais ça l’ennuie.
Je ne sais pas comment lui dire que je préférerais jouer avec elle comme avant.
’’

La vieille allemande stoppa en contrebas du manoir. Richard Vauhn était en avance, comme souvent. Il venait une fois par quinzaine visiter sa petite protégée.
Quatre ans qu’il avait croisé son chemin.
Il s’amusait à l’appeler Miss Linda. Elle avait 12 ans à présent et on devinait déjà les traits d’un visage de femme. Elle serait une très belle femme, à n’en point douter.
En parlant de très belle femme…Sue vint ouvrir elle-même la porte d’entrée.
Richard l’avait rencontrée quelques jours après son mari, alors qu’il gardait la fillette en observation. Elle lui était apparue dans une robe immaculée, on eu dit un ange, mais un ange à la tristesse si profonde qu’elle vous fendait le cœur. Depuis quatre années, le médecin n’avait jamais discerné un sourire sincère sur les lèvres de son hôte. Elle était certes rôdée aux convenances et cultivait un paraître chaleureux, mais Richard la perçait à jour.
Sue Mason était dépressive, dangereusement dépressive.
En cachette de son époux, Richard lui avait donné quelques médicaments, mais elle n’en avait jamais redemandé. Sûrement ne les avait-elle même jamais touchés.

Richard suivit la sublime blonde jusqu’au troisième étage où avait été aménagée la ‘’chambre’’ de Linda, sa mallette à la main.
L’adolescente vivait presque recluse dans cette pièce. Richard regarda une fois encore les lattes de bois verni qui cachaient l’imposant système de chauffage autonome qui circulait dans les murs. Quatre ans plus tôt, le médecin n’avait pu que constater le phénomène : Linda agissait comme un glaçon dans un verre de scotch.
Il l’avait gardée presque un mois en observation à l’hôpital, faisant installer sept radiateurs dans sa chambre. Etrangement, c’était quand la jeune fille dormait qu’elle faisait baisser la température de façon plus importante.
Richard avait étudié la jeune fille sous toutes ses coutures. Combien avait-il réalisé de prises de sang ? Combien de fois avait-il recréé le génome de l’enfant ?
Les expériences se succédaient dans un seul but : Sue et John Mason voulaient que leur fille guérisse.

Linda avait pris un livre dans la bibliothèque. Sa chambre était immense pour une enfant de douze ans, et bien plus remplie que la plupart des chambres d’adultes.
Il y avait autant de jouets qu’une gamine ait pu avoir envie, Tous rangés avec ordre. L’adolescente aimait bien quand tout était à sa place.
Elle n’avait pas particulièrement envie de lire ce matin, mais elle avait encore moins envie de voir le docteur Richard. Peut-être qu’en prenant un livre il arriverait moins vite. Les murs de la chambre étaient garnis de plusieurs centaines de volumes. La petite blondinette adorait lire.
Son père avait savamment placé romans d’auteurs, nouvelles sentimentales, livres d’histoire et de sciences afin qu’elle en apprenne plus sur le monde puisqu’elle ne pouvait le voir de ses yeux. John avait considéré sa fille de toute autre façon depuis cet événement. Il se l’était avoué, il n’était pas un bon père. Ses affaires passaient avant tout et l’arrivée de Linda avait chamboulé sa vie de couple.
Quatre ans plutôt, Sue avait perdu définitivement la joie de vivre qui la caractérisait au profit d’une traumatisante inquiétude. Linda, condamnée à rester enfermée dans sa prison sans barreaux, que pouvait-il bien faire pour que les deux femmes de sa vie retrouvent le sourire ? Pour qu’elles puissent jouir de la vie comme elles le méritaient.
Il pouvait faire une chose : payer le docteur Vauhn pour qu’il rétablisse la normale.

La petite blonde avant entendu les pas dans l’escalier, légers et claquant pour sa mère, lourd et pataud pour le médecin. La porte s’ouvrit enfin et Richard la salua comma à l’habitude d’une ‘’bonjour Miss Linda’’ auquel suivit un ‘’bonjour docteur’’ poli et obligé.
Sue referma la porte derrière elle non sans avoir donné un baiser sur le front de sa fille. Elle se fendit d’un sourire aussi faux que tous les autres envers Richard. N’avait-elle donc aucun espoir ?
Linda écouta les talons de sa mère heurter le bois de l’escalier alors qu’elle la laissait seule avec le docteur Richard. Elle était assise sur le rebord de son lit, vêtue d’une robe rouge et blanche, un livre épais posé sur les genoux. Vauhn posa sa mallette et entrepris les questions rituelles, depuis presque quatre ans…
Tous les quinze jours, il répétait inlassablement les mêmes phrases ou presque, les mêmes gestes, les mêmes mesures, les mêmes auscultations. Cette fois encore il agît coutumièrement pendant plus d’une heure. Il avait avec lui une batterie de thermomètres et d’appareils complexes, qu’il utilisait méthodiquement toujours de la même façon. Linda avait appris toute cette parade par cœur et elle comprenait presque ce qu’il faisait.
Un jour, l’idée était venue à la petite fille : Les réponses étaient dans les livres. Elle avait cherché durant des jours la nature des appareils du docteur, et aujourd’hui elle voulait lui signifier quelque chose.

Richard laissait la sonde se rapprocher peu à peu de sa patiente. En la plaçant toujours à même distance du mur et en mesurant la courbe de température entre les deux, il pouvait rapporter la force de la diffusion du froid que produisait la jeune adolescente. Généralement il obtenait la même chose sur son écran. Les murs chauffants suffisaient à contenir le pouvoir de mademoiselle Mason, laissant une température à peu près stable entre elle et les parois, jusqu’à arriver à une vingtaine de centimètres de la petite blonde, où le thermomètre chutait presque de douze degrés.
Le docteur Vauhn fronça les sourcils, le regard rivé sur les chiffres indiquant 20°…
12°…
1°…
Il regarda la sonde qu’il tenait main gauche. La tige de métal était recouverte de givre. Il revint au cadran : -34°…-50°…Cela continuait de baisser. Cette fois il vit la glace se former sur la tige. Il ne fixait que cela, quel phénomène magique !
Il détourna les yeux vers sa patiente, toujours sagement assise sur le rebord de son lit. Elle avait le visage impassible, un léger sourire aux lèvres, et fixait la tige métallique de la sonde d’un regard surnaturel.
Vauhn retira la sonde de devant la jeune blondinette. Ses yeux étaient bleus, même la pupille. Elle tourna la tête vers lui sans cesser de sourire malicieusement puis plongea son regard sibérien dans celui de son médecin. Un instant Richard Vauhn se sentit mourir. Il imagina le froid envahir sa tête, son crâne geler comme l’avait fait la sonde, Ses connexions synaptiques se couvrir de givre à l‘intérieur même de son corps. Un instant il eut une vision de lui, gelé et mort, puis il se ressaisit.
-Miss Linda…Tu l’as fait exprès ? Tu le contrôles ?


Linda et Sue Mason – 1986


Dernière édition par Edelweiss - Linda Mason le Mer 9 Avr - 11:37, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Mer 17 Oct - 7:58

Le scientifique se regarda dans la glace de la minuscule salle de bains et soupira. Barbe en bataille, cheveux gras et mal coiffés, des cernes à faire peur…on voyait qu’il n’avait pas vu le soleil depuis quinze jours.
Richard se déshabilla et entra dans la douche. L’eau glaciale le fit frémir. Il attendit sagement que celle-ci se réchauffe puis resta une bonne demi-heure sous le jet puissant. La buée s’imposa dans le petit local jusqu’à ce qu’on y vit plus rien. S’accorder une demi-heure de détente sous un jet d’eau brûlante…Il n’en avait même pas le temps.
Tout avait changé trois mois plus tôt, quand Linda s’était amusée à geler un appareil de mesure volontairement.

Il avait passé les trois derniers mois à réaliser tests sur tests, se rendant plus souvent encore analyser les réactions de l’adolescente au manoir Mason. Si seulement il avait pu l’avoir sous la main à longueur de journée !
Richard savait pertinemment que ses réelles motivations devaient rester au plus profond de ses notes. John Mason n’avait qu’un but en finançant les recherches du jeune scientifique : rendre sa fille ‘’normale’’. Si Richard ne désespérait pas de trouver un remède – si tant est que l’on puisse appeler une mutation une maladie – mais plus que tout il voulait forcer la jeune adolescente à augmenter ses capacités.
Lui-même était un être extraordinaire, ses capacités intellectuelles dépassaient de loin celle des autres chercheurs qu’il côtoyait naguère. L’excellence était pour lui un but, il se devait de pousser son cerveau dans les plus lointaines réflexions qu’on puisse atteindre. D’une certaine manière, Miss Linda et lui étaient pareils, Ils avaient tous deux été gâtés par Dieu.
Leurs dons différaient mais ils n’en restaient pas moins des dons extraordinaires.

Trois quarts d’heure plus tard, Vauhn stoppa son véhicule dans la court, en descendit, et jeta un œil où habituellement il pouvait discerner le visage de Linda. Sans surprise, la jeune fille était là, il pouvait presque deviner la lueur de son regard surnaturel. Sans aller jusqu’à hanter ses rêves, le bleu des yeux de Miss Linda l’avait sans doute marqué à vie quand elle lui avait montré, fichée d’un sourire enfantin, qu’elle contrôlait tout.
Ce fut une domestique impeccablement habillée qui vint ouvrir au docteur. Il remercia et se dépêcha de gravir les trois étages qui le séparaient de la petite mutante. Le médecin frappa puis entra sans attendre de réponse.
Linda était debout à la fenêtre, parée d’une petite robe bleu ciel. Elle remarqua aussitôt le docteur entré que celui-ci portait une mallette plus imposante qu’à l’accoutumée ainsi qu’un sac à dos. Elle ne pu s’empêcher de s’apercevoir également de l’excitation qui luisait dans les yeux fatigués du jeune homme.

La jeune fille n’avait pas osé protester et à vrai dire elle avait envie de s’amuser. Assise sur le siège passager, juste à côté de Vauhn, elle regardait les arbres défiler de l’autre côté de la portière. Il lui semblait que cela faisait une éternité qu’elle n’était pas sortie de sa chambre, et encore plus longtemps du manoir.
Vauhn lui avait passé un horrible blouson jaune vif, strié de câbles aussi laids que lourds, et relié à un engin bruyant qu’il avait posé sur la banquette arrière. Le froid que dégageait la gamine était en partie contenu…Elle avait l’air d’un animal en laisse comme ceci reliée au générateur. Richard Vauhn fronça les sourcils à cette idée. N’était-ce pas ce qu’elle était ? Une mutante que l’on garde en cage, que l’on étudie et que l’on sort en laisse ?
Le professeur secoua la tête pour y chasser sa conscience, la science demandait des sacrifices.

A peine vingt minutes après avoir quitté le manoir, Vauhn et Linda s’enfonçaient dans les profondeurs d’un sous bois désert. Le médecin tenait d’un côté sa bruyante mallette reliée au blouson et de l’autre la frêle main de la jeune fille.
Qu’elle était silencieuse ! Elle semblait s’émerveiller de la moindre branche, du moindre souffle de vent dans les feuilles, du mouvement d’un escargot sur un tronc. Richard fut tenté de stopper le brouhaha du générateur mais ne le fit pas. Il voulait garder le contrôle sur la température de Linda.
Tous deux s’arrêtèrent. Le spectacle offert par l’étendue d’eau devant eux était presque paradisiaque. Vauhn avait souvenir de ce petit lac perdu, mais il ne se remémorait pas que sa vision était si apaisante. Lui aussi l’espace d’un instant il voulu éteindre le moteur et son vrombissement sourd.
Le médecin guida sa protégée au bord du lac et s’accroupit à ses côtés.
-Ici tu peux me montrer ce que tu peux faire…comment tu gèles les choses…
Linda le regarda un peu sonnée. L’extérieur, le blouson, le bruit sourd du moteur, le vent dans ses cheveux, l’invitation à utiliser ses dons, cela faisait beaucoup pour une gamine habituée à passer son temps dans les livres.
-Je vais vous montrer, répondit-elle d’une petite voix voilée par l’émotion.



Vauhn régla le générateur de chaleur du blouson presque au minimum alors que Linda s’était emparée d’un bout de bois mort. Le médecin fut subjugué.
La jeune adolescente tint le bout de bois à pleine main. Voulait-elle réellement lui montrer ? Pourquoi devait-il savoir ça finalement, c’était son secret à elle, et à elle seule. Elle sentit la chaleur du blouson s’évanouir, laissant le froid de son corps se répandre dans l’air. Elle sera un peu plus fort la branche morte.
Le bois se couvrit de givre, puis gela en surface.
Linda ne cessait de regarder ce prodige. Elle s’était déjà amusée à geler des choses de la sorte, c’était devenu facile. La chaleur revint l’entourer, lui faisant tourner la tête vers son bien aimé médecin.
Vauhn tendit la main juste après avoir remis le générateur à sa puissance normale.
-Je peux l’avoir ? demanda-t-il
Linda lui tendit la branche gelée, toujours reliée par des câbles au bruyant moteur. A deux mains, Vauhn brisa le bois en deux. Miss Linda avait transformé le bois en glace presque jusqu’au centre de la branche. Elle en aurait certainement fait un véritable glaçon s’il l’avait laissée continuer.
Le professeur rangea l’échantillon de bois gelé dans un récipient isotherme qu’il plaça dans son sac puis se tourna à nouveau vers sa patiente.
-Ca vous amuse de faire ça ?
La surprise fut grande pour la jeune fille. Il avait dit ça avec un sourire complice, une voix qu’il n’avait presque jamais eu. Ils avaient toujours été polis et tendus l’une envers l’autre. Rarement il lui avait parlé de ses émotions, de ses sentiments face à sa ‘’maladie’’. Elle lui sourit en retour, ses pupilles avaient retrouvé leur teinte bleue surnaturelle.
-Oui…cela m’amuse beaucoup, répondit-elle.
-Nous allons faire quelque chose d’encore plus amusant.

Comme Richard lui indiqua, Linda se rapprocha du lac, puis tendit les mains vers l’eau. Une nouvelle fois l’adolescente sentit la chaleur l’entourant disparaître. Vauhn la regarda fixer l’eau bras en avant, Il lui semblait presque discerner le souffle visuellement. Il ne pu s’empêcher de frissonner alors que l’eau du lac commençait à son tour à geler.
Une plaque de glace se créa à la surface. Linda avança d’un pas. Elle semblait en transe. Le médecin sortit ses appareils de mesure, mais que mesurer ? Tellement de nouveautés s’offraient à lui.
Richard rapprocha sa sonde du corps de la jeune fille, nota ses résultats, plongea la sonde dans l’eau, nota encore, se retourna.
-Miss Linda ! Vos pieds !
Il se précipita vers sa protégée, l’idiote avait avancé jusqu’à mettre ses pieds dans l’eau. Son souffle glacé avait fini par lui emprisonner les chevilles. La jeune fille se retourna alors que Vauhn la saisissait par les épaules mais elle ne bougea pas, entravée par son propre pouvoir.
-Je vais remonter le blouson ! lui lança le médecin qui sentait monter la panique.
Linda se pencha et tira sur ses mollets, essayant de se dégager d’elle-même en vain. Elle était paniquée, apeurée. Richard Vauhn tourna la mollette à fond, réglant le blousant chauffant sur son maximum. Il avait prévu le cas où Linda produirait un froid extrême.
Pourtant…il sentit une vague glacée le frapper plus encore.
Le docteur se retourna, Linda se débattait, presque hystérique. Le froid s’intensifiait d’avantage, il regarda la mollette qu’il venait de tourner, le blouson devait la contenir. Soudain il comprit.
Dans ses mouvements brusques pour se dégager, Linda avait arraché un des deux fils d’alimentation de son équipement. Elle se débattait comme une folle, en larmes, mais son pouvoir s’agrandissait dangereusement. Le courant d’air froid frappait maintenant le professeur de plein fouet, le paralysant presque. La plaque de glace sur le lac s’était propagée de presque dix mètres.

Richard sentit ses membres s’engourdir. Sa patiente allait le tuer si elle continuait, et il n’arrivait presque plus à articuler tellement il claquait des dents. L’homme regarda sa main, son costume et sa peau s’étaient recouverts de givre. Il n’y avait qu’une solution !
Bravant le froid, Vauhn avança comme il pu, tel une marionnette mal articulée en direction de la jeune fille. Il s’empara du câble détaché du blouson. Il ne pourrait jamais le rebrancher, il tremblait trop.
De son autre main, Il tira aussi fort qu’il pu sur l’autre câble…Et posa les deux extrémités dans le cou de sa patiente. Linda se raidit d’un coup, électrocutée, les cheveux dressés sur la tête…puis s’écroula en arrière, les chevilles toujours prisonnières de la glace. Vauhn lâcha les câbles puis rampa jusque sur la plage en tremblant.

Richard ouvrit les yeux. Combien de temps s’était-il passé ?
-Docteur Vauhn ? Docteur Vauhn ?
Sa vision devint moins trouble. Linda était agenouillée au dessus de lui, trempée jusqu’aux os. Il la contempla en essayant de parler. Sa robe et ses cheveux étaient collés sur sa peau, gorgés d’eau ; elle avait jeté le blouson inutile.
-Vous allez bien Docteur ?
Elle posa sa main sur son front comme lui avait sans doute appris sa mère. Sa peau était froide, tellement froide. Mais elle était tellement vivante.
Vauhn laissa sa tête rouler en arrière. Quel inconscient ! Que se serait-il passé pour lui s’il l’avait tuée ?
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Mar 23 Oct - 17:51

Dans l’habitacle d’une BMW…

La séance fut dure pour le jeune chercheur. Il avait deviné John Mason autoritaire mais le savon qu’il venait de lui passer l’avait remit à sa place. Furieux de ce qui s’était passé aux abords du lac, l’éditeur n’avait pourtant pas renvoyé Richard. Le prochain événement de ce style et il chercherait sans doute un autre médecin pour sa fille.
Vauhn avait saisi l’avertissement, et il l’avait pris au sérieux. Mason ne plaisantait pas.
Le scientifique reprit la route de son laboratoire, un peu perdu. Que devait-il faire ? Guérir la jeune fille et annihiler toutes les possibilités de ses pouvoirs ? Tenter de contrôler ces dons, de les canaliser ?
Il n’en avait pas la moindre idée, hésitant comme rarement sur l’attitude à adopter. Vauhn décida de reporter sa réflexion au lendemain, après avoir bu quelques bières dans la soirée.

Dans un bureau, au premier étage…

John descendit son second whisky d’un trait. Il avait tendance à être nerveux à cause du travail mais cette entrevue avec le jeune professeur l’avait mis hors de lui. Bientôt cinq ans que ce petit trou du cul travaillait à guérir Linda, et il n’avait finalement obtenu aucun résultat. Sa fille était enfermée jour et nuit dans sa chambre, incapable d’aller normalement à l’école, incapable de se faire des amis.
Pouvait-il accepter ceci encore longtemps ? Depuis cette fameuse nuit où tout avait basculé, sa famille tombait en ruine, et les fonds qu’il investissait dans les recherches de Vauhn étaient totalement inutiles.
Cet homme avait intérêt à lui fournir rapidement des résultats, sinon il irait pointer au chômage sous peu !

Dans la chambre conjugale du second…

Sue se laissa tomber sur le lit. Elle avait envie de pleurer mais cela faisait plusieurs mois que plus aucune larme ne coulait de ses grands yeux bleus. La jolie maîtresse de maison avait perdu plusieurs kilos depuis que sa fille était tombée malade, pourtant, son ventre commençait à trahir son état. Elle revit Linda, qu’elle venait de mettre au lit, et songea aux possibilités d’enfanter un nouveau mutant. Le supporterait-elle ?
Depuis que Linda s’était révélée, plus rien ne tournait rond dans la vie de Sue. Elle était belle, intelligente, elle avait mené sa vie sur un chemin droit et ascendant jusque là. Elle en voulait au sort oui, mais jamais elle n’avait eu une once d’animosité envers sa fille. La maternité était la plus belle chose au monde et prendre soin de Linda malgré sa condition surnaturelle une mission au combien valorisante…mais elle doutait vraiment de pouvoir s’occuper d’un autre enfant.

La jeune femme passa la main sur son ventre. Cet enfant qu’elle portait était pourtant le fruit de son amour pour John. Ils ne faisaient que rarement l’amour, Sue se forçait généralement quand son époux laissait ses pulsions prendre le dessus. Cela se dégradait de plus en plus entre eux mais elle l’aimait toujours. Elle souhaitait l’aimer, plus que jamais.
Ca n’était pas grave s’il devenait de plus en plus amer, de plus en plus colérique…de plus en plus absent. Elle devait tenir son rôle d’épouse, comme celui de mère.
Toute force l’ayant abandonnée, Sue se laissa envahir par ses émotions. Elle fut prise de sanglots, les larmes coulèrent pour la première fois depuis des mois sur ses joues creusées par la fatigue.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Jeu 8 Nov - 23:49

Vauhn entra comme à son habitude dans la petite chambre du troisième, suivant Sue Mason qui portait une robe cachant son petit ventre rondelet. Linda l’avait vu arriver et savait qu’elle serait de sortie. Cela faisait un plus d’un mois que le professeur l’avait emmenée au bord du lac et depuis, il avait légèrement changé.
La jeune fille ne savait pas vraiment ce qui n’était plus pareil mais Richard lui semblait plus gentil, plus…humain. Il la visitait moins souvent mais ses visites duraient plus longtemps.

Une fois Sue partie, Vauhn s’attela à toute une batterie de tests et effectua une nouvelle prise de sang puis déposa une grosse valise sur le sol.
-La dernière fois, le blouson n’était pas solidaire de la batterie, commença-t-il à expliquer. J’ai donc incorporé la nouvelle dans…cette tenue !
Un grand sourire aux lèvres, Richard déplia une sorte de combinaison de ski grise juste taillée pour sa patiente.
-Je te laisse la passer, Linda. Ne garde que tes sous-vêtements dessous.
-La couleur est mieux que l’ancienne, répondit l’adolescente en se fendant d’un sourire moqueur.

Cette fois le médecin et sa petite amie restèrent dans l’enceinte du manoir. John Mason était absent mais il avait implicitement indiqué à Richard qu’éloigner Linda du domaine familial le ferait pointer au chômage dans la journée.
-Alors miss Linda, tu vas essayer de ne pas nous faire de blague cette fois ?
Ils en avaient déjà parlé longuement au cours de leurs précédents rendez-vous. Linda raisonnait presque comme une adulte et tenait des conversations scientifiques avec le professeur. Il s’était même mis à penser qu’enseigner serait une bonne vocation pour ses vieux jours.
-J’ai remarqué que tes cellules étaient moins fragiles que les cellules communes et qu’elles pouvaient fournir plus d’énergie également, continua l’homme à la barbe.
Linda écouta attentivement. Le professeur semblait presque s’adresser à elle comme un copain le ferait. Après tout elle n’avait aucun copain, aucun camarade avec qui jouer.
Elle lui obéit donc au doigt et à l’œil, cherchant à faire de son mieux. Richard lui demanda de soulever des poids, de courir sur quelques mètres. Il relia la nouvelle combinaison chauffante à plusieurs fils. Linda du faire des exercices de gymnastique, pompes, abdominaux, course sur place.

Vauhn notait tous les résultats sur son carnet, en demandant d’avantage à la jeune fille au fur et à mesure qu’il voyait les improbables nombres remplir les feuilles de papier. La blondinette avait un physique de rat de bibliothèque, Richard savait qu’elle passait son temps à lire et ne sortait pas de sa chambre. Pourtant, comme il l’avait deviné à force d’étudier ces cellules, elle était capable de prouesses physiques étonnantes. S’il l’entraînait, elle serait capable de battre n’importe quelle athlète aux jeux olympiques…et même ceux qui se dopaient.
Linda réalisait elle aussi de quoi elle était capable. Elle n’était pas fatiguée du tout malgré l’intensité croissante des exercices et le visage du professeur trahissait son excitation à la vue de ses performances.
Sans une seule fois utiliser ses dons de réfrigération, La petite blonde s’amusa durant tout l’après midi en compagnie du professeur. Ils se mirent à rire à chaque fois que la jeune adolescente passait un pallier. Richard était stupéfait. Linda dépassa le mètre de détente sèche, effectua deux cent pompes de suite…et battu à plates couture son médecin à la course (même si celui-ci n’était pas vraiment un foudre de guerre dans cet exercice).

A aucun moment ils n’aperçurent la silhouette de Sue derrière les rideaux du grand salon.


Sue Mason – 1985

Le soir même, les yeux rougis à force de lire et relire ses notes, Richard sirotait une bière quand on frappa à la porte de son antre. Le scientifique regarda sa montre. Il était onze heures passées, qui pouvait bien venir le déranger à cette heure ci ? Le père Noël ?

Réajustant ses lunettes de vues sur son nez, Vauhn se leva et ouvrit la fine porte de bois. Il haussa un sourcil d’étonnement. S’il n’avait pas connu la femme en face de lui, il aurait sans doute cru être dans un de ces rêves qui hantaient son adolescence.
Sue Mason resta figée dans l’entrebâillement, un sourire gêné aux lèvres. Elle se détendit quand elle constata la surprise dans le regard du docteur. Celui-ci ne pu s’empêcher de détailler la jeune femme de haut en bas – d’une manière tout à fait malpolie réalisa-t-il quelques secondes plus tard. Sue avait l’habitude d’être élégante mais elle portait ce soir une robe de rêve, d’un bleu satiné, fendue sur presque toute la longueur de sa jambe gauche et affichant un décolleté magnifique.
Richard ne pu s’empêcher de balbutier au démarrage mais il finit par inviter la splendide blonde à rentrer.
-Je ne m’attendais pas du tout à vous voir venir ici, avoua-t-il en refermant la porte
-Nous n’avons guère l’occasion de parler au manoir
-Et bien je n’étais pas encore couché, je suis prêt à répondre à toutes vos questions…madame.
Sue avança de quelques pas, obligeant presque le scientifique à suivre son déhanchement du regard.
-Auriez vous un rafraîchissement à me proposer avant que nous ne parlions science ? lui lança-t-elle en se fendant d’un sourire enjôleur.

Presque à la surprise de Richard, sa belle invitée accepta une bière. Il lui montra alors ses diverses machines et lui expliqua comment il s’en servait pour comprendre le métabolisme de Linda. Heureusement qu’il était passionné de génétique et par le cas de la gamine parce que la mère de celle-ci aurait pu facilement troubler n’importe quel homme. Malgré tout l’amour de Richard pour ses notes et ses échantillons, il n’était pas totalement concentré.
Elle avait l’art de traverser une pièce, de l’effleurer du bout des hanches en le croisant. Richard se surprit à plonger son regard sur sa cuisse dénudée alors qu’elle était assise, jambes croisées, sur le petit tabouret du médecin.
Quel homme aurait résisté ? Vauhn réfléchit. Cette femme était mariée à l’homme qui payait la moitié de ses travaux, et la mère d’une petite mutante capable de transformer un lac en Mr. Freeze. Pourtant bien qu’elle s’intéressait visiblement à tout ce qu’il lui racontait – avec le plus grand sérieux malgré ses difficultés à se concentrer sur le sujet – elle ne pouvait pas être là que pour ça !
Pourquoi si tard ? Pourquoi dans une robe pareille ? Et pourquoi ces attitudes si sensuelles ?
Malgré toute sa science, Richard ne connaissait rien aux femmes. Il ne répondrait jamais à ces questions.

Tout ce petit cirque dura plus d’une heure et demie. Richard était transpirant sous sa chemise et il doutait que cela soit l’effet de la bière. Sue Mason écoutait toujours, lui souriant à chaque fois qu’elle approuvait une idée – quel sourire ! Elle posait des questions sur des points précis, soulevait des problèmes auquel Vauhn avait bien sûr déjà pensé. Mais le problème actuel pour le scientifique était l’envie irrésistible qu’il avait de faire l’amour à la femme de son patron.
Les yeux de Richard faillirent sortir de ses orbites quand elle s’approcha de lui. Le claquement de ses hauts talons sur le carrelage l’avait excité depuis deux heures et ceux-ci la portèrent presque contre lui. La jeune femme posa ses avants bras sur les épaules de Vauhn et se rapprocha encore.
-J’apprécie vraiment ce que vous faites pour Linda et moi. Lui dit-elle d’une voix à peine audible.
Le médecin ferma les yeux, à quelques centimètres du visage parfait de Sue, et avança ses lèvres…
Surprise ! Elle lui répondit ! Il s’attendait à une gifle finalement mais il sentit la bouche de la jeune femme s’entrouvrir et leurs langues se mêlèrent. Elle colla son corps au sien, enroulant ses bras autour du cou du jeune homme.
Il la poussa vers le bureau. Passionnément, les deux êtres se dévêtirent et firent l’amour à même la paillasse préalablement débarrassée des documents du médecin.

Sue se dégagea de l’étreinte de son amant fortuit. Vauhn la regarda ramasser sa robe et ses sous-vêtements, il ne lui restait plus que ses bas et ses chaussures.
Qu’elle était belle !
Qu’elle était sensuelle…
Quelle étreinte !
La jeune femme se rhabilla et vint se pencher sur le médecin, encore allongé et nu comme un ver. Elle l’embrassa langoureusement et vint lui susurrer à l’oreille.
-C’était formidable
Sue mordilla le lob de l’oreille du jeune homme
-Arrêtez de prendre ma fille pour un cobaye…Guérissez là au plus vite ou je dirais à mon époux que l’enfant que je porte est le vôtre. Il me tuera peut-être dans sa rage, mais il vous tuera d’abord…
Richard détourna la tête, les yeux grands ouverts.
Quelle manipulatrice !
-Une fois Linda guérie, je vous rendrai l’enregistrement de cette soirée…mémorable s’il en est.

Vauhn ne su quoi répondre, il regarda la jeune femme prendre la porte en se repeignant du bout des doigts. Quel idiot il avait été. Mais quel idiot !

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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Ven 16 Nov - 11:25

Sue arborait maintenant un petit ventre bien rondouillet et les nausées se faisaient de plus en plus fréquentes. Linda n’avait pas été aussi ennuyeuse avant d’arriver, celui-ci serait sûrement un garçon !

L’enregistrement de ses ébats avec le scientifique était bien caché mais il lui semblait parfois presque nécessaire de le faire écouter à John pour qu’il s’occupe d’elle enfin. La jeune femme n’en pouvait plus. Son éditeur de mari était affairé à sa société, passait son temps dans son petit bureau du rez-de-chaussée ou en rendez-vous avec des auteurs mais semblait totalement délaisser sa famille. Sue estimait avoir légitimement droit à une certaine attention de la part de celui qui l’avait mise enceinte, même si elle comprenait qu’il ne puisse pas délaisser complètement son travail.
Allongée sur le canapé du salon, madame Mason vit enfin sortir son époux de son ‘’antre’’. Il ne lui lança qu’un fugace regard. Quels yeux tristes il avait !
Elle ne savait pas si elle devait lui demander de prendre soin d’elle en pleurant, en hurlant ou d’une quelconque autre manière.

John vit son épouse sur le canapé, un livre à la main. Elle avait pris des joues du fait de sa grossesse et cela la rendait encore plus belle. Elle semblait plus naturelle, une beauté plus simple et autre chose que ses airs de mannequin suédoise qui pourtant lui plaisait tant. L’éditeur sorti sans un mot pour sa femme et alluma une cigarette. Il était crevé, c’était un fait, et tout l’énervait. Comment concilier un travail lui prenant 18 heures par jour, une femme enceinte et une fille mutante traitée par un médecin incompétent. A ce sujet il aurait du pourtant concéder au docteur Vauhn un acharnement au travail depuis quelques semaines. Cela ne portait pas encore ses fruits mais le scientifique avait promis de nettes avancées pour aider Linda à contrôler le froid qu’elle produisait.

John Mason rentra une fois sa cigarette terminée. Sue n’avait pas bougé.
-Tu veux venir t’asseoir à côté de moi ? demanda-t-elle.
Il la regarda, hésitant.
-J’ai encore du travail ce soir…
-Cela fait longtemps que nous n’avons pas passé une soirée tous les deux.
-Je n’y peux rien…c’est comme ça. Répondit-il dépité.
La future mère sentit alors les larmes lui couler sur les joues. Elle pleurait souvent depuis des mois et d’avantage encore depuis que son ventre prenait du volume. Habituellement elle se cachait pour le faire mais le chagrin qui l’accablait en cet instant était trop fort pour qu’elle pense à protéger sa faiblesse.
-je n’en peux plus que tu me délaisses. Lâcha-t-elle avant de fondre en sanglot.
-Ecoute ce sont tes hormones ! J’ai une famille et une entreprise à faire tourner moi ! Tu crois que ça m’amuse, Sue ?

Il lui avait répondu sèchement. Presque avec hostilité. Sue se leva et couru se réfugier dans la chambre conjugale, laissant échapper toute son émotion sur son maquillage dégoulinant sur ses joues. Quelques minutes plus tard, John pénétra dans la pièce, l’air fatigué et désolé.
-Ne m’en veux pas, Sue, je sais que je ne suis pas très présent en ce moment.
Allongée sur le lit, les yeux débordants de larme, la jeune femme se tourna vers son époux. Elle le voyait comme un…déchet ! Oui c’était le mot. Il abandonnait sa fille et sa femme pour se réfugier derrière son travail plus facile. C’était tellement facile de les laisser se débrouiller.
-Tu n’es pas présent du tout. J’ai besoin de toi ! Linda a besoin de toi ! Depuis quand tu ne lui as pas parlé plus de cinq minutes ?
-Vauhn s’occupe d’elle. Que veux-tu que je fasse de plus ? Ce type me coûte une fortune alors ne dit pas que je ne m’occupe pas de Linda !
-Elle n’a pas besoin d’un mécène mais d’un père, et moi d’un mari. J’attends ton enfant John !
le ton avait vite monté et le silence laissa retomber la tension presque cinq secondes avant que l’éditeur ne réponde péniblement.
-Je n’ai jamais demandé un deuxième enfant…
-Mais tu l’auras quand même, je vais te donner un second enfant et que comptes tu faire après, Te consacrer plus qu’uniquement à ta maison d’édition ? Je ne l’élèverai pas seule !
-Parce que tu crois que tu élèves Linda ! Tu es comme moi, démunie. Imagine un peu si l’enfant que tu attends est encore un mutant ! Comment nous en sortirons nous avec deux méta-humains dans le manoir ?
-Linda est très intelligente, elle sait très bien que nous ne pouvons pas résoudre ses problèmes. Elle attend juste un peu d’amour de notre part.
-Je ne peux pas lui donner l’argent pour sa guérison et de l’amour en prime. Je n’ai pas le temps ! Fustigea John, les pupilles dilatées par l’énervement.

Sue fixa son mari, horrifiée par ses mots.
-Tu n’aimes pas Linda…Comment peux-tu la tenir pour responsable ? Elle n’y est pour rien !
-Je ne la tiens pas pour responsable. Elle est là, c’est tout, et je m’en occupe comme je peux.
-Mais est-ce que tu l’aimes, John ? Et est-ce que tu m’aimes moi ? Et l’enfant que je vais te donner ?
Mason soupira, debout devant sa femme étendue, exaspéré.
-Bien sûr que je vous aime…

La jeune femme avait toujours su être forte face à son mari, c’est ce qui lui avait plu au départ d’ailleurs. Elle avait un caractère bien trempé et on ne pouvait s’y attendre d’une femme au physique si doux et merveilleux.
-Linda et moi avons besoin que tu nous soutiennes, cette situation ne peut plus durer comme ceci.
-Que veux tu que je fasse ? Dois-je ne pas travailler un jour sur deux pour veiller sur vous deux…vous trois ?
-Que tu te comportes en père et en mari, c’est tout ce que nous demandons. Dit Sue en s’attendrissant.
-Linda ne demande rien, c’est toi qui demande. Elle a 12 ans, c’est une mutante mais au moins elle semble comprendre que je me tue au travail pour vous, elle !
-John…elle souffre de ne jamais te voir même si elle ne le dit pas…
L’éditeur souffla a nouveau, cherchant ses cigarettes dans la poche de sa veste.
-je n’aime pas que tu me dises ce que j’ai à faire pour ma famille…lâcha-t-il en se tournant vers la porte.
Il laissa échapper une dernière phrase avant de quitter la pièce :
-j’aurais préféré que tu ne me donnes jamais d’enfant, ça aurait été plus simple…

La jeune femme resta bouche bée alors qu’elle entendait les pas de son époux dans les escaliers. Elle n’avait même plus envie de pleurer.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Dim 25 Nov - 4:45

Douze jours avaient passé depuis ce soir là et Sue n’avait pas réussi à retrouver la confiance en son mari. Elle regardait Linda et Richard Vauhn occupés à divers test dans la cour depuis la fenêtre. Sa fille réalisait des prodiges. Certes c’était dur à vivre parfois mais c’était un don avant tout. Elle ne vivrait pas une vie normale à coup sûr pourtant elle n’était pas différente, elle ne méritait pas que l’on la considère comme une charge ou une gêne.
La dispute avec John avait profondément secoué la jeune femme et au plus profond d’elle-même, elle ignorait si elle aimait encore cet homme qui lui semblait être devenu si étranger. La fuite vers laquelle il s’était orienté marquait son manque de courage. Non…elle ne l’aimait plus parce que personne n’aurait pu aimer un lâche de cette espèce.

C’est à ce moment précis, alors que la belle jeune femme observait son enfant par la fenêtre, que tout se précipita : Le téléphone sonna.
Sue répondit sans se douter que ce qu’elle allait entendre la mènerait à prendre la plus importante décision de sa vie. En raccrochant le combiné, elle aurait voulu pleurer mais aucune larme ne parvint à glisser sur ses joues. Le regard vide, elle monta sans réfléchir dans la chambre de Linda.

Le repas eu lieu dans le silence et la morosité qui avait gagné le manoir depuis plusieurs semaines. Linda savait qu’elle ne devait pas trop en dire sur ses jeux avec le professeur. Ni son père ni sa mère ne semblaient apprécier ses exploits. Pourtant la fillette était heureuse de tout ça. Vauhn avait réussi à lui donner envie de découvrir ses dons d’avantage. C’était tellement amusant de battre un adulte à la course ou de sauter par-dessus des barrières plus hautes qu’elle!
Le dessert terminé, John Mason déposa un baiser qu’il voulut tendre sur le front de son épouse. Elle lui semblait extrêmement absente.
L’éditeur s’engouffra dans son bureau et referma derrière lui. Une cigarette fut très vite allumée alors qu’il s’installait face à ses dossiers.

John adorait son travail, et peu de choses pouvaient le distraire de ses lectures ; pourtant, le bruit qu’il venait d’entendre le fit se lever.
Il sortit de sa caverne en trombe, se dirigea vers la porte d’entrée et déboula à l’extérieur juste à temps pour voir sa Dodge démarrer sur le chemin de graviers et sortir par le portail.
Furieux, il pesta contre le satané voleur qui avait osé venir lui dérober sa voiture au sein même de sa propriété, dans son propre garage.
Le magnat de l’édition ne s’était jamais vu comme un héros mais, entre son travail, son épouse enceinte et sa mutante de fille, il était ce que l’on pouvait appeler déboussolé.
Au pas de charge, John se rendit donc dans le garage où était garé naguère sa voiture…et sa moto.

Son ventre touchait le volant. La Dodge de John était une véritable voiture de course, puissante et rapide, capable d’avaler la route à toute vitesse et de les emmener loin.
Une fois le portail du manoir franchi, Sue Mason enfonça son escarpin talonné sur la pédale d’accélérateur.
-Maman…où allons-nous ?
La jeune femme enceinte tourna la tête vers Linda, assise à ses côtés et vêtue de son blouson chauffant.
-On s’en va…Juste toi, moi…et le bébé.
La jeune fille n’osa pas demander ce qu’il allait advenir de son père. Elle savait au fond d’elle que ce départ était en réalité une fuite.
Oh oui, Sue fuyait.
Aujourd’hui, elle avait eu en ligne une personne d’un centre d’adoption.
Elle n’avait même pas pu lui répondre.
Elle avait découvert que l’homme qu’elle aimait autrefois pensait à abandonner l’enfant qu’elle portait.
Peut-être ne faisait-il qu’y penser ? Peut-être avait-il seulement pris des renseignements ?

C’était impardonnable !

La Dodge s’enfonça dans la nuit à travers les routes du Minnesota. Sue ne conduisait pas souvent et sa voiture était moins puissante que celle de son mari mais elle savait qu’elle devait aller vite. Se mettre à l’abri de John ! Jamais elle ne permettrait qu’on lui enlève ses enfants.
Elle roulait aussi vite qu’elle pouvait…car elle le voyait.
Il n’y avait aucun doute sur la nature du phare dans son rétroviseur.

L’éditeur avait à peine eu le temps d’enfiler des lunettes de protection. Sa moto n’était pas fabriquée de la dernière pluie et pas vraiment rapide. Il luttait pour suivre sa Dodge, les cheveux au vent et grelottant tellement le vent lui glaçait le corps à travers sa fine chemise.
La poursuite dura plus de trente kilomètres. Le voleur connaissait bien la région, il évitait les villes et prenait les routes lui permettant de pousser la musclecar à fond.

Linda était plusieurs fois montée dans la Dodge. Le bruit du moteur avait toujours été fort et sa mère lui demandait beaucoup. En pleine nuit, la jeune fille aurait pu avoir peur de voir les routes défiler. Les phares éclairaient les voûtes boisées, y révélant de nombreux spectres et les faisant disparaître aussitôt le bruyant véhicule passé.
La petite blonde se tournait vers sa mère de temps en temps. Elle la discernait mal mais malgré son silence, elle devinait son inquiétude. A vrai dire, Sue Mason inspirait la peur à sa fille.
Soudain, Sue expira un nuage d’air…visible…donc froid.

-Ca ne va pas ? demanda Sue à sa fille qui avait compris également ce qui se passait.
-Je ne sais pas…je…
-je t’en prie, amour, concentre toi !
Sue savait qu’elle ne pourrait pas conduire si Linda laissait exploser ses pouvoirs. Son ventre rond la gênait déjà tellement pour guider la voiture à cette allure.
-Je vais essayer, déclara Linda en se contractant sur son siège.
La fillette gémit, les bras serrés sur sa poitrine. Le blouson chauffant pouvait contenir le froid qu’elle produisait normalement…mais en état de stress, il en était autrement.
Petit à petit, Sue se mit à expirer des nuages d’air de plus en plus blancs. Les vitres se recouvrirent de givre.

Le motard s’inquiétait de plus en plus. Sa jauge à essence faiblissait dramatiquement et s’il arrivait à se rapprocher de la Dodge sur certaines portions, la voiture le distançait sur d’autres plus droites. En prime, John n’avait pas piloté son deux roues depuis des années et ses bras lui rappelaient qu’il n’avait pas fait d’exercice physique depuis presque aussi longtemps.
Les deux véhicules pénétrèrent une forêt dense. John savait que la route était particulièrement sinueuse à cet endroit.
Il arriverait certainement à les rattraper…et n’avait strictement aucune idée de ce qu’il ferait ensuite.
La moto n’était qu’à une trentaine de mètres du pare-choc de la Dodge quand celle-ci ne tourna pas.

Sue avait essayé d’essuyer le givre sur le pare-brise.
En loupant le virage, la voiture avait semblé voler quelques instants. La route était légèrement plus haute que le bois.
Ecraser la pédale de frein ne servit donc à rien.
John vit sa voiture planer jusqu’à heurter un arbre.
Le grand végétal ne bougea pas, à peine fut-il secoué alors qu’il s’encastrait dans le moteur de métal.
La voiture stoppa nette, encastrée autour de l’arbre.

John stoppa sa moto plusieurs mètres après le virage. Le silence de la forêt sembla tomber sur lui comme une pluie de plomb. Seul le moteur de sa moto, au ralenti, le tenait à la réalité.
Il ne pouvait croire ce qui venait de se passer. Seul au beau milieu de la nuit dans une forêt déserte, il se dirigea vers le véhicule dont les phares éclairaient encore.
La Dodge avait heurté l’arbre à plus d’un mètre du sol, mais elle était bien retombée. La calandre avait été pulvérisée, il manquait une roue, le pare-brise était en morceaux.
Il lui semblait discerner du sang sur le verre.
Au fond de lui, John n’avait pas envie d’ouvrir la porte. Il ne voulait pas voir le carnage à l’intérieur, parce que c’était forcément un carnage !
Soudain, il se rendit compte qu’il ne voyait pas à travers la vitre de la portière : elle était recouverte de givre.

L’éditeur ouvrit la portière d’un geste.
-Sue !
Il recula de plusieurs pas, les yeux écarquillés d’horreur.
-Sue….non…c’est pas vrai !
Il resta debout, contemplant sa femme, assise, penchée en avant sur le volant comme si elle couvait l’enfant qu’elle attendait.
Il ne pu avancer. La respiration lui manqua.
Machinalement, John Mason chercha ses cigarettes dans la poche de son pantalon.
Il s’évanouit sans se rendre compte qu’il ne les avait pas sur lui.

Linda se sentait bien. C’était frais par terre.
Elle ouvrit les yeux, regardant les grands arbres qui la dominaient de toutes leurs branches grisées par l’obscurité.
La jeune fille était allongée sur des feuilles, tout près du tronc d’un chêne sans doute très vieux. Elle se releva sur ses coudes, essayant d’habituer sa vue aux ténèbres autour d’elle.
Il lui sembla voir mieux, même très bien pour une nuit si sombre.
Lentement, elle se mit debout, se rendant compte que son blouson et sa jupe étaient déchirés. Elle porta ses mains sur les lambeaux de vêtements qui lui restaient et frémit.
Elle était souillée d’un liquide visqueux.
L’odeur la frappa. C’était du sang ! Elle était couverte de sang.

Terrifiée, perdue, Linda tourna la tête, ne voyant que des arbres autour d’elle, et une lueur.
Comme si elle courait vers la lumière que l’on dit voir en arrivant au paradis, la fillette se rua vers cet espoir lumineux.
-Maman ? fut le seul mot qu’elle prononça en découvrant la Dodge détruite.
Affolée, elle se dirigea vers le côté conducteur. La porte était ouverte !
Elle sentit le froid l’envahir. Tout autour de la jeune fille, la température tomba comme ses larmes se mirent à couler.
La portière était ouverte mais Sue était encore dans la voiture, morte.
Linda la toucha, la bougea, l’appela sans succès, pleurant tout ce qu’elle pouvait.
Le corps inerte de Sue Mason ne réagit pas.
La fillette se sentit aussi abandonnée qu’on puisse l’être. Etait-ce sa faute ? pourquoi cette fuite si loin de leur maison ?
Finalement elle se tint debout, gravant l’abominable image au plus profond de ses yeux bleus.

John releva la tête en grelottant.
Tout lui revint violemment à l’esprit. Il regarda à nouveau la voiture.
-Linda…
Sa fille se tenait à côté de Sue, ensanglantée mais debout, vivante.
Linda Mason tourna la tête vers la voix, son père.
Son visage était vide d’expression. Tels les yeux d’un félin, un éclat bleuté scintillait dans son regard, surnaturel.
Elle s’écroula et sombra dans l’inconscience.

Dans les yeux trop bleus d’une enfant, jamais il n’y aurait du avoir cette vision de cauchemar

FIN DE LA PREMIERE PARTIE

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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Dim 16 Déc - 16:21

Seconde partie : Le sabre et la grêle.

Toutes ces personnes autour de moi. Me voici presque normale, anonyme parmi les autres élèves. Cela faisait si longtemps que je n’avais pas fréquenté une école.
Il me semble une éternité que mes seuls amis sont des livres et les oiseaux perchés sur le saule pleureur en face de mes fenêtres, et quand j’y réfléchis, je suis morte de peur. Je ne suis pas comme eux.
Pourtant il va falloir que j’apprenne cette vie que toute jeune femme de seize ans se doit d’avoir. Si seulement maman était encore là pour me soutenir.




Linda pénétrait une école pour la première fois depuis plus de huit ans, depuis que ses pouvoirs s’étaient révélés. La jeune demoiselle s’avança timidement dans la cour cernée de lourds grillages, tout le monde semblait plus ou moins heureux de ce jour de rentrée.
Linda, elle, était effrayée.
Les camarades se retrouvaient, échangeait leurs histoires de vacances en riant ou critiquaient la liste de leurs professeurs. Malgré l’uniforme standardisé que portaient toutes les jeunes femmes de l’établissement, la fille de John Mason ne pu que se sentir seule, abandonnée.

Elle était venue à pieds du manoir qui fort heureusement était situé du même côté de la ville que le collège. Elle aurait droit à ces marches solitaires quotidiennement, deux fois trente minutes de réflexion, d’errance dans ce monde extérieur qu’elle connaissait si peu.
Prenant son courage à deux mains, Linda s’avança vers le tableau de répartition des classes et se faufila entre ses camarades en prenant soin de n’en effleurer aucun. Surprenant trois garçons qui regardaient cette frêle et timide inconnue s’avancer vers eux, elle faillit tourner les talons et partir en courant.
Allaient-ils lui adresser la parole ? Linda eu tellement crainte de ce premier contact avec des personnes de son âge qu’elle continua d’avancer en fixant ses souliers.
Tout le monde parlait autour d’elle, parlait fort. Le contraste avec sa chambre si bien isolée et le silence religieux qui y régnait déstabilisait la jeune fille. Elle n’entendait qu’un bruit assourdissant, incapable d’y discerner des mots alors qu’elle cherchait en vain son nom sur le tableau noir.

Soudain le monde changea.
Linda inspira profondément, se crispant quand une main se plaça sur son épaule. Elle n’osa se retourner tout de suite. Bouché bée, les yeux écarquillés, on eu dit qu’elle avait vu Elvis passer sur un skateboard.
-T’es nouvelle ?
Comme Linda ne s’était pas retournée, le jeune homme s’était décidé à se pencher en avant pour se faire voir, tout en laissant sa main sur l’épaule de la nouvelle élève. Arborant un sourire plutôt idiot, Le garçon fixa Linda qui ne le regardait toujours pas, ses yeux bleus rivés sur le tableau accroché au mur.
-Ca va ? finit-il par dire quand il s’aperçut que son interlocutrice était plutôt très étrange.
Le regard de Linda dévia subitement et croisa celui du jeune homme.
-Je…
-Tu veux un coup de main ? Tu trouves pas ton nom ?
L’élève avait perdu son sourire et ôta sa main. Il se rendit compte que la jeune femme était très mal à l’aise et complètement perdue.
-Oui…
-Et bein t’es pas bavarde, comment tu t’appelles ? repris le jeune homme avec un peu plus d’assurance.
-Linda.
-Oui mais ton nom de famille…pour le listing…pour chercher c’est mieux.
De nouveau Linda fixa le tableau, honteuse d’avoir répondu complètement à côté d’une manière aussi stupide. Son interlocuteur eu l’impression qu’elle n’allait pas répondre alors que la cloche résonnait dans la cours, ordonnant à chacun de rejoindre sa classe.
-Mason…Linda Mason.
-Ok bon, je vais déjà me faire engueuler le premier jour parce que je vais être en retard mais on va bien le trouver, ton nom ! Tu es en première année ?
-Deuxième.
-Tu sais tu peux me répondre avec plus d’un mot à la fois hein ! lâcha le bienfaiteur tout en parcourant rapidement les listes inscrites sur le tableau.
-Ca y est ! Mason ! Allez viens, je t’emmène dans ta salle de classe !
Linda regarda la cour qui s’était totalement vidée.
-Tu vas être en retard à cause de moi, je trouverai…
-Ca me gène pas je te dis, allez viens !
-Moi ça me gène. Merci.
La jeune fille tourna les talons et partit d’un pas lent et assuré vers l’entrée d’un des bâtiments, laissant son camarade dans l’expectative.

Finalement, Linda trouva la salle où ses nouveaux camarades rentraient à peine. La petite blonde passa la porte la dernière, la tête baissée et les yeux fixés sur le plancher. Tout le monde s’installait déjà bruyamment, les places se comblaient petit à petit entre poignées de mains et embrassades.
Linda s’assit sans dire un mot dans le rang de droite, contre le mur, à la troisième place en partant du premier rang. Telle une statue, elle patienta sans bouger, silencieuse, invisible au regard des adolescents trop occupés à profiter de ces derniers moments de libre conversation avant l’arrivée du professeur. Disciplinés, tous les élèves s’assirent en silence dès l’entrée dans la classe du dit enseignant, un homme élégant d’une quarantaine d’années.
L’homme se présenta brièvement et distribua à chacun de quoi remplir une fiche d’informations.

Miss Mason, comme ses camarades, s’affaira en silence sur cette première tâche :
Nom, Age, Adresse, Téléphone, Classe précédente, Profession des parents…
Profession des parents : Editeur et morte.
Sue aurait été si heureuse de la savoir enfin entourée d’adolescents de son âge, libre.
Linda ressemblait de plus en plus à sa mère en vieillissant. Elle avait un regard encore plus bleu et un visage plus fin mais il suffisait de regarder une photographie de Sue pour être frappé par l’évidente parenté.
La jeune fille resta quelques secondes à lire et relire ce qu’elle venait d’écrire froidement sur le papier. Avec le temps, elle n’avait que peu de souvenirs précis de sa mère.

-C’est bon ? Vous avez tous terminé ? Je vais ramasser et pour bien commencer l’année, on va faire un petit test pour vérifier que vous avez bien retenu le programme de l’année dernière. Annonça le professeur avec un sourire satisfait.
Comme de bien entendu, les protestations s’élevèrent de l’assemblée d’élèves, obligeant l’enseignant à élever la voix.
-je ne noterai pas ce test, sauf si vous continuer à faire du bruit !
Telle une sentence divine, cette annonce amena le silence et le calme dans la classe alors que le professeur commençait de distribuer les tests.
M Mosier retourna à sa place après avoir fait le tour des élèves. L’avantage d’être professeur dans un Collège privé était avant tout le calme et le sérieux des élèves. Généralement ces chers bambins étaient poussés à l’excellence par leurs parents.
Après avoir lu plusieurs minutes de lecture des fiches remplies par les élèves, le professeur d’histoire releva la tête, dévisageant tous les adolescents un par un, puis se leva.

Linda releva la tête alors que Mr Mosier se penchait sur sa table.
-Linda Mason ? c’est vous ?
La jeune fille eu l’impression tout d’abord que l’élégant professeur s’apprêtait à la mettre à la porte ou la renvoyer chez elle, la faire se lever afin que tous les autres élèves voient une mutante…mais son sourire la rassura.
-Vous n’avez pas noté dans quel collège vous étiez l’année dernière.
Les élèves autour de Linda écoutaient discrètement sans même lever les yeux de leurs copies. Elle se sentit mal à l’aise, observée. Instinctivement, elle tourna la tête, observant toutes ces oreilles indiscrètes, puis revint à son professeur.
-Je ne fréquentais aucun établissement l’an dernier, monsieur.
Mosier arqua un sourcil, montrant un réel étonnement.
-Je ne vais peut-être pas te faire faire ce test alors, c’est le programme de l’année dernière mais tu ne le connais pas sûrement.
Linda lui tendit la feuille.
-J’avais fini, monsieur…

Le professeur retourna à son bureau tout en lisant les réponses de l’adolescente. Le programme d’histoire/géographie de première année était lourd. Le test portait de plus d’avantage sur des détails qu’autre chose, en bref une bonne façon de savoir qui retenait quelque chose des cours.
C’est un peu abasourdi que Mosier s’affaissa sur sa chaise. La petite blonde avait répondu correctement à toutes les réponses. Le professeur releva la tête en direction de sa nouvelle élève.
Linda le regardait.
Elle lui adressa un sourire auquel le quadragénaire ne pu que répondre, séduit par le charme et l’éducation subtile qui transpirait de sa nouvelle élève.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Ven 18 Jan - 14:28

7 heures 23…

Richard Vauhn coupa le moteur de sa BMW. Comme tous les matins, il arrivait sur son lieu de travail : le manoir Mason. Ce début d’Automne était annonciateur d’un hiver rigoureux. Un vent froid s’engouffra dans la veste ouverte du scientifique, le faisant frissonner.
Tant pour se réchauffer que pour fuir ces bourrasques gelées, Richard courut jusqu’au portail du manoir. La gouvernante l’attendait quotidiennement et cette journée ne dérogea pas à la règle.

La demeure de John Mason était un grand hôtel particulier placé en bordure de la ville. Retranché dans une propriété boisée et clôturée par un mur de pierre, le manoir à proprement parler était haut de trois étages, une bonne partie de ses façades recouvertes par du lierre. Pourtant, sous le bâtiment qui témoignait d’une architecture ancienne, Richard Vauhn pénétra son domaine.
Le laboratoire avait été construit en sous-sol. Il fallait passer par les caves pour y accéder. Sur le trajet que faisait pourtant quotidiennement le chercheur, il était encore frappé par le contraste entre les voûtes de pierre et l’environnement métallique de son antre.

Tout s’était décidé quelques mois après la mort de Madame Mason. John avait fait construire, à grands frais, tout ce dont Richard avait toujours rêvé. Le scientifique avait lui-même participé à l’élaboration des plans et la réalisation du laboratoire n’avait pris que huit mois.
Vauhn ne s’était pas posé de question. L’équipement fut transféré et complété au manoir. Il disposait depuis de plus de matériel que la grande majorité de ses confrères.

Sortant d’un de ces moments de contemplation que l’on peut avoir lorsque l’on est mal réveillé, Richard se retourna en entendant les pas légers de la jeune demoiselle des lieux.
-Bonjour Miss Linda, bien dormi ?
-Bonjour Docteur, oui, très bien, merci.
Malgré ses 16 ans, Vauhn n’était jamais arrivé à lui parler autrement que comme à une enfant. Cela faisait finalement sept longues années qu’il la côtoyait et il lui semblait parfois qu’un lien fort les unissait.
Le scientifique se dirigea vers une lourde armoire en métal brillant, qu’il ouvrit. Linda s’était déjà assise sur la table s’auscultations et relevait le pull de son uniforme au dessus de son nombril. Elle s’allongea alors que Vauhn lui présentait une seringue impressionnante.

Toute enfant aurait été apeurée par une telle aiguille. En réalité elle mesurait treize centimètres de longueur. En outre, le liquide dans la seringue avait une teinte irréelle qui aurait fait se retourner n’importe quel amateur de drogue étrange.
-Désolé Miss…Cramponne-toi
La jeune adolescente crispa ses phalanges sur les arceaux de chaque côté de la table.
-Ne me dîtes pas que vous êtes désolé tous les jours, je sais qu’il faut le faire…
Linda se crispa, se cambra alors que le docteur lui enfonçait lentement l’aiguille dans le nombril. Richard ne se hasarda qu’à la regarder une fois. Il savait que cette souffrance était moindre par rapport à ce qui allait suivre.

La jeune fille avait développé un réflexe en quelques semaines. Vauhn la regarda, cambrée sur la table. Ses yeux grands ouverts semblaient briller. Ils s’étaient en fait tapissés de givre et la lumière se reflétait d’une manière extraordinaire. Richard senti la température baisser soudainement alors qu’il terminait l’intromission de l’aiguille.
Un vent plus froid et plus fort que celui qui heurtait les murs du manoir à l’extérieur commença à tourbillonner autour du corps de l’adolescente. Inconsciemment, Linda savait que cette opération annihilait sa nature de mutante. Son corps semblait agir par delà sa propre volonté, comme s’il possédait un instinct de survie dont elle ignorait tout.
Vauhn pressa l’antigène dans le ventre de la jeune fille. Il s’était attaché à sa patiente. La voir crispée de douleur tous les matins lui faisait de la peine mais il savait comme elle que c’était la seule solution.
Retenant des pleurs et des cris, Linda serra les barreaux entre ses doigts pour toute extériorisation de la douleur. Vauhn dégagea une mèche de cheveux blonds de sur ses sourcils froncés.
Il savait que l’antigène mettait une minute environ à agir, à stopper toutes les fonctions mutantes de sa protégée…et il savait que dans douze heures, la nature aurait repris le dessus, forçant la jeune adolescente à revêtir une combinaison isotherme…jusqu’au lendemain.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Ven 18 Jan - 14:32

16 heures 12, le même jour…

Vauhn était affairé à ses mixtures. Il n’avait pas vu le soleil de la journée, étant resté enfermé dans le sous-sol du manoir sans même sortir pour manger. Finalement ces sandwichs au thon qu’il avalait un jour sur deux ne lui semblaient même plus avoir de goût.
La lourde porte de métal s’ouvrit, surprenant le chercheur. Il était anormalement tôt pour qu’on lui rende visite.

Richard haussa un sourcil en dévisageant le nouvel arrivant. John Mason s’alluma une cigarette à peine la porte refermée derrière lui.
-John…on ne fume pas ici.
-Je suis encore chez moi non ? répondit le propriétaire des lieux sans même regarder son interlocuteur.
John s’avança lentement dans la pièce, inspectant les lourdes armoires pleines de containers et de seringues. Tout ce matériel avait coûté une fortune mais il allait se débarrasser d’un poids qui le faisait souffrir quotidiennement depuis des années.
-Avez-vous constitué les stocks que je vous avais demandés, Richard ?
Le professeur ne pouvait s’empêcher de voir un léger état d’ébriété chez son patron.
-Oui, je pense qu’avec ce qu’il y a ici, Linda tiendra une année et l’appareil est en production automatique, ce qui permettra de renouveler la quantité de mutagène sans s’en occuper. Je pense pouvoir m’atteler à une guérison tota…
-Non Richard ! Coupa autoritairement Mason.

John leva enfin les yeux sur son employé. Ses yeux brillaient d’une colère intérieure et trop longtemps contenue. Un silence pesant s’empara du laboratoire.
Richard Vauhn était fier. Il soutint le regard de l’éditeur, ne comprenant pas vraiment ce qui se passait. Il n’avait pas vraiment envie d’en savoir plus.
Mason avait toujours été une personne détestable à ses yeux. Il pensait que l’argent et le succès relatif de son entreprise lui donnait tous les droits. Il considérait les autres comme de la fiente et si Linda avait du se choisir un père, Richard restait persuadé qu’elle l’aurait choisi lui. Dans les dernières années de la vie de Sue, John Mason s’était montré un mauvais mari, et il était un mauvais père. Combien de fois Richard avait eu l’envie de lui dire ses quatre vérités sans jamais oser.
Si pour une raison ou une autre, John cherchait le conflit, il se libérerait au moins de ce poids sur sa conscience.

C’est ce que pensait Richard jusqu’au moment où son employeur sortit un petit magnétophone de sa veste…
-Vous savez ce que c’est ? Questionna Mason en plaçant son pouce sur le bouton play.
Comme le professeur ne répondit pas immédiatement, John actionna le bouton. La bande magnétique se mit à tourner dans l’appareil, libérant des soupirs et des râles vaporeux aux oreilles des deux hommes.
-Vous vous tapiez ma femme !
-Ca n’est arrivé qu’une fois, et elle…
John dégaina un pistolet automatique de sous sa veste ouverte.
-Je rêve de vous descendre depuis que j’ai trouvé ça !
Le chercheur recula, balbutiant piteusement qu’on le laisse en vie. John se régalait de la peur qui transpirait de ses yeux. Effectivement, durant des mois, il n’avait songé qu’à cette nuit où Sue s’était donnée à cet idiot de médecin incompétent. Il avait tout imaginé, s’était repassé la bande des centaines de fois.
Pourtant, John Mason n’était pas un assassin et ne voulait pas le devenir. L’effroi dans le regard de Vauhn lui suffirait certainement à tenir sa vengeance.

-Vous allez quitter ce manoir, Vauhn, et ne plus jamais vous en approcher ! Vous allez disparaître de la vie de ma famille ! Dicta calmement l’éditeur à son ex-employé.

Richard eut un moment le sentiment qu’une balle allait lui exploser la colonne vertébrale quand il tourna le dos à Mason, mais celui-ci lui laissa le temps d’ouvrir la porte et de quitter la pièce. Sans un mot, le médecin retourna à son véhicule et démarra. Il savait qu’il ne reverrait plus sa petite protégée, celle qu’il considérait finalement comme sa fille.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Lun 11 Fév - 17:40

Cela faisait plus de deux mois que Linda avait gagné l’école privée. Le départ du docteur Vauhn avait été un choc pour la jeune adolescente et elle passait ses longues soirées dans sa chambre, laissant son père à ses dossiers et à ses verres de whisky. Dans de nombreuses familles américaines, les adolescents n’avaient que peu de dialogue avec leurs parents. John Mason, lui, n’en avait pour ainsi dire aucun avec sa mutante de fille. Malgré lui, l’éditeur ne pouvait s’empêcher de voir sa progéniture comme un être trop différent de la norme.
Quotidiennement, après être descendue dans le laboratoire vide, la jeune femme s’en allait finalement avec le sourire de ce manoir qui ressemblait jour après jour à une prison. Elle n’avait pour ainsi dire aucun ami à l’école mais, pour le plus grand plaisir de ses professeurs, une soif de savoir intarissable.

Comme les matins précédents, Linda avait marché une bonne demi-heure pour rejoindre l’établissement scolaire, protégée par un large parapluie. Le ciel semblait devoir déverser toutes les larmes du monde sur le Minnesota cette journée…encore. Il n’avait guère cessé de pleuvoir en cette fin d’été. La petite blonde pénétra les lourdes grilles de métal qui lui étaient devenues familières. L’agitation était moindre, les gouttes ruisselant sur les rares élèves non abrités calmant les camarades de la jeune femme.
Elle pressa le pas pour atteindre la protection du préau.

Etrangement, Linda avait assez vite appris à éviter ses camarades en se déplaçant. Elle allait maintenant d’une salle à l’autre sans craindre le contact des autres élèves.
Elle avait craint d’être une bête de foire.
Finalement, elle avait pu, grâce au mutagène qu’elle s’injectait tous les matins, devenir une élève presque anonyme dans le collège, et cela lui plaisait.
Etant nouvelle, Miss Mason avait vite fait parler d’elle et, si cela avait du l’intéresser, elle aurait pu se rassurer quand à ce que les garçons pensaient d’elle. Taxée de joli brin de fille – ce qui n’était pas faux – et appréhendée par quelques collégiens plus courageux que les autres, Linda était vite devenue…la première de classe.

Certains auraient pu trouver cela charmant et être attirés par cette belle jeune femme aussi douée pour résoudre des équations que se remémorer les événements de la guerre de sécession. Néanmoins, les malheureux qui tentèrent d’approcher Linda déchantèrent très vite. La belle collégienne paraissait de prime abord timide et réservée, presque craintive du monde l’entourant. On pouvait comprendre qu’elle ne se fasse aucun ami dans ces conditions mais elle était également très froide lorsque l’on s’attardait à lui parler. Ce comportement, qui contrastait tant avec les excellents rapports qu’elle entretenait avec ses professeurs, lui vaudrait certainement le prix de la fille la moins sympa du collège s’il était décerné en fin d’année…
Pourtant, alors qu’elle avançait parmi ses semblables dans un large couloir aux couleurs vivaces, Linda le ‘’sentit’’.
Elle l’avait croisé le troisième jour. Leurs regards n’avaient pu se détacher une éternité durant…sans doute à peine trois secondes qui troublèrent la jeune collégienne plus que n’importe quelle autre rencontre.
Malgré le temps à l’orage, malgré la foule, Linda ne pu retenir le rouge montant à ses joues. De ses yeux bleus, elle chercha son regard. Une fois encore, ils se croisèrent. La fille de John Mason sentit un frisson la parcourir de la nuque au creux des reins. Elle dévia son regard, ne pouvant cacher un sourire alors qu’elle baissait la tête, se cachant derrière des mèches blondes.
Il s’appelait Arthur Black, et ils ne s’étaient jamais parlés…

Neuf heures plus tard, la belle demoiselle reprit le chemin du manoir familial. Si son visage ne trahissait aucune émotion, le sourire qui l’avait enivrée dès le matin n’avait pas quitté son âme. Les cours avaient été comme souvent très intéressant, rendant la journée encore plus belle.
Dire que dans trente minutes, elle retrouverait sa cage…
Elle ferma son parapluie, levant les yeux au ciel, laissant les ondées recouvrir sa peau et ses vêtements. Chaque jour, retrouver son père devenait de plus en plus difficile. Oh, rien qui ne soit brutal, juste un malaise latent qui grandissait dans l’ombre des murs du manoir qu’ils partageaient maintenant.
Parfois, Linda se demandait si Sue avait ressenti cela envers son époux, si elle était partie pour cela vers un endroit qui au final devait se révéler bien plus agréable.
Parfois…mais pour le moment, elle avait d’autres souci.
Belle, intelligente, cultivée, Linda avait tout pour plaire d’un certain point de vue. Pourtant, s’il y avait une chose qu’elle n’avait pas pu trouver dans les livres, c’était le pourquoi de son émoi pour cet Arthur Black.
Il n’y avait rien à faire. Chacune de leurs rencontres entraînait les mêmes symptômes. Linda avait bien du mal à s’y résoudre mais elle devait envisager la possibilité d’être tombée amoureuse d’un parfait inconnu à qui elle n’avait même jamais parlé…

Seule sous le déluge, Linda fit la moue. Cette idée était ridicule.
La petite blonde fut sortie de ses rêveries par un phénomène des plus étranges et des plus soudains. Comme par magie, une fille habillée du même uniforme apparut devant elle, portant un parapluie la gardant au sec.
-Tu prends l’eau ? lâcha l’étonnante apparition.
Linda resta debout face à elle, bouche bée. Elle était persuadée que cette fille n’était pas là la seconde précédente.
-Défend-toi ! sonna comme un avertissement.
Avec quelques années de plus, La belle petite blonde complètement trempée par la pluie battante aurait peut-être eu le réflexe de se protéger. Elle reçut le poing de sa camarade en plein visage, reculant d’un pas avant de tomber les fesses dans une flaque d’eau.
-Ca va pas non ! Hurla-t-elle en portant ses mains sur son nez douloureux.
-Heu…je t’avais prévenue.
La fille qui avait frappé resta debout, le bras tendu, visiblement surprise. Linda regarda ses mains, réceptacles des filets de sang qui sortaient de son nez brisé. Elle ne pu retenir un grognement de douleur avant de lever les yeux sur la jeune femme qui effectivement portait le même uniforme qu’elle. Elles étaient dans le même collège, cela ne faisait aucun doute.
-Tu es folle ! Tu m’as cassé le nez, aboya Linda pleine de rage.

La colère céda la place à l’étonnement.
Là où se tenait la collégienne, il n’y avait plus rien que la pluie qui tombait…
Linda ne trouva pas la force de se relever tout de suite, restant le postérieur sur l’asphalte mouillée, le sang commençant à couler jusque dans son cou.
-Elle a disparu…furent les seuls mots qu’elle prononça de la soirée.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Mer 9 Avr - 11:19

La jeune collégienne n’avait presque pas dormi de la nuit. L’apparition de la veille avait troublé ses pensées, lui faisant même oublier ses interrogations sur le grand mystère d’un probable amour infondé. Pourtant malgré ce manque de sommeil, Linda passa la grille de son école avec une lueur d’excitation visible dans le regard.
Les nuages n’avaient pas prévu de trêve ce jour là et continuaient de déverser des torrents de pluie sans se soucier de la mutante. Abritée sous son parapluie, Elle resta quelques minutes à observer ses camarades en vain. L’étrange inconnue ne faisait pas partie de ceux qui se serraient sous le préau pour protéger leurs sandales de la moindre flaque. Visage après visage, la petite blonde aux pouvoirs inhibés scruta les élèves. Elle se souvenait parfaitement du regard et du faciès de la fille qui l’avait frappée.
Machinalement, se remémorant le choc, Linda caressa le haut de son nez du bout des doigts. Il était encore douloureux et un léger hématome était apparu. Appuyant un peu plus fort, accentuant la douleur, la jeune femme se motiva à poursuivre ses recherches…plus tard.
La sonnerie indiquait le début des cours, et Linda ne les aurait manqué pour rien au monde.

La matinée passa lentement, très lentement. Miss Mason réussit à garder son attention sur ses notes et les enseignements des professeurs mais son esprit était définitivement ailleurs. Inhabituellement nerveuse sur sa chaise, elle n’en finit pas de battre du pied en attendant qu’un nouveau tintement de la cloche la libère.
Enfin…
Linda fut la première à sortir de la classe, gratifiant son professeur d’un salut poli et d’un sourire. Ses livres à la main, elle attendit que les salles de classe déversent les élèves, bruyants comme tous les jours à l’heure du repas. Le large couloir se remplit rapidement, forçant la collégienne à regarder dans trop d’endroits à la fois. Les professeurs suivirent, derniers sortis. Le couloir fourmillait de têtes que Linda n’avait jamais croisé, ou jamais remarqué. Philosophiquement, elle se rendit compte que malgré leurs uniformes semblables, les différences ne manquaient pas. Il y avait de tout, des bruns, des blonds, des yeux de toutes les couleurs, des maigres et des gros, des élégants et des cabochards, des laids et des beaux…et des grands…
A ce moment précis, Linda Mason eut souhaité être née douée d’une autre mutation que de pouvoir geler les choses, celle de mesurer plus d’un mètre soixante trois !

L’appel de la faim désengorgea rapidement le couloir, laissant les plus téméraires se raconter leurs déboires sentimentaux. Aux aguets, Linda laissa tout le monde passer, son regard bleuté scrutant le moindre élève passant à côté d’elle…mais rien.
Elle avait déjà pris la décision de ne pas manger. Il fallait qu’elle trouve cette fille, même au prix de gargouillis dans l’après-midi. Plaçant ses livres plaqués sur sa poitrine, les bras croisés, elle se dirigea vers une autre partie du collège.
Finalement, la jeune étudiante se sentait presque dans la peau d’une héroïne de roman, hormis le fait qu’elle pensait faire une bien piètre espionne. Avançant lentement, elle dévisageait ses camarades partout ou elle passait…et du bien se rendre compte qu’elle ne le faisait pas de manière très discrète aux nombreux regards qui lui furent lancés. Ils semblaient lui dire : ‘’Qu’est-ce que tu me veux à me regarder ainsi ? Et tu as vu que tu as des traces noires sous les yeux ?’’
Que c’était gênant ! Elle qui s’évertuait à passer dans les ombres depuis la rentrée devait affronter une cohorte d’élèves curieux.
‘’Je pourrais créer une couche de givre sur leurs yeux…ils arrêteraient de me regarder !’’
Linda avança d’un pas plus rapide en frissonnant, essayant de chasser cette triste idée. Elle ne devait pas utiliser ses pouvoirs pour de telles choses !

La petite blonde frissonna à nouveau, mais pour une autre raison. Oubliant totalement l’ignoble pensée qui lui avait traversé l’esprit, elle le sentit !
Encore une fois elle ne s’était pas trompée, mais quel pouvoir lui permettait de deviner la présence de ce garçon avant même de le voir ?
Arthur Black apparut au coin du couloir, entouré de deux amis certainement. Linda ne pu que s’arrêter. Il était grand et filiforme, presque trop mince ; fondamentalement, Linda l’aurait décrit comme ‘’mignon sans plus’’, loin derrière quelques spécimens se vantant d’être le mec le plus craquant du collège. Il n’avait pas, en y réfléchissant, un regard à vous faire tomber à genoux et rien qui véritablement expliquait ce soudain désir que la jeune mutante éprouvait à chaque fois qu’il se rapprochait.
Linda sortit de sa rêverie, écartant les lèvres alors qu’au fond d’elle, elle aurait pu hurler de panique et s’enfuir en courant. Les trois garçons s’étaient avancés face à elle. Cela lui apprendrait à rester en plein milieu des couloirs à rêvasser !
Ils allaient s’écarter, elle fermerait les yeux, et ils la dépasseraient…
Le trio s’arrêta à un mètre de la collégienne dont les joues empourprées trahissaient l’émotion.
Allez…ils allaient bien la dépasser !
-Salut…
Désemparée, Linda observa rapidement les deux gardes du corps d’Arthur avant de revenir plonger ses yeux écarquillés dans le regard noir du jeune homme. Il lui avait parlé !

Il est des moments où l’on ne sait pas quoi dire. D’autres moments où mille mots vous viennent en tête et vous ne parvenez pas à choisir le bon. Linda était en fait à mi-chemin de ces deux cas. Ses possibilités fluctuaient entre se transformer en petite souris et disparaître ou offrir son premier baiser à Arthur Black en ôtant tous ses vêtements…L’une et l’autres de ces situations pouvant être considérées comme extrêmes, il lui fallait maintenant choisir une réponse plus adéquate.
-Salut. Sembla approprié.
Arthur et ses deux amis étaient visiblement gênés eux aussi. Avec de la chance ils allaient juste lui dire de dégager le passage parce qu’ils ne pouvaient pas passer à trois de front si elle restait là et qu’ils avaient décidé de faire une journée spéciale où ils marchaient comme dans les westerns !
Décidemment la chance était restée enfouie sous sa couette à cause de la pluie ce jour-ci.
-Linda, c’est ça ? demanda Arthur en tentant un sourire.
-Oui…
Intérieurement, Linda soupira profondément. Que de réponses intelligentes en si peu de temps !
-Moi c’est Arthur, et lui c’est Simon.
Le jeune homme dirigea son index en direction de son camarade dont les joues présentaient une teinte de tomate révélatrice. Linda dévisagea le fameux Simon avant de revenir croiser le regard d’Arthur. Beaucoup moins impressionnée, elle le fixa, arquant un sourcil d’étonnement pour toute réponse.
-Salut. Dit à son tour le jeune homme qui manifestement en pinçait pour la petite blonde en jupe plissée.
Etrangement, le fait que Arthur Black vienne tenir la main d’un de ses copains qui visiblement trouvait Linda à son goût la vexa assez. Elle ne savait pas si elle était amoureuse de cet odieux personnage mais lui au moins, il aurait pu l’être. Cela aurait expliqué qu’il l’ait envoûtée et qu’elle se sente plongée dans du coton à chaque fois qu’elle le croisait !

L’adolescente de glace trouva heureusement un moyen d’éviter de choisir entre fustiger Arthur pour son non-intérêt pour elle et devoir répondre à son ami Simon…l’apparition.
Le sang de Linda ne fit qu’un tour. Derrière le trio de garçon, c’était elle ! La jeune fille se tenait dans l’angle du couloir, se permettant de regarder la scène de drague en souriant.
C’était bien elle ! Elle avait les yeux tout aussi bleus que Linda mais des cheveux d’un noir de jais. Elle portait le même uniforme, son nœud de cravate était très mal fait cependant, lâche et loin de son col, lui donnant un style rebelle.
L’agacement ou l’attirance qu’éprouvaient Linda disparurent instantanément. D’un geste brusque, elle mis ses livres dans les mains d’Arthur.
-Pardon ! Je dois y aller ! On se reparle ap….
Les trois garçons n’eurent pas le temps de répondre. La jeune collégienne avait déjà disparu dans le couloir perpendiculaire.
Le jeune homme resta planté sans comprendre, les livres de miss Mason dans les bras. Aucun des trois n’osa dire qu’elle était folle mais tous se le demandèrent.
La ‘’boxeuse’’ avait disparu dès qu’elle avait vu que Linda l’avait aperçue. Arrivée là où elle se tenait cinq secondes auparavant, La petite blonde la discerna au milieu d’autres élèves, puis prenant l’escalier pour le premier étage. Elle ne voulait tout de même pas faire une course ?
Linda se força pour ne pas courir et passer pour une démente d’avantage aujourd’hui.
Elle rejoint l’escalier rapidement, observa ses camarades dans le couloir, vérifiant qu’elle ne s’était pas trompée.

L’étage était logiquement désert à cette heure. Le vacarme des discussions des élèves en contrebas remontaient les escaliers mais Linda devinait qu’elle était seule à cet étage…ou presque. Elle était persuadée d’avoir vu son agresseur monter ici et étant donné la longueur du couloir, elle s’était forcement cachée dans une des salles proches.
Malgré ses talons plats dont le cuir claquait sur le parquet, la jeune femme tenta d’avancer sans bruit, espérant prendre son ‘’adversaire’’ par surprise. Elle se demandait tout de même bien à quel jeu jouait cette petite dévergondée.
La petite blonde tenta de tourner la poignée de la salle de classe la plus proche, sans succès. Elle avança dans le couloir, testant toutes les salles les unes après les autres, s’éloignant petit à petit de l’escalier.
C’était impossible de couvrir une telle distance en si peu de temps. Alors qu’elle arrivait au bout du couloir, elle se rendit compte que même si elle ne s’était pas injectée son mutagène quelques heures plus tôt, elle n’aurait pas pu gravir les escaliers et traverser tout le couloir avant qu’une personne normale ne monte à l’étage.
Arrivant à l’angle du couloir, toutes les portes restées closes sous sa main, Linda se figea.
Il s’agissait bien d’un jeu, ou d’un défi !
La jeune fille brune était adossée tranquillement contre le mur, à une quinzaine de mètres.
Elle leva les yeux et posa son regard d’argent sur Linda, sans sourire.
Oui, c’était un défi…
La fille de John Mason eut peur. L’expression de ce regard n’était pas celle d’une jeune femme, il y avait autre chose. Elle recula d’un pas, finalement elle ne voulait pas savoir pourquoi elle s’était fait casser le nez.
Tournant à nouveau la tête, la mystérieuse collégienne ouvrit la porte juste à côté d’elle et y entra : les toilettes des filles.

Linda avait parcouru les quelques mètres en courant, stoppant net devant la porte. Elle avait le pressentiment que poser la main sur la poignée était dangereux, qu’il ne fallait pas…pourtant, elle tira à son tour la porte.
Vide…en fin de compte, Linda aurait été étonnée du contraire. Comme la mystérieuse jeune femme devait s’y attendre, elle pénétra dans les toilettes et referma lentement la porte.
Sans trop savoir pourquoi, la petite blonde se doutait qu’elle ne trouverait rien dans aucune des six cabines de toilettes présentes, mais le jeu voulait qu’elle les ouvre, c’était évident. L’autre voulait jouer à cache-cache, un jeu bien idiot mais hors de question de refuser. Linda avait trop de questions sans réponse concernant cette personne.
Première porte……..Rien.
Deuxième porte………….Rien.
Troisième porte……………….Rien.
Quatrième…………Toujours rien….
Cinquième porte………………...Rien, mais cela fit sourire miss Mason.
Sixième porte……Rien !!!
-Quelle surprise ! clama la jeune mutante à l’attention de l’étrange fille introuvable.
Elle restait sur ses gardes, s’attendant à tout moment à voir une des portes se rouvrir…

Rien…
Linda Fronça les sourcils. Elle n’avait pas rêvé…elle était bien rentrée là ! Il y avait des barreaux à la fenêtre, impossible de ressortir. Son adversaire dans ce jeu stupide DEVAIT être là.
Soudain, elle entendit un cliquetis qui s’il ne lui était pas familier lui imposa une grande panique.
-Noooon ! hurla-t-elle en se ruant sur la porte des toilettes. Elle se cogna sur le panneau de bois, fermé.
-Ouvre ! Ouvre cette porte !
De l’autre côté du battant, Linda n’entendit que le bruit des pas qui s’éloignaient, la laissant enfermée dans les toilettes. Elle écrasa son poing sur la porte, folle de rage.

Après avoir tambouriné ardemment pour qu’un homme d’entretien la libère alors que tous les élèves étaient remontés pour les cours, Linda se rendit dans sa salle de classe sans ses livres, morte de honte.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Jeu 24 Avr - 8:02

Minneapolis, sensiblement au même moment…

-Qu’est-ce que tu bois ?
-Scotch…
La jeune femme fit signe à la serveuse de lui apporter la même chose avant de s’asseoir face à son coéquipier. Il ne daigna pas lever la tête de son verre.
-Tu en es à combien de verres ?
-Qu’est-ce que ça peut te faire ? Je suis pas en service…
En effet, le policier n’était plus en service, et pour cause, il avait été mis à pied deux semaines.
-Hey, pas la peine d’être désagréable, c’est pas parce que tu t’ennuies que je dois payer !
Temper Jones leva enfin les yeux sur sa partenaire. Au moins elle le remettait à sa place, c’était une chose qu’il appréciait particulièrement chez elle : son caractère de mec bien trempé !
La serveuse posa le scotch de la jeune femme sur la table puis ils trinquèrent. A quoi ? On pouvait se le demander. Temper savait très bien que sa situation n’était pas des meilleures. Après dix-huit ans de bon et loyaux services, il risquait à tout moment de se voir retirer sa plaque de flic.

Cela faisait maintenant trois ans que Jane et lui travaillaient ensemble, jours et nuits, et pourtant, il ne lui avait jamais fait part de son secret. La jeune policière de presque vingt ans sa cadette était trop idéaliste pour comprendre. Dans quelques années certainement, elle approuverait…quand elle aurait été dégoûtée par cette belle machine qu’était la justice.
Temper était un homme de bonne stature, on devinait sans peine une musculature développée malgré ses tempes grisonnantes trahissant une bonne quarantaine.
Il était prévu qu’il reprenne le travail demain, s’il n’avait pas la gueule de bois.
-Le plombeur va certainement être acquitté…lâcha la flic avant de boire une première gorgée de scotch.
-Ouais…j’ai entendu dire…
Jane tenta se sonder son partenaire mais il ne leva pas les yeux de son verre. Ils avaient tous les deux procédé à l’arrestation de l’assassin mais cela ne semblait plus étonner Temper que les procès ne donnent aucun résultat. Elle au contraire en était profondément énervée.
-Ca ne te fait rien ? On travaille pour rien, et ce type va s’en sortir sans qu’on puisse rien faire !
Le policier termina son scotch, en redemandant un autre d’un geste dédaigneux envers la serveuse qu’on devinait fatiguée.
-C’est plus notre job…c’est comme ça.
Après tout, Temper était peut-être trop vieux pour encore se révolter contre l’inefficacité des tribunaux, trop blasé. Qu’avait-il pu voir durant toutes ces années ? Au fond d’elle, Jane espérait ne jamais devenir ainsi. Il n’y avait plus aucune flamme en Temper Jones, et elle avait remarqué cela même lorsqu’il n’était pas imbibé d’alcool.

Plusieurs verres plus tard, et alors qu’elle était certainement trop saoule pour conduire, Jane se décida enfin à rentrer. Heureusement elle habitait à proximité du bar et n’avait pas besoin de prendre le volant. Sortant de l’établissement, elle lança un regard vitreux à son collègue. Il n’était pas certain que lui puisse rejoindre son appartement.
Le flic resta encore quelques moments dans le petit établissement où la radio semblait passer en boucle le nouveau tube de Madonna. Il soupira. Dire que certains la comparaient à Marilyn ! Rien à voir ! Rien !
Le flic fut accueillit par des trombes d’eau en dehors, de quoi encore le faire se réjouir de sa journée. Heureusement la dernière à se morfondre sans travailler. Ceux qui l’avaient vu boire durant plusieurs heures dans le bar se seraient certainement étonnés de sa démarche parfaitement stable. Temper remonta le col de son imperméable et pris la direction de son logement. Il avait du travail.

C’était un fait ! La justice n’était pas dans les tribunaux. Tous les flics le savaient, tous finissaient par baisser les bras, certains ne voyant plus dans leur plaque qu’un boulot, d’autres tentant de travailler ‘’dans les règles de l’art’’ afin d’éviter tout vice de procédure. Tout cela était vain. Les criminels n’avaient que faire des procédures, ils ne jouaient pas dans la même cour. Jane commençait à s’en rendre compte, et finalement Temper Jones en était heureux. Il était persuadé que la jeune femme était une personne de valeur, droite et intègre…mais qu’elle finirait comme les autres par jeter l’éponge.
Sans doute lui ferait-il comprendre qui il était dans quelques temps, quand elle serait prête à l’entendre.
-A la tienne, plombeur…
Le policier se servit un nouveau verre de scotch. Il vivait dans un grand appartement au huitième étage. Une seule pièce dotée d’une énorme baie vitrée d’où on voyait une bonne partie du centre ville. Debout face à l’immense fenêtre, il savoura son verre lentement, le vacarme de la pluie sur la terrasse couvrant les bruits de la ville.
Quand il aurait terminé son verre, il irait lui-même rendre la justice dont ses concitoyens étaient incapables.

Les verres de bière s’entrechoquèrent, brisant à peine les rires et les conversations de l’arrière salle.
-A l’efficacité de la police !
Tous éclatèrent de rire et burent.
Le Plombeur avait mérité son surnom de sa facilité à tirer pour un rien, autant sur ses hommes que sur les innocents. Rien que dans la petite salle où ils étaient agglutinés, le criminel pouvait compter six de ses sous-fifres sur lesquels il avait déjà tiré.
Il avala sa pinte de bière d’une traite. C’était la seconde fois que le Plombeur allait en prison, et les deux fois aucune preuve suffisante n’avait pu être retenue pour convaincre les jurés. Enfin…pour s’en assurer, il était toujours bon de les intimider un petit peu. Contrairement à lui, ces jurés avaient une famille à laquelle ils tenaient.
A peine l’imposant criminel avait-il posé sa pinte vide que la porte de l’arrière salle s’ouvrit. Si la silhouette dans l’ouverture aurait pu les faire réagir, tous les voyous cessèrent de parler en remarquant l’arrière plan. La salle principale du bar était vide hormis quelques cadavres.

En une fraction de seconde, les tables furent renversées et les armes dégainées. La silhouette nouvellement apparue essuya une salve de tirs nourrie. Le vacarme des revolvers remplaçant soudain celui des festivités. Ceux qui se risquèrent à jeter un œil sur la portent comprirent tout de suite que l’intrus s’était abrité.
Le silence qui suivit fut troublé par le bruit métallique d’une grenade roulant dans la pièce. Des jurons se firent entendre juste avant que le projectile ne remplisse la petite pièce de fumée.
-Tuez moi ce débile ! hurla le plombeur…avant de prendre la direction de la porte arrière.
La porte fut à nouveau la cible de tous les tirs possibles. Le criminel n’avait aucune intention de repartir derrière les barreaux en ayant passé moins de vingt quatre heures en liberté. Il rampa jusque dans le fond de la pièce.
C’était lâche, mais s’il avait des hommes de main, c’était aussi pour assurer sa survie. Il lança un dernier regard sur ses acolytes dont les armes déversaient toujours la ferraille en direction de la salle principale, empêchant le justicier du moindre geste.

Comme attendu !
Le Plombeur sorti exactement comme cela avait été prévu, mais il n’était pas seul. Quatre hommes derrière lui, il emprunta la ruelle sombre sans se soucier du devenir de ses sous-fifres dans le bar. Malheureusement pour lui, il ignorait que ceux-ci ne craignaient plus rien.
A peine les cinq criminels avaient-ils fait trente mètres qu’ils stoppèrent net, reconnaissant le bruit familier d’une nouvelle grenade. Cherchant l’objet du regard, Ils n’eurent même pas le temps de prier pour qu’elle soit elle aussi fumigène.
De toutes façons Dieu n’était pas de leur côté ce soir. La charge explosa, tuant sur le coup deux hommes.
Le Plombeur ne pu retenir un cri de douleur, pourtant il avait déjà souffert. Tout son bras gauche était ensanglanté et brûlé. Avec peine, il tenta de se relever avec l’aide d’un de ses acolytes. Deux détonations retentirent. L’homme qui tenait le plombeur s’écroula alors que sa boîte crânienne explosait. Le seul homme de main survivant tenta bien de viser l’assaillant mais il ne l’avait même pas vu. Il eut tout de même le mérite de mourir son arme en main, sa tête laissant des gerbes de sang jaillir alors que deux nouvelles détonations se firent entendre.

-Tu crois m’avoir comme ça ! hurla le Plombeur.
Lui n’avait jamais aimé les revolvers, encore moins les pistolets. Quand le Plombeur devait plomber, il le faisait à l’arme automatique. Son UZI cracha dans toutes les directions. Fou de rage, le criminel arrosa la zone de métal. Il ne laisserait aucune chance à son agresseur.
Il distingua un filet de fumée sortant du canon, il avait déchargé son arme.
Soit l’homme était mort, soit il allait de nouveau entendre le son d’une grenade rouler vers lui…
Par prudence, le Plombeur chargea de nouveau son fusil mitrailleur. Après tout si une autre éventualité se présentait, il devait la saisir.
Et dire qu’il n’avait même pas vu celui qui avait ruiné sa petite fête !
Soudain, les hommes encore présents dans l’arrière salle se déversèrent dans la ruelle.
-Patron, patron ! Vous êtes en vie ?
Le Plombeur éclata de rire en voyant arriver les renforts. Une belle erreur. S’il ne s’était pas déconcentré, il aurait peut-être vu l’ombre sauter face à lui. Il aurait certainement vu l’éclat de l’arme blanche brandie au dessus de sa tête.
La seule chose qu’il sentit fut la caresse du métal alors que le katana s’enfonçait dans son cœur. A dire vrai, il ne se rendit compte qu’il était mort qu’à la surprise dans les yeux de ses sous-fifres.
Alors que le sang commençait à quitter son myocarde pour investir sa gorge et ses poumons, le Plombeur regarda enfin son meurtrier. C’était juste une silhouette, une silhouette noire avec un sabre brillant.
La botte de l’assassin justicier vint appuyer sur le poignet du Plombeur, l’empêchant de se relever ou d’orienter son UZI.
Les dernières secondes de sa vie, il vit l’étrange ombre dégainer à son tour une arme automatique. Peu importait. Que ce salopard arrose ses hommes ! Qu’il les tue tous ! Il l’aurait fait lui-même un jour ou l’autre !

Le Plombeur cracha son sang, allongé. La silhouette s’accroupit lentement une fois son chargeur vide, gardant toujours un pied immobilisant le UZI et son arme plantée dans la poitrine sanguinolente de sa proie.
-Tu veux bien me faire une faveur…Plombeur ? lança à voix basse la silhouette sombre.
-Va chier…
-Dommage…
D’un geste, L’homme retira son épée du cœur de sa victime et le décapita.
Il aurait voulu faire passer un message, à Dieu ou au Diable…ce n’était pas à lui de faire leur travail. Demain, l’homme retournerait à son travail de flic, il redeviendrait Temper Jones, policier loin d’être modèle. Pour les survivants du soir, s’il y en avait, ils pourraient dire plus tard qu’ils avaient vu le Sabre, et qu’ils avaient survécu.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Ven 2 Mai - 3:48

L’éditeur terminait sa cigarette, un journal entre les mains et son café refroidissant sur la table basse. Comme tous les jours il s’était levé très tôt, bien avant sa fille. Les nouvelles n’étaient ni bonnes ni mauvaises ce matin, et il n’aurait même pas besoin de lire les prévisions météorologiques. Un simple coup d’œil à la fenêtre lui permettait d’en conclure que la journée serait grise, aussi grise que la veille, et l’avant-veille…

John Mason ne leva la tête de son journal que lorsque Linda apparût en bas des escaliers. Vêtue d’un pyjama rose pâle, il ne pu s’empêcher de voir, comme tous les jours, la combinaison grise qui recouvrait ses pieds et ses mains, montant jusque haut dans son cou.
Depuis que l’éditeur avait viré Richard Vauhn, la jeune femme prenait son traitement seule. Avant même de se doucher, elle descendait dans la cave spécialement aménagée et y restait plusieurs minutes. John savait pertinemment que ces injections étaient incroyablement douloureuses mais il ne pouvait se résoudre à aller tenir la main de sa petite mutante.
Il en était conscient, c’était un abandon, mais il n’avait rien fait pour mériter un tel sacerdoce. Il avait œuvré des années pour construire sa société. Jamais il n’avait prétendu être le tuteur d’un tel phénomène.
Etait-ce la grisaille céleste qui, ce matin là, lui fit avoir quelques remords concernant son attitude ?

Il salua l’arrivée de sa fille dans le salon d’un bonjour qui se voulait plus chaleureux que d’habitude. En vain…
Linda ne répondit que du même air las et fatigué qu’il lui connaissait. Sue avait eu cette expression dans le regard sur la fin de sa vie. Les idées les plus noires vinrent à l’esprit de John. Sa fille lui rappelait Sue.
Elle avait la silhouette de Sue…
Le regard de Sue…
En devenant une femme, Linda ressemblait de plus en plus à sa mère, cette mère qu’elle avait poussé à la folie et à la mort.
Au plus profond de lui-même, John Mason regrettait toujours que ce ne fût Linda qui décéda dans l’accident.
Sue non plus n’avait rien demandé, cette femme si brillante, si souriante et si cultivée…
S’il ne se plongeait pas dans son travail, John avait ces idées là. D’amers regrets d’avoir vu son unique amour tomber en dépression et mourir devant ses yeux…à cause de Linda.

La jeune collégienne descendit l’escalier métallique menant au laboratoire sous terrain. Sa combinaison la recouvrait de la gorge aux pieds sous son pyjama, contenant ses pouvoirs.
Elle n’avait guère dormi de la nuit, son humiliation de la veille l’avait choquée au plus haut point.
Plus que jamais, la petite blonde était décidée à ne pas se laisser marcher sur les pieds. Son nez portait les stigmates de sa première rencontre avec l’étrange inconnue et restait douloureux. Sans trop savoir pourquoi, Linda pressa son doigt sur la trace violacée sur sa pommette et grimaça.
C’était en effet douloureux…et moche.
Linda vérifia une dernière fois que son père ne l’avait pas suivie. Cela aurait été plus qu’étonnant mais on ne savait jamais ce qu’il pouvait penser. Elle sorti ses affaires de sous son pyjama. Il faudrait prier pour que John soit déjà parti et ne la questionne pas sur son emploi du temps bouleversé du matin. La jeune femme ôta rapidement sa tenue de nuit, restant nue dans sa combinaison grise. Elle étala les éléments de son uniforme sur la table où elle se couchait habituellement lors de son injection puis regarda, perplexe, les deux éléments lui restant dans les mains : un paire de collants épais blancs et une écharpe.
Il faudrait espérer que cela suffirait.
Jetant encore un coup d’œil inquiet sur la porte qui la ramènerait au manoir, elle décida de profiter du temps qu’elle aurait du logiquement passer dans le laboratoire pour préparer de nouvelles doses d’anti-mutagène.
Elle ne pouvait s’empêcher de se remémorer sa complicité avec le docteur Richard quand elle faisait cela. Il lui avait donné les clés de la normalité avec un sourire…
Linda pensa qu’elle aurait préféré avoir Vauhn pour père…

A peine une heure plus tard, La jeune collégienne était en vue de son établissement. Son déguisement était presque parfait. Sa grosse écharpe nouée sur son cou cachait le col de la combinaison, d’ailleurs parfaitement invisible sous ses collants qui finalement étaient hideux sous la jupe de son uniforme. Avec son visage blessé et une telle tenue, ça ne serait certainement pas aujourd’hui qu’elle pourrait séduire Arthur Black. Un seul détail devait être encore réglé, et Linda n’en connaissait pas les conséquences. Elle hésita longtemps avant de placer les lames de ses ciseaux contre le tissu de la combinaison.
Prenant une grande inspiration, la petite blonde entailla le tissu moulant au niveau de son poignet gauche. Elle fit rapidement le tour de son bras et se débarrassa de son gant. Tel un fantôme que l’on libère, un souffle d’air glacé sembla tourbillonner autour de la main de Linda.
-Concentre toi…concentre toi…, marmonna la jeune femme à voix basse en se concentrant sur sa main.
Tout le froid de son corps tentait de s’échapper par cette brèche crée dans l’entrave de la combinaison. Linda saisit son poignet dans sa main, la rapprochant de son visage. Elle lutta durant d’éternelle secondes afin d’amener sa main à une température convenable puis serra le poing quand enfin son esprit pris le contrôle.
Oh sa main restait froide, mais si elle évitait de toucher quelqu’un, il ne devrait pas y avoir de problème. Rapidement, la jeune femme découpa son autre manche, libérant à son tour sa main droite.
Elle exigea le même effort pour rester raisonnable.

On eu pu croire que Linda Mason fronçait les sourcils du fait de sa blessure au visage quand elle entra dans le collège, mais il n’en était rien.
Elle devait juste rester concentrée sur ses mains.
Son étrange camarade avait à n’en point douter un avantage dans le jeu qu’elle avait voulu imposer. La fille de Sue en était presque certaine, son adversaire dans ce jeu pervers possédait elle aussi un pouvoir.
Linda s’enfonça dans la cohorte d’élèves, slalomant entre eux sans les toucher.
Elle avait hâte que les cours se terminent.
Il était temps de jouer à armes égales.

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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Mer 7 Mai - 12:00

Qui pouvait croire au sort ? Certains pensent que la vie est toute écrite, tracée d’un fil de soie que le destin manipule à sa guise. Linda, même à seize ans, n’était pas de cet avis malgré l’excentricité de son existence.
Pourtant certains matins, le sort devait s’acharner quoi qu’elle puisse en dire.
Après deux heures de cours, elle du passer au tableau, le professeur n’ayant visiblement aucune compassion pour sa situation. Fort heureusement, les craies disponibles avaient un avantage en comparaison de ses stylos qui gelaient facilement entre ses doigts.
La fille de John Mason du se concentrer à l’extrême pour que son pouvoir n’éclate pas aux yeux de tous. Son accoutrement et les marques du poing de son adversaire étaient suffisant pour donner honte à n’importe quelle élève mais il y avait plus important.
Finalement, après avoir traité l’exercice avec succès, Linda rejoignit sa place en se fendant d’un sourire envers son enseignant. Malgré tout il ne fallait pas négliger certaines choses et elle tenait plus que tout à être vue comme une élève modèle. Elle avait du temps à rattraper après avoir été absente des cours pendant huit ans.

La sonnerie retentit enfin. Linda pris ses livres en précipitation et se dirigea vers les toilettes. Il était évident qu’elle avait une envie pressante mais personne ne pouvait se douter de sa nature.
La belle collégienne de savait pas encore comment, mais elle devait laisser ses mains s’exprimer à tout prix. Elle gèlerait quelque chose, n’importe quoi, discrètement !
Si elle y avait réfléchi à ce moment là, Linda aurait peut-être changé d’avis sur le sort. S’arrêtant net, elle tourna la tête dans toutes les directions. Elle était persuadée qu’’’il’’ était tout proche.
L’adolescente n’attendit pas qu’il se rapproche d’avantage, maudissant Arthur Black et ce sentiment inconnu qui la faisait frissonner, elle s’enferma dans les toilettes.
Linda soupira, s’adossant contre la porte en contemplant le local heureusement vide…et fit trois pas en avant quand la porte s’ouvrit, l’éjectant en avant.

Jennifer Kisley était une des filles les plus fortes du collège. Elle mesurait bien un mètre soixante treize et Linda n’avait même jamais pensé à son poids. Autant dire que quand une telle personne, pressée qui plus est, pousse une porte ; il ne fait pas bon être derrière.
Linda se rattrapa de justesse, avançant ridiculement alors que Jennifer entrait dans les toilettes, l’air confus mais amusé.
-Ca va ? demanda l’imposante étudiante en regardant Linda reprendre une posture plus sérieuse.
La petite blonde n’osa pas répondre. Sa surprise et sa chute l’avaient déconcentrée…
Elle tendit la main en avant, faisant signe à Jennifer de ne pas s’avancer.
-Ca va ! tout va bien ! lâcha-t-elle enfin.
Elle pouvait sentir l’air froid danser autour de ses mains libres mais elle n’avait pas la prétention d’empêcher sa camarade de faire ce qui lui plaisait.
-Excuse moi, je t’avais pas vue, lui lança Jennifer. Il faut pas rester contre les portes comme ça.
-Oui…je rêvassais…
Linda plaça ses mains dans son dos. Il fallait absolument qu’elle libère ses pouvoirs affolés et trop longtemps contenus.
Toujours aussi amusée, miss Kisley s’enferma dans un des cabinets de toilette, laissant Linda presque tranquille. La jeune blonde l’imita aussitôt et se pencha en avant.
-Tant pis pour celle qui posera ses fesses ici, susurra-t-elle à demi voix en saisissant l’émail immaculé devant elle.
Quand Linda sortit des toilettes, une des cuvettes était recouverte de givre, aussi froide qu’un iceberg. Jennifer Kisley, elle, n’était toujours pas sortie de son alcôve.

Le moment tant attendu se présenta plusieurs heures après le repas. Sans savoir pourquoi, Linda était convaincue que son adversaire serait là où elle le désirait.
La sonnerie de fin des cours retentit enfin alors que la jeune femme parvenait à contrôler son pouvoir avec plus de facilités…et en écrivant au crayon à papier.
Tentant de garder son calme malgré l’excitation qui la gagnait, elle se rendit à son casier d’un pas lent, prenant bien garde de n’effleurer aucun de ses camarades.
Le bruit était toujours assourdissant à cette heure de la journée, à croire que tous les collégiens laissaient leurs langues se défouler de leur journée studieuse. Sans un mot, sans un regard pour ses camarades, Linda rangea soigneusement ses livres et cahiers dans son casier réservé.
Elle laisserait tout le monde partir sans leur prêter attention…
-Linda ?
Surprise, la petite blonde tourna la tête vers le garçon qui venait de parler. Perdue dans ses pensées, elle ne l’avait même pas entendu s’approcher.
-Salut ma belle, ça te va bien ton maquillage ! lança l’élève.
Linda le connaissait de nom. Jason Cole était plus vieux qu’elle d’une année et se déclarait officiellement séducteur de l’établissement. Il était réellement beau garçon et possédait un air rebelle qui semblait ne déplaire à aucune fille. S’il n’avait été membre de l’équipe de football et accessoirement un énorme buveur de bière, il aurait peut-être développé autre chose qu’une estime de soi surdéveloppée. Cole représentait à lui seul ce que Linda détestait chez les adolescents de son âge.
-Dis, je me disais, comme on ne te voit jamais avec personne…si tu voulais venir boire une bière avec nous ?
La jeune femme fit mine de classer ses livres. L’important était surtout de garder ses mains à l’abri.
-Je n’ai pas le temps, répondit-elle sur un ton aussi neutre que possible.
-Allez, faut le prendre, le temps ! insista Jason. Tu es jolie comme tout quand tu as pas du noir sous les yeux. On s’amuse bien tu verras.
Linda daigna tourner la tête vers son interlocuteur.
-Tu veux m’inviter parce que j’ai le nez cassé ? Pour vous moquer ?
-Hey non, se défendit le playboy. Je suis pas si idiot ! On est toute l’équipe et tu es tout le temps toute seule, c’est tout !
-Alors pourquoi tu m’invites ? demanda la collégienne, un léger défi dans la voix.
La réponse immédiate de Jason Cole vint de son regard qu’il laissa se promener des pieds à la tête de la jeune femme.
Linda fronça les sourcils. Son agressivité mettait visiblement mal à l’aise le pauvre garçon.
-Tu es très jolie…on voulait simplement te connaître…lâcha enfin fièrement Cole qui avait tout de même un rôle à tenir.
Linda plongea son regard saphir dans celui du playboy en replaçant succinctement sa chevelure.
-Une autre fois peut-être, je suis occupée ce soir. Lança-t-elle en s’écartant de son casier.
C’était ce que l’on pouvait appeler une veste. Jason n’avait pas réellement l’habitude de se voir refuser une invitation à sortir de la sorte. Il regarda la petite blonde s’éloigner d’un pas décidé.
Elle avait beau être assez belle pour être pompom girl, ça devait être une belle gourde : la sortie du collège était de l’autre côté. Avec un petit sourire malicieux, Cole s’en alla retrouver ses amis.


Jason Cole – 1989
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Mer 7 Mai - 12:00

Linda gravit les dernières marche à pas lents.
Au fond rien ne lui disait que sa mystérieuse camarade serait présente. Elle n’avait pas cherché à la croiser de la journée, évitant plutôt de se mêler à la foule mais elle avait pourtant le pressentiment qu’elle était épiée en permanence.
La jeune collégienne s’accroupit, délaça ses chaussures et les plaça contre le mur. Sa respiration était vive, son cœur battait très fort et il devenait vraiment impossible de contenir le froid au bout de ses doigts.

Seule dans le long couloir, la petite blonde se laissa aller, soupirant de soulagement alors qu’un courant d’air gelé s’écoulait de ses manches. Débarrassée de ses mocassins, Elle s’avança le plus discrètement possible de l’angle du couloir. Elle était presque persuadée que l’autre collégienne l’attendait dans les toilettes cette fois.
Telle Emma Peel, Linda passa la tête dans l’angle du couloir, vérifiant si son hypothèse était bonne.
Elle aurait du se douter que la jeune femme ne ferait rien comme prévu…finalement elle avait toujours une longueur d’avance. En l’occurrence, elle ne l’avait pas attendu bien sagement devant la porte des toilettes. Linda soupira mais continua son avancée. Il était fort possible qu’elle soit seule dans ce couloir et qu’elle se sente très idiote dans quelques secondes. A quoi cela servait-il de jouer ainsi au chat et à la souris alors qu’elle aurait pu…boire une bière avec l’équipe de foot…
Miss Mason espéra fortement que sa Némésis se trouvait bien dans les toilettes parce qu’effectivement, elle n’avait rien de mieux à faire !

Sur ses gardes, prête à parer les éventuels coups de poing, l’adolescente entra dans les toilettes qui étaient aussi vides que la première fois. Il n’y avait strictement aucun bruit, rien qui aurait pu indiquer qu’elle ne s’était pas fait des idées sur cette fille. Seul son nez douloureux lui prouvait qu’elle n’avait pas rêvé ces rencontres.
Au moment où Linda allait ouvrir une porte, comme lors de sa première poursuite, elle entendit le terriblement familier cliquetis !
Une nouvelle fois elle se rua sur la porte et la frappa de ses poings, à nouveau enfermée.
Une petite voix se fit entendre de l’autre côté du battant.
-Tu es ridicule…ah et au fait, je garde tes chaussures.
-A quoi ça rime ? hurla Linda.
-Oh on s’amuse, répliqua la voix. Je sais qui tu es ma grande.
Linda saisit la poignée fermement. Il était hors de question que cette petite garce se cache derrière des portes toute la vie.
-Toi ça t’amuse ! pas moi ! J’ignore même jusqu’à ton nom !
-Tu pouvais demander aux autres, je ne suis pas un fant…

La mystérieuse jeune fille n’avait pas fait attention au givre qui s’était formé sur la poignée. Elle ne finit pas sa phrase, reculant de surprise alors que le métal gelé éclatait. La porte des toilettes s’ouvrit violemment, laissant une furie aux cheveux d’or se ruer sur sa camarade.
Linda fondit sur son adversaire, essayant de la saisir par le col d’une de ses mains. Le temps sembla se figer au moment où elle refermait ses doigts sur le vide. La fille de Sue ne pu que rester dans cette position, le poing tendu et serré. Elle était pourtant certaine d’avoir empoigné la jeune femme brune.
-Bien joué !
Lentement, Linda tourna la tête. La voix venait de derrière elle. La fille aux cheveux de jais se tenait à plus de dix mètres, loin dans le couloir. Aussi belle, intelligente et puissante qu’elle se pensait, Linda du regarder sa camarade avec des yeux effrayés.
Tout cela n’était pas possible.
-Non vraiment bien joué, tu as brisé la serrure comment ?
-Ca ne te regarde pas, lança la fille de l’éditeur en se redressant.
L’intrigante adolescente ne retint pas un sourire empli de malice…puis disparu.

Linda eu juste le réflexe de tendre la main vers l’endroit où se tenait la jeune fille. Elle s’était réellement volatilisée, laissant le couloir vide. Soudain, Linda sentit une gigantesque douleur au niveau de la poitrine. Son adversaire n’avait pas disparu, elle s’était déplacée derrière elle…et lui pinçait les seins. Furieuse, Linda balança son coude dans le visage de la collégienne.
Elle manqua une nouvelle fois son but, la jeune femme espiègle ayant une nouvelle fois disparu.
-Tu vois, moi aussi j’ai des pouvoirs, toi tu casses les portes, moi je peux te tirer les tétons.
Et elle tirait fort la garce…Linda se massa le bout des seins espérant atténuer la douleur. Il était clair qu’elle avait en face d’elle une autre mutante mais elle ignorait toujours ce à quoi tout cela rimait. La jeune femme n’imaginait pas une seconde que le but de son ennemie fut de lui casser le nez ou de lui faire mal aux seins.
-Que me veux-tu ? demanda Linda en tentant de calmer l’envie furieuse qu’elle avait de frapper cette petite dévergondée.
-Je veux juste m’amuser, tu as des pouvoirs aussi non ?
Le silence qui suivit fut lourd de sens. Les regards bleutés des deux adolescentes ne confrontèrent durant un temps qui leur parut infini.

Linda comprenait enfin.
Elle avait en face d’elle quelqu’un comme elle.
Elle ne pouvait la détester, elle était comme sa sœur.
Elle comprenait tout à fait les motivations de cette jeune femme. Elle voulait partager ce qu’elle était. En se montrant à Linda, elle devait se décharger d’un poids immense.
Le même poids qui semblait s’envoler quand, enfant, Linda battait son médecin à la course.
Elle n’avait pas peur de dévoiler ses pouvoirs, pas peur d’être incomprise, pas peur d’être écartée par Linda…Tout cela était limpide et finalement tellement tentant.

-Je m’appelle Tara ! déclara la jeune femme en armant son bras, prête à gifler son interlocutrice pourtant située à plus de dix mètres.
Linda n’eut pas le temps de répondre. Tara apparut devant elle et lui envoya une claque magistrale au visage, l’envoyant au sol. Elle regarda sa victime essuyer sa lèvre d’où perlait un filet de sang, se rendant compte qu’elle avait été vraiment violente. La petite blonde se releva, furieuse et décoiffée, se lançant sur sa proie avec toute la rage d’un défenseur sur un quaterback. Tara esquiva une nouvelle fois, se téléportant juste derrière Linda. Elle saisit la crinière d’or de sa camarade et la retint dans son mouvement, lui arrachant un cri de douleur.
Linda fut tirée en arrière. Mais pourquoi est-ce qu’elle n’avait pas les cheveux courts ?
Avec une force que l’on ne supposait pas chez une fille de son gabarit, Tara projeta sa proie contre le mur. La tête de Linda heurta violemment la paroi, l’assommant presque.
Une nouvelle fois elle tomba à genoux, se prenant le crâne à deux mains.
-Bon, tu veux pas me montrer tes pouvoirs ? demanda l’arrogante collégienne.

Linda ne releva même pas les yeux, elle resta dans cette position de faiblesse, genoux à terre. Pourtant si l’étudiante aux cheveux noirs avait pu voir son regard, elle aurait lu sa détermination.
Sans se relever, Linda tendit les bras devant elle. Un air glacé vint frapper Tara qui se téléporta aussitôt, regardant effarée la couche de givre qui venait d’être crée sur le mur en face de son opposante. La surprise fut de trop, le laps de temps nécessaire à la mystérieuse jeune femme pour écarquiller les yeux suffit à Linda pour se relever. Une nouvelle fois, elle tendit la main vers Tara.
Celle-ci avait certainement pensé qu’elle se mettrait à l’abri en se plaçant dans le dos de Linda, mais la blondinette en colère n’attendit même pas que la téléportation fut achevée, elle projeta son souffle glacé derrière elle. Apparaissant dans l’alignement du bras de Linda, Tara sentit la température de sa peau s’abaisser alors qu’une couche de givre se formait sur ses vêtements. Elle se téléporta aussitôt en dehors du jet d’air frigorifié, mais son adversaire n’en avait visiblement pas fini.
Le couloir était très étroit et La petite blonde, sans même bouger, aspergeait dans toutes les directions sans aucune difficulté. Il fallait réagir vite compte tenu de la température générale de l’endroit qui commençait à tomber au-delà du supportable quand on porte une jupe.

Evitant pour la dixième fois le souffle de son adversaire, Tara se téléporta cette fois juste face à elle, légèrement en hauteur. Elle lança sa jambe de toutes ses forces, frappant la collégienne d’un violent coup de mollet au visage avant de retomber lestement sur ses pieds alors que Linda s’envolait sous la puissance du coup. La jeune femme aux cheveux noirs connaissait sa force, elle savait qu’elle pouvait assommer beaucoup de monde avec une telle frappe. Elle resta comme elle était retombée, accroupie, le regard sur sa camarade étendue sur le sol.
Linda releva la tête, laissant durant un fugace instant leurs regards bleus se croiser à nouveau. Allongée, elle projeta son air glacé sur son adversaire.
Elle se téléporta à nouveau mais Linda savait presque prévoir ses mouvements et il était presque certain qu’elle ne pouvait pas bouger du couloir.
De toutes façons, elle ne la laisserait pas partir.
Prévoyant la destination du prochain saut de sa Némésis, La belle adolescente intensifia son pouvoir. Quand Tara réapparut juste là où l’avait prévu Linda, elle fut presque immédiatement recouverte de givre… et sentit un douleur fulgurante lui transpercer l’épaule.
Oubliant de se téléporter à nouveau, elle regarda sa blessure. Son uniforme était déchiré sur sa clavicule et elle saignait.
Une nouvelle piqûre la fit crier, cette fois à la cuisse.
Ce ne furent pas des piqûres finalement, plutôt des déchirements. Elle regarda Linda qui continuait de tendre les mains dans sa direction, créant outre un souffle glacé une multitude de petits glaçons aussi coupant que des rasoirs.
Prise dans l’attaque de sa camarade, Tara hurla de douleur alors que son corps comme son uniforme se lacéraient petit à petit. Elle ne pouvait pas se téléporter en subissant une telle douleur. Elle sentait sa peau se déchirer sous les assauts des flèches de glace, ses vêtements devenus des lambeaux de tissu.
Elle laissa retentir un cri, un seul avant de tomber à terre, meurtrie :
-Arreeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeete !

Linda cessa immédiatement. Se concentrant, elle parvint à endiguer son pouvoir, le contenant à la pointe de ses doigts. Elle tremblait, d’excitation, de rage, de peur, elle ne savait même plus. L’étudiante face à elle était couverte de sang et de givre, à demi nue sous son uniforme complètement déchiré. La fille de Sue regarda la scène bouche bée. C’était elle qui avait fait ça…
Lentement, elle s’approcha de Tara qui se maintenait à quatre pattes douloureusement. Elle s’agenouilla face à elle, du sang coulait de ses lèvres mais rien en comparaison de l’état de la petite brune. Machinalement, Linda passa sa main tendrement dans les cheveux noirs de la jeune fille, comme elle l’aurait fait sur une de ses poupées.
-Je…je suis désolée. Bredouilla-t-elle avant de prendre Tara dans ses bras.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Mer 25 Juin - 3:34

Trois semaines avaient passé depuis l’affrontement des deux jeunes femmes. Le ciel se montrait autrement plus clément depuis lors comme les tensions s’étaient dissipées.
Tara Gifft était restée absente quelques jours et s’était présentée au collège avec quelques griffures au visage. Si elle n’avait rien laissé transparaître, Linda avait très mal vécu cet épisode de l’année. Après leur combat, la jolie brune était presque partie sans un mot, laissant juste un ‘’on se reverra’’ se perdre sous l’orage grondant du soir. Sous des mèches dégoulinantes de pluie, Linda l’avait regardée partir dans ses vêtements en lambeaux.
Elle savait qu’elle aurait pu la tuer ce soir là si elle n’avait retenu son pouvoir.

C’était donc ça ? Ce don qui faisait d’elle un être capable de geler ce qu’elle regardait, de créer des tempêtes de grêle…pouvait tuer. A vrai dire, la belle étudiante n’y avait jamais songé avant ce jour. Pendant plusieurs jours après l’affrontement, Linda ne pu s’empêcher de penser aux malheurs, aux massacres dont elle pourrait être la cause. Que serait-il arrivé si elle avait complètement gelé Tara ? S’il lui prenait l’envie de déchaîner des rafales de glace coupantes comme des diamants taillés sur les gens qui l’énervaient ? Sur son père…
Pourtant, tout avait été oublié depuis.
Tara était revenue. Certes de légères traces du combat striaient toujours son visage mutin, mais son sourire était bien là. Elle n’avait pas attendu longtemps avant de prendre contact avec miss Mason, s’affichant en face de sa salle de classe dès le midi de son retour.
Tout d’abord hésitante, Linda n’avait pas décelé une once d’hypocrisie dans le regard et le sourire de la petite brune aux yeux bleus. Depuis ce jour, Elles avaient décidé d’être amies.


Tara Gifft - 1989


Tara Gifft regarda le ciel malgré tout couvert, les lumières d’Alexandria terminant de noyer les étoiles sous la lueur artificielle des lampadaires. Le manoir Mason était en bordure de la cité, loin de tout regard. Comme cela devait être agréable pour Linda d’être ainsi préservée du monde. Quoiqu’à bien y réfléchir, Tara voyait de plus en plus les hauts murs de la bâtisse comme ceux d’une prison.
Vérifiant que personne ne l’observait, la mutante se téléporta de l’autre côté de la grille marquant l’entrée du manoir.
Elle savait Linda orpheline de sa mère mais n’avait même jamais vu son père qu’en ombre derrière les grandes fenêtres de l’immense maison cachée derrière d’aussi immenses arbres certainement centenaires. Sa nouvelle amie ne l’avait jamais faite rentrer, son père étant parait-il très strict.
Rapidement, comme plusieurs fois auparavant, Tara se téléporta jusqu’au pied de l’arbre menant à la fenêtre de sa camarade blonde. Plusieurs cailloux en main, elle disparu une dernière fois pour réapparaître sur la branche la plus proche de l’ouverture.
Au bout de deux tirs claquant sur le verre de la fenêtre, celle-ci s’ouvrit en silence, laissant apparaître le visage à la fois inquiet et souriant de Linda.

Outre la faculté de se téléporter dans un endroit visible, Tara pensait étudier très bien les gens d’après leurs regards, leurs mouvements ou leurs attitudes. Concernant Linda Mason, elle ne s’était guère trompée. Il était difficile de concevoir une adolescente plus réservée.
Malgré tout, la petite blonde possédait une certaine assurance que Tara attribuait à sa culture presque parfaite. Il ne faisait aucun doute que la jeune femme avait passé toute sa vie dans les livres et qu’elle ferait une très certaine majeure de promotion. Bien moins éduquée et cultivée, L’adolescente aux cheveux de jais s’amusait souvent de son amie, par ailleurs complètement inconsciente de son physique et du mystère qu’elle dégageait.
L’association des deux jeunes filles dans la cour du collège faisait parler beaucoup de monde. Toutes deux marginales dans des styles différents, personne ne comprenait vraiment pourquoi l’intello de la classe se promenait avec la rebelle hargneuse.
Pourtant, s’ils avaient bien observé, peut-être auraient-ils remarqué que Linda Mason affichait un sourire qu’elle n’avait jamais montré.
Pour la première fois, La jolie blonde se sentait en harmonie avec quelqu’un de son âge, et peut-être plus important, de son espèce. Elle découvrait l’amitié, se laissant guider par Tara dont l’expérience de la vie ne se résumait pas seulement aux pages des livres.

L’adolescente saisit la main – froide – de Linda, et les deux jeunes femmes furent aussitôt téléportées en contrebas de la fenêtre. En quelques sauts, elles avaient quitté le manoir lugubre. Dès l’épais mur de pierre franchi, Linda oubliait son père, John…
Ces fuites nocturnes se répétaient de plus en plus souvent, toujours à l’initiative de Tara. La fille de l’éditeur adorait cela. Elle avait la sensation d’une liberté infinie, échappant ainsi au regard sévère de son père. Oh elle avait toujours cette appréhension chaque matin en le croisant, celle de l’entendre lui demander où elle était durant la nuit puisque sa chambre était vide, mais rien ne l’empêcherait de s’amuser avec sa nouvelle amie.
Tara pouvait les emmener dans des endroits inaccessibles, en haut de grandes tours ou dans des parcs déserts. La jeune femme n’avait vraiment aucune limite, dernièrement elle était allée rendre fou un lion en se téléportant dans sa cage. Le félin avait du finir avec un beau mal de crâne à force de tourner en rond à la poursuite de l’insaisissable mutante.
Les téléportation cessèrent alors que les deux adolescentes se trouvaient sur un toit du centre ville. Tara regarda sa main qu’on devinait bleue malgré l’obscurité.
-C’est vraiment un problème quand même, ça…rigola la jeune femme.
Linda pouvait contrôler son pouvoir dans sa combinaison découpée mais pas jusqu’à garder ses mains à une température normale.
-Je suis désolée, répondit-elle vraiment gênée du désagrément.
-C’est rien, et puis j’ai réfléchi à quelque chose pendant que j’étais en maths !
-A des maths ?
Tara s’esclaffa devant cette affirmation absurde.
-Oui oui bien sûr, mais entre deux équations, j’ai enfin trouvé une utilité à ton pouvoir.
Linda fronça les sourcils, faussement vexée. Il était cependant vrai que ses dons ne servaient guère leurs escapades nocturnes. Tout juste une fois avait-elle créé une plaque de glace sur laquelle les deux chipies s’étaient amusées à faire du toboggan…
-Tu pourrais geler les optiques d’une caméra à distance ?
Sans vraiment comprendre, miss Mason haussa un sourcil puis finit par acquiescer, ce qui rendit son amie vraisemblablement joyeuse.
Reprenant la main de Linda, Tara se téléporta sur le toit du bâtiment d’à côté.
-Pourquoi des caméras ? Que veux-tu faire ? demanda la petite blonde entre deux téléportations.
-Je suis sûre que tu as toujours rêvé d’avoir un musée pour toi seule non ? rétorqua l’intrigante adolescente en se fendant d’un sourire malicieux.
C’était vrai…Linda adorait les musées et les bibliothèques…du moins ce qu’elle en avait vu dans ses livres. Elle se laissa entraîner. Ce serait le premier musée qu’elle visiterait, ce soir, et elle l’aurait pour elle seule. Comment refuser ?
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Lun 28 Juil - 12:55



Minneapolis, la cité des lacs, le jour…La nuit, comme la grande majorité des villes américaines, la cité des gangs.
Ce soir là, Les Hounds étaient visés. L’âge moyen des membres de ce gang ne dépassait pas 17ans. En majorité des afro-américains dont la source de revenus principale provenait de la vente de drogue.
Temper les avait vus naître. Ce gang n’existait pas quand il avait obtenu sa plaque de flic, à présent ils devaient être une grosse centaine. En quelques années les Hounds étaient devenus gênant pour la municipalité, assez gênant pour que des opérations policières leur rappellent les limites à ne pas franchir.

Le vétéran s’enfila une gorgée de whisky sous le regard désabusé de sa jeune collègue. A peine quelques jours que Temper avait repris le boulot et il semblait se ficher de sa conduite à nouveau, quitte à se faire virer définitivement.
-Tu en veux ? demanda-t’il en tendant sa flasque à Jane.
Elle lui répondit d’un soupir, refusant, elle, de boire durant le service.
-Tu as tort minette…Ces gars là flippent dès qu’ils entendent une sirène, ils vont se tailler en courant et je te bats encore au 400m.
-Plus pour longtemps, tu vas prendre du ventre à force de te saouler la gueule toute la journée.
-Seulement quand le soleil est couché, rétorqua Temper Jones.
Le flic regarda par la fenêtre de la portière, dix autres véhicules étaient rangés à côté de l’entrepôt où on avait indiqué la présence des jeunes camés. Avec un peu de chance, Il n’aurait même pas à bouger son cul de sa voiture. Jones n’appréciait pas du tout cette soirée, il avait bien mieux à faire que de courir après des mômes de quinze ans. Il y avait du catch à la télé.

L’ordre arriva enfin. Jane était comme à son habitude toujours aussi impatiente et nerveuse. Dans un mouvement qu’on eut dit répété par un grand chef d’orchestre, les portières des voitures noires et blanches s’ouvrirent de concert, laissant les gardiens de la paix se diriger vers l’entrepôt, arme au poing.
La jeune policière avança pour rejoindre ses collègues avec l’étrange impression d’oublier quelque chose. Se retournant, elle assena un regard belliqueux à son partenaire. Jones leva de nouveau sa flasque. Il était resté sagement au volant du véhicule et il fallut que Jane fasse un pas en sa direction pour qu’il se décide à ouvrir sa portière.
-Tu abuses, lui susurra-t-elle alors qu’ils rejoignaient les autres flics, visiblement sur les dents.
-Et encore…j’ai lâché ma bibine !

Les forces de l’ordre se mirent en place. Temper avait brièvement écouté le briefing et l’entrepôt devait être un stock gardé d’une drogue quelconque. Lui-même ayant eu une période où sa plus proche compagne était colombienne, il avait tendance à être conciliant avec les revendeurs.
Contrairement à Jones, ses collègues écoutaient les ordres sans broncher. Les deux entrées visibles furent cernées en silence, les hommes faisant leur job avec une efficacité redoutable, suivant toutes les consignes de manœuvres lues dans les manuels. Jane vérifia que son partenaire avait bien dégainé son arme, ce qui était le cas, mais il se contentait de la suivre en marchant tranquillement, visiblement bien loin des événements.
Le capitaine donna l’ordre de pénétrer le bâtiment, s’affolant de quelques gestuelles précises en direction de ses hommes. Avec une coordination remarquable, les deux entrées furent ouvertes et l’assaut fut donné. Les voix des flics portèrent loin et fort, ordonnant à la bande de gosses sûrement présente de se mettre au sol sans bouger.
Les doigts de Jones se crispèrent sur la crosse de son arme quand il entendit la réponse des Hounds : ils firent parler le métal.

A peine une phrase et cela avait dégénéré en fusillade !
Les jeunes negros hurlaient à tout va à l’intérieur du bâtiment. Leurs tirs firent vite reculer les forces de l’ordre. Aux rafales des armes automatiques des jeunes chiens se mêlèrent les tirs des armes de poing officielles. Déjà trois hommes étaient à terre du côté des flics, ça s’annonçait mal et Temper n’avait pas encore pu voir ce qu’il se passait entre les murs de ciment de l’entrepôt. D’un pas sûr, cette fois totalement alerte, il avança vers l’ouverture, Jane dans ses pas.
Le capitaine ordonna une nouvelle entrée. Les hommes des Hounds s’étaient réfugiés dans deux camionnettes. L’escouade policière entra sans aucune retenue. Les véhicules furent aspergés de balles. On ne faisait pas semblant dans la police de Minneapolis ! La porte arrière d’un des fourgons s’ouvrit. Le gosse qui tenait la mitrailleuse à l’arrière ne devait même pas avoir seize ans…Il arrosa néanmoins les forces de l’ordre de ses salves meurtrières.
Jones eut à peine le temps de se mettre à l’abri, le jeune con l’avait visé lui ! Il roula sur un côté avec une agilité à faire pâlir tous ses collègues, se plaquant contre un épais pilier métallique. Le vétéran n’eut même pas le temps de changer le chargeur de son arme. Jane s’écroula juste à ses côtés.

Combien de temps Temper Jones resta ainsi, il ne pourrait jamais le dire. Son arme en main, il scruta le visage de la jeune femme posé à même le sol…Combien de temps ?
Assez pour être en colère du trou que lui avait fait une balle en plein centre du front. La jeune flic avait été touchée par plusieurs balles. Inconsciemment, Jones pria pour qu’elle soit morte de ce seul tir à la tête, surprise d’être ainsi rayée de la liste des vivants de ce monde.
Elle avait les yeux ouverts, grands ouverts, alors qu’un filet de sang perlait du trou dessiné dans son crâne. Temper ne pu cesser de la fixer avant que les camionnettes soient sorties.
Est-ce qu’elle le voyait ? Les morts pouvaient-ils voir ? Même juste quelques minutes ?

Jones s’empara de l’arme de sa coéquipière. Jetant un coup d’œil sur ses collègues, il s’aperçut que Jane n’avait pas été la seule à être touchée. Les armes automatiques des Hounds avaient fait des ravages dans les rangs de la police, plusieurs morts et seulement trois flics avaient pu s’en tirer sans heurt.
Sans plus réfléchir, le vétéran rangea les deux flingues dans son ceinturon et sorti du bâtiment. Les Hounds avaient toujours su rester du bon côté de la barrière. Ils avaient toujours été des petits trafiquants, heureux de jouer au flic et au voleur de temps en temps…Cette fois ils avaient franchi la ligne rouge.
Temper se rua dans une voiture et démarra à la suite des camionnettes. Toutes sirènes hurlantes, il en repéra vite une. Cette zone de la ville, industrielle, n’était faite que de grandes allées. Accélérant, le flic fonça sur ses proies, l’ivresse de la colère l’habitant de plus en plus alors qu’il s’approchait de son but. Peu importait l’autre camionnette. Une seule suffisait.

Beaucoup plus rapide et puissante, la voiture de police rattrapa aisément le véhicule des Hounds criblé de balles. La porte arrière s’ouvrit à nouveau, laissant apparaître le même morveux surarmé. Sans lâcher l’accélérateur, Jones dégaina ses deux armes et fit feu à travers le pare-brise. Le jeune homme n’eut même pas le temps d’armer sa m-16, il tomba de la camionnette. La ford noire et blanche roula sur le corps du jeune homme sans ralentir avant de s’empaler à l’arrière du camion. D’un coup de volant, Temper guida les fuyards dans un mur. La petite camionnette heurta un bâtiment puis se renversa, terminant son parcours en glissant sur le flanc.
Jones se gara à quelques mètres et s’avança, les deux armes pointées vers le véhicule. Quatre Hounds étaient encore à l’intérieur, sanguinolents et gémissants. Le flic repéra vite celui qui semblait être le plus vieux, et donc le chef. Sans réfléchir, il dirigea ses pistolets sur les trois autres et ouvrit le feu.

Le jeune survivant regarda le policier fou s’avancer vers la camionnette aux vitres brisées. Ce malade venait de tirer sur ses copains blessés et désarmés. Il les avait tués sans un mot, son regard était étrange, à la fois serein et fou.
L’homme en uniforme s’approcha du conducteur et s’agenouilla.
-Tu as de la chance…tu vas vivre…
Le jeune afro-américain ne pouvait pas répondre, le policier plongeait dans son regard, il le terrifiait.
Jones leva son arme et abattit la lourde crosse sur le crâne du délinquant, puis il tira le jeune homme hors du véhicule et le menotta. Quelques instants plus tard, Celui qui se faisait appeler Sabre roulait dans une voiture de police en piteux état, une jeune homme enfermé dans le coffre de son véhicule.
Les Hounds avaient franchi la ligne…Ils payeraient comme tous les autres.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Jeu 31 Juil - 7:47

Quand il reprit ses esprits, le jeune afro américain était solidement attaché sur une chaise en bois. Les poignets menottés à l’arrière du dossier, il essaya de voir quelque chose, mais l’endroit était d’une obscurité digne d’une cave aux enfers. Le jeune homme tenta de se libérer, en vain, ses chevilles étaient entravées également, tout comme sa taille retenue par une ceinture de cuir épais.
S’agitant de plus en plus sur son siège, il du bien se rendre à l’évidence : Il ne pourrait pas se détacher et la chaise semblait scellée au sol, impossible même de se laisser tomber et de ramper.
Le choc fut violent. L’espace d’un instant, le Hound cru que ses rétines avaient été brûlées. Une vive lumière vint l’éclairer. Il ne parvenait pas à y croire, on se serait cru dans un mauvais film mettant en scène la gestapo !

-Qui est là, beugla le jeune homme encore sanguinolent de son accident de camionnette.
Il n’obtint pas de réponse. La lumière l’aveuglait complètement alors que la panique commençait à s’emparer de lui.
-Allez quoi ! Montre-toi fils de pute ! hurla-t-il en cherchant son geôlier dans le vide.
Ses pupilles se dilatèrent d’avantage quand il aperçut un bras pénétrer dans le flot de lumière. Un bras ganté, entièrement recouvert de cuir noir, et tenant une seringue.
L’aiguille se planta avec précision dans le cou du vaurien, ne lui laissant même pas le temps de crier ou d’appeler sa mère au secours. Le jeune homme grimaça de douleur alors que le liquide se répandait dans son sang, puis le bras disparut à nouveau du champ éclairé.
Quasiment immédiatement, l’adolescent noir hurla.
Sa tête semblait vouloir exploser. Essayant de retenir une douleur innommable, il serra les mâchoires avant de laisser des cris effroyables s’échapper de sa gorge. Ceux-ci résonnèrent dans l’endroit qui à défaut de lumière, semblait d’une importante surface.
-Il va falloir parler si tu veux que ça s’arrête…

La voix était calme, en totale incompatibilité avec les cris et gémissements de l’homme attaché. L’homme qui venait de parler pénétra le large ray de lumière pour se faire voir de son prisonnier. Il s’agissait plus d’une silhouette à vrai dire, masculine, féline, aux épaules larges et entièrement couverte de cuir noir. L’adolescent discerna avec peine la lueur d’optiques pour la vision de nuit sur les yeux de son geôlier.
-Ceci calmera tes douleurs, déclara-t-il sur un ton monocorde en montrant une autre seringue au jeune homme.
-Qu’est-ce que tu veux ? Bâtard ! lâcha le délinquant en mauvaise posture, avant de hurler à nouveau.
-Tu vas me dire où je peux trouver les Hounds…tous les Hounds !
Le captif ne résista pas longtemps. En fait il ne résista même pas du tout, la douleur trop intense lui dictant de lâcher les informations qu’il connaissait sans plus insulter son bourreau. Quelques minutes plus tard. Sabre planta la seconde aiguille dans la peau du jeune homme.
-Je t’ai promis que tu vivrais, alors adieu.
Alors que le mal de tête se résorbait petit à petit, le voyou se rendit compte que son agresseur était parti.
-Heeeeeeey ! Me laisse pas là ! hurla-t-il en vain, immobilisé sur sa chaise, commençant à envisager de mourir de faim et de soif dans cette position.

Sabre s’était équipé en conséquence. Les Hounds squattaient un immeuble entier des dires du jeune homme qu’il avait capturé. La présence de la seconde camionnette lui confirma qu’il ne s’était pas trompé d’adresse. Les jeunes chiens avaient besoin d’être dressés.
Tranquillement, la silhouette s’avança dans vers l’entrée de l’immeuble. Les trois gardes postés dans le hall de l’immeuble furent tout d’abord amusés de voir un homme seul s’avancer tel John Wayne déguisé en ninja, mais ce sentiment ne dura pas bien longtemps. Les Hounds étaient des camés avant tout, mais tout bon membre de gang devait savoir se servir d’une arme, et tout bien regardé, la silhouette s’avançant vers eux portait sur lui de quoi démolir le bâtiment.
Avec une insolente assurance, l’étrange invité porta une grenade à sa bouche et la lança d’un geste fluide par la porte ouverte du hall. Les trois adolescents restés en bas hésitèrent entre dégainer leurs armes ou fuir. La grenade explosa avant même qu’ils aient pu choisir.

Temper Jones pénétra le hall fumant. Un des jeunes hommes au moins était encore vivant, il essaya de ramper vers l’extérieur. Le froid de la lame du sabre se posa sur sa gorge étouffée par la poussière.
-Quel étage, le chef bande ? demanda le Sabre.
Le jeune homme se retourna. Armé de ses lunettes infrarouge, Le Sabre ne discerna pas son regard affolé, mais comme aucune réponse ne vint, il en conclut que le jeune homme n’entendait plus. Et oui…à force de jouer avec des armes, on finit par se blesser. Celui-ci serait sourd sûrement jusqu’à la fin de ces jours. Temper décida que ça ne serait pas encore aujourd’hui.
Epée au clair, il se dirigea vers les escaliers. Les bruits de pas se dirigeant vers lui indiquaient de toutes façons qu’il allait sans doute devoir tuer encore avant le lever du soleil.

Le superhéros au costume noir fut accueilli par des rafales de plomb. Visiblement les Hounds n’avaient pas acheté qu’une seule mitraillette m-16, mais Sabre était vif, vraiment très vif, et ses opposants tiraient dans le noir. Les cinq premiers descendus à sa rencontre furent lacérés par son katana sans même réussir à le toucher.
Jones déplorait vraiment qu’on ne respecte pas son amour pour les armes blanches. Se battre avec des armes à feu était barbare, mais il restait convaincu que dans un monde de barbare, autant se comporter comme tel. Aussi doué au tir qu’au maniement du sabre, le justicier gravit deux étages en se frayant un passage à l’aide des armes automatiques de ses ennemis du soir et de grenades fumigènes.
Le chargeur vide, Sabre se rua sur un dernier adolescent encore en état de se battre. Il lui lança la mitraillette inutile, surprenant le jeune homme. Celui-ci avait quinze ans depuis deux jours. Il n’avait pas fêté son anniversaire avec sa conne de mère, il détestait ses parents ! Au moment où il attrapa la m-16, la lame du katana s’abattit sur son poignet, tranchant net la chair et les os. Sa main tomba au sol avec l’arme.

Sabre resta un instant immobile au milieu des gémissements de ses victimes. Ceux là avaient compris, il avait déjà fait du bon travail et la grande majorité survivrait. Après tout ils n’étaient que des gamins.
Une explosion se fit entendre, laissant un sourire se dessiner sous le masque du héros. Il se dirigea vers une fenêtre, lui permettant de voir à l’extérieur du bâtiment. Comme prévu, certains des petits chiens errants avaient souhaité s’enfuir par l’escalier extérieur. La mine placée là les avait envoyé plusieurs mètres plus bas. Temper regarda les silhouettes rouges agonisantes à travers ses lunettes de nuit.
L’un d’eux était-il le leader des Hounds ? Malgré toutes les leçons qu’il fallait donner, c’était bien au chef de cette bande de racailles qu’il voulait s’en prendre. Il décrocha une nouvelle grenade de sa ceinture. Du troisième étage il ne pouvait vérifier si le leader s’était enfui également par là et était tombé sur son piège.
Jones s’apprêtait à lancer son projectile mortel sur ses ennemis à demi inconscients quand il fut frappé à la main.

Sabre se retourna, dégainant sa lame dans le mouvement. Un simple homme, sans arme, lui faisait face. Malgré la poussière volant dans les lieux, on devinait sous son blouson sans manche qu’il était doté d’une musculature entretenue. Sans prendre la peine d’entamer la conversation, Temper Jones lança la grenade qu’il tenait en main sur le grand afro américain.
L’homme fit apparaître une flamme dans la paume de sa main et la propulsa d’un geste sur le projectile.
La rencontre fut saisissante. La boule de feu frappa la grenade au centre de la pièce, la faisant exploser à mi-distance des deux métas-humains. Jones chassa ses lunettes malgré l’obscurité et la poussière dans la pièce. Il avait déjà affronté quelques vilains doués de pouvoirs, et son intuition avait souvent fait la différence.
-Je vais te cramer ! lança le Hound en même temps que plusieurs boules de feu. Sa voix était adulte. A ne pas s’y tromper, c’était lui qui dirigeait ces troupes d’adolescents.
Heureusement pour Temper Jones, les attaques de son adversaire étaient assez lentes pour être évitées, le ninja slaloma plusieurs fois, se décalant parfois à la dernière seconde pour éviter la pluie de feu lancée par le grand noir.

Tout ça se passa très rapidement, mais il était évident que le lanceur de flammes n’avait pas de limite dans le nombre de ses projectiles. Sabre devina aux trajectoires confuses que son adversaire ne savait vraiment pas où il se trouvait, alors que lui pouvait deviner exactement l’emplacement du tireur dans la fumée.
Evitant un autre projectile, Temper sorti un couteau de sa botte et le lança en direction d’une boule de feu. Comme prévu, son assaillant repéra l’impact plus proche, croyant sans doute avoir touché le policier. Il s’acharna sur l’endroit où la dague de jet avait frappé son précédent tir.
Il n’en fallait pas plus à sabre pour attaquer, quasiment sûr de pouvoir s’approcher sans croiser une trajectoire hasardeuse, il se rua sur l’origine du bombardement. La pièce ne faisait pas plus de sept mètres entre la porte et les fenêtres, mais dans la fumée et sous la menace de boules de feu, sept mètres pouvaient s’avérer bien longs. Jones grimaça, il avait sous-estimé son adversaire cette fois.
-Je t’ai vu ! beugla le Hound enragé en changeant la trajectoire de ses rafales de feu en direction du héros masqué.
Sabre stoppa. Il était en plein centre de la pièce, largement de quoi éviter ces nouvelles attaques, mais sa volonté n’était pas de rester à se défendre comme un faible. Les boules de feu fondirent sur lui. Ses mains gantées serrèrent le manche de son arme et le katana frappa les flammes avec toute la violence dont était capable le justicier.
Cette manœuvre déstabilisa le vendeur de drogue. Qui était donc ce fou qui jouait au baseball avec ses boules de feu ?

Le temps de se questionner, il fut trop tard.
La seconde dague de jet du héros vint frapper son adversaire en plein estomac, le forçant à cesser d’arroser la pièce de flammes. Grimaçant, il lutta pour ne pas mettre genou à terre…
Il du pourtant s’effondrer quand la lame chauffée du katana lui trancha la gorge.
Le méta-humain s’écroula au sol dans un râle d’agonie. Les papiers peints du local prenaient feu, cela n’augurait rien de bon pour l’avenir de l’immeuble.
Sabre regarda quelques secondes son opposant succomber à sa lame. Face contre terre, il mourut vite, presque pas le temps de souffrir. Le justicier récupéra sa visière infrarouge et sortit de la pièce. Il y avait certes quelques cadavres dans le couloir mais la plupart des Hounds rampaient déjà vers le rez-de-chaussée.
Temper Jones les rejoignit d’un pas rapide. Sans ses lunettes, il pouvait voir aisément la peur, la terreur dans leurs regards. Il saisit un des plus vieux par ses cheveux crépus, le tirant en arrière puis le plaquant contre un mur.
L’espace d’un instant, leurs regards se croisèrent. Le jeune homme cru que sa dernière heure était arrivée, et il ne comprenait même pas pourquoi.
Jones fixa l’afro américain, laissant planer la menace d’une mort imminente.
-Tu diras au remplaçant de votre ami le barbecue que la prochaine fois qu’un Hound tue un flic…je vous envoie tous griller en enfer.
Tenant toujours le jeune homme qui commençait à être bien content de n’être qu’un porteur de message, Temper fit glisser sa lame sur le visage de son prisonnier. D’un geste précis, il lui coupa la joue, estimant que la cicatrice laissée aiderait le jeune négro à ne pas oublier la commission.
L’instant d’après, le Hound blessé se tenait le visage, en sang. Sabre, lui, avait disparu.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Lun 4 Aoû - 17:10

-Et une rivière de diamant pour ‘’madam’’
L’accroche du sublime collier se ferma sur la nuque de la jeune collégienne qui relevait ses cheveux blonds. Elle se regarda dans le miroir alors que Tara Gifft se décalait en lui souriant.
-C’est vrai que ça t’irait mieux si tu portais une robe. Elle est très laide cette combinaison. Déclara la petite brune.
-Je n’ai pas le choix…
Linda était gênée, visiblement très gênée, mais le brillant des pierres sur sa gorge la fit finalement sourire. La rivière de diamant était tout simplement sublime, un véritable trésor.
Durant quelques instants, elle imagina qu’elle ne portait plus sa gaine isotherme mais une longue robe d’un bleu éclatant, laissant tout le loisir aux bijoux de caresser sa peau. Quelques instants ou elle oublia que ce qu’elle portait n’était pas à elle.

Plus tôt dans la soirée, Tara était venue frapper à sa fenêtre, comme quasiment tous les soirs à présent. Les deux jeunes femmes étaient devenues inséparables au collège, et profitaient de la nuit pour libérer leurs dons. Ce n’était pas seulement le fait d’être des mutantes qui les rapprochait, elles étaient également toutes deux très seules.
Bien que Tara ait eu ses deux parents, ils étaient absents très souvent et si elle n’éprouvait pas les sentiments de rancœur et de crainte que ressentait Linda, elle ne semblait pas les considérer comme sa famille. Elle avait appris à son amie qu’ils n’étaient même pas au courant de ses pouvoirs.
Si seulement John Mason n’avait rien su de la nature de sa fille, il se serait peut-être comporté comme un père et non comme un étranger ou un geôlier. Linda n’avait que des rapports tendus avec lui, et ni l’un ni l’autre ne faisaient d’effort pour améliorer la situation. John travaillait, et attendait de sa fille unique qu’elle en fasse autant quand il ne la croyait pas dans sa chambre, dans sa cage.
Une fois le verrou de la pièce surchauffée fermé, Linda n’attendait qu’une chose : la visite de son unique amie.

Le pouvoir de Tara permettait tant de choses, tant de prouesses que leurs sorties nocturnes étaient devenues plus intéressantes que les cours qui pourtant passionnait l’adolescente aux cheveux d’or. Les deux filles pouvaient parcourir des distances inimaginables en quelques minutes, main dans la main, et Tara, qui semblait bien plus espiègle et avertie que sa complice, avait vite compris l’intérêt de pouvoir geler des objectifs de camera ou des serrures.
Linda semblait toujours réticente, voire craintive lorsqu’elles s’aventuraient dans un lieu fermé et interdit au public. Elles avaient commencé par des musées puis des magasins de vêtements, beaucoup plus futiles mais non moins agréables. C’était jusqu’alors John Mason qui achetait la garde robe de sa fille et elle du bien se rendre compte qu’elle n’avait aucun goût pour s’habiller. Tara était beaucoup plus sexy et présentait un côté garce ou garçon manqué dans ses tenues qui amusait beaucoup sa complice. Elle l’enviait également, Tara était beaucoup plus libre.
Jamais miss Mason n’aurait eu l’idée d’entrer dans un cinéma pour une projection privée en pleine nuit, jamais elle n’aurait pensé pénétrer la boutique de bijoux la plus glamour d’Alexandria. Tara, elle, ne s’en privait pas. La petite brune avait toujours le sourire, quoi qu’elle fasse, et d’avantage encore quand elle faisait quelque chose d’interdit. Elle avait compris que son pouvoir lui permettait de vivre des choses exceptionnelles, et rien ne semblait devoir l’arrêter dans sa quête de sensations.

Au collège, elles se retrouvaient dès qu’il était possible de se voir. Linda se rendait en cours avec l’impossibilité d’utiliser son pouvoir dominé par le mutagène et Tara ne faisait plus l’étalage de ses dons dans l’enceinte de l’établissement, s’étant rendu compte que son amie était véritablement obnubilée par le fait que personne ne découvre qu’elle était une mutante.
Alors qu’elle venait de fermer l’attache du splendide collier, la petite brune fixa son amie par l’intermédiaire du miroir situé devant elles.
-Ca et un beau décolleté, Arthur craquerait tu sais…
Linda fronça les sourcils, lançant un regard faussement haineux à sa camarade. Tara s’était vite rendue compte de la gêne qu’éprouvait la jeune femme en présence d’Arthur Black, qui n’avait pourtant rien d’extraordinaire, et la taquinait souvent sur le sujet.
Il était évident que la fille couvée de l’éditeur n’avait jamais connu de telles expériences dans la chambre de son manoir isolé et Tara poussait en vain la petite blonde à aborder le jeune homme. Elle était déjà sortie avec des garçons, tout d’abord pour faire comme tout le monde puis ensuite pour s’amuser mais bien souvent, elle ne leur trouvait rien de spécial et rompait très vite, préférant être seule pour pouvoir se téléporter et voir du pays.
Tara avait compris que Linda avait aussi ce caractère, sauf qu’elle n’avait jamais embrassé personne. La petite blonde ne semblait trouver aucun garçon à son goût que ça soit dans la cours du collège ou dans les rues.
Aucun sauf un : Arthur Black.

Linda entreprit de reposer le magnifique collier ceignant son cou. Tara toussota.
-On pourrait les garder, dit-elle d’une voix retenue, sachant très bien la réaction de son amie.
-Je ne veux pas voler…
Les deux adolescentes en avaient déjà parlé à plusieurs reprises. Elles étaient toutes les deux issues de familles aisées et cela se sentait dans leur éducation, quoique l’attitude de Tara laissait parfois penser qu’elle avait été élevée dans une famille de boxeurs tellement elle pouvait se montrer hargneuse. Pourtant, si Linda considérait le vol comme un sacrilège, Tara lui avait dit que rien ne justifiait qu’une chose devait rester en possession de quelqu’un s’il ne l’avait pas méritée. La jolie adolescente aux cheveux de jais n’avait pas voulu soutenir la conversation qui s’en était suivie car Linda mettait en avant une éthique impeccable. On voyait qu’elle avait beaucoup lu et qu’elle connaissait les mécanismes du monde sans en apprécier le fonctionnement. L’idéalisme et la naïveté de la fille de John Mason faisaient souvent sourire son amie beaucoup plus au fait des réalités. Elle était persuadée que le monde était pourri, et que des beaux sentiments ne le changeraient jamais.
Lentement, elle repoussa la main de Linda qui se dirigeait vers l’accroche. Cela faisait plusieurs mois qu’elles étaient devenues amies. Elles se considéraient comme des sœurs à présent, rien ne pourrait les séparer, elles en étaient certaines.
-Je ne te parle pas de le voler, mais juste de l’emprunter. Demain c’est samedi, Tu passes la journée avec, et on le ramène dimanche…
Linda arqua un sourcil devant l’inintérêt de ce plan.
-Pourquoi veux-tu que je passe la journée de demain avec cela au cou ? Mon père va me tuer s’il me voit avec.
Tara toussota à nouveau avant de lâcher le morceau.
-Demain, on a rendez-vous avec Arthur Black et ses copains au billard…
Linda se retourna, la bouche à moitié ouverte, prête à hurler sa haine envers sa complice…mais elle ne pu articuler un mot devant le culot et la sourire malicieux de la jolie brune.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Jeu 7 Aoû - 16:39

Les paupières encore lourdes de la jeune demoiselle s’ouvrirent lentement. Après quelques secondes, Linda se rendit compte que le décor n’était pas habituel. Elle releva la tête, curieuse, avant de constater que son oreiller était un torse masculin. Les souvenirs lui revinrent alors qu’elle reconnaissait la grange où elle avait passé la nuit.
Surprise, elle sursauta alors que la main posée jusqu’alors sur sa hanche commençait à caresser sa peau nue. Elle tourna la tête vers l’homme dans les bras duquel elle avait passé la nuit.
-Ca va ? demanda simplement Arthur en lui souriant.



Tout avait commencé vers midi, lorsque Tara était venue chercher Linda à sa fenêtre. Celle-ci avait croisé son père au matin et s’était réjouie de l’entendre dire qu’il partait pour la journée rencontrer un auteur. Ce fut sans se presser et en marchant que les deux adolescentes rejoignirent la maison de Tara. La jolie petite brune présenta rapidement ses deux parents à son amie qui bien que saluant poliment, ne pu s’empêcher d’afficher une timidité suspecte. Elle n’avait pas du tout envie de vendre la mèche au sujet des escapades nocturnes de son amie.
La fille de Sue sortit le fabuleux collier ‘’emprunté’’ de son sac alors que sa complice, visiblement beaucoup plus excitée, fermait la porte à double tour. La petite brune regarda Linda de pied en cape et grimaça. La jeune blondinette portait une jupe plissée lui descendant jusqu’aux genoux et un chemisier qui, s’il mettait sa poitrine en valeur, n’avait rien de véritablement gracieux.
-Heureusement que tu as des gros seins ! dit-elle en prenant la direction d’une grande armoire.
Linda se regarda dans un miroir. Effectivement elle n’avait rien d’extraordinaire dans cette tenue mis à par son décolleté. Avant que Tara ne vienne la chercher, elle avait pourtant fouillé sa maigre garde robe pour trouver de jolis atours mais il fallait bien concéder que les habits que lui achetait son père n’étaient pas du tout à la hauteur des splendides tenues que portait Sue de son vivant.
-Pas la peine d’y aller trop sexy non ? Cela n’est qu’une première sortie. Répondit Linda qui finalement se rassurait d’une simple entrevue entre copains.
-Si tu veux pas que je te le pique, ton Arthur, tu as intérêt à te déshabiller quand même…

Une heure plus tard, après de nombreux essais, Linda se regardait toujours dans le miroir, bien différemment accoutrée.
-Non franchement, Tara…tu es sûre que tu n’en fais pas trop là ? questionna-t-elle en dévisageant son reflet.
-Non, c’est parfait !
Tara la prit par les épaules, constatant la gêne de sa camarade. Elle la redressa d’un geste ferme, regardant avec elle le reflet dans la glace. La belle adolescente était transformée. La robe qui lui avait prêtée Tara couvrait ses épaules et descendait sur ses bras en de petites manches bouffantes en mousseline transparente. Le tissu vert descendait ensuite sur la poitrine de Linda. Tara avait réglé les bretelles de son soutien gorge afin que son décolleté soit d’avantage relevé et la robe largement ouverte laissait l’imagination s’engouffrer entre les monts de la petite blonde.
Linda n’était pas trop gênée par cela, bien que n’ayant jamais pensé à en jouer, elle savait qu’elle avait une jolie poitrine comme lui avait fait remarqué son amie. Le détail beaucoup plus gênant pour elle restait la longueur de la robe, qui finalement ne couvrait presque pas ses cuisses.
-Si je me penche, tout le monde va voir mes fesses, râla-t-elle vraiment pas convaincue par le tissu flottant qui promettait de découvrir son fessier au moindre coup de vent.
-Tu veux mettre un short en dessous ?
Linda réfléchit un instant.
-Oui ! Même Madonna ne porte pas des robes aussi courtes.
-Dans le clip d’Express yourself elle est nue. Cette robe te va très bien ! insista Tara amusée par la pudeur de sa complice.
Linda n’avait jamais vu le clip en question et continua à se regarder dans le miroir, perplexe. Ce sentiment fut accru quand elle vit revenir Tara une paire d’escarpins à la main.
-Tu ne vas pas me dire que mes chaussures non plus ne sont pas assez bien ? lança l’adolescente aux cheveux d’or en arquant un sourcil.
Tara regarda un instant la paire de mocassins en cuir brillant bien rangés à côté du lit puis revint plonger son regard malicieux dans les yeux de Linda. Pour toute réponse, elle soupira.

La jeune femme savait visiblement ce qu’elle faisait. Tara para Linda du collier de diamant, la coiffa et la maquilla, s’amusant visiblement beaucoup plus qu’avec une douzaine de poupées Barbie. Finalement, la petite blonde fut rassurée de voir que son amie revêtait un accoutrement digne du sien. Pour ne pas changer ses habitudes, Tara sortit une seconde robe noire qu’elle n’avait pas fait essayer à la fille de l’éditeur. Une demi-heure plus tard, les deux jeunes demoiselles prirent la direction de la salle de jeux.
Seule Tara Gifft portait un sac à main, ayant sévèrement interdit à Linda d’emporter le sien qui selon elle était bien trop laid.
Chaque pas était difficile pour miss Mason, perchée pour la première fois sur des talons hauts. Etrangement et alors qu’elle ne l’avait jamais vue en porter, Tara avançait en de petits pas d’une stabilité étonnante.
Les deux jeunes femmes arrivèrent devant la salle de jeu avec trois bons quarts d’heure de retard. Tara lança un regard rassurant à son amie dont le cœur semblait devoir exploser. Malgré le retard, Arthur et son camarade s’étaient montrés patients. Le jeune homme salua les nouvelles entrantes d’un signe de main.
Alors que Linda osait à peine répondre d’un léger mouvement du poignet, Tara adressa aux deux adolescents un franc sourire. La jeune femme aux cheveux de jais invita sa blonde camarade à passer la première d’un discret coup de coude. Elle faillit éclater de rire en voyant Arthur Black et son ami prendre un teint écarlate en découvrant la collégienne exceptionnellement courte habillée. Tara emboîta le pas de son amie en se retenant de rire de la situation. Linda était une fille sublime mais elle l’ignorait. Tara était persuadée qu’une fois passée entre ses mains, Arthur Black irait lui décrocher la lune ou n’importe quel astre du ciel.
Le regard du jeune homme ayant du mal à quitter les jambes de la belle alors qu’elle s’approchait, Tara pria juste pour qu’elle ne se torde pas la cheville à cause de ses talons.

Linda s’avança vers les deux garçons, consciente que leurs regards étaient différents du collège. Elle avait eu cet étrange sentiment dès son entrée dans la salle de jeu, certaine qu’Arthur était présent. S’approcher de lui était à la foi éprouvant et terriblement excitant. La jeune femme ignorait totalement la cause de ce sentiment. Elle y avait réfléchi tant de fois, sans trouver de réponse, qu’elle ne pouvait que penser à l’Amour…mais c’était tellement idiot de tomber amoureuse d’un garçon à qui elle n’avait presque jamais parlé.
Le collégien était vêtu sobrement, d’un jean, de mocassins en cuir et d’une chemise de marque, et cela lui allait beaucoup mieux que l’uniforme. Essayant de ne pas croiser son regard, Linda se grandit sur la pointe des pieds pour l’embrasser sur la joue et recommença la manœuvre avec son ami.
A bien y réfléchir, c’était sa première sortie entre copains…la première de sa vie.
Elle aurait peut-être préféré ne pas ressentir cette gêne que la présence d’Arthur occasionnait.
Coupant court à toute réflexion superflue, Tara s’excusa du retard et proposa que l’on commence à jouer. Tous comprirent d’où venait cet empressement quand les filles gagnèrent la première partie par K O. Si Linda n’avait pas rentré une boule, complètement novice, l’adolescente aux cheveux noirs avait ridiculisé ses adversaires.
Comme quoi ça servait à quelque chose de ne pas rentrer directement chez soi après les cours.
Les parties s’enchaînèrent, laissant inlassablement l’équipe de Tara victorieuse si bien qu’elle du chercher d’autres adversaires. Entraînant l’ami d’Arthur, prénommé Stan, jouer contre deux adultes, l’espiègle collégienne lança un discret clin d’œil à sa complice.
Sur le moment, Linda ne su pas si elle devait la remercier ou la maudire.
Par chance, Arthur n’eut pas une seule fois l’idée de se placer derrière la jeune femme lorsqu’elle se penchait pour jouer. Linda restait gênée de sa tenue et son regard ne devait pas tromper car Arthur paraissait tout aussi gêné de se retrouver seul avec elle.
Doués ni l’un ni l’autre pour le billard, la partie fut longue, les boules n’étant que rarement empochées. Tellement longue qu’ils ne purent se taire indéfiniment.
Les paroles banales remplacèrent les regards équivoques, les sourires remplacèrent les moues embarrassées. Finalement, Tara et Stan revinrent alors que Linda et son partenaire n’avaient toujours pas fini leur partie, plus occupés à parler de comment réussir un coup qu’à jouer. L’adolescente aux cheveux noirs sourit en s’approchant de la table, constatant que les deux tourtereaux avait passé la barrière du langage oral…se donnant même à cœur joie de critiquer l’incompétence de l’autre dans le domaine.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Jeu 7 Aoû - 16:39

L’après midi passa d’une façon très agréable. Même Stan était un garçon sympathique et cultivé. Devant la domination de Tara au billard, le quartet fut obligé de jouer à autre chose, Arthur et son ami en montrant à leur tour dans le maniement des flippers de la salle de jeu.
Seule Linda ne se révéla douée pour rien, ce qui ne sembla n’étonner personne venant de la première de sa classe. Heureusement les quatre jeunes gens ne firent pas que jouer et les conversations furent soutenues.
De ce côté-là, Linda n’avait de compte à rendre à personne. Les deux garçons, plus vieux qu’elle d’un an, furent étonnés de voir qu’elle connaissait déjà le programme de l’année suivante quand ils lui demandèrent ce qu’elle prévoyait pour son avenir. Tara remarqua que son amie était à l’aise lorsque l’on parlait des cours et s’empressa de guider les conversations sur le sujet, qui pourtant l’ennuyait au plus haut point.
Qu’est-ce que l’on ne ferait pas pour ses amies ?
Arthur et Stan la prévinrent de la difficulté de leur enseignement, véritablement bluffés par les connaissances de la jeune femme qui en savait plus qu’eux sur certains points de leurs propres cours. Pourtant…c’était là.
Linda était passionnée par l’enseignement, par la culture. Elle avait vécu dans les livres depuis sa plus tendre enfance et elle brûlait d’enthousiasme à l’idée d’évoquer ces sujets mais, au plus profond d’elle, elle ne parvenait pas à ce défaire de cette envie irrésistible.
Arthur était là, tout près d’elle.
Parfois ils se frôlaient, sa courte robe volante frappait le jean du jeune homme dans un mouvement voluptueux. Parfois leurs mains étaient tellement proches qu’elle aurait pu toucher sa peau.
Il n’y avait rien à y faire, se concentrer sur une boule de billard ou sur une conversation sur la démographie américaine ne changeait rien. Lé désir était là et rien ne semblait pouvoir le stopper. Arthur Black l’attirait inexorablement sans qu’elle sache pourquoi, et il devenait d’autant plus délicat de ne pas l’embrasser par surprise tant elle se rendait compte qu’il s’agissait d’un garçon gentil et agréable.

Le lendemain matin, Linda se remémora rapidement de l’instant où Tara encouragea Arthur à la raccompagner chez elle. Ils avaient discuté le long du chemin, de choses plus intimes, de leurs familles, de leurs relations avec les professeurs, avec leurs amis finalement rares tant pour l’un que pour l’autre.
Arrivés devant l’imposant portail du manoir, Linda avait hésité. Oh pas longuement…mais un instant. Elle revoyait encore le regard surpris mais heureux du jeune homme lorsqu’elle lui avait proposé d’aller boire un verre quelque part. John Mason n’était pas encore rentré mais elle avait menti, prétextant de devoir prévenir son père pour s’enfoncer dans le sous-sol du bâtiment et s’injecter une nouvelle dose de mutagène, inhibant ses pouvoirs pour la nuit.
Arthur l’avait regardée revenir le long du chemin de gravier, hésitante sur ses talons, manquant l’entorse tous les trois pas.
Ils avaient pris la direction du centre ville mais n’avaient pu attendre.
Ils en avaient envie tous les deux. Aucun n’avait parlé depuis le retour de l’adolescente.
Elle ne souriait plus lorsqu’elle lui adressa un regard, comme une demande.
Son sourire la rassura. Ils s’embrassèrent sur le bord de la route.
Le goût de ses lèvres était un délice. Il n’y avait jamais rien eu de meilleur que ce baiser.
Lentement, ils se dirigèrent main dans la main vers une grange proche de la demeure des Mason.
Bien plus tard, largement plus tard, Linda répondit au sourire de son amant. Elle était nue, débarrassée de son collier et de sa robe, étendue sur le flanc, sa tête posée sur le torse d’Arthur. Il se regardèrent un instant puis leurs lèvres se rejoignirent. Linda laissa courir ses mains fines sur la peau du jeune homme étendu à même une couverture trouvée là et jetée sur des bottes de paille.
Elle se remémora le goût de sa peau, la saveur de ses baisers, la douceur de ses caresses, tout lui revint de cette nuit où elle n’avait pratiquement pas dormi. Elle se redressa et s’installa sur le corps d’Arthur, écrasant sa poitrine sur le torse du collégien. Elle était une femme à présent, elle avait fait l’amour toute la nuit et avait découvert des sensations inconnues. Inconnues mais tellement agréables.
Linda n’avait qu’une envie, recommencer, et elle se rendit vite compte qu’Arthur Black partageait le même désir. Il était prêt à la combler à nouveau quand il fronça les sourcils.
-Ca va ? redemanda-t-il. Tu as vraiment froid on dirait.
Linda sursauta. Elle s’échappa des bras du jeune homme, paniquée. Elle ne s’était même pas aperçue que son pouvoir réapparaissait entre les bras de son amant. Elle remit en vitesse ses dessous et sa robe. Il fallait trouver une excuse pour s’enfuir, pour ne pas montrer son pouvoir maintenant !
Hors de question de le montrer maintenant !
-Mon père ! Mon père va se demander où je suis ! Je dois y aller.
Arthur regarda la jeune femme se rhabiller comme une furie, aussi gêné qu’elle de la situation. Elle replaça ses douloureux escarpins et fit quelques pas vers la porte encore entrouverte de la grange avant de stopper.

Lentement, Linda se retourna vers son amant. Elle avait encore en mémoire leurs ébats nocturnes. Dans aucun de ses rêves elle n’aurait pu imaginer cela. Cet homme lui avait véritablement fait connaître autre chose, un autre monde et elle ne rêvait que de gémir et jouir encore entre ses mains…mais elle devait l’abandonner.
Le froid gagnait ses lèvres, dans quelques minutes elle ne pourrait le contrôler, le givre se formerait sur sa peau mais elle ne pouvait pas partir ainsi.
D’un pas rapide, la jeune femme se dirigea à nouveau vers Arthur qui n’osait pas bouger, nu comme un ver sur la couverture. Sa main était froide, peut-être trop froide mais qu’importait !
Les doigts de Linda glissèrent sur la joue du collégien alors qu’elle approchait à nouveau ses lèvres.
Ils s’embrassèrent à nouveau, passionnément. Leurs langues se mêlèrent alors que les doigts de l’étudiante se crispaient dans la chevelure de son amant.
Elle ne voulait que rien n’arrête ce baiser.
Elle voulait juste rester collée contre lui, l’embrasser, le toucher, le sentir contre sa peau, le sentir en elle encore une fois.

Linda se releva, reprenant son souffle après cet interminable baiser.
Elle regarda son amant dont les yeux brillaient d’excitation et de désir.
-On se voit demain ? demanda-t-elle le souffle court.
Arthur la regarda avec un air ahuri et conquis, ne portant plus attention à son décolleté provoquant ou à sa robe laissant voir ses cuisses. Seul comptait son regard et son sourire.
-Oui…on se voit demain…
La jeune adolescente sourit de toutes ses dents et voulu donner un rapide baiser d’au revoir à son premier petit copain.
Leurs lèvres se scellèrent à nouveau pour plusieurs minutes dans un baiser fougueux avant que Linda ne s’enfuie de la grange en courant, maladroitement perchée dans ses escarpins.
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la petite histoire de Linda
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