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 la petite histoire de Linda

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Edelweiss - Linda Mason
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MessageSujet: la petite histoire de Linda   Dim 23 Sep - 10:37

HRP : Bien évidemment, tout ce qui va suivre n'est qu'histoire, et vos personnages n'ont en aucun cas connaissance de ces détails
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Edelweiss - Linda Mason
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Dim 23 Sep - 10:38







Alexandria – Minnesota – 1981

L’homme était assis sur un fauteuil en bois et cuir richement décoré. Paré de lunettes de vue et d’un costume gris clair, Il avait le nez plongé sur une pile de notes et factures, laissant tourner en sourdine un vieil album des comets.

John Mason était à la tête d’une imprimerie dans le Minnesota. L’entreprise fonctionnait plutôt bien, ce qui lui avait permis d’acquérir un splendide manoir de trois étages, un peu à l’extérieur de la ville, en direction de Morris.

Les domestiques avaient quittéla bâtisse bien des heures auparavant, le manoir était quasiment vide. John Mason était un homme plutôt grand, blond avec un sourire qui lui avait ouvert bien des portes par le passé. Non qu’il fût enclin à courber l’échine à tout bout de champ, mais il restait persuadé que quelques courbettes et compliments bien placés pouvaient rapporter plus gros qu’une attitude agressive – comme celle qu’adoptait généralement le co-propriétaire de l’imprimerie – au moment de signer un contrat juteux.

Le bureau de John était sommetoute assez sobre, une décoration en bois, dans des tons rouges et chauds, faisait la pièce particulièrement accueillante. De ci, de là étaient attachés au mur quelques cadres de divers diplômes de commerce et quelques photos de Sue et Linda, les deux êtres les plus chers que John ait jamais compté dans sa vie.


Alors que l’imprimeur sortait une cigarette du paquet posé sur le bureau, il lança un regard au cadre en face de lui. La photographie était simple : Sue, sa femme, se tenait juste devant lui, la tête un peu penchée sur le côté, un sourire tendre aux bords des lèvres ; dans ses bras elle tenait un bébé. John avait les deux mains posées sur les épaules de Sue, il regardaient tous deux leur enfant.

Sortant de sa rêverie, John Mason regarda sa montre, il était 21h36. Linda avait huit ans maintenant, et une fillette de huit ans se devait d’être couchée à cette heure là.

Madame Mason se tenait au salon. Un feu de cheminée crépitant réchauffait la pièce d’une douceur apaisante. Sue avait ramené ses jambes sur le canapé. A moitié allongée, ses chaussures posées minutieusement sur le sol, elle était occupée à lire un des derniers romans parus aux éditions de son époux.

John apparu à la porte qui donnait sur le couloir, cigarette à la main.
-Chérie, tu veux aller coucherLinda ?
Sue releva la tête de son livre, ses grands yeux bleus voilés derrière des lunettes de vue, puis acquiesça sans sourire. Son mari disparu aussitôt en direction de son bureau.
La jeune femme rangea soigneusement ses lunettes dans leur étui et posa celui-ci sur le livre dont elle avait marqué la page. Pieds nus, elle pris la direction des escaliers. La chambre de Linda se trouvait au second.

Sue Mason était une femme d’une grande beauté. John avait craqué à la première seconde où ils s’étaient croisés, en faculté de littérature. Ce soir, elle portait une robe blanche décolletée qui lui donnait l’air d’un ange. Sa longue chevelure blonde tombait en cascade sur ses épaules et son dos. Elle avait toujours soutenu et aidé son mari dans ses affaires, et John le savait. Ils étaient complices à la vie comme au travail jusqu’à l’accouchement.

Parfois, Sue se demandait si Linda était aimée par son père. Comme toute bonne mère américaine, elle se donnait corps et biens pour éduquer sa fille et la rendre heureuse. John ne la voyait-il que comme un obstacle dans son ascension sociale, comme elle le pensait parfois ? Depuis la naissance de Linda, Sue avait vu son mari s’éloigner progressivement, prétextant qu’il était maintenant le seul à subvenir à leurs besoins.

Sue posa ses pieds nus sur le parquet en bois du deuxième étage. Aucun bruit ne se faisait entendre de derrière la porte de sa fille…le sol était…froid.
La jeune femme regarda ses pieds. Le sol était anormalement froid, cela la frappa tout de suite. Même l’air était beaucoup plus frais qu’au premier. Pourtant la chaleur de la cheminée aurait du monter jusqu’ici.

Regardant une dernière fois en bas de l’escalier, la jeune blonde se dirigea hâtivement vers la chambre. Elle avait une mauvaise intuition. Sa main se referma sur la clenche en fer doré…toute aussi froide que le sol.
Elle entra…et hurla le nom de son mari.

Le cri strident qu’il venait d’entendre le fit se lever comme un ressort. John bouscula son siège et sorti en trombe de son bureau.
-John, vite ! Vite !
Sue criait, quelque chose de grave était arrivé. L’homme d’affaire se rua dans le salon, puis dans l’escalier.
Jamais il ne l’avait gravi aussi vite, il manqua de tomber dans sa
précipitation.
La porte de la chambre de la petite était grande ouverte. John s’arrêta net sur le pas de la porte, contemplant un phénomène qu’il n’aurait jamais pensé sous de telles latitudes.

Bouche entrouverte, il resta
quelques secondes à détailler l’antre de Linda, sa fille…Une couche de givre
recouvrait les murs et le plafond…et le froid ! Il n’avait pas senti le courant d’air froid jusque là. Il réalisa seulement que la température dans cette chambre ne devait même pas dépasser zéro.
Comment la chambre avait-elle pu geler ?
-Sue !
Sa femme était agenouillée sur le sol, dans ses bras, la tête tombante – tel un cadavre – elle tenait Linda.
La petite fille avait les yeux grands ouverts. Ses magnifiques pupilles bleues
qu’elle avait volées à sa mère pointaient le vide, le néant.


Sue Mason regarda son mari, les
yeux emplis de larmes abondantes et bredouilla :
-Elle est…morte…





Dernière édition par Edelweiss - Linda Mason le Mer 28 Jan - 18:45, édité 2 fois
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Edelweiss - Linda Mason
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Mar 25 Sep - 23:26

Le vacarme des pas dans l’escalier s’éloigna peu à peu. La jeune femme resta là quelques instants, ses jambes nues pliées sur le sol froid. Elle était entourée de givre. Les murs, la fenêtre, les meubles, tout était gelé. Elle essuya ses larmes et se releva lentement, chancelante.
Sa fille était en vie…mais que lui était-il arrivé. Sue tremblait. Elle faillit tomber, posa sa main contre le mur, et la retira aussitôt, du givre sur sa peau.
Elle entendit le moteur de la Dodge se mettre en route et hurler gravement.

John était en sueur. Linda respirait à peine sur le siège passager. Le moteur vrombissant de la Dodge ne couvrait qu’à peine le battement de son cœur qui résonnait dans ses tempes. Un moment lui aussi avait cru sa fille morte, puis il avait vu sa poitrine se soulever. Elle était toujours inconsciente mais avait fermé les yeux. Elle semblait presque dormir.
Elle dormait oui…mais s’il ne voulait pas qu’elle s’endorme à jamais, il devait la conduire à l’hôpital au plus vite. Tant pis pour les excès de vitesse !
La route défila comme jamais, klaxonnant, le bolide se moquait des feux rouges. Heureusement il était tard, quasiment personne ne circulait à cette heure là. John parvint enfin à l’hôpital. Montant sur les trottoirs, il gara la Dodge et en sortit le plus vite possible.

L’infirmière vit débouler l’homme dans le hall, une fillette inconsciente dans les bras. Son regard était empli de peur, de désespoir, de chagrin. La jeune femme dans sa blouse blanche comprit tout de suite qu’il s’agissait de quelque chose de grave. Elle laissa son bureau de l’accueil et parti à la recherche d’un médecin après avoir signifier à John Mason d’allonger son enfant sur les fauteuils.
L’éditeur était paniqué comme jamais. Il s’en rendait compte. ‘’Linda, Linda ! Mon bébé…’’. Il contempla sa fille, pâle comme la faucheuse, les lèvres bleuies par le froid. Sa peau était toujours glacée se rendit-il compte en touchant son front. De petites particules de givre parsemaient encore sa chevelure en bataille. Sa respiration était si lente, beaucoup trop lente…
John leva la tête.
Combien de temps avait caressé le visage de sa petite fille ?
Il était presque apaisé quand un homme en blouse déboula au pas de course, suivi de l’infirmière. Le docteur se présenta mais John ne saisit pas son nom. Il ne réussi qu’à bafouiller trois mots avant de voir le médecin emporter son enfant.
-Elle a froid !

-Son cœur ne bat presque plus !
-Voici de l’eau chaude, docteur !
-Epongez-la, sur tout le corps, il faut la réchauffer.
-Bien docteur.
-Elle s’est baignée dans l’eau glacée ou quoi ?
-J’en sais rien, Roy ! Elle va y rester si on la réchauffe pas, c’est tout !
-A combien est son pouls ?
-…
-Alors ?
-Je ne le sens même pas !
-Docteur !
-Rah, silence, réchauffez là, Curtiss, prépare le défibrillateur au cas où !
-Docteur !
-Je m’en occupe.
-Docteur !
-QUOI ?
-Elle a ouvert les yeux.
-Mais…

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Edelweiss - Linda Mason
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Ven 5 Oct - 5:44

John Mason ouvrit les yeux et sursauta. Tout ceci n’était qu’un cauchemar !
Non…
Il pencha la tête en arrière, il était bien assis sur un des fauteuils de l’hôpital. Il était bien venu apporter ici sa fille mourante. Ce n’était pas un cauchemar.
L’homme se leva lentement, comme il pu. La nervosité avait cédé la place au sommeil, mais quelle heure était-il ? Il se souvenait avoir regardé la pendule vers minuit, alors qu’un homme en costume brun traversait en courant le hall. Plus tôt, il y avait eu une alarme. Il se décida à demander des renseignements à la jeune femme brune qui faisait semblant de ne pas dormir derrière l’accueil.
-Excusez-moi, mademoiselle…Je suis John Mason, j’ai amené ma fille tout à l’heure, enfin hier soir…
-Bien sûr, comment s’appelle-t-elle ? demanda la charmante post-adolescente.
-Linda…Mason…
John reçu un sourire d’approbation puis la jeune standardiste s’en alla fouiller des fiches d’admission.
Cela dura trois minutes, elle sembla regarder deux fois, en vain.
-Je suis désolée monsieur, je n’ai personne à ce nom, vous l’avez faites enregistrer ?
-Heu…non…non, c’était une urgence, et votre collègue est partie avec le médecin.
-Ah…bien, de que docteur s’agissait-il ?
John se prit la tête entre les mains
-Le docteur, le docteur…je sais pas !
Exténué et énervé par son manque de jugement, l’éditeur ne remarqua pas le changement d’attitude de la jeune femme.
-Je vais me renseigner, monsieur, veuillez attendre ici je vous prie.
John lâcha un ‘’oui’’ obligé et décida de faire les cents pas, il n’avait que ça à faire quoiqu’il arrive.

La jeune fille qu’elle cherchait s’appelait comme elle : Linda. Elle n’avait même pas eu la présence d’esprit de demander son âge, mais l’infirmière avait pris panique. Petite brune mignonne, sa frange laissait voir à peine la moitié de son regard. Linda Wallern n’était en poste à l’hôpital que depuis une semaine.
L’ambiance était étrange ce soir. Elle était arrivée peu après minuit, après sa pause d’une heure, mais tout le monde était plus silencieux que d’habitude. La jeune femme demanda des renseignements sur un homme et sa fille, cherchant après les médecins. Personne ne lui donna une indication convenable. Passablement irritée, l’infirmière ne se préoccupa pas de savoir pourquoi tout le monde semblait perturbé.
Linda Wallern bifurqua au hasard d’un couloir, presque en courant…et faillit rentrer dans un homme en blouse blanche.
-Docteur Willis !
Quelque chose n’allait vraiment pas ce soir. Même la nuit, les médecins de garde avait rarement le temps de former des colloques en plein couloir (à la limite dans la salle de repos autour d’un café). Ils étaient cinq. Non, quatre, plus un homme en complet brun.
-Que se passe-t-il, …(le docteur Willis regarda la badge de la jeune femme) Linda ?

Fut-ce une intuition féminine, ou simplement le fait qu’une chaleur inhabituelle se dégageait de derrière la porte de la chambre d’à côté, mais l’infirmière ne pu s’empêcher de tourner la tête pour voir à l’intérieur de celle-ci. Elle reconnut, bouche bée, le docteur Jabs…et sur le lit jouxtant, le docteur Roy Cottus.
Tous deux étaient allongés, mais dans des positions extravagantes, leurs membres semblaient durs comme du bois, figés dans d’inexplicables poses…et gelés. On avait branché une demi douzaine de radiateurs dont la chaleur parvenait en vagues jusque dans le couloir.
Le docteur Willis s’approcha de la jeune femme et la fit se retourner en la guidant doucement par les épaules.
Elle balbutia :
-Un homme…qui a perdu sa fille…
L’homme en complet brun se lissa le bouc, et s’avança vers l’infirmière.


Richard Vauhn avait tout juste 26 ans. C’était un surdoué. Un génie de la science. Ni trop beau, ni trop laid, il avait passé sa vie à ses études. Diplômé des plus grandes écoles de chimie et professeur de génétique, il avait le plus grand avenir qu’on pouvait promettre à un savant.
Cela le passionnait, il pouvait passer plusieurs jours enfermés avec ses éprouvettes, sans voir personne et en se gavant de sandwich au thon. Oui, le professeur Vauhn n’était pas une personne normale. Ses relations sociales se traduisaient par collègues de travail. Déjà enfant, il ne jouait pas, il ne se sentait bien qu’en résolvant des équations mathématiques, des lignes et des lignes de chiffres et de formules couchées sur du papier. Combien l’avaient pris pour un fou ?
Ce soir, le téléphone avait sonné dans son petit appartement – pas besoin de grand quand on vit dans son labo – vers onze heures et demie.
Un phénomène étrange s’était produit. Un accident qu’ils avaient d’abord imputé à la mauvaise manipulation d’azote liquide. Cinq membres du personnel avaient été gelés dans une salle d’opération, ainsi qu’une enfant.
Seulement il n’y avait pas d’azote liquide dans la pièce…
Richard ne se faisait pas de soucis pour ses collègues. Il seraient peut-être choqués mais ils se ‘’réchaufferaient’’. Aucun n’avait succombé à cette hypothermie.
La fillette, elle, avait retrouvé une température normale en moins de trente minutes. Elle dormait paisiblement dans une chambre au troisième étage. Il n’avait même pas pris le temps de mettre des chaussettes et son costard était froissé, sa chevelure en bataille et son haleine puait le café, rien en somme qui pu le décrire comme un savant, pourtant le professeur Vauhn s’avança vers l’homme qui attendait dans le hall avec l’assurance d’Einstein exposant sa théorie sur la relativité.

Richard Vauhn en était persuadé après avoir vu l’enfant, cet homme était le père d’une mutante.


Richard Vauhn – 1981
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Edelweiss - Linda Mason
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Mer 10 Oct - 7:14

1ère partie : Dans les yeux trop bleus d’une enfant…




‘’Revoilà le docteur Richard. Il va encore me faire une piqûre, je le sens. Je ne l’aime pas, je sais qu’il se force à être gentil.
Quand j’étais à l’hôpital avec lui, je voyais bien à ces yeux qu’il était étrange. Il me regarde comme quand je regarde une poupée.
A cause de lui, je ne vais plus à l’école, j’ai perdu tous mes amis. Maman me fait des leçons tous les jours mais ça l’ennuie.
Je ne sais pas comment lui dire que je préférerais jouer avec elle comme avant.
’’

La vieille allemande stoppa en contrebas du manoir. Richard Vauhn était en avance, comme souvent. Il venait une fois par quinzaine visiter sa petite protégée.
Quatre ans qu’il avait croisé son chemin.
Il s’amusait à l’appeler Miss Linda. Elle avait 12 ans à présent et on devinait déjà les traits d’un visage de femme. Elle serait une très belle femme, à n’en point douter.
En parlant de très belle femme…Sue vint ouvrir elle-même la porte d’entrée.
Richard l’avait rencontrée quelques jours après son mari, alors qu’il gardait la fillette en observation. Elle lui était apparue dans une robe immaculée, on eu dit un ange, mais un ange à la tristesse si profonde qu’elle vous fendait le cœur. Depuis quatre années, le médecin n’avait jamais discerné un sourire sincère sur les lèvres de son hôte. Elle était certes rôdée aux convenances et cultivait un paraître chaleureux, mais Richard la perçait à jour.
Sue Mason était dépressive, dangereusement dépressive.
En cachette de son époux, Richard lui avait donné quelques médicaments, mais elle n’en avait jamais redemandé. Sûrement ne les avait-elle même jamais touchés.

Richard suivit la sublime blonde jusqu’au troisième étage où avait été aménagée la ‘’chambre’’ de Linda, sa mallette à la main.
L’adolescente vivait presque recluse dans cette pièce. Richard regarda une fois encore les lattes de bois verni qui cachaient l’imposant système de chauffage autonome qui circulait dans les murs. Quatre ans plus tôt, le médecin n’avait pu que constater le phénomène : Linda agissait comme un glaçon dans un verre de scotch.
Il l’avait gardée presque un mois en observation à l’hôpital, faisant installer sept radiateurs dans sa chambre. Etrangement, c’était quand la jeune fille dormait qu’elle faisait baisser la température de façon plus importante.
Richard avait étudié la jeune fille sous toutes ses coutures. Combien avait-il réalisé de prises de sang ? Combien de fois avait-il recréé le génome de l’enfant ?
Les expériences se succédaient dans un seul but : Sue et John Mason voulaient que leur fille guérisse.

Linda avait pris un livre dans la bibliothèque. Sa chambre était immense pour une enfant de douze ans, et bien plus remplie que la plupart des chambres d’adultes.
Il y avait autant de jouets qu’une gamine ait pu avoir envie, Tous rangés avec ordre. L’adolescente aimait bien quand tout était à sa place.
Elle n’avait pas particulièrement envie de lire ce matin, mais elle avait encore moins envie de voir le docteur Richard. Peut-être qu’en prenant un livre il arriverait moins vite. Les murs de la chambre étaient garnis de plusieurs centaines de volumes. La petite blondinette adorait lire.
Son père avait savamment placé romans d’auteurs, nouvelles sentimentales, livres d’histoire et de sciences afin qu’elle en apprenne plus sur le monde puisqu’elle ne pouvait le voir de ses yeux. John avait considéré sa fille de toute autre façon depuis cet événement. Il se l’était avoué, il n’était pas un bon père. Ses affaires passaient avant tout et l’arrivée de Linda avait chamboulé sa vie de couple.
Quatre ans plutôt, Sue avait perdu définitivement la joie de vivre qui la caractérisait au profit d’une traumatisante inquiétude. Linda, condamnée à rester enfermée dans sa prison sans barreaux, que pouvait-il bien faire pour que les deux femmes de sa vie retrouvent le sourire ? Pour qu’elles puissent jouir de la vie comme elles le méritaient.
Il pouvait faire une chose : payer le docteur Vauhn pour qu’il rétablisse la normale.

La petite blonde avant entendu les pas dans l’escalier, légers et claquant pour sa mère, lourd et pataud pour le médecin. La porte s’ouvrit enfin et Richard la salua comma à l’habitude d’une ‘’bonjour Miss Linda’’ auquel suivit un ‘’bonjour docteur’’ poli et obligé.
Sue referma la porte derrière elle non sans avoir donné un baiser sur le front de sa fille. Elle se fendit d’un sourire aussi faux que tous les autres envers Richard. N’avait-elle donc aucun espoir ?
Linda écouta les talons de sa mère heurter le bois de l’escalier alors qu’elle la laissait seule avec le docteur Richard. Elle était assise sur le rebord de son lit, vêtue d’une robe rouge et blanche, un livre épais posé sur les genoux. Vauhn posa sa mallette et entrepris les questions rituelles, depuis presque quatre ans…
Tous les quinze jours, il répétait inlassablement les mêmes phrases ou presque, les mêmes gestes, les mêmes mesures, les mêmes auscultations. Cette fois encore il agît coutumièrement pendant plus d’une heure. Il avait avec lui une batterie de thermomètres et d’appareils complexes, qu’il utilisait méthodiquement toujours de la même façon. Linda avait appris toute cette parade par cœur et elle comprenait presque ce qu’il faisait.
Un jour, l’idée était venue à la petite fille : Les réponses étaient dans les livres. Elle avait cherché durant des jours la nature des appareils du docteur, et aujourd’hui elle voulait lui signifier quelque chose.

Richard laissait la sonde se rapprocher peu à peu de sa patiente. En la plaçant toujours à même distance du mur et en mesurant la courbe de température entre les deux, il pouvait rapporter la force de la diffusion du froid que produisait la jeune adolescente. Généralement il obtenait la même chose sur son écran. Les murs chauffants suffisaient à contenir le pouvoir de mademoiselle Mason, laissant une température à peu près stable entre elle et les parois, jusqu’à arriver à une vingtaine de centimètres de la petite blonde, où le thermomètre chutait presque de douze degrés.
Le docteur Vauhn fronça les sourcils, le regard rivé sur les chiffres indiquant 20°…
12°…
1°…
Il regarda la sonde qu’il tenait main gauche. La tige de métal était recouverte de givre. Il revint au cadran : -34°…-50°…Cela continuait de baisser. Cette fois il vit la glace se former sur la tige. Il ne fixait que cela, quel phénomène magique !
Il détourna les yeux vers sa patiente, toujours sagement assise sur le rebord de son lit. Elle avait le visage impassible, un léger sourire aux lèvres, et fixait la tige métallique de la sonde d’un regard surnaturel.
Vauhn retira la sonde de devant la jeune blondinette. Ses yeux étaient bleus, même la pupille. Elle tourna la tête vers lui sans cesser de sourire malicieusement puis plongea son regard sibérien dans celui de son médecin. Un instant Richard Vauhn se sentit mourir. Il imagina le froid envahir sa tête, son crâne geler comme l’avait fait la sonde, Ses connexions synaptiques se couvrir de givre à l‘intérieur même de son corps. Un instant il eut une vision de lui, gelé et mort, puis il se ressaisit.
-Miss Linda…Tu l’as fait exprès ? Tu le contrôles ?


Linda et Sue Mason – 1986


Dernière édition par Edelweiss - Linda Mason le Mer 9 Avr - 17:37, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Mer 17 Oct - 13:58

Le scientifique se regarda dans la glace de la minuscule salle de bains et soupira. Barbe en bataille, cheveux gras et mal coiffés, des cernes à faire peur…on voyait qu’il n’avait pas vu le soleil depuis quinze jours.
Richard se déshabilla et entra dans la douche. L’eau glaciale le fit frémir. Il attendit sagement que celle-ci se réchauffe puis resta une bonne demi-heure sous le jet puissant. La buée s’imposa dans le petit local jusqu’à ce qu’on y vit plus rien. S’accorder une demi-heure de détente sous un jet d’eau brûlante…Il n’en avait même pas le temps.
Tout avait changé trois mois plus tôt, quand Linda s’était amusée à geler un appareil de mesure volontairement.

Il avait passé les trois derniers mois à réaliser tests sur tests, se rendant plus souvent encore analyser les réactions de l’adolescente au manoir Mason. Si seulement il avait pu l’avoir sous la main à longueur de journée !
Richard savait pertinemment que ses réelles motivations devaient rester au plus profond de ses notes. John Mason n’avait qu’un but en finançant les recherches du jeune scientifique : rendre sa fille ‘’normale’’. Si Richard ne désespérait pas de trouver un remède – si tant est que l’on puisse appeler une mutation une maladie – mais plus que tout il voulait forcer la jeune adolescente à augmenter ses capacités.
Lui-même était un être extraordinaire, ses capacités intellectuelles dépassaient de loin celle des autres chercheurs qu’il côtoyait naguère. L’excellence était pour lui un but, il se devait de pousser son cerveau dans les plus lointaines réflexions qu’on puisse atteindre. D’une certaine manière, Miss Linda et lui étaient pareils, Ils avaient tous deux été gâtés par Dieu.
Leurs dons différaient mais ils n’en restaient pas moins des dons extraordinaires.

Trois quarts d’heure plus tard, Vauhn stoppa son véhicule dans la court, en descendit, et jeta un œil où habituellement il pouvait discerner le visage de Linda. Sans surprise, la jeune fille était là, il pouvait presque deviner la lueur de son regard surnaturel. Sans aller jusqu’à hanter ses rêves, le bleu des yeux de Miss Linda l’avait sans doute marqué à vie quand elle lui avait montré, fichée d’un sourire enfantin, qu’elle contrôlait tout.
Ce fut une domestique impeccablement habillée qui vint ouvrir au docteur. Il remercia et se dépêcha de gravir les trois étages qui le séparaient de la petite mutante. Le médecin frappa puis entra sans attendre de réponse.
Linda était debout à la fenêtre, parée d’une petite robe bleu ciel. Elle remarqua aussitôt le docteur entré que celui-ci portait une mallette plus imposante qu’à l’accoutumée ainsi qu’un sac à dos. Elle ne pu s’empêcher de s’apercevoir également de l’excitation qui luisait dans les yeux fatigués du jeune homme.

La jeune fille n’avait pas osé protester et à vrai dire elle avait envie de s’amuser. Assise sur le siège passager, juste à côté de Vauhn, elle regardait les arbres défiler de l’autre côté de la portière. Il lui semblait que cela faisait une éternité qu’elle n’était pas sortie de sa chambre, et encore plus longtemps du manoir.
Vauhn lui avait passé un horrible blouson jaune vif, strié de câbles aussi laids que lourds, et relié à un engin bruyant qu’il avait posé sur la banquette arrière. Le froid que dégageait la gamine était en partie contenu…Elle avait l’air d’un animal en laisse comme ceci reliée au générateur. Richard Vauhn fronça les sourcils à cette idée. N’était-ce pas ce qu’elle était ? Une mutante que l’on garde en cage, que l’on étudie et que l’on sort en laisse ?
Le professeur secoua la tête pour y chasser sa conscience, la science demandait des sacrifices.

A peine vingt minutes après avoir quitté le manoir, Vauhn et Linda s’enfonçaient dans les profondeurs d’un sous bois désert. Le médecin tenait d’un côté sa bruyante mallette reliée au blouson et de l’autre la frêle main de la jeune fille.
Qu’elle était silencieuse ! Elle semblait s’émerveiller de la moindre branche, du moindre souffle de vent dans les feuilles, du mouvement d’un escargot sur un tronc. Richard fut tenté de stopper le brouhaha du générateur mais ne le fit pas. Il voulait garder le contrôle sur la température de Linda.
Tous deux s’arrêtèrent. Le spectacle offert par l’étendue d’eau devant eux était presque paradisiaque. Vauhn avait souvenir de ce petit lac perdu, mais il ne se remémorait pas que sa vision était si apaisante. Lui aussi l’espace d’un instant il voulu éteindre le moteur et son vrombissement sourd.
Le médecin guida sa protégée au bord du lac et s’accroupit à ses côtés.
-Ici tu peux me montrer ce que tu peux faire…comment tu gèles les choses…
Linda le regarda un peu sonnée. L’extérieur, le blouson, le bruit sourd du moteur, le vent dans ses cheveux, l’invitation à utiliser ses dons, cela faisait beaucoup pour une gamine habituée à passer son temps dans les livres.
-Je vais vous montrer, répondit-elle d’une petite voix voilée par l’émotion.



Vauhn régla le générateur de chaleur du blouson presque au minimum alors que Linda s’était emparée d’un bout de bois mort. Le médecin fut subjugué.
La jeune adolescente tint le bout de bois à pleine main. Voulait-elle réellement lui montrer ? Pourquoi devait-il savoir ça finalement, c’était son secret à elle, et à elle seule. Elle sentit la chaleur du blouson s’évanouir, laissant le froid de son corps se répandre dans l’air. Elle sera un peu plus fort la branche morte.
Le bois se couvrit de givre, puis gela en surface.
Linda ne cessait de regarder ce prodige. Elle s’était déjà amusée à geler des choses de la sorte, c’était devenu facile. La chaleur revint l’entourer, lui faisant tourner la tête vers son bien aimé médecin.
Vauhn tendit la main juste après avoir remis le générateur à sa puissance normale.
-Je peux l’avoir ? demanda-t-il
Linda lui tendit la branche gelée, toujours reliée par des câbles au bruyant moteur. A deux mains, Vauhn brisa le bois en deux. Miss Linda avait transformé le bois en glace presque jusqu’au centre de la branche. Elle en aurait certainement fait un véritable glaçon s’il l’avait laissée continuer.
Le professeur rangea l’échantillon de bois gelé dans un récipient isotherme qu’il plaça dans son sac puis se tourna à nouveau vers sa patiente.
-Ca vous amuse de faire ça ?
La surprise fut grande pour la jeune fille. Il avait dit ça avec un sourire complice, une voix qu’il n’avait presque jamais eu. Ils avaient toujours été polis et tendus l’une envers l’autre. Rarement il lui avait parlé de ses émotions, de ses sentiments face à sa ‘’maladie’’. Elle lui sourit en retour, ses pupilles avaient retrouvé leur teinte bleue surnaturelle.
-Oui…cela m’amuse beaucoup, répondit-elle.
-Nous allons faire quelque chose d’encore plus amusant.

Comme Richard lui indiqua, Linda se rapprocha du lac, puis tendit les mains vers l’eau. Une nouvelle fois l’adolescente sentit la chaleur l’entourant disparaître. Vauhn la regarda fixer l’eau bras en avant, Il lui semblait presque discerner le souffle visuellement. Il ne pu s’empêcher de frissonner alors que l’eau du lac commençait à son tour à geler.
Une plaque de glace se créa à la surface. Linda avança d’un pas. Elle semblait en transe. Le médecin sortit ses appareils de mesure, mais que mesurer ? Tellement de nouveautés s’offraient à lui.
Richard rapprocha sa sonde du corps de la jeune fille, nota ses résultats, plongea la sonde dans l’eau, nota encore, se retourna.
-Miss Linda ! Vos pieds !
Il se précipita vers sa protégée, l’idiote avait avancé jusqu’à mettre ses pieds dans l’eau. Son souffle glacé avait fini par lui emprisonner les chevilles. La jeune fille se retourna alors que Vauhn la saisissait par les épaules mais elle ne bougea pas, entravée par son propre pouvoir.
-Je vais remonter le blouson ! lui lança le médecin qui sentait monter la panique.
Linda se pencha et tira sur ses mollets, essayant de se dégager d’elle-même en vain. Elle était paniquée, apeurée. Richard Vauhn tourna la mollette à fond, réglant le blousant chauffant sur son maximum. Il avait prévu le cas où Linda produirait un froid extrême.
Pourtant…il sentit une vague glacée le frapper plus encore.
Le docteur se retourna, Linda se débattait, presque hystérique. Le froid s’intensifiait d’avantage, il regarda la mollette qu’il venait de tourner, le blouson devait la contenir. Soudain il comprit.
Dans ses mouvements brusques pour se dégager, Linda avait arraché un des deux fils d’alimentation de son équipement. Elle se débattait comme une folle, en larmes, mais son pouvoir s’agrandissait dangereusement. Le courant d’air froid frappait maintenant le professeur de plein fouet, le paralysant presque. La plaque de glace sur le lac s’était propagée de presque dix mètres.

Richard sentit ses membres s’engourdir. Sa patiente allait le tuer si elle continuait, et il n’arrivait presque plus à articuler tellement il claquait des dents. L’homme regarda sa main, son costume et sa peau s’étaient recouverts de givre. Il n’y avait qu’une solution !
Bravant le froid, Vauhn avança comme il pu, tel une marionnette mal articulée en direction de la jeune fille. Il s’empara du câble détaché du blouson. Il ne pourrait jamais le rebrancher, il tremblait trop.
De son autre main, Il tira aussi fort qu’il pu sur l’autre câble…Et posa les deux extrémités dans le cou de sa patiente. Linda se raidit d’un coup, électrocutée, les cheveux dressés sur la tête…puis s’écroula en arrière, les chevilles toujours prisonnières de la glace. Vauhn lâcha les câbles puis rampa jusque sur la plage en tremblant.

Richard ouvrit les yeux. Combien de temps s’était-il passé ?
-Docteur Vauhn ? Docteur Vauhn ?
Sa vision devint moins trouble. Linda était agenouillée au dessus de lui, trempée jusqu’aux os. Il la contempla en essayant de parler. Sa robe et ses cheveux étaient collés sur sa peau, gorgés d’eau ; elle avait jeté le blouson inutile.
-Vous allez bien Docteur ?
Elle posa sa main sur son front comme lui avait sans doute appris sa mère. Sa peau était froide, tellement froide. Mais elle était tellement vivante.
Vauhn laissa sa tête rouler en arrière. Quel inconscient ! Que se serait-il passé pour lui s’il l’avait tuée ?
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Mar 23 Oct - 23:51

Dans l’habitacle d’une BMW…

La séance fut dure pour le jeune chercheur. Il avait deviné John Mason autoritaire mais le savon qu’il venait de lui passer l’avait remit à sa place. Furieux de ce qui s’était passé aux abords du lac, l’éditeur n’avait pourtant pas renvoyé Richard. Le prochain événement de ce style et il chercherait sans doute un autre médecin pour sa fille.
Vauhn avait saisi l’avertissement, et il l’avait pris au sérieux. Mason ne plaisantait pas.
Le scientifique reprit la route de son laboratoire, un peu perdu. Que devait-il faire ? Guérir la jeune fille et annihiler toutes les possibilités de ses pouvoirs ? Tenter de contrôler ces dons, de les canaliser ?
Il n’en avait pas la moindre idée, hésitant comme rarement sur l’attitude à adopter. Vauhn décida de reporter sa réflexion au lendemain, après avoir bu quelques bières dans la soirée.

Dans un bureau, au premier étage…

John descendit son second whisky d’un trait. Il avait tendance à être nerveux à cause du travail mais cette entrevue avec le jeune professeur l’avait mis hors de lui. Bientôt cinq ans que ce petit trou du cul travaillait à guérir Linda, et il n’avait finalement obtenu aucun résultat. Sa fille était enfermée jour et nuit dans sa chambre, incapable d’aller normalement à l’école, incapable de se faire des amis.
Pouvait-il accepter ceci encore longtemps ? Depuis cette fameuse nuit où tout avait basculé, sa famille tombait en ruine, et les fonds qu’il investissait dans les recherches de Vauhn étaient totalement inutiles.
Cet homme avait intérêt à lui fournir rapidement des résultats, sinon il irait pointer au chômage sous peu !

Dans la chambre conjugale du second…

Sue se laissa tomber sur le lit. Elle avait envie de pleurer mais cela faisait plusieurs mois que plus aucune larme ne coulait de ses grands yeux bleus. La jolie maîtresse de maison avait perdu plusieurs kilos depuis que sa fille était tombée malade, pourtant, son ventre commençait à trahir son état. Elle revit Linda, qu’elle venait de mettre au lit, et songea aux possibilités d’enfanter un nouveau mutant. Le supporterait-elle ?
Depuis que Linda s’était révélée, plus rien ne tournait rond dans la vie de Sue. Elle était belle, intelligente, elle avait mené sa vie sur un chemin droit et ascendant jusque là. Elle en voulait au sort oui, mais jamais elle n’avait eu une once d’animosité envers sa fille. La maternité était la plus belle chose au monde et prendre soin de Linda malgré sa condition surnaturelle une mission au combien valorisante…mais elle doutait vraiment de pouvoir s’occuper d’un autre enfant.

La jeune femme passa la main sur son ventre. Cet enfant qu’elle portait était pourtant le fruit de son amour pour John. Ils ne faisaient que rarement l’amour, Sue se forçait généralement quand son époux laissait ses pulsions prendre le dessus. Cela se dégradait de plus en plus entre eux mais elle l’aimait toujours. Elle souhaitait l’aimer, plus que jamais.
Ca n’était pas grave s’il devenait de plus en plus amer, de plus en plus colérique…de plus en plus absent. Elle devait tenir son rôle d’épouse, comme celui de mère.
Toute force l’ayant abandonnée, Sue se laissa envahir par ses émotions. Elle fut prise de sanglots, les larmes coulèrent pour la première fois depuis des mois sur ses joues creusées par la fatigue.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Ven 9 Nov - 6:49

Vauhn entra comme à son habitude dans la petite chambre du troisième, suivant Sue Mason qui portait une robe cachant son petit ventre rondelet. Linda l’avait vu arriver et savait qu’elle serait de sortie. Cela faisait un plus d’un mois que le professeur l’avait emmenée au bord du lac et depuis, il avait légèrement changé.
La jeune fille ne savait pas vraiment ce qui n’était plus pareil mais Richard lui semblait plus gentil, plus…humain. Il la visitait moins souvent mais ses visites duraient plus longtemps.

Une fois Sue partie, Vauhn s’attela à toute une batterie de tests et effectua une nouvelle prise de sang puis déposa une grosse valise sur le sol.
-La dernière fois, le blouson n’était pas solidaire de la batterie, commença-t-il à expliquer. J’ai donc incorporé la nouvelle dans…cette tenue !
Un grand sourire aux lèvres, Richard déplia une sorte de combinaison de ski grise juste taillée pour sa patiente.
-Je te laisse la passer, Linda. Ne garde que tes sous-vêtements dessous.
-La couleur est mieux que l’ancienne, répondit l’adolescente en se fendant d’un sourire moqueur.

Cette fois le médecin et sa petite amie restèrent dans l’enceinte du manoir. John Mason était absent mais il avait implicitement indiqué à Richard qu’éloigner Linda du domaine familial le ferait pointer au chômage dans la journée.
-Alors miss Linda, tu vas essayer de ne pas nous faire de blague cette fois ?
Ils en avaient déjà parlé longuement au cours de leurs précédents rendez-vous. Linda raisonnait presque comme une adulte et tenait des conversations scientifiques avec le professeur. Il s’était même mis à penser qu’enseigner serait une bonne vocation pour ses vieux jours.
-J’ai remarqué que tes cellules étaient moins fragiles que les cellules communes et qu’elles pouvaient fournir plus d’énergie également, continua l’homme à la barbe.
Linda écouta attentivement. Le professeur semblait presque s’adresser à elle comme un copain le ferait. Après tout elle n’avait aucun copain, aucun camarade avec qui jouer.
Elle lui obéit donc au doigt et à l’œil, cherchant à faire de son mieux. Richard lui demanda de soulever des poids, de courir sur quelques mètres. Il relia la nouvelle combinaison chauffante à plusieurs fils. Linda du faire des exercices de gymnastique, pompes, abdominaux, course sur place.

Vauhn notait tous les résultats sur son carnet, en demandant d’avantage à la jeune fille au fur et à mesure qu’il voyait les improbables nombres remplir les feuilles de papier. La blondinette avait un physique de rat de bibliothèque, Richard savait qu’elle passait son temps à lire et ne sortait pas de sa chambre. Pourtant, comme il l’avait deviné à force d’étudier ces cellules, elle était capable de prouesses physiques étonnantes. S’il l’entraînait, elle serait capable de battre n’importe quelle athlète aux jeux olympiques…et même ceux qui se dopaient.
Linda réalisait elle aussi de quoi elle était capable. Elle n’était pas fatiguée du tout malgré l’intensité croissante des exercices et le visage du professeur trahissait son excitation à la vue de ses performances.
Sans une seule fois utiliser ses dons de réfrigération, La petite blonde s’amusa durant tout l’après midi en compagnie du professeur. Ils se mirent à rire à chaque fois que la jeune adolescente passait un pallier. Richard était stupéfait. Linda dépassa le mètre de détente sèche, effectua deux cent pompes de suite…et battu à plates couture son médecin à la course (même si celui-ci n’était pas vraiment un foudre de guerre dans cet exercice).

A aucun moment ils n’aperçurent la silhouette de Sue derrière les rideaux du grand salon.


Sue Mason – 1985

Le soir même, les yeux rougis à force de lire et relire ses notes, Richard sirotait une bière quand on frappa à la porte de son antre. Le scientifique regarda sa montre. Il était onze heures passées, qui pouvait bien venir le déranger à cette heure ci ? Le père Noël ?

Réajustant ses lunettes de vues sur son nez, Vauhn se leva et ouvrit la fine porte de bois. Il haussa un sourcil d’étonnement. S’il n’avait pas connu la femme en face de lui, il aurait sans doute cru être dans un de ces rêves qui hantaient son adolescence.
Sue Mason resta figée dans l’entrebâillement, un sourire gêné aux lèvres. Elle se détendit quand elle constata la surprise dans le regard du docteur. Celui-ci ne pu s’empêcher de détailler la jeune femme de haut en bas – d’une manière tout à fait malpolie réalisa-t-il quelques secondes plus tard. Sue avait l’habitude d’être élégante mais elle portait ce soir une robe de rêve, d’un bleu satiné, fendue sur presque toute la longueur de sa jambe gauche et affichant un décolleté magnifique.
Richard ne pu s’empêcher de balbutier au démarrage mais il finit par inviter la splendide blonde à rentrer.
-Je ne m’attendais pas du tout à vous voir venir ici, avoua-t-il en refermant la porte
-Nous n’avons guère l’occasion de parler au manoir
-Et bien je n’étais pas encore couché, je suis prêt à répondre à toutes vos questions…madame.
Sue avança de quelques pas, obligeant presque le scientifique à suivre son déhanchement du regard.
-Auriez vous un rafraîchissement à me proposer avant que nous ne parlions science ? lui lança-t-elle en se fendant d’un sourire enjôleur.

Presque à la surprise de Richard, sa belle invitée accepta une bière. Il lui montra alors ses diverses machines et lui expliqua comment il s’en servait pour comprendre le métabolisme de Linda. Heureusement qu’il était passionné de génétique et par le cas de la gamine parce que la mère de celle-ci aurait pu facilement troubler n’importe quel homme. Malgré tout l’amour de Richard pour ses notes et ses échantillons, il n’était pas totalement concentré.
Elle avait l’art de traverser une pièce, de l’effleurer du bout des hanches en le croisant. Richard se surprit à plonger son regard sur sa cuisse dénudée alors qu’elle était assise, jambes croisées, sur le petit tabouret du médecin.
Quel homme aurait résisté ? Vauhn réfléchit. Cette femme était mariée à l’homme qui payait la moitié de ses travaux, et la mère d’une petite mutante capable de transformer un lac en Mr. Freeze. Pourtant bien qu’elle s’intéressait visiblement à tout ce qu’il lui racontait – avec le plus grand sérieux malgré ses difficultés à se concentrer sur le sujet – elle ne pouvait pas être là que pour ça !
Pourquoi si tard ? Pourquoi dans une robe pareille ? Et pourquoi ces attitudes si sensuelles ?
Malgré toute sa science, Richard ne connaissait rien aux femmes. Il ne répondrait jamais à ces questions.

Tout ce petit cirque dura plus d’une heure et demie. Richard était transpirant sous sa chemise et il doutait que cela soit l’effet de la bière. Sue Mason écoutait toujours, lui souriant à chaque fois qu’elle approuvait une idée – quel sourire ! Elle posait des questions sur des points précis, soulevait des problèmes auquel Vauhn avait bien sûr déjà pensé. Mais le problème actuel pour le scientifique était l’envie irrésistible qu’il avait de faire l’amour à la femme de son patron.
Les yeux de Richard faillirent sortir de ses orbites quand elle s’approcha de lui. Le claquement de ses hauts talons sur le carrelage l’avait excité depuis deux heures et ceux-ci la portèrent presque contre lui. La jeune femme posa ses avants bras sur les épaules de Vauhn et se rapprocha encore.
-J’apprécie vraiment ce que vous faites pour Linda et moi. Lui dit-elle d’une voix à peine audible.
Le médecin ferma les yeux, à quelques centimètres du visage parfait de Sue, et avança ses lèvres…
Surprise ! Elle lui répondit ! Il s’attendait à une gifle finalement mais il sentit la bouche de la jeune femme s’entrouvrir et leurs langues se mêlèrent. Elle colla son corps au sien, enroulant ses bras autour du cou du jeune homme.
Il la poussa vers le bureau. Passionnément, les deux êtres se dévêtirent et firent l’amour à même la paillasse préalablement débarrassée des documents du médecin.

Sue se dégagea de l’étreinte de son amant fortuit. Vauhn la regarda ramasser sa robe et ses sous-vêtements, il ne lui restait plus que ses bas et ses chaussures.
Qu’elle était belle !
Qu’elle était sensuelle…
Quelle étreinte !
La jeune femme se rhabilla et vint se pencher sur le médecin, encore allongé et nu comme un ver. Elle l’embrassa langoureusement et vint lui susurrer à l’oreille.
-C’était formidable
Sue mordilla le lob de l’oreille du jeune homme
-Arrêtez de prendre ma fille pour un cobaye…Guérissez là au plus vite ou je dirais à mon époux que l’enfant que je porte est le vôtre. Il me tuera peut-être dans sa rage, mais il vous tuera d’abord…
Richard détourna la tête, les yeux grands ouverts.
Quelle manipulatrice !
-Une fois Linda guérie, je vous rendrai l’enregistrement de cette soirée…mémorable s’il en est.

Vauhn ne su quoi répondre, il regarda la jeune femme prendre la porte en se repeignant du bout des doigts. Quel idiot il avait été. Mais quel idiot !

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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Ven 16 Nov - 18:25

Sue arborait maintenant un petit ventre bien rondouillet et les nausées se faisaient de plus en plus fréquentes. Linda n’avait pas été aussi ennuyeuse avant d’arriver, celui-ci serait sûrement un garçon !

L’enregistrement de ses ébats avec le scientifique était bien caché mais il lui semblait parfois presque nécessaire de le faire écouter à John pour qu’il s’occupe d’elle enfin. La jeune femme n’en pouvait plus. Son éditeur de mari était affairé à sa société, passait son temps dans son petit bureau du rez-de-chaussée ou en rendez-vous avec des auteurs mais semblait totalement délaisser sa famille. Sue estimait avoir légitimement droit à une certaine attention de la part de celui qui l’avait mise enceinte, même si elle comprenait qu’il ne puisse pas délaisser complètement son travail.
Allongée sur le canapé du salon, madame Mason vit enfin sortir son époux de son ‘’antre’’. Il ne lui lança qu’un fugace regard. Quels yeux tristes il avait !
Elle ne savait pas si elle devait lui demander de prendre soin d’elle en pleurant, en hurlant ou d’une quelconque autre manière.

John vit son épouse sur le canapé, un livre à la main. Elle avait pris des joues du fait de sa grossesse et cela la rendait encore plus belle. Elle semblait plus naturelle, une beauté plus simple et autre chose que ses airs de mannequin suédoise qui pourtant lui plaisait tant. L’éditeur sorti sans un mot pour sa femme et alluma une cigarette. Il était crevé, c’était un fait, et tout l’énervait. Comment concilier un travail lui prenant 18 heures par jour, une femme enceinte et une fille mutante traitée par un médecin incompétent. A ce sujet il aurait du pourtant concéder au docteur Vauhn un acharnement au travail depuis quelques semaines. Cela ne portait pas encore ses fruits mais le scientifique avait promis de nettes avancées pour aider Linda à contrôler le froid qu’elle produisait.

John Mason rentra une fois sa cigarette terminée. Sue n’avait pas bougé.
-Tu veux venir t’asseoir à côté de moi ? demanda-t-elle.
Il la regarda, hésitant.
-J’ai encore du travail ce soir…
-Cela fait longtemps que nous n’avons pas passé une soirée tous les deux.
-Je n’y peux rien…c’est comme ça. Répondit-il dépité.
La future mère sentit alors les larmes lui couler sur les joues. Elle pleurait souvent depuis des mois et d’avantage encore depuis que son ventre prenait du volume. Habituellement elle se cachait pour le faire mais le chagrin qui l’accablait en cet instant était trop fort pour qu’elle pense à protéger sa faiblesse.
-je n’en peux plus que tu me délaisses. Lâcha-t-elle avant de fondre en sanglot.
-Ecoute ce sont tes hormones ! J’ai une famille et une entreprise à faire tourner moi ! Tu crois que ça m’amuse, Sue ?

Il lui avait répondu sèchement. Presque avec hostilité. Sue se leva et couru se réfugier dans la chambre conjugale, laissant échapper toute son émotion sur son maquillage dégoulinant sur ses joues. Quelques minutes plus tard, John pénétra dans la pièce, l’air fatigué et désolé.
-Ne m’en veux pas, Sue, je sais que je ne suis pas très présent en ce moment.
Allongée sur le lit, les yeux débordants de larme, la jeune femme se tourna vers son époux. Elle le voyait comme un…déchet ! Oui c’était le mot. Il abandonnait sa fille et sa femme pour se réfugier derrière son travail plus facile. C’était tellement facile de les laisser se débrouiller.
-Tu n’es pas présent du tout. J’ai besoin de toi ! Linda a besoin de toi ! Depuis quand tu ne lui as pas parlé plus de cinq minutes ?
-Vauhn s’occupe d’elle. Que veux-tu que je fasse de plus ? Ce type me coûte une fortune alors ne dit pas que je ne m’occupe pas de Linda !
-Elle n’a pas besoin d’un mécène mais d’un père, et moi d’un mari. J’attends ton enfant John !
le ton avait vite monté et le silence laissa retomber la tension presque cinq secondes avant que l’éditeur ne réponde péniblement.
-Je n’ai jamais demandé un deuxième enfant…
-Mais tu l’auras quand même, je vais te donner un second enfant et que comptes tu faire après, Te consacrer plus qu’uniquement à ta maison d’édition ? Je ne l’élèverai pas seule !
-Parce que tu crois que tu élèves Linda ! Tu es comme moi, démunie. Imagine un peu si l’enfant que tu attends est encore un mutant ! Comment nous en sortirons nous avec deux méta-humains dans le manoir ?
-Linda est très intelligente, elle sait très bien que nous ne pouvons pas résoudre ses problèmes. Elle attend juste un peu d’amour de notre part.
-Je ne peux pas lui donner l’argent pour sa guérison et de l’amour en prime. Je n’ai pas le temps ! Fustigea John, les pupilles dilatées par l’énervement.

Sue fixa son mari, horrifiée par ses mots.
-Tu n’aimes pas Linda…Comment peux-tu la tenir pour responsable ? Elle n’y est pour rien !
-Je ne la tiens pas pour responsable. Elle est là, c’est tout, et je m’en occupe comme je peux.
-Mais est-ce que tu l’aimes, John ? Et est-ce que tu m’aimes moi ? Et l’enfant que je vais te donner ?
Mason soupira, debout devant sa femme étendue, exaspéré.
-Bien sûr que je vous aime…

La jeune femme avait toujours su être forte face à son mari, c’est ce qui lui avait plu au départ d’ailleurs. Elle avait un caractère bien trempé et on ne pouvait s’y attendre d’une femme au physique si doux et merveilleux.
-Linda et moi avons besoin que tu nous soutiennes, cette situation ne peut plus durer comme ceci.
-Que veux tu que je fasse ? Dois-je ne pas travailler un jour sur deux pour veiller sur vous deux…vous trois ?
-Que tu te comportes en père et en mari, c’est tout ce que nous demandons. Dit Sue en s’attendrissant.
-Linda ne demande rien, c’est toi qui demande. Elle a 12 ans, c’est une mutante mais au moins elle semble comprendre que je me tue au travail pour vous, elle !
-John…elle souffre de ne jamais te voir même si elle ne le dit pas…
L’éditeur souffla a nouveau, cherchant ses cigarettes dans la poche de sa veste.
-je n’aime pas que tu me dises ce que j’ai à faire pour ma famille…lâcha-t-il en se tournant vers la porte.
Il laissa échapper une dernière phrase avant de quitter la pièce :
-j’aurais préféré que tu ne me donnes jamais d’enfant, ça aurait été plus simple…

La jeune femme resta bouche bée alors qu’elle entendait les pas de son époux dans les escaliers. Elle n’avait même plus envie de pleurer.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Dim 25 Nov - 11:45

Douze jours avaient passé depuis ce soir là et Sue n’avait pas réussi à retrouver la confiance en son mari. Elle regardait Linda et Richard Vauhn occupés à divers test dans la cour depuis la fenêtre. Sa fille réalisait des prodiges. Certes c’était dur à vivre parfois mais c’était un don avant tout. Elle ne vivrait pas une vie normale à coup sûr pourtant elle n’était pas différente, elle ne méritait pas que l’on la considère comme une charge ou une gêne.
La dispute avec John avait profondément secoué la jeune femme et au plus profond d’elle-même, elle ignorait si elle aimait encore cet homme qui lui semblait être devenu si étranger. La fuite vers laquelle il s’était orienté marquait son manque de courage. Non…elle ne l’aimait plus parce que personne n’aurait pu aimer un lâche de cette espèce.

C’est à ce moment précis, alors que la belle jeune femme observait son enfant par la fenêtre, que tout se précipita : Le téléphone sonna.
Sue répondit sans se douter que ce qu’elle allait entendre la mènerait à prendre la plus importante décision de sa vie. En raccrochant le combiné, elle aurait voulu pleurer mais aucune larme ne parvint à glisser sur ses joues. Le regard vide, elle monta sans réfléchir dans la chambre de Linda.

Le repas eu lieu dans le silence et la morosité qui avait gagné le manoir depuis plusieurs semaines. Linda savait qu’elle ne devait pas trop en dire sur ses jeux avec le professeur. Ni son père ni sa mère ne semblaient apprécier ses exploits. Pourtant la fillette était heureuse de tout ça. Vauhn avait réussi à lui donner envie de découvrir ses dons d’avantage. C’était tellement amusant de battre un adulte à la course ou de sauter par-dessus des barrières plus hautes qu’elle!
Le dessert terminé, John Mason déposa un baiser qu’il voulut tendre sur le front de son épouse. Elle lui semblait extrêmement absente.
L’éditeur s’engouffra dans son bureau et referma derrière lui. Une cigarette fut très vite allumée alors qu’il s’installait face à ses dossiers.

John adorait son travail, et peu de choses pouvaient le distraire de ses lectures ; pourtant, le bruit qu’il venait d’entendre le fit se lever.
Il sortit de sa caverne en trombe, se dirigea vers la porte d’entrée et déboula à l’extérieur juste à temps pour voir sa Dodge démarrer sur le chemin de graviers et sortir par le portail.
Furieux, il pesta contre le satané voleur qui avait osé venir lui dérober sa voiture au sein même de sa propriété, dans son propre garage.
Le magnat de l’édition ne s’était jamais vu comme un héros mais, entre son travail, son épouse enceinte et sa mutante de fille, il était ce que l’on pouvait appeler déboussolé.
Au pas de charge, John se rendit donc dans le garage où était garé naguère sa voiture…et sa moto.

Son ventre touchait le volant. La Dodge de John était une véritable voiture de course, puissante et rapide, capable d’avaler la route à toute vitesse et de les emmener loin.
Une fois le portail du manoir franchi, Sue Mason enfonça son escarpin talonné sur la pédale d’accélérateur.
-Maman…où allons-nous ?
La jeune femme enceinte tourna la tête vers Linda, assise à ses côtés et vêtue de son blouson chauffant.
-On s’en va…Juste toi, moi…et le bébé.
La jeune fille n’osa pas demander ce qu’il allait advenir de son père. Elle savait au fond d’elle que ce départ était en réalité une fuite.
Oh oui, Sue fuyait.
Aujourd’hui, elle avait eu en ligne une personne d’un centre d’adoption.
Elle n’avait même pas pu lui répondre.
Elle avait découvert que l’homme qu’elle aimait autrefois pensait à abandonner l’enfant qu’elle portait.
Peut-être ne faisait-il qu’y penser ? Peut-être avait-il seulement pris des renseignements ?

C’était impardonnable !

La Dodge s’enfonça dans la nuit à travers les routes du Minnesota. Sue ne conduisait pas souvent et sa voiture était moins puissante que celle de son mari mais elle savait qu’elle devait aller vite. Se mettre à l’abri de John ! Jamais elle ne permettrait qu’on lui enlève ses enfants.
Elle roulait aussi vite qu’elle pouvait…car elle le voyait.
Il n’y avait aucun doute sur la nature du phare dans son rétroviseur.

L’éditeur avait à peine eu le temps d’enfiler des lunettes de protection. Sa moto n’était pas fabriquée de la dernière pluie et pas vraiment rapide. Il luttait pour suivre sa Dodge, les cheveux au vent et grelottant tellement le vent lui glaçait le corps à travers sa fine chemise.
La poursuite dura plus de trente kilomètres. Le voleur connaissait bien la région, il évitait les villes et prenait les routes lui permettant de pousser la musclecar à fond.

Linda était plusieurs fois montée dans la Dodge. Le bruit du moteur avait toujours été fort et sa mère lui demandait beaucoup. En pleine nuit, la jeune fille aurait pu avoir peur de voir les routes défiler. Les phares éclairaient les voûtes boisées, y révélant de nombreux spectres et les faisant disparaître aussitôt le bruyant véhicule passé.
La petite blonde se tournait vers sa mère de temps en temps. Elle la discernait mal mais malgré son silence, elle devinait son inquiétude. A vrai dire, Sue Mason inspirait la peur à sa fille.
Soudain, Sue expira un nuage d’air…visible…donc froid.

-Ca ne va pas ? demanda Sue à sa fille qui avait compris également ce qui se passait.
-Je ne sais pas…je…
-je t’en prie, amour, concentre toi !
Sue savait qu’elle ne pourrait pas conduire si Linda laissait exploser ses pouvoirs. Son ventre rond la gênait déjà tellement pour guider la voiture à cette allure.
-Je vais essayer, déclara Linda en se contractant sur son siège.
La fillette gémit, les bras serrés sur sa poitrine. Le blouson chauffant pouvait contenir le froid qu’elle produisait normalement…mais en état de stress, il en était autrement.
Petit à petit, Sue se mit à expirer des nuages d’air de plus en plus blancs. Les vitres se recouvrirent de givre.

Le motard s’inquiétait de plus en plus. Sa jauge à essence faiblissait dramatiquement et s’il arrivait à se rapprocher de la Dodge sur certaines portions, la voiture le distançait sur d’autres plus droites. En prime, John n’avait pas piloté son deux roues depuis des années et ses bras lui rappelaient qu’il n’avait pas fait d’exercice physique depuis presque aussi longtemps.
Les deux véhicules pénétrèrent une forêt dense. John savait que la route était particulièrement sinueuse à cet endroit.
Il arriverait certainement à les rattraper…et n’avait strictement aucune idée de ce qu’il ferait ensuite.
La moto n’était qu’à une trentaine de mètres du pare-choc de la Dodge quand celle-ci ne tourna pas.

Sue avait essayé d’essuyer le givre sur le pare-brise.
En loupant le virage, la voiture avait semblé voler quelques instants. La route était légèrement plus haute que le bois.
Ecraser la pédale de frein ne servit donc à rien.
John vit sa voiture planer jusqu’à heurter un arbre.
Le grand végétal ne bougea pas, à peine fut-il secoué alors qu’il s’encastrait dans le moteur de métal.
La voiture stoppa nette, encastrée autour de l’arbre.

John stoppa sa moto plusieurs mètres après le virage. Le silence de la forêt sembla tomber sur lui comme une pluie de plomb. Seul le moteur de sa moto, au ralenti, le tenait à la réalité.
Il ne pouvait croire ce qui venait de se passer. Seul au beau milieu de la nuit dans une forêt déserte, il se dirigea vers le véhicule dont les phares éclairaient encore.
La Dodge avait heurté l’arbre à plus d’un mètre du sol, mais elle était bien retombée. La calandre avait été pulvérisée, il manquait une roue, le pare-brise était en morceaux.
Il lui semblait discerner du sang sur le verre.
Au fond de lui, John n’avait pas envie d’ouvrir la porte. Il ne voulait pas voir le carnage à l’intérieur, parce que c’était forcément un carnage !
Soudain, il se rendit compte qu’il ne voyait pas à travers la vitre de la portière : elle était recouverte de givre.

L’éditeur ouvrit la portière d’un geste.
-Sue !
Il recula de plusieurs pas, les yeux écarquillés d’horreur.
-Sue….non…c’est pas vrai !
Il resta debout, contemplant sa femme, assise, penchée en avant sur le volant comme si elle couvait l’enfant qu’elle attendait.
Il ne pu avancer. La respiration lui manqua.
Machinalement, John Mason chercha ses cigarettes dans la poche de son pantalon.
Il s’évanouit sans se rendre compte qu’il ne les avait pas sur lui.

Linda se sentait bien. C’était frais par terre.
Elle ouvrit les yeux, regardant les grands arbres qui la dominaient de toutes leurs branches grisées par l’obscurité.
La jeune fille était allongée sur des feuilles, tout près du tronc d’un chêne sans doute très vieux. Elle se releva sur ses coudes, essayant d’habituer sa vue aux ténèbres autour d’elle.
Il lui sembla voir mieux, même très bien pour une nuit si sombre.
Lentement, elle se mit debout, se rendant compte que son blouson et sa jupe étaient déchirés. Elle porta ses mains sur les lambeaux de vêtements qui lui restaient et frémit.
Elle était souillée d’un liquide visqueux.
L’odeur la frappa. C’était du sang ! Elle était couverte de sang.

Terrifiée, perdue, Linda tourna la tête, ne voyant que des arbres autour d’elle, et une lueur.
Comme si elle courait vers la lumière que l’on dit voir en arrivant au paradis, la fillette se rua vers cet espoir lumineux.
-Maman ? fut le seul mot qu’elle prononça en découvrant la Dodge détruite.
Affolée, elle se dirigea vers le côté conducteur. La porte était ouverte !
Elle sentit le froid l’envahir. Tout autour de la jeune fille, la température tomba comme ses larmes se mirent à couler.
La portière était ouverte mais Sue était encore dans la voiture, morte.
Linda la toucha, la bougea, l’appela sans succès, pleurant tout ce qu’elle pouvait.
Le corps inerte de Sue Mason ne réagit pas.
La fillette se sentit aussi abandonnée qu’on puisse l’être. Etait-ce sa faute ? pourquoi cette fuite si loin de leur maison ?
Finalement elle se tint debout, gravant l’abominable image au plus profond de ses yeux bleus.

John releva la tête en grelottant.
Tout lui revint violemment à l’esprit. Il regarda à nouveau la voiture.
-Linda…
Sa fille se tenait à côté de Sue, ensanglantée mais debout, vivante.
Linda Mason tourna la tête vers la voix, son père.
Son visage était vide d’expression. Tels les yeux d’un félin, un éclat bleuté scintillait dans son regard, surnaturel.
Elle s’écroula et sombra dans l’inconscience.

Dans les yeux trop bleus d’une enfant, jamais il n’y aurait du avoir cette vision de cauchemar

FIN DE LA PREMIERE PARTIE

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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Dim 16 Déc - 23:21

Seconde partie : Le sabre et la grêle.

Toutes ces personnes autour de moi. Me voici presque normale, anonyme parmi les autres élèves. Cela faisait si longtemps que je n’avais pas fréquenté une école.
Il me semble une éternité que mes seuls amis sont des livres et les oiseaux perchés sur le saule pleureur en face de mes fenêtres, et quand j’y réfléchis, je suis morte de peur. Je ne suis pas comme eux.
Pourtant il va falloir que j’apprenne cette vie que toute jeune femme de seize ans se doit d’avoir. Si seulement maman était encore là pour me soutenir.




Linda pénétrait une école pour la première fois depuis plus de huit ans, depuis que ses pouvoirs s’étaient révélés. La jeune demoiselle s’avança timidement dans la cour cernée de lourds grillages, tout le monde semblait plus ou moins heureux de ce jour de rentrée.
Linda, elle, était effrayée.
Les camarades se retrouvaient, échangeait leurs histoires de vacances en riant ou critiquaient la liste de leurs professeurs. Malgré l’uniforme standardisé que portaient toutes les jeunes femmes de l’établissement, la fille de John Mason ne pu que se sentir seule, abandonnée.

Elle était venue à pieds du manoir qui fort heureusement était situé du même côté de la ville que le collège. Elle aurait droit à ces marches solitaires quotidiennement, deux fois trente minutes de réflexion, d’errance dans ce monde extérieur qu’elle connaissait si peu.
Prenant son courage à deux mains, Linda s’avança vers le tableau de répartition des classes et se faufila entre ses camarades en prenant soin de n’en effleurer aucun. Surprenant trois garçons qui regardaient cette frêle et timide inconnue s’avancer vers eux, elle faillit tourner les talons et partir en courant.
Allaient-ils lui adresser la parole ? Linda eu tellement crainte de ce premier contact avec des personnes de son âge qu’elle continua d’avancer en fixant ses souliers.
Tout le monde parlait autour d’elle, parlait fort. Le contraste avec sa chambre si bien isolée et le silence religieux qui y régnait déstabilisait la jeune fille. Elle n’entendait qu’un bruit assourdissant, incapable d’y discerner des mots alors qu’elle cherchait en vain son nom sur le tableau noir.

Soudain le monde changea.
Linda inspira profondément, se crispant quand une main se plaça sur son épaule. Elle n’osa se retourner tout de suite. Bouché bée, les yeux écarquillés, on eu dit qu’elle avait vu Elvis passer sur un skateboard.
-T’es nouvelle ?
Comme Linda ne s’était pas retournée, le jeune homme s’était décidé à se pencher en avant pour se faire voir, tout en laissant sa main sur l’épaule de la nouvelle élève. Arborant un sourire plutôt idiot, Le garçon fixa Linda qui ne le regardait toujours pas, ses yeux bleus rivés sur le tableau accroché au mur.
-Ca va ? finit-il par dire quand il s’aperçut que son interlocutrice était plutôt très étrange.
Le regard de Linda dévia subitement et croisa celui du jeune homme.
-Je…
-Tu veux un coup de main ? Tu trouves pas ton nom ?
L’élève avait perdu son sourire et ôta sa main. Il se rendit compte que la jeune femme était très mal à l’aise et complètement perdue.
-Oui…
-Et bein t’es pas bavarde, comment tu t’appelles ? repris le jeune homme avec un peu plus d’assurance.
-Linda.
-Oui mais ton nom de famille…pour le listing…pour chercher c’est mieux.
De nouveau Linda fixa le tableau, honteuse d’avoir répondu complètement à côté d’une manière aussi stupide. Son interlocuteur eu l’impression qu’elle n’allait pas répondre alors que la cloche résonnait dans la cours, ordonnant à chacun de rejoindre sa classe.
-Mason…Linda Mason.
-Ok bon, je vais déjà me faire engueuler le premier jour parce que je vais être en retard mais on va bien le trouver, ton nom ! Tu es en première année ?
-Deuxième.
-Tu sais tu peux me répondre avec plus d’un mot à la fois hein ! lâcha le bienfaiteur tout en parcourant rapidement les listes inscrites sur le tableau.
-Ca y est ! Mason ! Allez viens, je t’emmène dans ta salle de classe !
Linda regarda la cour qui s’était totalement vidée.
-Tu vas être en retard à cause de moi, je trouverai…
-Ca me gène pas je te dis, allez viens !
-Moi ça me gène. Merci.
La jeune fille tourna les talons et partit d’un pas lent et assuré vers l’entrée d’un des bâtiments, laissant son camarade dans l’expectative.

Finalement, Linda trouva la salle où ses nouveaux camarades rentraient à peine. La petite blonde passa la porte la dernière, la tête baissée et les yeux fixés sur le plancher. Tout le monde s’installait déjà bruyamment, les places se comblaient petit à petit entre poignées de mains et embrassades.
Linda s’assit sans dire un mot dans le rang de droite, contre le mur, à la troisième place en partant du premier rang. Telle une statue, elle patienta sans bouger, silencieuse, invisible au regard des adolescents trop occupés à profiter de ces derniers moments de libre conversation avant l’arrivée du professeur. Disciplinés, tous les élèves s’assirent en silence dès l’entrée dans la classe du dit enseignant, un homme élégant d’une quarantaine d’années.
L’homme se présenta brièvement et distribua à chacun de quoi remplir une fiche d’informations.

Miss Mason, comme ses camarades, s’affaira en silence sur cette première tâche :
Nom, Age, Adresse, Téléphone, Classe précédente, Profession des parents…
Profession des parents : Editeur et morte.
Sue aurait été si heureuse de la savoir enfin entourée d’adolescents de son âge, libre.
Linda ressemblait de plus en plus à sa mère en vieillissant. Elle avait un regard encore plus bleu et un visage plus fin mais il suffisait de regarder une photographie de Sue pour être frappé par l’évidente parenté.
La jeune fille resta quelques secondes à lire et relire ce qu’elle venait d’écrire froidement sur le papier. Avec le temps, elle n’avait que peu de souvenirs précis de sa mère.

-C’est bon ? Vous avez tous terminé ? Je vais ramasser et pour bien commencer l’année, on va faire un petit test pour vérifier que vous avez bien retenu le programme de l’année dernière. Annonça le professeur avec un sourire satisfait.
Comme de bien entendu, les protestations s’élevèrent de l’assemblée d’élèves, obligeant l’enseignant à élever la voix.
-je ne noterai pas ce test, sauf si vous continuer à faire du bruit !
Telle une sentence divine, cette annonce amena le silence et le calme dans la classe alors que le professeur commençait de distribuer les tests.
M Mosier retourna à sa place après avoir fait le tour des élèves. L’avantage d’être professeur dans un Collège privé était avant tout le calme et le sérieux des élèves. Généralement ces chers bambins étaient poussés à l’excellence par leurs parents.
Après avoir lu plusieurs minutes de lecture des fiches remplies par les élèves, le professeur d’histoire releva la tête, dévisageant tous les adolescents un par un, puis se leva.

Linda releva la tête alors que Mr Mosier se penchait sur sa table.
-Linda Mason ? c’est vous ?
La jeune fille eu l’impression tout d’abord que l’élégant professeur s’apprêtait à la mettre à la porte ou la renvoyer chez elle, la faire se lever afin que tous les autres élèves voient une mutante…mais son sourire la rassura.
-Vous n’avez pas noté dans quel collège vous étiez l’année dernière.
Les élèves autour de Linda écoutaient discrètement sans même lever les yeux de leurs copies. Elle se sentit mal à l’aise, observée. Instinctivement, elle tourna la tête, observant toutes ces oreilles indiscrètes, puis revint à son professeur.
-Je ne fréquentais aucun établissement l’an dernier, monsieur.
Mosier arqua un sourcil, montrant un réel étonnement.
-Je ne vais peut-être pas te faire faire ce test alors, c’est le programme de l’année dernière mais tu ne le connais pas sûrement.
Linda lui tendit la feuille.
-J’avais fini, monsieur…

Le professeur retourna à son bureau tout en lisant les réponses de l’adolescente. Le programme d’histoire/géographie de première année était lourd. Le test portait de plus d’avantage sur des détails qu’autre chose, en bref une bonne façon de savoir qui retenait quelque chose des cours.
C’est un peu abasourdi que Mosier s’affaissa sur sa chaise. La petite blonde avait répondu correctement à toutes les réponses. Le professeur releva la tête en direction de sa nouvelle élève.
Linda le regardait.
Elle lui adressa un sourire auquel le quadragénaire ne pu que répondre, séduit par le charme et l’éducation subtile qui transpirait de sa nouvelle élève.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Ven 18 Jan - 21:28

7 heures 23…

Richard Vauhn coupa le moteur de sa BMW. Comme tous les matins, il arrivait sur son lieu de travail : le manoir Mason. Ce début d’Automne était annonciateur d’un hiver rigoureux. Un vent froid s’engouffra dans la veste ouverte du scientifique, le faisant frissonner.
Tant pour se réchauffer que pour fuir ces bourrasques gelées, Richard courut jusqu’au portail du manoir. La gouvernante l’attendait quotidiennement et cette journée ne dérogea pas à la règle.

La demeure de John Mason était un grand hôtel particulier placé en bordure de la ville. Retranché dans une propriété boisée et clôturée par un mur de pierre, le manoir à proprement parler était haut de trois étages, une bonne partie de ses façades recouvertes par du lierre. Pourtant, sous le bâtiment qui témoignait d’une architecture ancienne, Richard Vauhn pénétra son domaine.
Le laboratoire avait été construit en sous-sol. Il fallait passer par les caves pour y accéder. Sur le trajet que faisait pourtant quotidiennement le chercheur, il était encore frappé par le contraste entre les voûtes de pierre et l’environnement métallique de son antre.

Tout s’était décidé quelques mois après la mort de Madame Mason. John avait fait construire, à grands frais, tout ce dont Richard avait toujours rêvé. Le scientifique avait lui-même participé à l’élaboration des plans et la réalisation du laboratoire n’avait pris que huit mois.
Vauhn ne s’était pas posé de question. L’équipement fut transféré et complété au manoir. Il disposait depuis de plus de matériel que la grande majorité de ses confrères.

Sortant d’un de ces moments de contemplation que l’on peut avoir lorsque l’on est mal réveillé, Richard se retourna en entendant les pas légers de la jeune demoiselle des lieux.
-Bonjour Miss Linda, bien dormi ?
-Bonjour Docteur, oui, très bien, merci.
Malgré ses 16 ans, Vauhn n’était jamais arrivé à lui parler autrement que comme à une enfant. Cela faisait finalement sept longues années qu’il la côtoyait et il lui semblait parfois qu’un lien fort les unissait.
Le scientifique se dirigea vers une lourde armoire en métal brillant, qu’il ouvrit. Linda s’était déjà assise sur la table s’auscultations et relevait le pull de son uniforme au dessus de son nombril. Elle s’allongea alors que Vauhn lui présentait une seringue impressionnante.

Toute enfant aurait été apeurée par une telle aiguille. En réalité elle mesurait treize centimètres de longueur. En outre, le liquide dans la seringue avait une teinte irréelle qui aurait fait se retourner n’importe quel amateur de drogue étrange.
-Désolé Miss…Cramponne-toi
La jeune adolescente crispa ses phalanges sur les arceaux de chaque côté de la table.
-Ne me dîtes pas que vous êtes désolé tous les jours, je sais qu’il faut le faire…
Linda se crispa, se cambra alors que le docteur lui enfonçait lentement l’aiguille dans le nombril. Richard ne se hasarda qu’à la regarder une fois. Il savait que cette souffrance était moindre par rapport à ce qui allait suivre.

La jeune fille avait développé un réflexe en quelques semaines. Vauhn la regarda, cambrée sur la table. Ses yeux grands ouverts semblaient briller. Ils s’étaient en fait tapissés de givre et la lumière se reflétait d’une manière extraordinaire. Richard senti la température baisser soudainement alors qu’il terminait l’intromission de l’aiguille.
Un vent plus froid et plus fort que celui qui heurtait les murs du manoir à l’extérieur commença à tourbillonner autour du corps de l’adolescente. Inconsciemment, Linda savait que cette opération annihilait sa nature de mutante. Son corps semblait agir par delà sa propre volonté, comme s’il possédait un instinct de survie dont elle ignorait tout.
Vauhn pressa l’antigène dans le ventre de la jeune fille. Il s’était attaché à sa patiente. La voir crispée de douleur tous les matins lui faisait de la peine mais il savait comme elle que c’était la seule solution.
Retenant des pleurs et des cris, Linda serra les barreaux entre ses doigts pour toute extériorisation de la douleur. Vauhn dégagea une mèche de cheveux blonds de sur ses sourcils froncés.
Il savait que l’antigène mettait une minute environ à agir, à stopper toutes les fonctions mutantes de sa protégée…et il savait que dans douze heures, la nature aurait repris le dessus, forçant la jeune adolescente à revêtir une combinaison isotherme…jusqu’au lendemain.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Ven 18 Jan - 21:32

16 heures 12, le même jour…

Vauhn était affairé à ses mixtures. Il n’avait pas vu le soleil de la journée, étant resté enfermé dans le sous-sol du manoir sans même sortir pour manger. Finalement ces sandwichs au thon qu’il avalait un jour sur deux ne lui semblaient même plus avoir de goût.
La lourde porte de métal s’ouvrit, surprenant le chercheur. Il était anormalement tôt pour qu’on lui rende visite.

Richard haussa un sourcil en dévisageant le nouvel arrivant. John Mason s’alluma une cigarette à peine la porte refermée derrière lui.
-John…on ne fume pas ici.
-Je suis encore chez moi non ? répondit le propriétaire des lieux sans même regarder son interlocuteur.
John s’avança lentement dans la pièce, inspectant les lourdes armoires pleines de containers et de seringues. Tout ce matériel avait coûté une fortune mais il allait se débarrasser d’un poids qui le faisait souffrir quotidiennement depuis des années.
-Avez-vous constitué les stocks que je vous avais demandés, Richard ?
Le professeur ne pouvait s’empêcher de voir un léger état d’ébriété chez son patron.
-Oui, je pense qu’avec ce qu’il y a ici, Linda tiendra une année et l’appareil est en production automatique, ce qui permettra de renouveler la quantité de mutagène sans s’en occuper. Je pense pouvoir m’atteler à une guérison tota…
-Non Richard ! Coupa autoritairement Mason.

John leva enfin les yeux sur son employé. Ses yeux brillaient d’une colère intérieure et trop longtemps contenue. Un silence pesant s’empara du laboratoire.
Richard Vauhn était fier. Il soutint le regard de l’éditeur, ne comprenant pas vraiment ce qui se passait. Il n’avait pas vraiment envie d’en savoir plus.
Mason avait toujours été une personne détestable à ses yeux. Il pensait que l’argent et le succès relatif de son entreprise lui donnait tous les droits. Il considérait les autres comme de la fiente et si Linda avait du se choisir un père, Richard restait persuadé qu’elle l’aurait choisi lui. Dans les dernières années de la vie de Sue, John Mason s’était montré un mauvais mari, et il était un mauvais père. Combien de fois Richard avait eu l’envie de lui dire ses quatre vérités sans jamais oser.
Si pour une raison ou une autre, John cherchait le conflit, il se libérerait au moins de ce poids sur sa conscience.

C’est ce que pensait Richard jusqu’au moment où son employeur sortit un petit magnétophone de sa veste…
-Vous savez ce que c’est ? Questionna Mason en plaçant son pouce sur le bouton play.
Comme le professeur ne répondit pas immédiatement, John actionna le bouton. La bande magnétique se mit à tourner dans l’appareil, libérant des soupirs et des râles vaporeux aux oreilles des deux hommes.
-Vous vous tapiez ma femme !
-Ca n’est arrivé qu’une fois, et elle…
John dégaina un pistolet automatique de sous sa veste ouverte.
-Je rêve de vous descendre depuis que j’ai trouvé ça !
Le chercheur recula, balbutiant piteusement qu’on le laisse en vie. John se régalait de la peur qui transpirait de ses yeux. Effectivement, durant des mois, il n’avait songé qu’à cette nuit où Sue s’était donnée à cet idiot de médecin incompétent. Il avait tout imaginé, s’était repassé la bande des centaines de fois.
Pourtant, John Mason n’était pas un assassin et ne voulait pas le devenir. L’effroi dans le regard de Vauhn lui suffirait certainement à tenir sa vengeance.

-Vous allez quitter ce manoir, Vauhn, et ne plus jamais vous en approcher ! Vous allez disparaître de la vie de ma famille ! Dicta calmement l’éditeur à son ex-employé.

Richard eut un moment le sentiment qu’une balle allait lui exploser la colonne vertébrale quand il tourna le dos à Mason, mais celui-ci lui laissa le temps d’ouvrir la porte et de quitter la pièce. Sans un mot, le médecin retourna à son véhicule et démarra. Il savait qu’il ne reverrait plus sa petite protégée, celle qu’il considérait finalement comme sa fille.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Mar 12 Fév - 0:40

Cela faisait plus de deux mois que Linda avait gagné l’école privée. Le départ du docteur Vauhn avait été un choc pour la jeune adolescente et elle passait ses longues soirées dans sa chambre, laissant son père à ses dossiers et à ses verres de whisky. Dans de nombreuses familles américaines, les adolescents n’avaient que peu de dialogue avec leurs parents. John Mason, lui, n’en avait pour ainsi dire aucun avec sa mutante de fille. Malgré lui, l’éditeur ne pouvait s’empêcher de voir sa progéniture comme un être trop différent de la norme.
Quotidiennement, après être descendue dans le laboratoire vide, la jeune femme s’en allait finalement avec le sourire de ce manoir qui ressemblait jour après jour à une prison. Elle n’avait pour ainsi dire aucun ami à l’école mais, pour le plus grand plaisir de ses professeurs, une soif de savoir intarissable.

Comme les matins précédents, Linda avait marché une bonne demi-heure pour rejoindre l’établissement scolaire, protégée par un large parapluie. Le ciel semblait devoir déverser toutes les larmes du monde sur le Minnesota cette journée…encore. Il n’avait guère cessé de pleuvoir en cette fin d’été. La petite blonde pénétra les lourdes grilles de métal qui lui étaient devenues familières. L’agitation était moindre, les gouttes ruisselant sur les rares élèves non abrités calmant les camarades de la jeune femme.
Elle pressa le pas pour atteindre la protection du préau.

Etrangement, Linda avait assez vite appris à éviter ses camarades en se déplaçant. Elle allait maintenant d’une salle à l’autre sans craindre le contact des autres élèves.
Elle avait craint d’être une bête de foire.
Finalement, elle avait pu, grâce au mutagène qu’elle s’injectait tous les matins, devenir une élève presque anonyme dans le collège, et cela lui plaisait.
Etant nouvelle, Miss Mason avait vite fait parler d’elle et, si cela avait du l’intéresser, elle aurait pu se rassurer quand à ce que les garçons pensaient d’elle. Taxée de joli brin de fille – ce qui n’était pas faux – et appréhendée par quelques collégiens plus courageux que les autres, Linda était vite devenue…la première de classe.

Certains auraient pu trouver cela charmant et être attirés par cette belle jeune femme aussi douée pour résoudre des équations que se remémorer les événements de la guerre de sécession. Néanmoins, les malheureux qui tentèrent d’approcher Linda déchantèrent très vite. La belle collégienne paraissait de prime abord timide et réservée, presque craintive du monde l’entourant. On pouvait comprendre qu’elle ne se fasse aucun ami dans ces conditions mais elle était également très froide lorsque l’on s’attardait à lui parler. Ce comportement, qui contrastait tant avec les excellents rapports qu’elle entretenait avec ses professeurs, lui vaudrait certainement le prix de la fille la moins sympa du collège s’il était décerné en fin d’année…
Pourtant, alors qu’elle avançait parmi ses semblables dans un large couloir aux couleurs vivaces, Linda le ‘’sentit’’.
Elle l’avait croisé le troisième jour. Leurs regards n’avaient pu se détacher une éternité durant…sans doute à peine trois secondes qui troublèrent la jeune collégienne plus que n’importe quelle autre rencontre.
Malgré le temps à l’orage, malgré la foule, Linda ne pu retenir le rouge montant à ses joues. De ses yeux bleus, elle chercha son regard. Une fois encore, ils se croisèrent. La fille de John Mason sentit un frisson la parcourir de la nuque au creux des reins. Elle dévia son regard, ne pouvant cacher un sourire alors qu’elle baissait la tête, se cachant derrière des mèches blondes.
Il s’appelait Arthur Black, et ils ne s’étaient jamais parlés…

Neuf heures plus tard, la belle demoiselle reprit le chemin du manoir familial. Si son visage ne trahissait aucune émotion, le sourire qui l’avait enivrée dès le matin n’avait pas quitté son âme. Les cours avaient été comme souvent très intéressant, rendant la journée encore plus belle.
Dire que dans trente minutes, elle retrouverait sa cage…
Elle ferma son parapluie, levant les yeux au ciel, laissant les ondées recouvrir sa peau et ses vêtements. Chaque jour, retrouver son père devenait de plus en plus difficile. Oh, rien qui ne soit brutal, juste un malaise latent qui grandissait dans l’ombre des murs du manoir qu’ils partageaient maintenant.
Parfois, Linda se demandait si Sue avait ressenti cela envers son époux, si elle était partie pour cela vers un endroit qui au final devait se révéler bien plus agréable.
Parfois…mais pour le moment, elle avait d’autres souci.
Belle, intelligente, cultivée, Linda avait tout pour plaire d’un certain point de vue. Pourtant, s’il y avait une chose qu’elle n’avait pas pu trouver dans les livres, c’était le pourquoi de son émoi pour cet Arthur Black.
Il n’y avait rien à faire. Chacune de leurs rencontres entraînait les mêmes symptômes. Linda avait bien du mal à s’y résoudre mais elle devait envisager la possibilité d’être tombée amoureuse d’un parfait inconnu à qui elle n’avait même jamais parlé…

Seule sous le déluge, Linda fit la moue. Cette idée était ridicule.
La petite blonde fut sortie de ses rêveries par un phénomène des plus étranges et des plus soudains. Comme par magie, une fille habillée du même uniforme apparut devant elle, portant un parapluie la gardant au sec.
-Tu prends l’eau ? lâcha l’étonnante apparition.
Linda resta debout face à elle, bouche bée. Elle était persuadée que cette fille n’était pas là la seconde précédente.
-Défend-toi ! sonna comme un avertissement.
Avec quelques années de plus, La belle petite blonde complètement trempée par la pluie battante aurait peut-être eu le réflexe de se protéger. Elle reçut le poing de sa camarade en plein visage, reculant d’un pas avant de tomber les fesses dans une flaque d’eau.
-Ca va pas non ! Hurla-t-elle en portant ses mains sur son nez douloureux.
-Heu…je t’avais prévenue.
La fille qui avait frappé resta debout, le bras tendu, visiblement surprise. Linda regarda ses mains, réceptacles des filets de sang qui sortaient de son nez brisé. Elle ne pu retenir un grognement de douleur avant de lever les yeux sur la jeune femme qui effectivement portait le même uniforme qu’elle. Elles étaient dans le même collège, cela ne faisait aucun doute.
-Tu es folle ! Tu m’as cassé le nez, aboya Linda pleine de rage.

La colère céda la place à l’étonnement.
Là où se tenait la collégienne, il n’y avait plus rien que la pluie qui tombait…
Linda ne trouva pas la force de se relever tout de suite, restant le postérieur sur l’asphalte mouillée, le sang commençant à couler jusque dans son cou.
-Elle a disparu…furent les seuls mots qu’elle prononça de la soirée.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Mer 9 Avr - 17:19

La jeune collégienne n’avait presque pas dormi de la nuit. L’apparition de la veille avait troublé ses pensées, lui faisant même oublier ses interrogations sur le grand mystère d’un probable amour infondé. Pourtant malgré ce manque de sommeil, Linda passa la grille de son école avec une lueur d’excitation visible dans le regard.
Les nuages n’avaient pas prévu de trêve ce jour là et continuaient de déverser des torrents de pluie sans se soucier de la mutante. Abritée sous son parapluie, Elle resta quelques minutes à observer ses camarades en vain. L’étrange inconnue ne faisait pas partie de ceux qui se serraient sous le préau pour protéger leurs sandales de la moindre flaque. Visage après visage, la petite blonde aux pouvoirs inhibés scruta les élèves. Elle se souvenait parfaitement du regard et du faciès de la fille qui l’avait frappée.
Machinalement, se remémorant le choc, Linda caressa le haut de son nez du bout des doigts. Il était encore douloureux et un léger hématome était apparu. Appuyant un peu plus fort, accentuant la douleur, la jeune femme se motiva à poursuivre ses recherches…plus tard.
La sonnerie indiquait le début des cours, et Linda ne les aurait manqué pour rien au monde.

La matinée passa lentement, très lentement. Miss Mason réussit à garder son attention sur ses notes et les enseignements des professeurs mais son esprit était définitivement ailleurs. Inhabituellement nerveuse sur sa chaise, elle n’en finit pas de battre du pied en attendant qu’un nouveau tintement de la cloche la libère.
Enfin…
Linda fut la première à sortir de la classe, gratifiant son professeur d’un salut poli et d’un sourire. Ses livres à la main, elle attendit que les salles de classe déversent les élèves, bruyants comme tous les jours à l’heure du repas. Le large couloir se remplit rapidement, forçant la collégienne à regarder dans trop d’endroits à la fois. Les professeurs suivirent, derniers sortis. Le couloir fourmillait de têtes que Linda n’avait jamais croisé, ou jamais remarqué. Philosophiquement, elle se rendit compte que malgré leurs uniformes semblables, les différences ne manquaient pas. Il y avait de tout, des bruns, des blonds, des yeux de toutes les couleurs, des maigres et des gros, des élégants et des cabochards, des laids et des beaux…et des grands…
A ce moment précis, Linda Mason eut souhaité être née douée d’une autre mutation que de pouvoir geler les choses, celle de mesurer plus d’un mètre soixante trois !

L’appel de la faim désengorgea rapidement le couloir, laissant les plus téméraires se raconter leurs déboires sentimentaux. Aux aguets, Linda laissa tout le monde passer, son regard bleuté scrutant le moindre élève passant à côté d’elle…mais rien.
Elle avait déjà pris la décision de ne pas manger. Il fallait qu’elle trouve cette fille, même au prix de gargouillis dans l’après-midi. Plaçant ses livres plaqués sur sa poitrine, les bras croisés, elle se dirigea vers une autre partie du collège.
Finalement, la jeune étudiante se sentait presque dans la peau d’une héroïne de roman, hormis le fait qu’elle pensait faire une bien piètre espionne. Avançant lentement, elle dévisageait ses camarades partout ou elle passait…et du bien se rendre compte qu’elle ne le faisait pas de manière très discrète aux nombreux regards qui lui furent lancés. Ils semblaient lui dire : ‘’Qu’est-ce que tu me veux à me regarder ainsi ? Et tu as vu que tu as des traces noires sous les yeux ?’’
Que c’était gênant ! Elle qui s’évertuait à passer dans les ombres depuis la rentrée devait affronter une cohorte d’élèves curieux.
‘’Je pourrais créer une couche de givre sur leurs yeux…ils arrêteraient de me regarder !’’
Linda avança d’un pas plus rapide en frissonnant, essayant de chasser cette triste idée. Elle ne devait pas utiliser ses pouvoirs pour de telles choses !

La petite blonde frissonna à nouveau, mais pour une autre raison. Oubliant totalement l’ignoble pensée qui lui avait traversé l’esprit, elle le sentit !
Encore une fois elle ne s’était pas trompée, mais quel pouvoir lui permettait de deviner la présence de ce garçon avant même de le voir ?
Arthur Black apparut au coin du couloir, entouré de deux amis certainement. Linda ne pu que s’arrêter. Il était grand et filiforme, presque trop mince ; fondamentalement, Linda l’aurait décrit comme ‘’mignon sans plus’’, loin derrière quelques spécimens se vantant d’être le mec le plus craquant du collège. Il n’avait pas, en y réfléchissant, un regard à vous faire tomber à genoux et rien qui véritablement expliquait ce soudain désir que la jeune mutante éprouvait à chaque fois qu’il se rapprochait.
Linda sortit de sa rêverie, écartant les lèvres alors qu’au fond d’elle, elle aurait pu hurler de panique et s’enfuir en courant. Les trois garçons s’étaient avancés face à elle. Cela lui apprendrait à rester en plein milieu des couloirs à rêvasser !
Ils allaient s’écarter, elle fermerait les yeux, et ils la dépasseraient…
Le trio s’arrêta à un mètre de la collégienne dont les joues empourprées trahissaient l’émotion.
Allez…ils allaient bien la dépasser !
-Salut…
Désemparée, Linda observa rapidement les deux gardes du corps d’Arthur avant de revenir plonger ses yeux écarquillés dans le regard noir du jeune homme. Il lui avait parlé !

Il est des moments où l’on ne sait pas quoi dire. D’autres moments où mille mots vous viennent en tête et vous ne parvenez pas à choisir le bon. Linda était en fait à mi-chemin de ces deux cas. Ses possibilités fluctuaient entre se transformer en petite souris et disparaître ou offrir son premier baiser à Arthur Black en ôtant tous ses vêtements…L’une et l’autres de ces situations pouvant être considérées comme extrêmes, il lui fallait maintenant choisir une réponse plus adéquate.
-Salut. Sembla approprié.
Arthur et ses deux amis étaient visiblement gênés eux aussi. Avec de la chance ils allaient juste lui dire de dégager le passage parce qu’ils ne pouvaient pas passer à trois de front si elle restait là et qu’ils avaient décidé de faire une journée spéciale où ils marchaient comme dans les westerns !
Décidemment la chance était restée enfouie sous sa couette à cause de la pluie ce jour-ci.
-Linda, c’est ça ? demanda Arthur en tentant un sourire.
-Oui…
Intérieurement, Linda soupira profondément. Que de réponses intelligentes en si peu de temps !
-Moi c’est Arthur, et lui c’est Simon.
Le jeune homme dirigea son index en direction de son camarade dont les joues présentaient une teinte de tomate révélatrice. Linda dévisagea le fameux Simon avant de revenir croiser le regard d’Arthur. Beaucoup moins impressionnée, elle le fixa, arquant un sourcil d’étonnement pour toute réponse.
-Salut. Dit à son tour le jeune homme qui manifestement en pinçait pour la petite blonde en jupe plissée.
Etrangement, le fait que Arthur Black vienne tenir la main d’un de ses copains qui visiblement trouvait Linda à son goût la vexa assez. Elle ne savait pas si elle était amoureuse de cet odieux personnage mais lui au moins, il aurait pu l’être. Cela aurait expliqué qu’il l’ait envoûtée et qu’elle se sente plongée dans du coton à chaque fois qu’elle le croisait !

L’adolescente de glace trouva heureusement un moyen d’éviter de choisir entre fustiger Arthur pour son non-intérêt pour elle et devoir répondre à son ami Simon…l’apparition.
Le sang de Linda ne fit qu’un tour. Derrière le trio de garçon, c’était elle ! La jeune fille se tenait dans l’angle du couloir, se permettant de regarder la scène de drague en souriant.
C’était bien elle ! Elle avait les yeux tout aussi bleus que Linda mais des cheveux d’un noir de jais. Elle portait le même uniforme, son nœud de cravate était très mal fait cependant, lâche et loin de son col, lui donnant un style rebelle.
L’agacement ou l’attirance qu’éprouvaient Linda disparurent instantanément. D’un geste brusque, elle mis ses livres dans les mains d’Arthur.
-Pardon ! Je dois y aller ! On se reparle ap….
Les trois garçons n’eurent pas le temps de répondre. La jeune collégienne avait déjà disparu dans le couloir perpendiculaire.
Le jeune homme resta planté sans comprendre, les livres de miss Mason dans les bras. Aucun des trois n’osa dire qu’elle était folle mais tous se le demandèrent.
La ‘’boxeuse’’ avait disparu dès qu’elle avait vu que Linda l’avait aperçue. Arrivée là où elle se tenait cinq secondes auparavant, La petite blonde la discerna au milieu d’autres élèves, puis prenant l’escalier pour le premier étage. Elle ne voulait tout de même pas faire une course ?
Linda se força pour ne pas courir et passer pour une démente d’avantage aujourd’hui.
Elle rejoint l’escalier rapidement, observa ses camarades dans le couloir, vérifiant qu’elle ne s’était pas trompée.

L’étage était logiquement désert à cette heure. Le vacarme des discussions des élèves en contrebas remontaient les escaliers mais Linda devinait qu’elle était seule à cet étage…ou presque. Elle était persuadée d’avoir vu son agresseur monter ici et étant donné la longueur du couloir, elle s’était forcement cachée dans une des salles proches.
Malgré ses talons plats dont le cuir claquait sur le parquet, la jeune femme tenta d’avancer sans bruit, espérant prendre son ‘’adversaire’’ par surprise. Elle se demandait tout de même bien à quel jeu jouait cette petite dévergondée.
La petite blonde tenta de tourner la poignée de la salle de classe la plus proche, sans succès. Elle avança dans le couloir, testant toutes les salles les unes après les autres, s’éloignant petit à petit de l’escalier.
C’était impossible de couvrir une telle distance en si peu de temps. Alors qu’elle arrivait au bout du couloir, elle se rendit compte que même si elle ne s’était pas injectée son mutagène quelques heures plus tôt, elle n’aurait pas pu gravir les escaliers et traverser tout le couloir avant qu’une personne normale ne monte à l’étage.
Arrivant à l’angle du couloir, toutes les portes restées closes sous sa main, Linda se figea.
Il s’agissait bien d’un jeu, ou d’un défi !
La jeune fille brune était adossée tranquillement contre le mur, à une quinzaine de mètres.
Elle leva les yeux et posa son regard d’argent sur Linda, sans sourire.
Oui, c’était un défi…
La fille de John Mason eut peur. L’expression de ce regard n’était pas celle d’une jeune femme, il y avait autre chose. Elle recula d’un pas, finalement elle ne voulait pas savoir pourquoi elle s’était fait casser le nez.
Tournant à nouveau la tête, la mystérieuse collégienne ouvrit la porte juste à côté d’elle et y entra : les toilettes des filles.

Linda avait parcouru les quelques mètres en courant, stoppant net devant la porte. Elle avait le pressentiment que poser la main sur la poignée était dangereux, qu’il ne fallait pas…pourtant, elle tira à son tour la porte.
Vide…en fin de compte, Linda aurait été étonnée du contraire. Comme la mystérieuse jeune femme devait s’y attendre, elle pénétra dans les toilettes et referma lentement la porte.
Sans trop savoir pourquoi, la petite blonde se doutait qu’elle ne trouverait rien dans aucune des six cabines de toilettes présentes, mais le jeu voulait qu’elle les ouvre, c’était évident. L’autre voulait jouer à cache-cache, un jeu bien idiot mais hors de question de refuser. Linda avait trop de questions sans réponse concernant cette personne.
Première porte……..Rien.
Deuxième porte………….Rien.
Troisième porte……………….Rien.
Quatrième…………Toujours rien….
Cinquième porte………………...Rien, mais cela fit sourire miss Mason.
Sixième porte……Rien !!!
-Quelle surprise ! clama la jeune mutante à l’attention de l’étrange fille introuvable.
Elle restait sur ses gardes, s’attendant à tout moment à voir une des portes se rouvrir…

Rien…
Linda Fronça les sourcils. Elle n’avait pas rêvé…elle était bien rentrée là ! Il y avait des barreaux à la fenêtre, impossible de ressortir. Son adversaire dans ce jeu stupide DEVAIT être là.
Soudain, elle entendit un cliquetis qui s’il ne lui était pas familier lui imposa une grande panique.
-Noooon ! hurla-t-elle en se ruant sur la porte des toilettes. Elle se cogna sur le panneau de bois, fermé.
-Ouvre ! Ouvre cette porte !
De l’autre côté du battant, Linda n’entendit que le bruit des pas qui s’éloignaient, la laissant enfermée dans les toilettes. Elle écrasa son poing sur la porte, folle de rage.

Après avoir tambouriné ardemment pour qu’un homme d’entretien la libère alors que tous les élèves étaient remontés pour les cours, Linda se rendit dans sa salle de classe sans ses livres, morte de honte.
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la petite histoire de Linda

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