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 lame melancolique...

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scalpel

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Date d'inscription : 09/09/2007

MessageSujet: lame melancolique...   Mer 12 Nov - 17:30

Berlin-Est, 14 novembre 1988, 23h47

Le silence retomba enfin... cette fois c'etait vraiment juste. Lentement, les cercles de lumière reprirent leur danse reguliere, la nuit enveloppa de nouveau la rue alors que la neige recouvrait deja les traces de Dean.
Caché sous le porche d'un vieil immeuble desaffecté, l'adolescent gouta encore un instant l'adrenaline qui parcourait son corps, semblant vouloir faire exploser son coeur qui battait a tout rompre. Le dos ecrasé contre le mur de briques glacé, Dean tourna la tete pour sonder du regard la ruelle faisant face au porche qui l'abritait. Du mince corridor separant deux autres immeubles "abandonnés", emergea rapidement une silhouette. Le souffle encore court, toujours dopé par le danger, le jeune homme lanca un sourire victorieux en indiquant le chiffre 3 avec sa main, en direction de la ruelle.

La silhouette avanca jusqu'a sortir de l'obscurité.
Franz s'accroupit au seuil de l'etroite ruelle et echangea quelques signes avec Dean dans un silence absolu. Il conclut la conversation muette d'un clin d'oeil et commenca a avancer dans l'avenue deserte en longeant la sombre facade murée.
Distant d'une vingtaine de metres, Dean observa son camarade de jeu progresser a demi baissé jusqu'a l'angle du batiment, le dernier de l'Invalinden strasse.

Le jeu allait pouvoir reprendre...

Armé d'un seul baton de craie rouge, franz essuya son front d'un revers de manche en analysant la scene. Dans la faible lumiere de la lune, le decor semblait presque abstrait. Un tapis de neige immaculée s'etendait devant lui sur pres de cinquante metres, et apres... le Mur. Une masse noire de huit metres de haut, herissée de fils barbelés, ininterrompue sur des kilometres, balafrant la ville comme un chemin de fer... sans rails.
Après avoir rapidement observé le parcours presque regulier des cercles lumineux, le jeune garçon s'elança tete baissée comme poursuivi par la mort... pour venir s'aplatir contre la masse de beton, froide comme une pierre tombale. Une croix, puis deux... la craie rouge dechira la nuit d'un son strident alors que Franz finissait de tracer une autre croix sur le mur... il n'en ferait pas une de plus... Prenant ses jambes a son coup le garçon fit volteface pour decouvrir ses propres traces dans la neige, deja balayées par la lumière des miradors qui chassaient maintenant leur origine. La gorge serrée, le coeur pret a bondir hors de sa cage thoracique, le jeune homme reprit la direction de l'avenue, poursuivi par les lampes braquées sur lui. Dean observait son camarade quand des voix acompagnées d'aboiements vinrent a nouveau rompre le silence.

La partie etait finie.

Voyant Franz le depasser en courant pour remonter L'invalinden Strasse, il prit la suite de son compagnon, se mettant a courir comme un deraté, ne jetant pas un seul regard derriere son epaule pour compter les "vopos" (wolkspolizei) et leurs chiens qui etaient sur leurs talons.
Les sentant se rapprocher dans son dos, Dean improvisa en defoncant une porte d'immeuble d'un coup d'epaule, pour disparaitre dans le batiment abandonné. Separer leurs poursuivants etait leur meilleure chance de s'en sortir... Egoistement, il pria pour que les chiens ne prennent pas sa piste, tout en gravissant quatre a quatre les marches de l'escalier poussiereux.
La réponse fut immediate au bruit des bottes qui se mirent a resonner sur le marbre noir du hall d'entrée. Trois etages plus haut, l'adolescent continuait silencieusement son ascension jusqu'au dernier niveau, restant concentré sur les données offertes par le bruit des soldats... au moins quatre hommes, peut etre plus, dont deux montaient deja l'escalier.
écrasé contre le mur faisant face a l'escalier, Dean resta un instant a reprendre son souffle... Malgré le froid qui lui faisait soupirer de petits nuages de buée, le jeune homme brulait interieurement d'une peur teintée d'excitation.
Les faisceaux lumineux des lampes torches zebrant les murs des niveaux inferieurs le rappelerent instantanément a l'ordre. Quelques soldats de la police militaire s'etaient aventurés dans les etages de cet immeuble condamné, les autres devaient surement garder l'entrée.

Longeant silencieusement le mur ou il etait adossé, l'adolescent se mit a suivre le long couloir desert, encore rempli de traces des departs précipités. Le mur avait été construit en quelques mois, et les immeubles a proximité condamnés pour dissuader toute tentative de franchir cette nouvelle frontiere. Il enjambea des vetements, des jouets, des effets personnels abandonnés a la hate par ceux qui avaient vécu ici avant d'etre délogés brutalement par le régime soviétique.

Les deux "vopos" venaient d'arriver au dernier etage quand Dean atteint le bout du couloir... la panique remplaca rapidement tout autre sentiment quand il realisa que les fenetres du dernier etage avaient été murées, comme celles des niveaux inferieurs... Ils ne faisaient pourtant jamais ca !
Forcé de faire demi-tour, le jeune homme revint sur ses pas, jusqu'a la trappe qu'il avait remarqué au plafond du couloir. Surement celle donnant acces aux toits, et aux machineries des vieux ascenseurs...
Il ferma une seconde les yeux en esperant que les soldats avaient pris la direction opposée dans le couloir pour entamer leur fouille de l'etage. Il tira le cordon qui libera aussitot la trappe... les années n'avaient pas endommagé le mecanisme, et il sauta les bras tendus vers le haut pour se cramponner a cette issue de fortune. Comme il le pensait la trappe debouchait sur une sorte de local des machines, ou deux imposants moteurs se faisaient face, arborant chacun une robe de soie fine tissée par les araignées qui vivaient la. Devant lui se trouvait une porte de bois, fragile, seulement equipée d'un petit loquet... Le courant d'air qui inondait la petite piece ne pouvait mentir, c'etait la sortie...

Cherchant rester silencieux, Dean avanca à pas feutrés sur le mince plancher de bois en direction de la porte. Les lames de bois se mirent a crier leurs rhumatismes au passage du jeune homme, et les cris des soldats vinrent rapidement accompagner cette complainte. Les deux hommes de fortes statures se mirent a courir en direction du bruit, suivant le mince couloir, devinant au premier coup d'oeil que le gamin avait tenté sa chance en fuyant par les toits. Ils s'engoufrerent dans la petite piece en un instant, se faisant rapidement la courte echelle, puis reprirent leur course vers la porte qui claqua sous un coup de botte.

Un regard a gauche... puis a droite... Un cri... Le premier soldat se lanca derriere Dean en retirant le AK-47 qu'il avait en bandouliere, pour l'armer sur son epaule. Malgré sa quarantaine bien tassée et son surpoids modéré, l'homme etait rapide, et son equipement lourd ne sembla pas le gener pour prendre l'adolescent en chasse. Le second soldat lui emboita le pas, avec la meme cadence, et la meme volonté d'en découdre.
Cela faisait quelques mois deja que le mur se couvrait de dessins, de messages, d'appels de detresse ou de desespoir a l'attention des medias occidentaux. Mais ce petit jeux de gosses qui chaque nuit venaient defier la vigilance des gardes etait de trop. Celui ci allait payer, pour chaque fausse alerte, pour chaque sortie nocturne dans le froid glacial a poursuivre des ombres inoffensives...

Dean arriva au bord du toit et s'elanca sans une pensée au dessus du vide, ce qui fit grimacer les deux hommes a sa poursuite. Le jeune homme avait toujours été athletique, mais il se sentait different depuis quelques temps, son corps semblait plus aiguisé, plus fort... Les deux soldats regarderent Dean courir sur un autre toit situé en crontrebas de celui qu'ils occupaient. Ils n'iraient pas plus loin... L'envie de corriger ce jeune chien fou ne valait pas de risquer de finir brisé quelques six etages plus bas, et ce n'est pas leur maigre salaire qui allait motiver les deux soldats de poursuivre leur chasse.
L'adolescent courait toujours, sans se retourner, enjambeant les rebords de pierre des toitures, sautant par dessus les souches de cheminées, lorsqu'un des soldats le prit en joue de sa mitrailleuse russe.
Le second posa sa main sur le canon de l'arme, regardant son collegue avec depit, l'invitant a la baisser... ce n'etait qu'un enfant...

Jetant un regard sombre a son comparse, le soldat repoussa son bras et ajusta de nouveau Dean dans sa visée... Se calant sur le mouvement de l'adolescent qui courait encore, tracant une ligne droite dans l'epais tapis de neige qui habillait les toits, il posa son doigt sur la gachette, et coupa son souffle une seconde. Le mecanisme parfaitement huilé s'actionna sous la pression du doigt sur la detente... lentement les ressorts se tendirent, la culasse recula... La fusée de cuivre jaillit dans un eclair de feu alors qu'une douille fumante etait crachée a quelques metres, finissant sa course enfouie dans le tapis de neige qu'elle fit fondre en un instant.

Le coup de feu dechira la nuit, faisant s'envoler une foule de pigeons qui dormaient paisiblement sur une toiture proche. la balle de plomb brulant frappa Dean dans le dos, juste sous son omoplate droite, le projetant plusieurs metres en avant. La douleur ne dura pas longtemps, mais elle fut insoutenable... effondré dans la neige, l'adolescent ne prit appui sur ses bras qu'un instant pour cracher un filet de sang avant de se laisser retomber sur le tapis immaculé... Un froid plus gacial que celui des hivers berlinois l'etreint progressivement, et le jeune homme embrassa bientot la mort, alors que son sang commencait a ondoyer sur la neige en de minces ruisseaux, dessinant une forme abstraite d'un rouge pur, sur la toile blanche que formait la surface du toit ennneigé.

Au loin les deux soldats regarderent quelques minutes la vie quitter le corps de l'adolescent, le temps d'un mauvaise cigarette, qui peinait a rester allumée... La neige se remit a tomber, et les deux hommes firent demi tour, quittant ce toit sans une emotion pour l'enfant abattu.
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