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 la petite histoire de Linda

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Edelweiss - Linda Mason
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Jeu 24 Avr - 14:02

Minneapolis, sensiblement au même moment…

-Qu’est-ce que tu bois ?
-Scotch…
La jeune femme fit signe à la serveuse de lui apporter la même chose avant de s’asseoir face à son coéquipier. Il ne daigna pas lever la tête de son verre.
-Tu en es à combien de verres ?
-Qu’est-ce que ça peut te faire ? Je suis pas en service…
En effet, le policier n’était plus en service, et pour cause, il avait été mis à pied deux semaines.
-Hey, pas la peine d’être désagréable, c’est pas parce que tu t’ennuies que je dois payer !
Temper Jones leva enfin les yeux sur sa partenaire. Au moins elle le remettait à sa place, c’était une chose qu’il appréciait particulièrement chez elle : son caractère de mec bien trempé !
La serveuse posa le scotch de la jeune femme sur la table puis ils trinquèrent. A quoi ? On pouvait se le demander. Temper savait très bien que sa situation n’était pas des meilleures. Après dix-huit ans de bon et loyaux services, il risquait à tout moment de se voir retirer sa plaque de flic.

Cela faisait maintenant trois ans que Jane et lui travaillaient ensemble, jours et nuits, et pourtant, il ne lui avait jamais fait part de son secret. La jeune policière de presque vingt ans sa cadette était trop idéaliste pour comprendre. Dans quelques années certainement, elle approuverait…quand elle aurait été dégoûtée par cette belle machine qu’était la justice.
Temper était un homme de bonne stature, on devinait sans peine une musculature développée malgré ses tempes grisonnantes trahissant une bonne quarantaine.
Il était prévu qu’il reprenne le travail demain, s’il n’avait pas la gueule de bois.
-Le plombeur va certainement être acquitté…lâcha la flic avant de boire une première gorgée de scotch.
-Ouais…j’ai entendu dire…
Jane tenta se sonder son partenaire mais il ne leva pas les yeux de son verre. Ils avaient tous les deux procédé à l’arrestation de l’assassin mais cela ne semblait plus étonner Temper que les procès ne donnent aucun résultat. Elle au contraire en était profondément énervée.
-Ca ne te fait rien ? On travaille pour rien, et ce type va s’en sortir sans qu’on puisse rien faire !
Le policier termina son scotch, en redemandant un autre d’un geste dédaigneux envers la serveuse qu’on devinait fatiguée.
-C’est plus notre job…c’est comme ça.
Après tout, Temper était peut-être trop vieux pour encore se révolter contre l’inefficacité des tribunaux, trop blasé. Qu’avait-il pu voir durant toutes ces années ? Au fond d’elle, Jane espérait ne jamais devenir ainsi. Il n’y avait plus aucune flamme en Temper Jones, et elle avait remarqué cela même lorsqu’il n’était pas imbibé d’alcool.

Plusieurs verres plus tard, et alors qu’elle était certainement trop saoule pour conduire, Jane se décida enfin à rentrer. Heureusement elle habitait à proximité du bar et n’avait pas besoin de prendre le volant. Sortant de l’établissement, elle lança un regard vitreux à son collègue. Il n’était pas certain que lui puisse rejoindre son appartement.
Le flic resta encore quelques moments dans le petit établissement où la radio semblait passer en boucle le nouveau tube de Madonna. Il soupira. Dire que certains la comparaient à Marilyn ! Rien à voir ! Rien !
Le flic fut accueillit par des trombes d’eau en dehors, de quoi encore le faire se réjouir de sa journée. Heureusement la dernière à se morfondre sans travailler. Ceux qui l’avaient vu boire durant plusieurs heures dans le bar se seraient certainement étonnés de sa démarche parfaitement stable. Temper remonta le col de son imperméable et pris la direction de son logement. Il avait du travail.

C’était un fait ! La justice n’était pas dans les tribunaux. Tous les flics le savaient, tous finissaient par baisser les bras, certains ne voyant plus dans leur plaque qu’un boulot, d’autres tentant de travailler ‘’dans les règles de l’art’’ afin d’éviter tout vice de procédure. Tout cela était vain. Les criminels n’avaient que faire des procédures, ils ne jouaient pas dans la même cour. Jane commençait à s’en rendre compte, et finalement Temper Jones en était heureux. Il était persuadé que la jeune femme était une personne de valeur, droite et intègre…mais qu’elle finirait comme les autres par jeter l’éponge.
Sans doute lui ferait-il comprendre qui il était dans quelques temps, quand elle serait prête à l’entendre.
-A la tienne, plombeur…
Le policier se servit un nouveau verre de scotch. Il vivait dans un grand appartement au huitième étage. Une seule pièce dotée d’une énorme baie vitrée d’où on voyait une bonne partie du centre ville. Debout face à l’immense fenêtre, il savoura son verre lentement, le vacarme de la pluie sur la terrasse couvrant les bruits de la ville.
Quand il aurait terminé son verre, il irait lui-même rendre la justice dont ses concitoyens étaient incapables.

Les verres de bière s’entrechoquèrent, brisant à peine les rires et les conversations de l’arrière salle.
-A l’efficacité de la police !
Tous éclatèrent de rire et burent.
Le Plombeur avait mérité son surnom de sa facilité à tirer pour un rien, autant sur ses hommes que sur les innocents. Rien que dans la petite salle où ils étaient agglutinés, le criminel pouvait compter six de ses sous-fifres sur lesquels il avait déjà tiré.
Il avala sa pinte de bière d’une traite. C’était la seconde fois que le Plombeur allait en prison, et les deux fois aucune preuve suffisante n’avait pu être retenue pour convaincre les jurés. Enfin…pour s’en assurer, il était toujours bon de les intimider un petit peu. Contrairement à lui, ces jurés avaient une famille à laquelle ils tenaient.
A peine l’imposant criminel avait-il posé sa pinte vide que la porte de l’arrière salle s’ouvrit. Si la silhouette dans l’ouverture aurait pu les faire réagir, tous les voyous cessèrent de parler en remarquant l’arrière plan. La salle principale du bar était vide hormis quelques cadavres.

En une fraction de seconde, les tables furent renversées et les armes dégainées. La silhouette nouvellement apparue essuya une salve de tirs nourrie. Le vacarme des revolvers remplaçant soudain celui des festivités. Ceux qui se risquèrent à jeter un œil sur la portent comprirent tout de suite que l’intrus s’était abrité.
Le silence qui suivit fut troublé par le bruit métallique d’une grenade roulant dans la pièce. Des jurons se firent entendre juste avant que le projectile ne remplisse la petite pièce de fumée.
-Tuez moi ce débile ! hurla le plombeur…avant de prendre la direction de la porte arrière.
La porte fut à nouveau la cible de tous les tirs possibles. Le criminel n’avait aucune intention de repartir derrière les barreaux en ayant passé moins de vingt quatre heures en liberté. Il rampa jusque dans le fond de la pièce.
C’était lâche, mais s’il avait des hommes de main, c’était aussi pour assurer sa survie. Il lança un dernier regard sur ses acolytes dont les armes déversaient toujours la ferraille en direction de la salle principale, empêchant le justicier du moindre geste.

Comme attendu !
Le Plombeur sorti exactement comme cela avait été prévu, mais il n’était pas seul. Quatre hommes derrière lui, il emprunta la ruelle sombre sans se soucier du devenir de ses sous-fifres dans le bar. Malheureusement pour lui, il ignorait que ceux-ci ne craignaient plus rien.
A peine les cinq criminels avaient-ils fait trente mètres qu’ils stoppèrent net, reconnaissant le bruit familier d’une nouvelle grenade. Cherchant l’objet du regard, Ils n’eurent même pas le temps de prier pour qu’elle soit elle aussi fumigène.
De toutes façons Dieu n’était pas de leur côté ce soir. La charge explosa, tuant sur le coup deux hommes.
Le Plombeur ne pu retenir un cri de douleur, pourtant il avait déjà souffert. Tout son bras gauche était ensanglanté et brûlé. Avec peine, il tenta de se relever avec l’aide d’un de ses acolytes. Deux détonations retentirent. L’homme qui tenait le plombeur s’écroula alors que sa boîte crânienne explosait. Le seul homme de main survivant tenta bien de viser l’assaillant mais il ne l’avait même pas vu. Il eut tout de même le mérite de mourir son arme en main, sa tête laissant des gerbes de sang jaillir alors que deux nouvelles détonations se firent entendre.

-Tu crois m’avoir comme ça ! hurla le Plombeur.
Lui n’avait jamais aimé les revolvers, encore moins les pistolets. Quand le Plombeur devait plomber, il le faisait à l’arme automatique. Son UZI cracha dans toutes les directions. Fou de rage, le criminel arrosa la zone de métal. Il ne laisserait aucune chance à son agresseur.
Il distingua un filet de fumée sortant du canon, il avait déchargé son arme.
Soit l’homme était mort, soit il allait de nouveau entendre le son d’une grenade rouler vers lui…
Par prudence, le Plombeur chargea de nouveau son fusil mitrailleur. Après tout si une autre éventualité se présentait, il devait la saisir.
Et dire qu’il n’avait même pas vu celui qui avait ruiné sa petite fête !
Soudain, les hommes encore présents dans l’arrière salle se déversèrent dans la ruelle.
-Patron, patron ! Vous êtes en vie ?
Le Plombeur éclata de rire en voyant arriver les renforts. Une belle erreur. S’il ne s’était pas déconcentré, il aurait peut-être vu l’ombre sauter face à lui. Il aurait certainement vu l’éclat de l’arme blanche brandie au dessus de sa tête.
La seule chose qu’il sentit fut la caresse du métal alors que le katana s’enfonçait dans son cœur. A dire vrai, il ne se rendit compte qu’il était mort qu’à la surprise dans les yeux de ses sous-fifres.
Alors que le sang commençait à quitter son myocarde pour investir sa gorge et ses poumons, le Plombeur regarda enfin son meurtrier. C’était juste une silhouette, une silhouette noire avec un sabre brillant.
La botte de l’assassin justicier vint appuyer sur le poignet du Plombeur, l’empêchant de se relever ou d’orienter son UZI.
Les dernières secondes de sa vie, il vit l’étrange ombre dégainer à son tour une arme automatique. Peu importait. Que ce salopard arrose ses hommes ! Qu’il les tue tous ! Il l’aurait fait lui-même un jour ou l’autre !

Le Plombeur cracha son sang, allongé. La silhouette s’accroupit lentement une fois son chargeur vide, gardant toujours un pied immobilisant le UZI et son arme plantée dans la poitrine sanguinolente de sa proie.
-Tu veux bien me faire une faveur…Plombeur ? lança à voix basse la silhouette sombre.
-Va chier…
-Dommage…
D’un geste, L’homme retira son épée du cœur de sa victime et le décapita.
Il aurait voulu faire passer un message, à Dieu ou au Diable…ce n’était pas à lui de faire leur travail. Demain, l’homme retournerait à son travail de flic, il redeviendrait Temper Jones, policier loin d’être modèle. Pour les survivants du soir, s’il y en avait, ils pourraient dire plus tard qu’ils avaient vu le Sabre, et qu’ils avaient survécu.
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Edelweiss - Linda Mason
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Ven 2 Mai - 9:48

L’éditeur terminait sa cigarette, un journal entre les mains et son café refroidissant sur la table basse. Comme tous les jours il s’était levé très tôt, bien avant sa fille. Les nouvelles n’étaient ni bonnes ni mauvaises ce matin, et il n’aurait même pas besoin de lire les prévisions météorologiques. Un simple coup d’œil à la fenêtre lui permettait d’en conclure que la journée serait grise, aussi grise que la veille, et l’avant-veille…

John Mason ne leva la tête de son journal que lorsque Linda apparût en bas des escaliers. Vêtue d’un pyjama rose pâle, il ne pu s’empêcher de voir, comme tous les jours, la combinaison grise qui recouvrait ses pieds et ses mains, montant jusque haut dans son cou.
Depuis que l’éditeur avait viré Richard Vauhn, la jeune femme prenait son traitement seule. Avant même de se doucher, elle descendait dans la cave spécialement aménagée et y restait plusieurs minutes. John savait pertinemment que ces injections étaient incroyablement douloureuses mais il ne pouvait se résoudre à aller tenir la main de sa petite mutante.
Il en était conscient, c’était un abandon, mais il n’avait rien fait pour mériter un tel sacerdoce. Il avait œuvré des années pour construire sa société. Jamais il n’avait prétendu être le tuteur d’un tel phénomène.
Etait-ce la grisaille céleste qui, ce matin là, lui fit avoir quelques remords concernant son attitude ?

Il salua l’arrivée de sa fille dans le salon d’un bonjour qui se voulait plus chaleureux que d’habitude. En vain…
Linda ne répondit que du même air las et fatigué qu’il lui connaissait. Sue avait eu cette expression dans le regard sur la fin de sa vie. Les idées les plus noires vinrent à l’esprit de John. Sa fille lui rappelait Sue.
Elle avait la silhouette de Sue…
Le regard de Sue…
En devenant une femme, Linda ressemblait de plus en plus à sa mère, cette mère qu’elle avait poussé à la folie et à la mort.
Au plus profond de lui-même, John Mason regrettait toujours que ce ne fût Linda qui décéda dans l’accident.
Sue non plus n’avait rien demandé, cette femme si brillante, si souriante et si cultivée…
S’il ne se plongeait pas dans son travail, John avait ces idées là. D’amers regrets d’avoir vu son unique amour tomber en dépression et mourir devant ses yeux…à cause de Linda.

La jeune collégienne descendit l’escalier métallique menant au laboratoire sous terrain. Sa combinaison la recouvrait de la gorge aux pieds sous son pyjama, contenant ses pouvoirs.
Elle n’avait guère dormi de la nuit, son humiliation de la veille l’avait choquée au plus haut point.
Plus que jamais, la petite blonde était décidée à ne pas se laisser marcher sur les pieds. Son nez portait les stigmates de sa première rencontre avec l’étrange inconnue et restait douloureux. Sans trop savoir pourquoi, Linda pressa son doigt sur la trace violacée sur sa pommette et grimaça.
C’était en effet douloureux…et moche.
Linda vérifia une dernière fois que son père ne l’avait pas suivie. Cela aurait été plus qu’étonnant mais on ne savait jamais ce qu’il pouvait penser. Elle sorti ses affaires de sous son pyjama. Il faudrait prier pour que John soit déjà parti et ne la questionne pas sur son emploi du temps bouleversé du matin. La jeune femme ôta rapidement sa tenue de nuit, restant nue dans sa combinaison grise. Elle étala les éléments de son uniforme sur la table où elle se couchait habituellement lors de son injection puis regarda, perplexe, les deux éléments lui restant dans les mains : un paire de collants épais blancs et une écharpe.
Il faudrait espérer que cela suffirait.
Jetant encore un coup d’œil inquiet sur la porte qui la ramènerait au manoir, elle décida de profiter du temps qu’elle aurait du logiquement passer dans le laboratoire pour préparer de nouvelles doses d’anti-mutagène.
Elle ne pouvait s’empêcher de se remémorer sa complicité avec le docteur Richard quand elle faisait cela. Il lui avait donné les clés de la normalité avec un sourire…
Linda pensa qu’elle aurait préféré avoir Vauhn pour père…

A peine une heure plus tard, La jeune collégienne était en vue de son établissement. Son déguisement était presque parfait. Sa grosse écharpe nouée sur son cou cachait le col de la combinaison, d’ailleurs parfaitement invisible sous ses collants qui finalement étaient hideux sous la jupe de son uniforme. Avec son visage blessé et une telle tenue, ça ne serait certainement pas aujourd’hui qu’elle pourrait séduire Arthur Black. Un seul détail devait être encore réglé, et Linda n’en connaissait pas les conséquences. Elle hésita longtemps avant de placer les lames de ses ciseaux contre le tissu de la combinaison.
Prenant une grande inspiration, la petite blonde entailla le tissu moulant au niveau de son poignet gauche. Elle fit rapidement le tour de son bras et se débarrassa de son gant. Tel un fantôme que l’on libère, un souffle d’air glacé sembla tourbillonner autour de la main de Linda.
-Concentre toi…concentre toi…, marmonna la jeune femme à voix basse en se concentrant sur sa main.
Tout le froid de son corps tentait de s’échapper par cette brèche crée dans l’entrave de la combinaison. Linda saisit son poignet dans sa main, la rapprochant de son visage. Elle lutta durant d’éternelle secondes afin d’amener sa main à une température convenable puis serra le poing quand enfin son esprit pris le contrôle.
Oh sa main restait froide, mais si elle évitait de toucher quelqu’un, il ne devrait pas y avoir de problème. Rapidement, la jeune femme découpa son autre manche, libérant à son tour sa main droite.
Elle exigea le même effort pour rester raisonnable.

On eu pu croire que Linda Mason fronçait les sourcils du fait de sa blessure au visage quand elle entra dans le collège, mais il n’en était rien.
Elle devait juste rester concentrée sur ses mains.
Son étrange camarade avait à n’en point douter un avantage dans le jeu qu’elle avait voulu imposer. La fille de Sue en était presque certaine, son adversaire dans ce jeu pervers possédait elle aussi un pouvoir.
Linda s’enfonça dans la cohorte d’élèves, slalomant entre eux sans les toucher.
Elle avait hâte que les cours se terminent.
Il était temps de jouer à armes égales.

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Edelweiss - Linda Mason
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Mer 7 Mai - 18:00

Qui pouvait croire au sort ? Certains pensent que la vie est toute écrite, tracée d’un fil de soie que le destin manipule à sa guise. Linda, même à seize ans, n’était pas de cet avis malgré l’excentricité de son existence.
Pourtant certains matins, le sort devait s’acharner quoi qu’elle puisse en dire.
Après deux heures de cours, elle du passer au tableau, le professeur n’ayant visiblement aucune compassion pour sa situation. Fort heureusement, les craies disponibles avaient un avantage en comparaison de ses stylos qui gelaient facilement entre ses doigts.
La fille de John Mason du se concentrer à l’extrême pour que son pouvoir n’éclate pas aux yeux de tous. Son accoutrement et les marques du poing de son adversaire étaient suffisant pour donner honte à n’importe quelle élève mais il y avait plus important.
Finalement, après avoir traité l’exercice avec succès, Linda rejoignit sa place en se fendant d’un sourire envers son enseignant. Malgré tout il ne fallait pas négliger certaines choses et elle tenait plus que tout à être vue comme une élève modèle. Elle avait du temps à rattraper après avoir été absente des cours pendant huit ans.

La sonnerie retentit enfin. Linda pris ses livres en précipitation et se dirigea vers les toilettes. Il était évident qu’elle avait une envie pressante mais personne ne pouvait se douter de sa nature.
La belle collégienne de savait pas encore comment, mais elle devait laisser ses mains s’exprimer à tout prix. Elle gèlerait quelque chose, n’importe quoi, discrètement !
Si elle y avait réfléchi à ce moment là, Linda aurait peut-être changé d’avis sur le sort. S’arrêtant net, elle tourna la tête dans toutes les directions. Elle était persuadée qu’’’il’’ était tout proche.
L’adolescente n’attendit pas qu’il se rapproche d’avantage, maudissant Arthur Black et ce sentiment inconnu qui la faisait frissonner, elle s’enferma dans les toilettes.
Linda soupira, s’adossant contre la porte en contemplant le local heureusement vide…et fit trois pas en avant quand la porte s’ouvrit, l’éjectant en avant.

Jennifer Kisley était une des filles les plus fortes du collège. Elle mesurait bien un mètre soixante treize et Linda n’avait même jamais pensé à son poids. Autant dire que quand une telle personne, pressée qui plus est, pousse une porte ; il ne fait pas bon être derrière.
Linda se rattrapa de justesse, avançant ridiculement alors que Jennifer entrait dans les toilettes, l’air confus mais amusé.
-Ca va ? demanda l’imposante étudiante en regardant Linda reprendre une posture plus sérieuse.
La petite blonde n’osa pas répondre. Sa surprise et sa chute l’avaient déconcentrée…
Elle tendit la main en avant, faisant signe à Jennifer de ne pas s’avancer.
-Ca va ! tout va bien ! lâcha-t-elle enfin.
Elle pouvait sentir l’air froid danser autour de ses mains libres mais elle n’avait pas la prétention d’empêcher sa camarade de faire ce qui lui plaisait.
-Excuse moi, je t’avais pas vue, lui lança Jennifer. Il faut pas rester contre les portes comme ça.
-Oui…je rêvassais…
Linda plaça ses mains dans son dos. Il fallait absolument qu’elle libère ses pouvoirs affolés et trop longtemps contenus.
Toujours aussi amusée, miss Kisley s’enferma dans un des cabinets de toilette, laissant Linda presque tranquille. La jeune blonde l’imita aussitôt et se pencha en avant.
-Tant pis pour celle qui posera ses fesses ici, susurra-t-elle à demi voix en saisissant l’émail immaculé devant elle.
Quand Linda sortit des toilettes, une des cuvettes était recouverte de givre, aussi froide qu’un iceberg. Jennifer Kisley, elle, n’était toujours pas sortie de son alcôve.

Le moment tant attendu se présenta plusieurs heures après le repas. Sans savoir pourquoi, Linda était convaincue que son adversaire serait là où elle le désirait.
La sonnerie de fin des cours retentit enfin alors que la jeune femme parvenait à contrôler son pouvoir avec plus de facilités…et en écrivant au crayon à papier.
Tentant de garder son calme malgré l’excitation qui la gagnait, elle se rendit à son casier d’un pas lent, prenant bien garde de n’effleurer aucun de ses camarades.
Le bruit était toujours assourdissant à cette heure de la journée, à croire que tous les collégiens laissaient leurs langues se défouler de leur journée studieuse. Sans un mot, sans un regard pour ses camarades, Linda rangea soigneusement ses livres et cahiers dans son casier réservé.
Elle laisserait tout le monde partir sans leur prêter attention…
-Linda ?
Surprise, la petite blonde tourna la tête vers le garçon qui venait de parler. Perdue dans ses pensées, elle ne l’avait même pas entendu s’approcher.
-Salut ma belle, ça te va bien ton maquillage ! lança l’élève.
Linda le connaissait de nom. Jason Cole était plus vieux qu’elle d’une année et se déclarait officiellement séducteur de l’établissement. Il était réellement beau garçon et possédait un air rebelle qui semblait ne déplaire à aucune fille. S’il n’avait été membre de l’équipe de football et accessoirement un énorme buveur de bière, il aurait peut-être développé autre chose qu’une estime de soi surdéveloppée. Cole représentait à lui seul ce que Linda détestait chez les adolescents de son âge.
-Dis, je me disais, comme on ne te voit jamais avec personne…si tu voulais venir boire une bière avec nous ?
La jeune femme fit mine de classer ses livres. L’important était surtout de garder ses mains à l’abri.
-Je n’ai pas le temps, répondit-elle sur un ton aussi neutre que possible.
-Allez, faut le prendre, le temps ! insista Jason. Tu es jolie comme tout quand tu as pas du noir sous les yeux. On s’amuse bien tu verras.
Linda daigna tourner la tête vers son interlocuteur.
-Tu veux m’inviter parce que j’ai le nez cassé ? Pour vous moquer ?
-Hey non, se défendit le playboy. Je suis pas si idiot ! On est toute l’équipe et tu es tout le temps toute seule, c’est tout !
-Alors pourquoi tu m’invites ? demanda la collégienne, un léger défi dans la voix.
La réponse immédiate de Jason Cole vint de son regard qu’il laissa se promener des pieds à la tête de la jeune femme.
Linda fronça les sourcils. Son agressivité mettait visiblement mal à l’aise le pauvre garçon.
-Tu es très jolie…on voulait simplement te connaître…lâcha enfin fièrement Cole qui avait tout de même un rôle à tenir.
Linda plongea son regard saphir dans celui du playboy en replaçant succinctement sa chevelure.
-Une autre fois peut-être, je suis occupée ce soir. Lança-t-elle en s’écartant de son casier.
C’était ce que l’on pouvait appeler une veste. Jason n’avait pas réellement l’habitude de se voir refuser une invitation à sortir de la sorte. Il regarda la petite blonde s’éloigner d’un pas décidé.
Elle avait beau être assez belle pour être pompom girl, ça devait être une belle gourde : la sortie du collège était de l’autre côté. Avec un petit sourire malicieux, Cole s’en alla retrouver ses amis.


Jason Cole – 1989
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Edelweiss - Linda Mason
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Mer 7 Mai - 18:00

Linda gravit les dernières marche à pas lents.
Au fond rien ne lui disait que sa mystérieuse camarade serait présente. Elle n’avait pas cherché à la croiser de la journée, évitant plutôt de se mêler à la foule mais elle avait pourtant le pressentiment qu’elle était épiée en permanence.
La jeune collégienne s’accroupit, délaça ses chaussures et les plaça contre le mur. Sa respiration était vive, son cœur battait très fort et il devenait vraiment impossible de contenir le froid au bout de ses doigts.

Seule dans le long couloir, la petite blonde se laissa aller, soupirant de soulagement alors qu’un courant d’air gelé s’écoulait de ses manches. Débarrassée de ses mocassins, Elle s’avança le plus discrètement possible de l’angle du couloir. Elle était presque persuadée que l’autre collégienne l’attendait dans les toilettes cette fois.
Telle Emma Peel, Linda passa la tête dans l’angle du couloir, vérifiant si son hypothèse était bonne.
Elle aurait du se douter que la jeune femme ne ferait rien comme prévu…finalement elle avait toujours une longueur d’avance. En l’occurrence, elle ne l’avait pas attendu bien sagement devant la porte des toilettes. Linda soupira mais continua son avancée. Il était fort possible qu’elle soit seule dans ce couloir et qu’elle se sente très idiote dans quelques secondes. A quoi cela servait-il de jouer ainsi au chat et à la souris alors qu’elle aurait pu…boire une bière avec l’équipe de foot…
Miss Mason espéra fortement que sa Némésis se trouvait bien dans les toilettes parce qu’effectivement, elle n’avait rien de mieux à faire !

Sur ses gardes, prête à parer les éventuels coups de poing, l’adolescente entra dans les toilettes qui étaient aussi vides que la première fois. Il n’y avait strictement aucun bruit, rien qui aurait pu indiquer qu’elle ne s’était pas fait des idées sur cette fille. Seul son nez douloureux lui prouvait qu’elle n’avait pas rêvé ces rencontres.
Au moment où Linda allait ouvrir une porte, comme lors de sa première poursuite, elle entendit le terriblement familier cliquetis !
Une nouvelle fois elle se rua sur la porte et la frappa de ses poings, à nouveau enfermée.
Une petite voix se fit entendre de l’autre côté du battant.
-Tu es ridicule…ah et au fait, je garde tes chaussures.
-A quoi ça rime ? hurla Linda.
-Oh on s’amuse, répliqua la voix. Je sais qui tu es ma grande.
Linda saisit la poignée fermement. Il était hors de question que cette petite garce se cache derrière des portes toute la vie.
-Toi ça t’amuse ! pas moi ! J’ignore même jusqu’à ton nom !
-Tu pouvais demander aux autres, je ne suis pas un fant…

La mystérieuse jeune fille n’avait pas fait attention au givre qui s’était formé sur la poignée. Elle ne finit pas sa phrase, reculant de surprise alors que le métal gelé éclatait. La porte des toilettes s’ouvrit violemment, laissant une furie aux cheveux d’or se ruer sur sa camarade.
Linda fondit sur son adversaire, essayant de la saisir par le col d’une de ses mains. Le temps sembla se figer au moment où elle refermait ses doigts sur le vide. La fille de Sue ne pu que rester dans cette position, le poing tendu et serré. Elle était pourtant certaine d’avoir empoigné la jeune femme brune.
-Bien joué !
Lentement, Linda tourna la tête. La voix venait de derrière elle. La fille aux cheveux de jais se tenait à plus de dix mètres, loin dans le couloir. Aussi belle, intelligente et puissante qu’elle se pensait, Linda du regarder sa camarade avec des yeux effrayés.
Tout cela n’était pas possible.
-Non vraiment bien joué, tu as brisé la serrure comment ?
-Ca ne te regarde pas, lança la fille de l’éditeur en se redressant.
L’intrigante adolescente ne retint pas un sourire empli de malice…puis disparu.

Linda eu juste le réflexe de tendre la main vers l’endroit où se tenait la jeune fille. Elle s’était réellement volatilisée, laissant le couloir vide. Soudain, Linda sentit une gigantesque douleur au niveau de la poitrine. Son adversaire n’avait pas disparu, elle s’était déplacée derrière elle…et lui pinçait les seins. Furieuse, Linda balança son coude dans le visage de la collégienne.
Elle manqua une nouvelle fois son but, la jeune femme espiègle ayant une nouvelle fois disparu.
-Tu vois, moi aussi j’ai des pouvoirs, toi tu casses les portes, moi je peux te tirer les tétons.
Et elle tirait fort la garce…Linda se massa le bout des seins espérant atténuer la douleur. Il était clair qu’elle avait en face d’elle une autre mutante mais elle ignorait toujours ce à quoi tout cela rimait. La jeune femme n’imaginait pas une seconde que le but de son ennemie fut de lui casser le nez ou de lui faire mal aux seins.
-Que me veux-tu ? demanda Linda en tentant de calmer l’envie furieuse qu’elle avait de frapper cette petite dévergondée.
-Je veux juste m’amuser, tu as des pouvoirs aussi non ?
Le silence qui suivit fut lourd de sens. Les regards bleutés des deux adolescentes ne confrontèrent durant un temps qui leur parut infini.

Linda comprenait enfin.
Elle avait en face d’elle quelqu’un comme elle.
Elle ne pouvait la détester, elle était comme sa sœur.
Elle comprenait tout à fait les motivations de cette jeune femme. Elle voulait partager ce qu’elle était. En se montrant à Linda, elle devait se décharger d’un poids immense.
Le même poids qui semblait s’envoler quand, enfant, Linda battait son médecin à la course.
Elle n’avait pas peur de dévoiler ses pouvoirs, pas peur d’être incomprise, pas peur d’être écartée par Linda…Tout cela était limpide et finalement tellement tentant.

-Je m’appelle Tara ! déclara la jeune femme en armant son bras, prête à gifler son interlocutrice pourtant située à plus de dix mètres.
Linda n’eut pas le temps de répondre. Tara apparut devant elle et lui envoya une claque magistrale au visage, l’envoyant au sol. Elle regarda sa victime essuyer sa lèvre d’où perlait un filet de sang, se rendant compte qu’elle avait été vraiment violente. La petite blonde se releva, furieuse et décoiffée, se lançant sur sa proie avec toute la rage d’un défenseur sur un quaterback. Tara esquiva une nouvelle fois, se téléportant juste derrière Linda. Elle saisit la crinière d’or de sa camarade et la retint dans son mouvement, lui arrachant un cri de douleur.
Linda fut tirée en arrière. Mais pourquoi est-ce qu’elle n’avait pas les cheveux courts ?
Avec une force que l’on ne supposait pas chez une fille de son gabarit, Tara projeta sa proie contre le mur. La tête de Linda heurta violemment la paroi, l’assommant presque.
Une nouvelle fois elle tomba à genoux, se prenant le crâne à deux mains.
-Bon, tu veux pas me montrer tes pouvoirs ? demanda l’arrogante collégienne.

Linda ne releva même pas les yeux, elle resta dans cette position de faiblesse, genoux à terre. Pourtant si l’étudiante aux cheveux noirs avait pu voir son regard, elle aurait lu sa détermination.
Sans se relever, Linda tendit les bras devant elle. Un air glacé vint frapper Tara qui se téléporta aussitôt, regardant effarée la couche de givre qui venait d’être crée sur le mur en face de son opposante. La surprise fut de trop, le laps de temps nécessaire à la mystérieuse jeune femme pour écarquiller les yeux suffit à Linda pour se relever. Une nouvelle fois, elle tendit la main vers Tara.
Celle-ci avait certainement pensé qu’elle se mettrait à l’abri en se plaçant dans le dos de Linda, mais la blondinette en colère n’attendit même pas que la téléportation fut achevée, elle projeta son souffle glacé derrière elle. Apparaissant dans l’alignement du bras de Linda, Tara sentit la température de sa peau s’abaisser alors qu’une couche de givre se formait sur ses vêtements. Elle se téléporta aussitôt en dehors du jet d’air frigorifié, mais son adversaire n’en avait visiblement pas fini.
Le couloir était très étroit et La petite blonde, sans même bouger, aspergeait dans toutes les directions sans aucune difficulté. Il fallait réagir vite compte tenu de la température générale de l’endroit qui commençait à tomber au-delà du supportable quand on porte une jupe.

Evitant pour la dixième fois le souffle de son adversaire, Tara se téléporta cette fois juste face à elle, légèrement en hauteur. Elle lança sa jambe de toutes ses forces, frappant la collégienne d’un violent coup de mollet au visage avant de retomber lestement sur ses pieds alors que Linda s’envolait sous la puissance du coup. La jeune femme aux cheveux noirs connaissait sa force, elle savait qu’elle pouvait assommer beaucoup de monde avec une telle frappe. Elle resta comme elle était retombée, accroupie, le regard sur sa camarade étendue sur le sol.
Linda releva la tête, laissant durant un fugace instant leurs regards bleus se croiser à nouveau. Allongée, elle projeta son air glacé sur son adversaire.
Elle se téléporta à nouveau mais Linda savait presque prévoir ses mouvements et il était presque certain qu’elle ne pouvait pas bouger du couloir.
De toutes façons, elle ne la laisserait pas partir.
Prévoyant la destination du prochain saut de sa Némésis, La belle adolescente intensifia son pouvoir. Quand Tara réapparut juste là où l’avait prévu Linda, elle fut presque immédiatement recouverte de givre… et sentit un douleur fulgurante lui transpercer l’épaule.
Oubliant de se téléporter à nouveau, elle regarda sa blessure. Son uniforme était déchiré sur sa clavicule et elle saignait.
Une nouvelle piqûre la fit crier, cette fois à la cuisse.
Ce ne furent pas des piqûres finalement, plutôt des déchirements. Elle regarda Linda qui continuait de tendre les mains dans sa direction, créant outre un souffle glacé une multitude de petits glaçons aussi coupant que des rasoirs.
Prise dans l’attaque de sa camarade, Tara hurla de douleur alors que son corps comme son uniforme se lacéraient petit à petit. Elle ne pouvait pas se téléporter en subissant une telle douleur. Elle sentait sa peau se déchirer sous les assauts des flèches de glace, ses vêtements devenus des lambeaux de tissu.
Elle laissa retentir un cri, un seul avant de tomber à terre, meurtrie :
-Arreeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeete !

Linda cessa immédiatement. Se concentrant, elle parvint à endiguer son pouvoir, le contenant à la pointe de ses doigts. Elle tremblait, d’excitation, de rage, de peur, elle ne savait même plus. L’étudiante face à elle était couverte de sang et de givre, à demi nue sous son uniforme complètement déchiré. La fille de Sue regarda la scène bouche bée. C’était elle qui avait fait ça…
Lentement, elle s’approcha de Tara qui se maintenait à quatre pattes douloureusement. Elle s’agenouilla face à elle, du sang coulait de ses lèvres mais rien en comparaison de l’état de la petite brune. Machinalement, Linda passa sa main tendrement dans les cheveux noirs de la jeune fille, comme elle l’aurait fait sur une de ses poupées.
-Je…je suis désolée. Bredouilla-t-elle avant de prendre Tara dans ses bras.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Mer 25 Juin - 9:34

Trois semaines avaient passé depuis l’affrontement des deux jeunes femmes. Le ciel se montrait autrement plus clément depuis lors comme les tensions s’étaient dissipées.
Tara Gifft était restée absente quelques jours et s’était présentée au collège avec quelques griffures au visage. Si elle n’avait rien laissé transparaître, Linda avait très mal vécu cet épisode de l’année. Après leur combat, la jolie brune était presque partie sans un mot, laissant juste un ‘’on se reverra’’ se perdre sous l’orage grondant du soir. Sous des mèches dégoulinantes de pluie, Linda l’avait regardée partir dans ses vêtements en lambeaux.
Elle savait qu’elle aurait pu la tuer ce soir là si elle n’avait retenu son pouvoir.

C’était donc ça ? Ce don qui faisait d’elle un être capable de geler ce qu’elle regardait, de créer des tempêtes de grêle…pouvait tuer. A vrai dire, la belle étudiante n’y avait jamais songé avant ce jour. Pendant plusieurs jours après l’affrontement, Linda ne pu s’empêcher de penser aux malheurs, aux massacres dont elle pourrait être la cause. Que serait-il arrivé si elle avait complètement gelé Tara ? S’il lui prenait l’envie de déchaîner des rafales de glace coupantes comme des diamants taillés sur les gens qui l’énervaient ? Sur son père…
Pourtant, tout avait été oublié depuis.
Tara était revenue. Certes de légères traces du combat striaient toujours son visage mutin, mais son sourire était bien là. Elle n’avait pas attendu longtemps avant de prendre contact avec miss Mason, s’affichant en face de sa salle de classe dès le midi de son retour.
Tout d’abord hésitante, Linda n’avait pas décelé une once d’hypocrisie dans le regard et le sourire de la petite brune aux yeux bleus. Depuis ce jour, Elles avaient décidé d’être amies.


Tara Gifft - 1989


Tara Gifft regarda le ciel malgré tout couvert, les lumières d’Alexandria terminant de noyer les étoiles sous la lueur artificielle des lampadaires. Le manoir Mason était en bordure de la cité, loin de tout regard. Comme cela devait être agréable pour Linda d’être ainsi préservée du monde. Quoiqu’à bien y réfléchir, Tara voyait de plus en plus les hauts murs de la bâtisse comme ceux d’une prison.
Vérifiant que personne ne l’observait, la mutante se téléporta de l’autre côté de la grille marquant l’entrée du manoir.
Elle savait Linda orpheline de sa mère mais n’avait même jamais vu son père qu’en ombre derrière les grandes fenêtres de l’immense maison cachée derrière d’aussi immenses arbres certainement centenaires. Sa nouvelle amie ne l’avait jamais faite rentrer, son père étant parait-il très strict.
Rapidement, comme plusieurs fois auparavant, Tara se téléporta jusqu’au pied de l’arbre menant à la fenêtre de sa camarade blonde. Plusieurs cailloux en main, elle disparu une dernière fois pour réapparaître sur la branche la plus proche de l’ouverture.
Au bout de deux tirs claquant sur le verre de la fenêtre, celle-ci s’ouvrit en silence, laissant apparaître le visage à la fois inquiet et souriant de Linda.

Outre la faculté de se téléporter dans un endroit visible, Tara pensait étudier très bien les gens d’après leurs regards, leurs mouvements ou leurs attitudes. Concernant Linda Mason, elle ne s’était guère trompée. Il était difficile de concevoir une adolescente plus réservée.
Malgré tout, la petite blonde possédait une certaine assurance que Tara attribuait à sa culture presque parfaite. Il ne faisait aucun doute que la jeune femme avait passé toute sa vie dans les livres et qu’elle ferait une très certaine majeure de promotion. Bien moins éduquée et cultivée, L’adolescente aux cheveux de jais s’amusait souvent de son amie, par ailleurs complètement inconsciente de son physique et du mystère qu’elle dégageait.
L’association des deux jeunes filles dans la cour du collège faisait parler beaucoup de monde. Toutes deux marginales dans des styles différents, personne ne comprenait vraiment pourquoi l’intello de la classe se promenait avec la rebelle hargneuse.
Pourtant, s’ils avaient bien observé, peut-être auraient-ils remarqué que Linda Mason affichait un sourire qu’elle n’avait jamais montré.
Pour la première fois, La jolie blonde se sentait en harmonie avec quelqu’un de son âge, et peut-être plus important, de son espèce. Elle découvrait l’amitié, se laissant guider par Tara dont l’expérience de la vie ne se résumait pas seulement aux pages des livres.

L’adolescente saisit la main – froide – de Linda, et les deux jeunes femmes furent aussitôt téléportées en contrebas de la fenêtre. En quelques sauts, elles avaient quitté le manoir lugubre. Dès l’épais mur de pierre franchi, Linda oubliait son père, John…
Ces fuites nocturnes se répétaient de plus en plus souvent, toujours à l’initiative de Tara. La fille de l’éditeur adorait cela. Elle avait la sensation d’une liberté infinie, échappant ainsi au regard sévère de son père. Oh elle avait toujours cette appréhension chaque matin en le croisant, celle de l’entendre lui demander où elle était durant la nuit puisque sa chambre était vide, mais rien ne l’empêcherait de s’amuser avec sa nouvelle amie.
Tara pouvait les emmener dans des endroits inaccessibles, en haut de grandes tours ou dans des parcs déserts. La jeune femme n’avait vraiment aucune limite, dernièrement elle était allée rendre fou un lion en se téléportant dans sa cage. Le félin avait du finir avec un beau mal de crâne à force de tourner en rond à la poursuite de l’insaisissable mutante.
Les téléportation cessèrent alors que les deux adolescentes se trouvaient sur un toit du centre ville. Tara regarda sa main qu’on devinait bleue malgré l’obscurité.
-C’est vraiment un problème quand même, ça…rigola la jeune femme.
Linda pouvait contrôler son pouvoir dans sa combinaison découpée mais pas jusqu’à garder ses mains à une température normale.
-Je suis désolée, répondit-elle vraiment gênée du désagrément.
-C’est rien, et puis j’ai réfléchi à quelque chose pendant que j’étais en maths !
-A des maths ?
Tara s’esclaffa devant cette affirmation absurde.
-Oui oui bien sûr, mais entre deux équations, j’ai enfin trouvé une utilité à ton pouvoir.
Linda fronça les sourcils, faussement vexée. Il était cependant vrai que ses dons ne servaient guère leurs escapades nocturnes. Tout juste une fois avait-elle créé une plaque de glace sur laquelle les deux chipies s’étaient amusées à faire du toboggan…
-Tu pourrais geler les optiques d’une caméra à distance ?
Sans vraiment comprendre, miss Mason haussa un sourcil puis finit par acquiescer, ce qui rendit son amie vraisemblablement joyeuse.
Reprenant la main de Linda, Tara se téléporta sur le toit du bâtiment d’à côté.
-Pourquoi des caméras ? Que veux-tu faire ? demanda la petite blonde entre deux téléportations.
-Je suis sûre que tu as toujours rêvé d’avoir un musée pour toi seule non ? rétorqua l’intrigante adolescente en se fendant d’un sourire malicieux.
C’était vrai…Linda adorait les musées et les bibliothèques…du moins ce qu’elle en avait vu dans ses livres. Elle se laissa entraîner. Ce serait le premier musée qu’elle visiterait, ce soir, et elle l’aurait pour elle seule. Comment refuser ?
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Lun 28 Juil - 18:55



Minneapolis, la cité des lacs, le jour…La nuit, comme la grande majorité des villes américaines, la cité des gangs.
Ce soir là, Les Hounds étaient visés. L’âge moyen des membres de ce gang ne dépassait pas 17ans. En majorité des afro-américains dont la source de revenus principale provenait de la vente de drogue.
Temper les avait vus naître. Ce gang n’existait pas quand il avait obtenu sa plaque de flic, à présent ils devaient être une grosse centaine. En quelques années les Hounds étaient devenus gênant pour la municipalité, assez gênant pour que des opérations policières leur rappellent les limites à ne pas franchir.

Le vétéran s’enfila une gorgée de whisky sous le regard désabusé de sa jeune collègue. A peine quelques jours que Temper avait repris le boulot et il semblait se ficher de sa conduite à nouveau, quitte à se faire virer définitivement.
-Tu en veux ? demanda-t’il en tendant sa flasque à Jane.
Elle lui répondit d’un soupir, refusant, elle, de boire durant le service.
-Tu as tort minette…Ces gars là flippent dès qu’ils entendent une sirène, ils vont se tailler en courant et je te bats encore au 400m.
-Plus pour longtemps, tu vas prendre du ventre à force de te saouler la gueule toute la journée.
-Seulement quand le soleil est couché, rétorqua Temper Jones.
Le flic regarda par la fenêtre de la portière, dix autres véhicules étaient rangés à côté de l’entrepôt où on avait indiqué la présence des jeunes camés. Avec un peu de chance, Il n’aurait même pas à bouger son cul de sa voiture. Jones n’appréciait pas du tout cette soirée, il avait bien mieux à faire que de courir après des mômes de quinze ans. Il y avait du catch à la télé.

L’ordre arriva enfin. Jane était comme à son habitude toujours aussi impatiente et nerveuse. Dans un mouvement qu’on eut dit répété par un grand chef d’orchestre, les portières des voitures noires et blanches s’ouvrirent de concert, laissant les gardiens de la paix se diriger vers l’entrepôt, arme au poing.
La jeune policière avança pour rejoindre ses collègues avec l’étrange impression d’oublier quelque chose. Se retournant, elle assena un regard belliqueux à son partenaire. Jones leva de nouveau sa flasque. Il était resté sagement au volant du véhicule et il fallut que Jane fasse un pas en sa direction pour qu’il se décide à ouvrir sa portière.
-Tu abuses, lui susurra-t-elle alors qu’ils rejoignaient les autres flics, visiblement sur les dents.
-Et encore…j’ai lâché ma bibine !

Les forces de l’ordre se mirent en place. Temper avait brièvement écouté le briefing et l’entrepôt devait être un stock gardé d’une drogue quelconque. Lui-même ayant eu une période où sa plus proche compagne était colombienne, il avait tendance à être conciliant avec les revendeurs.
Contrairement à Jones, ses collègues écoutaient les ordres sans broncher. Les deux entrées visibles furent cernées en silence, les hommes faisant leur job avec une efficacité redoutable, suivant toutes les consignes de manœuvres lues dans les manuels. Jane vérifia que son partenaire avait bien dégainé son arme, ce qui était le cas, mais il se contentait de la suivre en marchant tranquillement, visiblement bien loin des événements.
Le capitaine donna l’ordre de pénétrer le bâtiment, s’affolant de quelques gestuelles précises en direction de ses hommes. Avec une coordination remarquable, les deux entrées furent ouvertes et l’assaut fut donné. Les voix des flics portèrent loin et fort, ordonnant à la bande de gosses sûrement présente de se mettre au sol sans bouger.
Les doigts de Jones se crispèrent sur la crosse de son arme quand il entendit la réponse des Hounds : ils firent parler le métal.

A peine une phrase et cela avait dégénéré en fusillade !
Les jeunes negros hurlaient à tout va à l’intérieur du bâtiment. Leurs tirs firent vite reculer les forces de l’ordre. Aux rafales des armes automatiques des jeunes chiens se mêlèrent les tirs des armes de poing officielles. Déjà trois hommes étaient à terre du côté des flics, ça s’annonçait mal et Temper n’avait pas encore pu voir ce qu’il se passait entre les murs de ciment de l’entrepôt. D’un pas sûr, cette fois totalement alerte, il avança vers l’ouverture, Jane dans ses pas.
Le capitaine ordonna une nouvelle entrée. Les hommes des Hounds s’étaient réfugiés dans deux camionnettes. L’escouade policière entra sans aucune retenue. Les véhicules furent aspergés de balles. On ne faisait pas semblant dans la police de Minneapolis ! La porte arrière d’un des fourgons s’ouvrit. Le gosse qui tenait la mitrailleuse à l’arrière ne devait même pas avoir seize ans…Il arrosa néanmoins les forces de l’ordre de ses salves meurtrières.
Jones eut à peine le temps de se mettre à l’abri, le jeune con l’avait visé lui ! Il roula sur un côté avec une agilité à faire pâlir tous ses collègues, se plaquant contre un épais pilier métallique. Le vétéran n’eut même pas le temps de changer le chargeur de son arme. Jane s’écroula juste à ses côtés.

Combien de temps Temper Jones resta ainsi, il ne pourrait jamais le dire. Son arme en main, il scruta le visage de la jeune femme posé à même le sol…Combien de temps ?
Assez pour être en colère du trou que lui avait fait une balle en plein centre du front. La jeune flic avait été touchée par plusieurs balles. Inconsciemment, Jones pria pour qu’elle soit morte de ce seul tir à la tête, surprise d’être ainsi rayée de la liste des vivants de ce monde.
Elle avait les yeux ouverts, grands ouverts, alors qu’un filet de sang perlait du trou dessiné dans son crâne. Temper ne pu cesser de la fixer avant que les camionnettes soient sorties.
Est-ce qu’elle le voyait ? Les morts pouvaient-ils voir ? Même juste quelques minutes ?

Jones s’empara de l’arme de sa coéquipière. Jetant un coup d’œil sur ses collègues, il s’aperçut que Jane n’avait pas été la seule à être touchée. Les armes automatiques des Hounds avaient fait des ravages dans les rangs de la police, plusieurs morts et seulement trois flics avaient pu s’en tirer sans heurt.
Sans plus réfléchir, le vétéran rangea les deux flingues dans son ceinturon et sorti du bâtiment. Les Hounds avaient toujours su rester du bon côté de la barrière. Ils avaient toujours été des petits trafiquants, heureux de jouer au flic et au voleur de temps en temps…Cette fois ils avaient franchi la ligne rouge.
Temper se rua dans une voiture et démarra à la suite des camionnettes. Toutes sirènes hurlantes, il en repéra vite une. Cette zone de la ville, industrielle, n’était faite que de grandes allées. Accélérant, le flic fonça sur ses proies, l’ivresse de la colère l’habitant de plus en plus alors qu’il s’approchait de son but. Peu importait l’autre camionnette. Une seule suffisait.

Beaucoup plus rapide et puissante, la voiture de police rattrapa aisément le véhicule des Hounds criblé de balles. La porte arrière s’ouvrit à nouveau, laissant apparaître le même morveux surarmé. Sans lâcher l’accélérateur, Jones dégaina ses deux armes et fit feu à travers le pare-brise. Le jeune homme n’eut même pas le temps d’armer sa m-16, il tomba de la camionnette. La ford noire et blanche roula sur le corps du jeune homme sans ralentir avant de s’empaler à l’arrière du camion. D’un coup de volant, Temper guida les fuyards dans un mur. La petite camionnette heurta un bâtiment puis se renversa, terminant son parcours en glissant sur le flanc.
Jones se gara à quelques mètres et s’avança, les deux armes pointées vers le véhicule. Quatre Hounds étaient encore à l’intérieur, sanguinolents et gémissants. Le flic repéra vite celui qui semblait être le plus vieux, et donc le chef. Sans réfléchir, il dirigea ses pistolets sur les trois autres et ouvrit le feu.

Le jeune survivant regarda le policier fou s’avancer vers la camionnette aux vitres brisées. Ce malade venait de tirer sur ses copains blessés et désarmés. Il les avait tués sans un mot, son regard était étrange, à la fois serein et fou.
L’homme en uniforme s’approcha du conducteur et s’agenouilla.
-Tu as de la chance…tu vas vivre…
Le jeune afro-américain ne pouvait pas répondre, le policier plongeait dans son regard, il le terrifiait.
Jones leva son arme et abattit la lourde crosse sur le crâne du délinquant, puis il tira le jeune homme hors du véhicule et le menotta. Quelques instants plus tard, Celui qui se faisait appeler Sabre roulait dans une voiture de police en piteux état, une jeune homme enfermé dans le coffre de son véhicule.
Les Hounds avaient franchi la ligne…Ils payeraient comme tous les autres.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Jeu 31 Juil - 13:47

Quand il reprit ses esprits, le jeune afro américain était solidement attaché sur une chaise en bois. Les poignets menottés à l’arrière du dossier, il essaya de voir quelque chose, mais l’endroit était d’une obscurité digne d’une cave aux enfers. Le jeune homme tenta de se libérer, en vain, ses chevilles étaient entravées également, tout comme sa taille retenue par une ceinture de cuir épais.
S’agitant de plus en plus sur son siège, il du bien se rendre à l’évidence : Il ne pourrait pas se détacher et la chaise semblait scellée au sol, impossible même de se laisser tomber et de ramper.
Le choc fut violent. L’espace d’un instant, le Hound cru que ses rétines avaient été brûlées. Une vive lumière vint l’éclairer. Il ne parvenait pas à y croire, on se serait cru dans un mauvais film mettant en scène la gestapo !

-Qui est là, beugla le jeune homme encore sanguinolent de son accident de camionnette.
Il n’obtint pas de réponse. La lumière l’aveuglait complètement alors que la panique commençait à s’emparer de lui.
-Allez quoi ! Montre-toi fils de pute ! hurla-t-il en cherchant son geôlier dans le vide.
Ses pupilles se dilatèrent d’avantage quand il aperçut un bras pénétrer dans le flot de lumière. Un bras ganté, entièrement recouvert de cuir noir, et tenant une seringue.
L’aiguille se planta avec précision dans le cou du vaurien, ne lui laissant même pas le temps de crier ou d’appeler sa mère au secours. Le jeune homme grimaça de douleur alors que le liquide se répandait dans son sang, puis le bras disparut à nouveau du champ éclairé.
Quasiment immédiatement, l’adolescent noir hurla.
Sa tête semblait vouloir exploser. Essayant de retenir une douleur innommable, il serra les mâchoires avant de laisser des cris effroyables s’échapper de sa gorge. Ceux-ci résonnèrent dans l’endroit qui à défaut de lumière, semblait d’une importante surface.
-Il va falloir parler si tu veux que ça s’arrête…

La voix était calme, en totale incompatibilité avec les cris et gémissements de l’homme attaché. L’homme qui venait de parler pénétra le large ray de lumière pour se faire voir de son prisonnier. Il s’agissait plus d’une silhouette à vrai dire, masculine, féline, aux épaules larges et entièrement couverte de cuir noir. L’adolescent discerna avec peine la lueur d’optiques pour la vision de nuit sur les yeux de son geôlier.
-Ceci calmera tes douleurs, déclara-t-il sur un ton monocorde en montrant une autre seringue au jeune homme.
-Qu’est-ce que tu veux ? Bâtard ! lâcha le délinquant en mauvaise posture, avant de hurler à nouveau.
-Tu vas me dire où je peux trouver les Hounds…tous les Hounds !
Le captif ne résista pas longtemps. En fait il ne résista même pas du tout, la douleur trop intense lui dictant de lâcher les informations qu’il connaissait sans plus insulter son bourreau. Quelques minutes plus tard. Sabre planta la seconde aiguille dans la peau du jeune homme.
-Je t’ai promis que tu vivrais, alors adieu.
Alors que le mal de tête se résorbait petit à petit, le voyou se rendit compte que son agresseur était parti.
-Heeeeeeey ! Me laisse pas là ! hurla-t-il en vain, immobilisé sur sa chaise, commençant à envisager de mourir de faim et de soif dans cette position.

Sabre s’était équipé en conséquence. Les Hounds squattaient un immeuble entier des dires du jeune homme qu’il avait capturé. La présence de la seconde camionnette lui confirma qu’il ne s’était pas trompé d’adresse. Les jeunes chiens avaient besoin d’être dressés.
Tranquillement, la silhouette s’avança dans vers l’entrée de l’immeuble. Les trois gardes postés dans le hall de l’immeuble furent tout d’abord amusés de voir un homme seul s’avancer tel John Wayne déguisé en ninja, mais ce sentiment ne dura pas bien longtemps. Les Hounds étaient des camés avant tout, mais tout bon membre de gang devait savoir se servir d’une arme, et tout bien regardé, la silhouette s’avançant vers eux portait sur lui de quoi démolir le bâtiment.
Avec une insolente assurance, l’étrange invité porta une grenade à sa bouche et la lança d’un geste fluide par la porte ouverte du hall. Les trois adolescents restés en bas hésitèrent entre dégainer leurs armes ou fuir. La grenade explosa avant même qu’ils aient pu choisir.

Temper Jones pénétra le hall fumant. Un des jeunes hommes au moins était encore vivant, il essaya de ramper vers l’extérieur. Le froid de la lame du sabre se posa sur sa gorge étouffée par la poussière.
-Quel étage, le chef bande ? demanda le Sabre.
Le jeune homme se retourna. Armé de ses lunettes infrarouge, Le Sabre ne discerna pas son regard affolé, mais comme aucune réponse ne vint, il en conclut que le jeune homme n’entendait plus. Et oui…à force de jouer avec des armes, on finit par se blesser. Celui-ci serait sourd sûrement jusqu’à la fin de ces jours. Temper décida que ça ne serait pas encore aujourd’hui.
Epée au clair, il se dirigea vers les escaliers. Les bruits de pas se dirigeant vers lui indiquaient de toutes façons qu’il allait sans doute devoir tuer encore avant le lever du soleil.

Le superhéros au costume noir fut accueilli par des rafales de plomb. Visiblement les Hounds n’avaient pas acheté qu’une seule mitraillette m-16, mais Sabre était vif, vraiment très vif, et ses opposants tiraient dans le noir. Les cinq premiers descendus à sa rencontre furent lacérés par son katana sans même réussir à le toucher.
Jones déplorait vraiment qu’on ne respecte pas son amour pour les armes blanches. Se battre avec des armes à feu était barbare, mais il restait convaincu que dans un monde de barbare, autant se comporter comme tel. Aussi doué au tir qu’au maniement du sabre, le justicier gravit deux étages en se frayant un passage à l’aide des armes automatiques de ses ennemis du soir et de grenades fumigènes.
Le chargeur vide, Sabre se rua sur un dernier adolescent encore en état de se battre. Il lui lança la mitraillette inutile, surprenant le jeune homme. Celui-ci avait quinze ans depuis deux jours. Il n’avait pas fêté son anniversaire avec sa conne de mère, il détestait ses parents ! Au moment où il attrapa la m-16, la lame du katana s’abattit sur son poignet, tranchant net la chair et les os. Sa main tomba au sol avec l’arme.

Sabre resta un instant immobile au milieu des gémissements de ses victimes. Ceux là avaient compris, il avait déjà fait du bon travail et la grande majorité survivrait. Après tout ils n’étaient que des gamins.
Une explosion se fit entendre, laissant un sourire se dessiner sous le masque du héros. Il se dirigea vers une fenêtre, lui permettant de voir à l’extérieur du bâtiment. Comme prévu, certains des petits chiens errants avaient souhaité s’enfuir par l’escalier extérieur. La mine placée là les avait envoyé plusieurs mètres plus bas. Temper regarda les silhouettes rouges agonisantes à travers ses lunettes de nuit.
L’un d’eux était-il le leader des Hounds ? Malgré toutes les leçons qu’il fallait donner, c’était bien au chef de cette bande de racailles qu’il voulait s’en prendre. Il décrocha une nouvelle grenade de sa ceinture. Du troisième étage il ne pouvait vérifier si le leader s’était enfui également par là et était tombé sur son piège.
Jones s’apprêtait à lancer son projectile mortel sur ses ennemis à demi inconscients quand il fut frappé à la main.

Sabre se retourna, dégainant sa lame dans le mouvement. Un simple homme, sans arme, lui faisait face. Malgré la poussière volant dans les lieux, on devinait sous son blouson sans manche qu’il était doté d’une musculature entretenue. Sans prendre la peine d’entamer la conversation, Temper Jones lança la grenade qu’il tenait en main sur le grand afro américain.
L’homme fit apparaître une flamme dans la paume de sa main et la propulsa d’un geste sur le projectile.
La rencontre fut saisissante. La boule de feu frappa la grenade au centre de la pièce, la faisant exploser à mi-distance des deux métas-humains. Jones chassa ses lunettes malgré l’obscurité et la poussière dans la pièce. Il avait déjà affronté quelques vilains doués de pouvoirs, et son intuition avait souvent fait la différence.
-Je vais te cramer ! lança le Hound en même temps que plusieurs boules de feu. Sa voix était adulte. A ne pas s’y tromper, c’était lui qui dirigeait ces troupes d’adolescents.
Heureusement pour Temper Jones, les attaques de son adversaire étaient assez lentes pour être évitées, le ninja slaloma plusieurs fois, se décalant parfois à la dernière seconde pour éviter la pluie de feu lancée par le grand noir.

Tout ça se passa très rapidement, mais il était évident que le lanceur de flammes n’avait pas de limite dans le nombre de ses projectiles. Sabre devina aux trajectoires confuses que son adversaire ne savait vraiment pas où il se trouvait, alors que lui pouvait deviner exactement l’emplacement du tireur dans la fumée.
Evitant un autre projectile, Temper sorti un couteau de sa botte et le lança en direction d’une boule de feu. Comme prévu, son assaillant repéra l’impact plus proche, croyant sans doute avoir touché le policier. Il s’acharna sur l’endroit où la dague de jet avait frappé son précédent tir.
Il n’en fallait pas plus à sabre pour attaquer, quasiment sûr de pouvoir s’approcher sans croiser une trajectoire hasardeuse, il se rua sur l’origine du bombardement. La pièce ne faisait pas plus de sept mètres entre la porte et les fenêtres, mais dans la fumée et sous la menace de boules de feu, sept mètres pouvaient s’avérer bien longs. Jones grimaça, il avait sous-estimé son adversaire cette fois.
-Je t’ai vu ! beugla le Hound enragé en changeant la trajectoire de ses rafales de feu en direction du héros masqué.
Sabre stoppa. Il était en plein centre de la pièce, largement de quoi éviter ces nouvelles attaques, mais sa volonté n’était pas de rester à se défendre comme un faible. Les boules de feu fondirent sur lui. Ses mains gantées serrèrent le manche de son arme et le katana frappa les flammes avec toute la violence dont était capable le justicier.
Cette manœuvre déstabilisa le vendeur de drogue. Qui était donc ce fou qui jouait au baseball avec ses boules de feu ?

Le temps de se questionner, il fut trop tard.
La seconde dague de jet du héros vint frapper son adversaire en plein estomac, le forçant à cesser d’arroser la pièce de flammes. Grimaçant, il lutta pour ne pas mettre genou à terre…
Il du pourtant s’effondrer quand la lame chauffée du katana lui trancha la gorge.
Le méta-humain s’écroula au sol dans un râle d’agonie. Les papiers peints du local prenaient feu, cela n’augurait rien de bon pour l’avenir de l’immeuble.
Sabre regarda quelques secondes son opposant succomber à sa lame. Face contre terre, il mourut vite, presque pas le temps de souffrir. Le justicier récupéra sa visière infrarouge et sortit de la pièce. Il y avait certes quelques cadavres dans le couloir mais la plupart des Hounds rampaient déjà vers le rez-de-chaussée.
Temper Jones les rejoignit d’un pas rapide. Sans ses lunettes, il pouvait voir aisément la peur, la terreur dans leurs regards. Il saisit un des plus vieux par ses cheveux crépus, le tirant en arrière puis le plaquant contre un mur.
L’espace d’un instant, leurs regards se croisèrent. Le jeune homme cru que sa dernière heure était arrivée, et il ne comprenait même pas pourquoi.
Jones fixa l’afro américain, laissant planer la menace d’une mort imminente.
-Tu diras au remplaçant de votre ami le barbecue que la prochaine fois qu’un Hound tue un flic…je vous envoie tous griller en enfer.
Tenant toujours le jeune homme qui commençait à être bien content de n’être qu’un porteur de message, Temper fit glisser sa lame sur le visage de son prisonnier. D’un geste précis, il lui coupa la joue, estimant que la cicatrice laissée aiderait le jeune négro à ne pas oublier la commission.
L’instant d’après, le Hound blessé se tenait le visage, en sang. Sabre, lui, avait disparu.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Lun 4 Aoû - 23:10

-Et une rivière de diamant pour ‘’madam’’
L’accroche du sublime collier se ferma sur la nuque de la jeune collégienne qui relevait ses cheveux blonds. Elle se regarda dans le miroir alors que Tara Gifft se décalait en lui souriant.
-C’est vrai que ça t’irait mieux si tu portais une robe. Elle est très laide cette combinaison. Déclara la petite brune.
-Je n’ai pas le choix…
Linda était gênée, visiblement très gênée, mais le brillant des pierres sur sa gorge la fit finalement sourire. La rivière de diamant était tout simplement sublime, un véritable trésor.
Durant quelques instants, elle imagina qu’elle ne portait plus sa gaine isotherme mais une longue robe d’un bleu éclatant, laissant tout le loisir aux bijoux de caresser sa peau. Quelques instants ou elle oublia que ce qu’elle portait n’était pas à elle.

Plus tôt dans la soirée, Tara était venue frapper à sa fenêtre, comme quasiment tous les soirs à présent. Les deux jeunes femmes étaient devenues inséparables au collège, et profitaient de la nuit pour libérer leurs dons. Ce n’était pas seulement le fait d’être des mutantes qui les rapprochait, elles étaient également toutes deux très seules.
Bien que Tara ait eu ses deux parents, ils étaient absents très souvent et si elle n’éprouvait pas les sentiments de rancœur et de crainte que ressentait Linda, elle ne semblait pas les considérer comme sa famille. Elle avait appris à son amie qu’ils n’étaient même pas au courant de ses pouvoirs.
Si seulement John Mason n’avait rien su de la nature de sa fille, il se serait peut-être comporté comme un père et non comme un étranger ou un geôlier. Linda n’avait que des rapports tendus avec lui, et ni l’un ni l’autre ne faisaient d’effort pour améliorer la situation. John travaillait, et attendait de sa fille unique qu’elle en fasse autant quand il ne la croyait pas dans sa chambre, dans sa cage.
Une fois le verrou de la pièce surchauffée fermé, Linda n’attendait qu’une chose : la visite de son unique amie.

Le pouvoir de Tara permettait tant de choses, tant de prouesses que leurs sorties nocturnes étaient devenues plus intéressantes que les cours qui pourtant passionnait l’adolescente aux cheveux d’or. Les deux filles pouvaient parcourir des distances inimaginables en quelques minutes, main dans la main, et Tara, qui semblait bien plus espiègle et avertie que sa complice, avait vite compris l’intérêt de pouvoir geler des objectifs de camera ou des serrures.
Linda semblait toujours réticente, voire craintive lorsqu’elles s’aventuraient dans un lieu fermé et interdit au public. Elles avaient commencé par des musées puis des magasins de vêtements, beaucoup plus futiles mais non moins agréables. C’était jusqu’alors John Mason qui achetait la garde robe de sa fille et elle du bien se rendre compte qu’elle n’avait aucun goût pour s’habiller. Tara était beaucoup plus sexy et présentait un côté garce ou garçon manqué dans ses tenues qui amusait beaucoup sa complice. Elle l’enviait également, Tara était beaucoup plus libre.
Jamais miss Mason n’aurait eu l’idée d’entrer dans un cinéma pour une projection privée en pleine nuit, jamais elle n’aurait pensé pénétrer la boutique de bijoux la plus glamour d’Alexandria. Tara, elle, ne s’en privait pas. La petite brune avait toujours le sourire, quoi qu’elle fasse, et d’avantage encore quand elle faisait quelque chose d’interdit. Elle avait compris que son pouvoir lui permettait de vivre des choses exceptionnelles, et rien ne semblait devoir l’arrêter dans sa quête de sensations.

Au collège, elles se retrouvaient dès qu’il était possible de se voir. Linda se rendait en cours avec l’impossibilité d’utiliser son pouvoir dominé par le mutagène et Tara ne faisait plus l’étalage de ses dons dans l’enceinte de l’établissement, s’étant rendu compte que son amie était véritablement obnubilée par le fait que personne ne découvre qu’elle était une mutante.
Alors qu’elle venait de fermer l’attache du splendide collier, la petite brune fixa son amie par l’intermédiaire du miroir situé devant elles.
-Ca et un beau décolleté, Arthur craquerait tu sais…
Linda fronça les sourcils, lançant un regard faussement haineux à sa camarade. Tara s’était vite rendue compte de la gêne qu’éprouvait la jeune femme en présence d’Arthur Black, qui n’avait pourtant rien d’extraordinaire, et la taquinait souvent sur le sujet.
Il était évident que la fille couvée de l’éditeur n’avait jamais connu de telles expériences dans la chambre de son manoir isolé et Tara poussait en vain la petite blonde à aborder le jeune homme. Elle était déjà sortie avec des garçons, tout d’abord pour faire comme tout le monde puis ensuite pour s’amuser mais bien souvent, elle ne leur trouvait rien de spécial et rompait très vite, préférant être seule pour pouvoir se téléporter et voir du pays.
Tara avait compris que Linda avait aussi ce caractère, sauf qu’elle n’avait jamais embrassé personne. La petite blonde ne semblait trouver aucun garçon à son goût que ça soit dans la cours du collège ou dans les rues.
Aucun sauf un : Arthur Black.

Linda entreprit de reposer le magnifique collier ceignant son cou. Tara toussota.
-On pourrait les garder, dit-elle d’une voix retenue, sachant très bien la réaction de son amie.
-Je ne veux pas voler…
Les deux adolescentes en avaient déjà parlé à plusieurs reprises. Elles étaient toutes les deux issues de familles aisées et cela se sentait dans leur éducation, quoique l’attitude de Tara laissait parfois penser qu’elle avait été élevée dans une famille de boxeurs tellement elle pouvait se montrer hargneuse. Pourtant, si Linda considérait le vol comme un sacrilège, Tara lui avait dit que rien ne justifiait qu’une chose devait rester en possession de quelqu’un s’il ne l’avait pas méritée. La jolie adolescente aux cheveux de jais n’avait pas voulu soutenir la conversation qui s’en était suivie car Linda mettait en avant une éthique impeccable. On voyait qu’elle avait beaucoup lu et qu’elle connaissait les mécanismes du monde sans en apprécier le fonctionnement. L’idéalisme et la naïveté de la fille de John Mason faisaient souvent sourire son amie beaucoup plus au fait des réalités. Elle était persuadée que le monde était pourri, et que des beaux sentiments ne le changeraient jamais.
Lentement, elle repoussa la main de Linda qui se dirigeait vers l’accroche. Cela faisait plusieurs mois qu’elles étaient devenues amies. Elles se considéraient comme des sœurs à présent, rien ne pourrait les séparer, elles en étaient certaines.
-Je ne te parle pas de le voler, mais juste de l’emprunter. Demain c’est samedi, Tu passes la journée avec, et on le ramène dimanche…
Linda arqua un sourcil devant l’inintérêt de ce plan.
-Pourquoi veux-tu que je passe la journée de demain avec cela au cou ? Mon père va me tuer s’il me voit avec.
Tara toussota à nouveau avant de lâcher le morceau.
-Demain, on a rendez-vous avec Arthur Black et ses copains au billard…
Linda se retourna, la bouche à moitié ouverte, prête à hurler sa haine envers sa complice…mais elle ne pu articuler un mot devant le culot et la sourire malicieux de la jolie brune.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Jeu 7 Aoû - 22:39

Les paupières encore lourdes de la jeune demoiselle s’ouvrirent lentement. Après quelques secondes, Linda se rendit compte que le décor n’était pas habituel. Elle releva la tête, curieuse, avant de constater que son oreiller était un torse masculin. Les souvenirs lui revinrent alors qu’elle reconnaissait la grange où elle avait passé la nuit.
Surprise, elle sursauta alors que la main posée jusqu’alors sur sa hanche commençait à caresser sa peau nue. Elle tourna la tête vers l’homme dans les bras duquel elle avait passé la nuit.
-Ca va ? demanda simplement Arthur en lui souriant.



Tout avait commencé vers midi, lorsque Tara était venue chercher Linda à sa fenêtre. Celle-ci avait croisé son père au matin et s’était réjouie de l’entendre dire qu’il partait pour la journée rencontrer un auteur. Ce fut sans se presser et en marchant que les deux adolescentes rejoignirent la maison de Tara. La jolie petite brune présenta rapidement ses deux parents à son amie qui bien que saluant poliment, ne pu s’empêcher d’afficher une timidité suspecte. Elle n’avait pas du tout envie de vendre la mèche au sujet des escapades nocturnes de son amie.
La fille de Sue sortit le fabuleux collier ‘’emprunté’’ de son sac alors que sa complice, visiblement beaucoup plus excitée, fermait la porte à double tour. La petite brune regarda Linda de pied en cape et grimaça. La jeune blondinette portait une jupe plissée lui descendant jusqu’aux genoux et un chemisier qui, s’il mettait sa poitrine en valeur, n’avait rien de véritablement gracieux.
-Heureusement que tu as des gros seins ! dit-elle en prenant la direction d’une grande armoire.
Linda se regarda dans un miroir. Effectivement elle n’avait rien d’extraordinaire dans cette tenue mis à par son décolleté. Avant que Tara ne vienne la chercher, elle avait pourtant fouillé sa maigre garde robe pour trouver de jolis atours mais il fallait bien concéder que les habits que lui achetait son père n’étaient pas du tout à la hauteur des splendides tenues que portait Sue de son vivant.
-Pas la peine d’y aller trop sexy non ? Cela n’est qu’une première sortie. Répondit Linda qui finalement se rassurait d’une simple entrevue entre copains.
-Si tu veux pas que je te le pique, ton Arthur, tu as intérêt à te déshabiller quand même…

Une heure plus tard, après de nombreux essais, Linda se regardait toujours dans le miroir, bien différemment accoutrée.
-Non franchement, Tara…tu es sûre que tu n’en fais pas trop là ? questionna-t-elle en dévisageant son reflet.
-Non, c’est parfait !
Tara la prit par les épaules, constatant la gêne de sa camarade. Elle la redressa d’un geste ferme, regardant avec elle le reflet dans la glace. La belle adolescente était transformée. La robe qui lui avait prêtée Tara couvrait ses épaules et descendait sur ses bras en de petites manches bouffantes en mousseline transparente. Le tissu vert descendait ensuite sur la poitrine de Linda. Tara avait réglé les bretelles de son soutien gorge afin que son décolleté soit d’avantage relevé et la robe largement ouverte laissait l’imagination s’engouffrer entre les monts de la petite blonde.
Linda n’était pas trop gênée par cela, bien que n’ayant jamais pensé à en jouer, elle savait qu’elle avait une jolie poitrine comme lui avait fait remarqué son amie. Le détail beaucoup plus gênant pour elle restait la longueur de la robe, qui finalement ne couvrait presque pas ses cuisses.
-Si je me penche, tout le monde va voir mes fesses, râla-t-elle vraiment pas convaincue par le tissu flottant qui promettait de découvrir son fessier au moindre coup de vent.
-Tu veux mettre un short en dessous ?
Linda réfléchit un instant.
-Oui ! Même Madonna ne porte pas des robes aussi courtes.
-Dans le clip d’Express yourself elle est nue. Cette robe te va très bien ! insista Tara amusée par la pudeur de sa complice.
Linda n’avait jamais vu le clip en question et continua à se regarder dans le miroir, perplexe. Ce sentiment fut accru quand elle vit revenir Tara une paire d’escarpins à la main.
-Tu ne vas pas me dire que mes chaussures non plus ne sont pas assez bien ? lança l’adolescente aux cheveux d’or en arquant un sourcil.
Tara regarda un instant la paire de mocassins en cuir brillant bien rangés à côté du lit puis revint plonger son regard malicieux dans les yeux de Linda. Pour toute réponse, elle soupira.

La jeune femme savait visiblement ce qu’elle faisait. Tara para Linda du collier de diamant, la coiffa et la maquilla, s’amusant visiblement beaucoup plus qu’avec une douzaine de poupées Barbie. Finalement, la petite blonde fut rassurée de voir que son amie revêtait un accoutrement digne du sien. Pour ne pas changer ses habitudes, Tara sortit une seconde robe noire qu’elle n’avait pas fait essayer à la fille de l’éditeur. Une demi-heure plus tard, les deux jeunes demoiselles prirent la direction de la salle de jeux.
Seule Tara Gifft portait un sac à main, ayant sévèrement interdit à Linda d’emporter le sien qui selon elle était bien trop laid.
Chaque pas était difficile pour miss Mason, perchée pour la première fois sur des talons hauts. Etrangement et alors qu’elle ne l’avait jamais vue en porter, Tara avançait en de petits pas d’une stabilité étonnante.
Les deux jeunes femmes arrivèrent devant la salle de jeu avec trois bons quarts d’heure de retard. Tara lança un regard rassurant à son amie dont le cœur semblait devoir exploser. Malgré le retard, Arthur et son camarade s’étaient montrés patients. Le jeune homme salua les nouvelles entrantes d’un signe de main.
Alors que Linda osait à peine répondre d’un léger mouvement du poignet, Tara adressa aux deux adolescents un franc sourire. La jeune femme aux cheveux de jais invita sa blonde camarade à passer la première d’un discret coup de coude. Elle faillit éclater de rire en voyant Arthur Black et son ami prendre un teint écarlate en découvrant la collégienne exceptionnellement courte habillée. Tara emboîta le pas de son amie en se retenant de rire de la situation. Linda était une fille sublime mais elle l’ignorait. Tara était persuadée qu’une fois passée entre ses mains, Arthur Black irait lui décrocher la lune ou n’importe quel astre du ciel.
Le regard du jeune homme ayant du mal à quitter les jambes de la belle alors qu’elle s’approchait, Tara pria juste pour qu’elle ne se torde pas la cheville à cause de ses talons.

Linda s’avança vers les deux garçons, consciente que leurs regards étaient différents du collège. Elle avait eu cet étrange sentiment dès son entrée dans la salle de jeu, certaine qu’Arthur était présent. S’approcher de lui était à la foi éprouvant et terriblement excitant. La jeune femme ignorait totalement la cause de ce sentiment. Elle y avait réfléchi tant de fois, sans trouver de réponse, qu’elle ne pouvait que penser à l’Amour…mais c’était tellement idiot de tomber amoureuse d’un garçon à qui elle n’avait presque jamais parlé.
Le collégien était vêtu sobrement, d’un jean, de mocassins en cuir et d’une chemise de marque, et cela lui allait beaucoup mieux que l’uniforme. Essayant de ne pas croiser son regard, Linda se grandit sur la pointe des pieds pour l’embrasser sur la joue et recommença la manœuvre avec son ami.
A bien y réfléchir, c’était sa première sortie entre copains…la première de sa vie.
Elle aurait peut-être préféré ne pas ressentir cette gêne que la présence d’Arthur occasionnait.
Coupant court à toute réflexion superflue, Tara s’excusa du retard et proposa que l’on commence à jouer. Tous comprirent d’où venait cet empressement quand les filles gagnèrent la première partie par K O. Si Linda n’avait pas rentré une boule, complètement novice, l’adolescente aux cheveux noirs avait ridiculisé ses adversaires.
Comme quoi ça servait à quelque chose de ne pas rentrer directement chez soi après les cours.
Les parties s’enchaînèrent, laissant inlassablement l’équipe de Tara victorieuse si bien qu’elle du chercher d’autres adversaires. Entraînant l’ami d’Arthur, prénommé Stan, jouer contre deux adultes, l’espiègle collégienne lança un discret clin d’œil à sa complice.
Sur le moment, Linda ne su pas si elle devait la remercier ou la maudire.
Par chance, Arthur n’eut pas une seule fois l’idée de se placer derrière la jeune femme lorsqu’elle se penchait pour jouer. Linda restait gênée de sa tenue et son regard ne devait pas tromper car Arthur paraissait tout aussi gêné de se retrouver seul avec elle.
Doués ni l’un ni l’autre pour le billard, la partie fut longue, les boules n’étant que rarement empochées. Tellement longue qu’ils ne purent se taire indéfiniment.
Les paroles banales remplacèrent les regards équivoques, les sourires remplacèrent les moues embarrassées. Finalement, Tara et Stan revinrent alors que Linda et son partenaire n’avaient toujours pas fini leur partie, plus occupés à parler de comment réussir un coup qu’à jouer. L’adolescente aux cheveux noirs sourit en s’approchant de la table, constatant que les deux tourtereaux avait passé la barrière du langage oral…se donnant même à cœur joie de critiquer l’incompétence de l’autre dans le domaine.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Jeu 7 Aoû - 22:39

L’après midi passa d’une façon très agréable. Même Stan était un garçon sympathique et cultivé. Devant la domination de Tara au billard, le quartet fut obligé de jouer à autre chose, Arthur et son ami en montrant à leur tour dans le maniement des flippers de la salle de jeu.
Seule Linda ne se révéla douée pour rien, ce qui ne sembla n’étonner personne venant de la première de sa classe. Heureusement les quatre jeunes gens ne firent pas que jouer et les conversations furent soutenues.
De ce côté-là, Linda n’avait de compte à rendre à personne. Les deux garçons, plus vieux qu’elle d’un an, furent étonnés de voir qu’elle connaissait déjà le programme de l’année suivante quand ils lui demandèrent ce qu’elle prévoyait pour son avenir. Tara remarqua que son amie était à l’aise lorsque l’on parlait des cours et s’empressa de guider les conversations sur le sujet, qui pourtant l’ennuyait au plus haut point.
Qu’est-ce que l’on ne ferait pas pour ses amies ?
Arthur et Stan la prévinrent de la difficulté de leur enseignement, véritablement bluffés par les connaissances de la jeune femme qui en savait plus qu’eux sur certains points de leurs propres cours. Pourtant…c’était là.
Linda était passionnée par l’enseignement, par la culture. Elle avait vécu dans les livres depuis sa plus tendre enfance et elle brûlait d’enthousiasme à l’idée d’évoquer ces sujets mais, au plus profond d’elle, elle ne parvenait pas à ce défaire de cette envie irrésistible.
Arthur était là, tout près d’elle.
Parfois ils se frôlaient, sa courte robe volante frappait le jean du jeune homme dans un mouvement voluptueux. Parfois leurs mains étaient tellement proches qu’elle aurait pu toucher sa peau.
Il n’y avait rien à y faire, se concentrer sur une boule de billard ou sur une conversation sur la démographie américaine ne changeait rien. Lé désir était là et rien ne semblait pouvoir le stopper. Arthur Black l’attirait inexorablement sans qu’elle sache pourquoi, et il devenait d’autant plus délicat de ne pas l’embrasser par surprise tant elle se rendait compte qu’il s’agissait d’un garçon gentil et agréable.

Le lendemain matin, Linda se remémora rapidement de l’instant où Tara encouragea Arthur à la raccompagner chez elle. Ils avaient discuté le long du chemin, de choses plus intimes, de leurs familles, de leurs relations avec les professeurs, avec leurs amis finalement rares tant pour l’un que pour l’autre.
Arrivés devant l’imposant portail du manoir, Linda avait hésité. Oh pas longuement…mais un instant. Elle revoyait encore le regard surpris mais heureux du jeune homme lorsqu’elle lui avait proposé d’aller boire un verre quelque part. John Mason n’était pas encore rentré mais elle avait menti, prétextant de devoir prévenir son père pour s’enfoncer dans le sous-sol du bâtiment et s’injecter une nouvelle dose de mutagène, inhibant ses pouvoirs pour la nuit.
Arthur l’avait regardée revenir le long du chemin de gravier, hésitante sur ses talons, manquant l’entorse tous les trois pas.
Ils avaient pris la direction du centre ville mais n’avaient pu attendre.
Ils en avaient envie tous les deux. Aucun n’avait parlé depuis le retour de l’adolescente.
Elle ne souriait plus lorsqu’elle lui adressa un regard, comme une demande.
Son sourire la rassura. Ils s’embrassèrent sur le bord de la route.
Le goût de ses lèvres était un délice. Il n’y avait jamais rien eu de meilleur que ce baiser.
Lentement, ils se dirigèrent main dans la main vers une grange proche de la demeure des Mason.
Bien plus tard, largement plus tard, Linda répondit au sourire de son amant. Elle était nue, débarrassée de son collier et de sa robe, étendue sur le flanc, sa tête posée sur le torse d’Arthur. Il se regardèrent un instant puis leurs lèvres se rejoignirent. Linda laissa courir ses mains fines sur la peau du jeune homme étendu à même une couverture trouvée là et jetée sur des bottes de paille.
Elle se remémora le goût de sa peau, la saveur de ses baisers, la douceur de ses caresses, tout lui revint de cette nuit où elle n’avait pratiquement pas dormi. Elle se redressa et s’installa sur le corps d’Arthur, écrasant sa poitrine sur le torse du collégien. Elle était une femme à présent, elle avait fait l’amour toute la nuit et avait découvert des sensations inconnues. Inconnues mais tellement agréables.
Linda n’avait qu’une envie, recommencer, et elle se rendit vite compte qu’Arthur Black partageait le même désir. Il était prêt à la combler à nouveau quand il fronça les sourcils.
-Ca va ? redemanda-t-il. Tu as vraiment froid on dirait.
Linda sursauta. Elle s’échappa des bras du jeune homme, paniquée. Elle ne s’était même pas aperçue que son pouvoir réapparaissait entre les bras de son amant. Elle remit en vitesse ses dessous et sa robe. Il fallait trouver une excuse pour s’enfuir, pour ne pas montrer son pouvoir maintenant !
Hors de question de le montrer maintenant !
-Mon père ! Mon père va se demander où je suis ! Je dois y aller.
Arthur regarda la jeune femme se rhabiller comme une furie, aussi gêné qu’elle de la situation. Elle replaça ses douloureux escarpins et fit quelques pas vers la porte encore entrouverte de la grange avant de stopper.

Lentement, Linda se retourna vers son amant. Elle avait encore en mémoire leurs ébats nocturnes. Dans aucun de ses rêves elle n’aurait pu imaginer cela. Cet homme lui avait véritablement fait connaître autre chose, un autre monde et elle ne rêvait que de gémir et jouir encore entre ses mains…mais elle devait l’abandonner.
Le froid gagnait ses lèvres, dans quelques minutes elle ne pourrait le contrôler, le givre se formerait sur sa peau mais elle ne pouvait pas partir ainsi.
D’un pas rapide, la jeune femme se dirigea à nouveau vers Arthur qui n’osait pas bouger, nu comme un ver sur la couverture. Sa main était froide, peut-être trop froide mais qu’importait !
Les doigts de Linda glissèrent sur la joue du collégien alors qu’elle approchait à nouveau ses lèvres.
Ils s’embrassèrent à nouveau, passionnément. Leurs langues se mêlèrent alors que les doigts de l’étudiante se crispaient dans la chevelure de son amant.
Elle ne voulait que rien n’arrête ce baiser.
Elle voulait juste rester collée contre lui, l’embrasser, le toucher, le sentir contre sa peau, le sentir en elle encore une fois.

Linda se releva, reprenant son souffle après cet interminable baiser.
Elle regarda son amant dont les yeux brillaient d’excitation et de désir.
-On se voit demain ? demanda-t-elle le souffle court.
Arthur la regarda avec un air ahuri et conquis, ne portant plus attention à son décolleté provoquant ou à sa robe laissant voir ses cuisses. Seul comptait son regard et son sourire.
-Oui…on se voit demain…
La jeune adolescente sourit de toutes ses dents et voulu donner un rapide baiser d’au revoir à son premier petit copain.
Leurs lèvres se scellèrent à nouveau pour plusieurs minutes dans un baiser fougueux avant que Linda ne s’enfuie de la grange en courant, maladroitement perchée dans ses escarpins.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Mer 21 Jan - 15:13

La main frêle de la petite blonde se posa sur la grille du manoir Mason. Comme tous les soirs, rentrer chez elle rien que quelques heures faisait horreur à Linda. Depuis ce jour et cette nuit fantastique dans les bras d’Arthur, la jeune demoiselle vivait un véritable rêve, du moins lorsqu’elle n’était pas prisonnière de l’enceinte de sa propre maison.
Le garçon était un amour, prévenant, doux, drôle et un amant fantastique. Tara exigeait d’ailleurs de son amie des rapports détaillés et ne manquait pas de la conseiller sur les façons de subjuguer un homme au lit. Très loin de toutes ces considérations avant de rencontrer Arthur Black, Linda avait bien du se rendre compte que les conseils de sa partenaire mutante portaient leurs fruits.
Avant de pousser la lourde grille du manoir, miss Mason se recoiffa du bout des doigts. Elle était passée quelques instants dans le gymnase du collège après les cours. Arthur trouvait les énormes tapis de mousse très confortable pour faire l’amour.

John était là ce soir. De plus en plus fréquemment, il ne rentrait pas de la nuit, pour le plus grand bonheur de sa fille unique qui pouvait voir Tara sans se soucier d’une visite importune dans sa chambre délaissée.
Le père et la fille dînèrent religieusement dans le grand salon du rez-de-chaussée. L’éditeur n’avait pas l’air de meilleure humeur que d’habitude. Depuis combien de temps n’avait-il pas montré un peu de tendresse à Linda ? Etrangement, ce soir, la belle adolescente éprouva une profonde pitié pour cet homme qu’elle ne connaissait finalement pas. Se réfugier dans le travail était fatalement la seule défense de John. La maison d’édition profitait des efforts quotidiens de son dirigeant, et Linda savait que sans tout ce travail accompli, jamais le manoir ne se serait vu équiper du laboratoire sous terrain.
Le plus souvent affairé à lire ou à boire de nombreux verres de scotch, John Mason semblait se résoudre à une certaine solitude quand il rentrait au manoir. Pourquoi rentrait-il d’ailleurs ? Il ne semblait pas plus heureux que Linda d’être chez lui. Pendant un instant, la petite blonde se demanda si son père se réjouissait comme elle de sa vie à l’extérieur. Avait-il des maîtresses, des amis en dehors des murs épais de leur bâtisse ?
L’homme se rendit compte qu’il était observé d’une inhabituelle manière.
- Qu’est-ce qu’il y a ? Tu n’as pas faim, demanda-t-il sans se douter des profondes réflexions de sa fille
Fut-ce à cause du bonheur qu’elle connaissait dans les bras d’Arthur que Linda se risqua à ouvrir son cœur à celui qui lui avait donné vie ? Malgré ses seize ans, elle décida de faire le premier pas vers son géniteur.
- Je me disais que vous aviez l’air triste, lâcha-t-elle avant de plonger ses yeux bleus dans le regard de son père.
L’éditeur marqua une pause, étonné par la remarque.
- Je suis juste fatigué, tu sais que je travaille beaucoup.
- Mais…vous ne vous reposez jamais, je trouve cela dommage, continua la jeune femme sans baisser le regard.
- Me reposer ! Il y a beaucoup de monde qui compte sur moi, et toi la première, Linda. Ta mère voulait qu’on s’occupe de toi du mieux possible.
- Maman est morte…
Le silence retomba quelques secondes. Le père et la fille restèrent à se regarder comme deux chiens de faïence, immobiles, puis John se leva, laissant son assiette.

Physiquement, John Mason n’était guère imposant. Linda le regarda marcher vers la grande cheminée du salon et s’allumer une cigarette.
- Te souviens-tu de ce jour là, Linda ? demanda-t-il.
Sa voix tremblait. Il tira une longue bouffée de fumée qu’il recracha aussitôt. La jeune adolescente n’osa répondre devant le ton autoritaire qu’avait pris son père. Sue restait un sujet tabou entre eux. Jamais il n’en parlaient bien longtemps et leurs visites au cimetière se déroulaient dans le plus solennel silence. L’éditeur attendit une réponse de sa fille quelques instants, puis continua.
- Quand j’ai retrouvé ta mère dans la voiture, elle était couverte de givre…tu sais…ce qui sort de toi.
Linda le regarda, les pupilles dilatées par l’étonnement et le chagrin. Comment pouvait-il lui lancer ça en pleine face ?
- Vous êtes injuste ! bredouilla-t-elle au bord des larmes. Je n’ai jamais voulu…
- Oh tu n’as sûrement pas fait exprès…Mais tu l’as fait.
- Pourquoi me dites vous ça, père ? demanda la jeune femme ivre de désarroi.
John Mason se tourna vers sa fille et tira une nouvelle bouffée de fumée nocive avant de répondre.
- Quand je te vois, je pense à ta mère, tous les jours. Lâcha l’homme avec une certaine colère dans le regard. Même si tu redevenais normale, jamais je n’oublierais ce que tu as fait. Je suis ton père et j’ai promis à ta mère de tout faire pour toi…mais quand on voit où ça mène…
- ASSEZ !
Linda se leva à son tour, en larmes. Si elle n’avait pas été sous l’influence du mutagène, elle aurait volontiers expulsé sa rage sur ce père ignoble dans des rafales de glace.
- Allons ! Tu ne vas pas nous faire un caprice non ? Tu es assez grande pour être responsable de tes actes maintenant, lâcha John sur un ton sec. Ce n’était pas ta faute mais réalise ce que tu es. Ces pouvoirs que tu as, tu t’en amuses comme si c’était un don de dieu, Linda ! Ils ont tué ta mère !
La jeune femme resta bouche bée. Un instant, elle repensa à son affrontement avec Tara et l’état dans lequel elle avait laissé sa camarade.
- Je ne…balbutia la petite blonde.
- Quoi ? Tu n’es pas un monstre…Si Linda, c’est triste mais c’est comme ça. Et toi et moi devons le vivre tous les jours.
La belle adolescente pleurait maintenant sans retenue.
- Je suis normale, papa…
L’éditeur ne répondit pas. Son regard était définitivement celui d’un étranger. Un père normal aurait passé sa main sur la joue de sa fille, gentiment, l’aurait serré contre lui, l’entourant de ses bras solides et rassurants. Linda le regarda terminer sa cigarette plus lentement.
- M’avez-vous déjà aimé, père ? sanglota la jeune demoiselle.
Mason dévisagea sa fille unique. Elle ressemblait tellement à Sue. Ses larmes dégoulinaient jusque sur son menton mais John n’avait pas envie d’avoir pitié. Sous son apparence d’adolescente en pleurs, Linda avait ruiné sa vie.
- Oui…Je t’ai aimé comme on aime sa fille…il y a longtemps.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Jeu 22 Jan - 4:32

Qu’aurait-elle pu attendre ? Eut-elle espéré rien qu’un instant que la porte de sa chambre surchauffée s’ouvre sur son père désolé de toutes ces horreurs ? Non…Linda savait que la porte resterait close, l’enfermant dans sa solitude. Elle n’avait jamais voulu parler à son père de tout cela, de cet amour père fille qui semblait si absent, et elle en connaissait maintenant la raison.
Durant toutes ces années où elle pensait se faire des idées, elle n’avait jamais osé crever l’abcès, demander à John ce qu’il avait dans le cœur. Savait-elle au fond d’elle-même qu’il n’y avait rien, certainement depuis le début ? Arthur, Tara, ses professeurs, tous ces gens qui la rendaient vivante durant la journée…tous ces gens semblaient tellement inutiles en ce moment précis. Linda aurait échangé tout cela contre l’amour de son père.

Deux étages plus bas, l’éditeur se tenait debout dans son bureau. Dans sa main droite, il tenait une photographie de sa famille, quand il y avait encore une famille ; dans sa main gauche, un verre de whisky sans glace.
L’image était belle. Lui était fier, n’arborant qu’un petit sourire de chef de famille protecteur et bienveillant. Sue était radieuse à ses côtés, sublime comme un levé de soleil, ses longs cheveux blonds rabattus sur son épaule. La photo avait été prise par Linda, quelques mois avant qu’elle ne subisse sa mutation. Quelques années avant que cette catin n’aille se faire baiser par Vauhn dans son dos…
Malgré l’envie qu’il eut de jeter l’image au sol, John la rangea lentement là où il l’avait prise.
Il n’avait aucune idée de l’avenir, ni pourquoi Dieu lui avait imposé une telle souffrance…Avaler son verre de scotch lui paru une bonne façon d’oublier de se poser ces questions stupides. S’il en avait eu le courage, il aurait chassé Linda de SON manoir. Si seulement Sue ne l’avait pas tant hanté depuis des années. Elle semblait être dans la pièce, calme, tout à la fois douce et sévère envers son époux.
John tourna la tête vers la fenêtre de son bureau, Sue s’y tenait, vêtue d’une longue robe blanche, telle un fantôme. Il pu lire son regard. Elle regrettait tout cela, mais n’excusait rien. Il n’avait pas le droit d’abandonner Linda, elle serait inflexible…
L’éditeur secoua la tête et termina son verre avant de regarder à nouveau vers la fenêtre. Il était seul, perdu.

La jeune femme avait beau être dotée d’aptitudes extraordinaires, une telle chute lui avait arraché un gémissement de douleur. Ses pouvoirs revenus, Linda n’avait pas réussi à rester prostrée dans sa chambre. Peu importait ce père qui ne l’aimait pas après tout. Tara disait toujours qu’il fallait positiver, et c’est ce que la petite blonde comptait faire. Il lui avait fallu deux bonnes heures pour se remettre mais elle avait pris la décision de sauter par la fenêtre avec une détermination digne de celle de son amie.
Voilà où était sa vie : Tara, Arthur…les études.
Elle se releva lentement, tâtant sa cheville qui avait légèrement tourné lors de l’atterrissage. Elle ne s’était jamais rendue compte lors des téléportations de Tara que trois étages reflétaient une sacrée hauteur. En fait elle se demanda si elle n’aurait pas pu se blesser grièvement.
Linda regarda sa fenêtre plusieurs mètres au dessus d’elle. Peut-être qu’elle n’aurait plus jamais à remonter là haut, elle n’avait pas encore décidé. A grands pas, elle s’enfuit en direction du mur d’enceinte. Le professeur Vauhn lui avait montré jusqu’où elle pouvait déployer ses dons. Tendant la main vers le mur de pierre, la jeune femme créa une marche de glace, y prenant appui pour sauter l’obstacle.
Plus jamais elle ne voulait vivre un tel dîner avec son père, même si cela devait impliquer de faire bonne figure quelques heures par jour pour vivre heureuse. Elle prit la direction du centre ville, là où se trouvaient les êtres qu’elle aimait.

Tara Gift se réveilla en pleine nuit lorsque plusieurs cailloux frappèrent sa fenêtre. Toute ébouriffée, elle réussit tout de même à ouvrir les yeux pour voir Linda dans sa combinaison isotherme en bas de sa maison. Les deux jeunes femmes dormaient habituellement peu et c’est presque en maudissant son amie que Tara la rejoignit quelques minutes plus tard, sacrifiant sa nuit au nom de l’amitié.
- J’espère que tu ne m’as pas réveillée pour rien, maugréa-t-elle faussement fâchée.
- Désolée, j’ai vraiment besoin de décompresser là, répondit Linda dont le regard était aussi perdu que décidé.
- Tu t’es fâchée avec Arthur ou quoi ? demanda la brunette en pyjama.
La fille de John Mason ne voulut pas donner de détail sur sa cauchemardesque soirée, se contentant d’un ‘’mon père’’ pour toute réponse. Tara avait saisit depuis bien longtemps que ce sujet était sensible et le dépit de son amie chaque fois qu’elle retournait chez elle était visible. Pour que Linda la dérange en pleine nuit avec un air aussi déterminé, cela avait du être grave. Sans même l’avoir rencontré, Tara détestait cet homme. On ne pouvait pas être un homme correct pour rendre son propre enfant malade à ce point.
- Il ne t’a pas frappée ? risqua Tara en regardant le visage de son amie.
Malgré l’obscurité, elle ne discernait aucun bleu sur le joli minois de la petite blonde.
- Non…et j’ai envie de me défouler, pas d’en parler toute la nuit.
Tara Gift posa son poing sur sa hanche. C’était un geste qu’elle faisait souvent quand elle se sentait mise au défi ou qu’elle était enthousiaste. Elle adressa un large sourire à sa camarade.
- Je file passer ce qu’il faut et on va aller se défouler alors !
L’instant d’après, la jeune femme avait disparu. Elle ne fut pas longue à réapparaître, se téléportant depuis sa fenêtre, parée d’une tenue tout aussi noire que moulante, beaucoup plus opportune aux ballades nocturnes dont avait l’habitude les deux jeunes femmes.

A peine quelques minutes avaient suffi aux deux collégiennes pour se retrouver là où Linda voulait se rendre. Tara la regarda avec étonnement.
- Et qu’est-ce que tu veux faire là dedans ? demanda la jeune femme sans vraiment comprendre.
- Je ne sais pas…un tour en Rolls !
La mutante aux cheveux de jais regarda à travers la large vitrine du garage de luxe. Le concessionnaire de voiture anglaise n’avait que peu de modèles en exposition mais Jaguar et Rolls Royce semblaient briller même en pleine nuit.
- Comment ça un tour en Rolls ? Tu veux qu’on vole une voiture, s’inquiéta Tara.
- Je veux juste faire un tour, pas la voler. Tu as déjà roulé dans une telle voiture toi ?
Tara haussa les épaules.
- Oh mais moi ça ne me dérange pas, ça m’étonne juste de ta part, toi qui m’en veut dès que je pique une bière dans un magasin.
Linda réfléchit un instant. Elle n’avait pas l’habitude de voler et détestait ça à vrai dire, mais ce soir, elle avait envie de faire des folies.
- On la ramène après, et tu dis toujours que ça ne fait de mal à personne. Là nous ne faisons de mal à personne non ?
La petite brune ne pu retenir un rire devant le naturel de son ami revenant au grand galop.
- T’inquiète pas, j’ai compris ! On va le faire ce tour en Rolls…tu avais un plan pour rentrer ou c’est encore moi qui doit penser à tout ?



Les deux adolescentes avaient déjà visité bien des lieux fermés durant leurs sorties nocturnes. Linda se débrouillait à merveille pour obturer les objectifs des caméras de surveillance d’une épaisse couche de glace. En moins de deux minutes, les acolytes furent à l’intérieur du garage, pouvant caresser les carrosseries brillantes des luxueux bolides.
A vrai dire, Linda ignorait si elle désirait vraiment rouler dans une voiture si belle et exprimer son goût pour le luxe, ou juste faire quelque chose d’interdit. Tara ne se posait plus la question depuis longtemps. C’était l’interdit qui l’attirait. Elle ouvrit la portière conducteur et invita son amie à rentre à la manière d’un majordome. La jolie blonde s’installa sur le fauteuil confortable, remerciant sa camarade de quelques mots avec un accent mondain plus forcé qu’à l’habitude. Tara nota la différence et sourit amicalement, son amie avait par nature un phrasé soutenu, voire snob.
La téléporteuse fit le tour du véhicule et s’installa à la place du mort, tout sourire.
- Où va-t-on, miss Mason ? demanda-t-elle.
Linda la regarda, un petit air déçu au fond de ses grands yeux bleus.
- Les clés ne sont pas dessus…
- Ils ne sont pas complètement débiles dans ce garage, rétorqua Tara qui trouva la chose évidente.
- Que faisons nous ? Tu crois qu’ils les cachent quelque part ? demanda Linda qui était toujours aussi empotée dès lors qu’il s’agissait d’autre chose que ses cours et ses livres.
- Ca c’est sûr, ou alors le gérant les garde dans son slip toute la journée, répondit Tara Gift moqueuse. Et quand on aura les clés, tu comptes défoncer la vitrine ? Je te préviens elle doit être blindée vu le prix des voitures.
Linda regarda son amie. Pour une fois, elle avait eu une idée sans que Tara ne la devance.
- Tu peux nous téléporter avec la voiture de l’autre côté, déclara-t-elle sans sourciller.
- bein voyons…comme si c’était fac…
La petite brune n’eut pas le temps de terminer sa phrase, Linda lui posa la main sur la bouche pour la faire taire.

Tara regarda son amie, comprenant tout de suite ce qui avait entraîné cette réaction, mais dieu que la main posée sur ses lèvres était froide. Lentement, elle ôta les doigts de Linda de son visage, essayant de bouger le moins possible.
Un faisceau lumineux se baladait dans l’obscurité du garage. Les deux adolescentes se crispèrent sur leurs fauteuils, essayant de se faire aussi petites que possible. Avec des véhicules de ce prix à la vue de tous, il était évident que la vitre était blindée. Il était tout aussi évident qu’il pouvait y avoir un gardien de nuit.
Linda serra ses mains l’une contre l’autre, le stress ne favorisait pas le contrôle de son pouvoir et elle sentait le froid s’échapper de sa peau petit à petit. Le rayon de la lampe torche passa plusieurs fois à travers l’habitacle de la Rolls Royce mais le gardien ne sembla pas apercevoir les silhouettes à l’intérieur. Le bruit de ses pas était lourd, il devait s’agir d’un homme, d’une bonne corpulence. Tara hésitait à tourner la tête pour voir d’où venait le faisceau lumineux. Le moindre geste pouvait trahir leur présence dans l’habitacle de la Rolls.

Le gardien éclaira une des trois caméras présentes. La couche de glace qui la recouvrait ne le rassura pas. D’un geste rapide, il balaya le garage de sa torche. Personne…en apparence.
L’homme n’avait pas fait de grandes études mais en plein printemps, ce n’était pas naturel qu’une caméra gèle toute seule. Ce qui se passait cette nuit n’était pas normal, pas besoin de sortir d’Harvard pour le comprendre. Plein de bon sens, il dégaina son arme, ratissant une nouvelle fois le garage de sa torche.
De belles voitures comme ça, bien entendu que quelqu’un essayerait de les voler un jour. Lui avait horreur des voleurs. Il s’agenouilla et éclaira sous les voitures. Peut-être un pied qui traînait trahirait ces bandits, ou ils pensaient échapper à sa vigilance en se couchant au sol. Malheureusement cette brillante idée ne fut pas couronnée de succès, il n’y avait rien d’étrange sur le sol du garage.
Tel Martin Riggs, son revolver et sa torche croisés devant lui, le courageux gardien entreprit de contrôler l’intérieur des véhicules. Il n’y avait que là où les voleurs pouvaient encore se cacher. L’homme armé se demanda si tout cela valait bien le coup. Que se passerait-il s’il tombait sur des brigands plus armés que lui ou avec un fusil cryogénisant ? Il n’était pas dans l’arme fatale mais malgré tout, il était payé pour ça…
Ce fut lorsqu’il s’approcha de la Rolls Royce Corniche que le gardien sursauta. Traversant la vitre de la portière passager, la torche éclaira une jeune femme, brune, aux yeux bleus. Il pu lire de la peur dans ce regard découvert, mais lui-même fut suffisamment surpris pour commettre l’irréparable. La vitre éclata sous l’impact de la balle. Le gardien ne tira qu’une fois, par réflexe. Jamais il n’aurait tué une adolescente de son arme, jamais sauf si le stress de son job n’avait pas eu raison de ses nerfs, nuit après nuit.

L’homme garda son arme en main, baissée. Il éclaira à nouveau l’habitacle par la vitre détruite. Etait-il fou ? Pendant plusieurs jours, il reverrait le regard bleu de la jeune femme dans la voiture, sans savoir s’il l’avait rêvé ou si quelque chose d’inexplicable s’était produit cette nuit là.
Quoi qu’il en fût, le gardien fut soulagé en ouvrant la portière. La voiture était vide. La balle avait troué le siège conducteur. De beaux dégâts…il allait sûrement se faire virer dès le lendemain.
A peine à quelques mètres, les deux adolescentes se relevèrent du saut qu’avait provoqué Tara. Toutes deux s’était réceptionnées sur les fesses, maintenant douloureuses. Elles se retournèrent de concert pour voir l’intérieur du garage. L’homme à la torche regardait à l’intérieur de la Rolls. Tara l’avait fixé droit dans les yeux avant de se téléporter, serrant la main de Linda fortement.
- Il a tiré ? Tu n’as rien ? s’inquiéta Linda.
La fille aux cheveux noirs n’avait même pas pris conscience qu’elle aurait pu être blessée si elle ne s’était pas téléportée si vite. Rapidement, elle vérifia que la balle ne l’avait pas touchée.
- Non…ça va…mais quel connard de tirer comme ça !
Linda ne savait que dire, Son amie aurait pu mourir mais elle semblait tout aussi prête à retourner dire sa façon de penser à l’homme à la torche.
La torche…qui éclairait maintenant à travers la vitre blindée ! Linda se maudit, elles n’étaient vraiment pas prudentes. Le gardien avait du les entendre et éclaira la rue.
Comme la Rolls Royce, celle-ci était vide.
Tara téléporta le duo plusieurs mètres plus loin. Linda tremblait d’excitation ou de peur, tenant toujours la main de son amie au risque de lui geler les doigts.
- Désolée…je n’aurais pas du t’entraîner ici, lâcha la jolie blonde pleine de regrets.
- Tu plaisantes ! On commence juste à s’amuser ! lança Tara en souriant à nouveau. Viens, je vais te montrer comment je me défoule moi !
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Mar 10 Mar - 21:53

Les deux jeunes femmes traversèrent le centre ville en quelques minutes, profitant des capacités de Tara. Une détermination nouvelle flamboyait dans le regard de la jeune femme aux cheveux de jais alors qu’elle guidait le duo d’un coin de rue à l’autre.
Linda regarda sa complice avec admiration, elle adorait se faire téléporter ainsi, le décor semblant changer à chaque battement de ses paupières. Les rues d’Alexandria lui étaient bien moins familières qu’à son amie. Celle-ci avait du les parcourir des milliers de nuits grâce à son pouvoir.
Qu’aurait donc dit John Mason s’il avait su les fréquentations et les activités de sa progéniture ? Linda chassa cette idée fugace de son esprit, entraînée vers la banlieue bourgeoise de la ville.

- Nous-y voilà, chuchota Tara.
Le dernier saut avait conduit les deux adolescentes à l’abri des ombres inquiétantes dessinées par le feuillage d’un saule pleureur. Tout le quartier était éclairé par de puissants lampadaires, sans doute gage de sécurité dans ces petites allées bétonnées séparant les villas neuves des cadres et autres médecins du Minnesota. Tara intima à sa blonde amie de se faire discrète et de rester dans l’ombre.
- Que se passe-t-il ? demanda Linda sans comprendre le but de cette manœuvre.
- Je n’ai pas très envie qu’on nous remarque, répondit Tara, et puis c’est exaltant de se cacher non ?
Linda s’était sans doute trop cachée toute ces années dans sa propre chambre ou dans son laboratoire, elle ne répondit que par une moue peu inspirée.
Presque invisible dans sa combinaison noire, Tara s’avança d’un pas et écarta quelques branches, semblant inspecter une propriété toute proche.
- Mais que fais-tu, voyons ? poursuivi La petite blonde en s’avançant à son tour.
Tara tourna la tête, plongeant son regard dans celui de Linda, tout aussi bleu.
- Je regarde cette maison, là…Elle est vide normalement.
Miss Mason détourna les yeux pour elle aussi regarder la demeure dont effectivement aucune lumière ne trahissait la présence des occupants habituels.
- Peut-être dorment-ils tout simplement, ma chère…
- Tss tss tss, non ! déclara la téléporteuse avec une certitude qui ne manqua pas de piquer la curiosité de sa comparse. Il n’y eut même pas besoin de poser la question suivante. A la grande surprise de Linda, Tara semblait bien connaître les gens vivant dans la maison de deux étages.
- Les parents profitent de quelques jours de vacances au Mexique, ils ne rentreront pas avant le 25, et leur fille est en pensionnat. Il y a juste deux chiens…
Sans prévenir, l’adolescente aux cheveux noirs saisit la main de sa camarade et se projeta tout contre le mur de la maison, franchissant plus de cinquante mètres d’un battement de cils.

Linda se pencha vers la mutante téléporteuse, chuchotant à son oreille, de peur de se faire entendre.
- Mais que veux-tu faire, Tara ? On ne va quand même pas les cambrioler ?
- Et pourquoi pas ?...Viens…
Tara Gift entraîna la belle blonde le long du mur, inspectant celui-ci d’un œil averti.
- Tu vas voir, on va s’amuser, je te signale qu’on a failli se faire tuer parce que tu voulais voler une Rolls ! continua la petite brune en poursuivant l’inspection de la paroi.
- L’emprunter…
La discussion était vaine et surtout dangereuse. Linda n’avait aucune envie de se faire voir même si une fuite serait certainement chose aisée étant donnés les dons de Tara. Celle-ci lui fit faire le tour de la propriété, s’arrêtant devant une fenêtre, volets clos.
- A toi de jouer ma grande ! lâcha Tara en se fendant d’un sourire éclatant.
S’approchant des lourds volets de bois, Linda posa la main à plat sur la séparation, cherchant en fonction de ses poussées où se trouvait le loquet intérieur. Dans la semi-obscurité de la nuit dérangée par les lampadaires voisins, Tara fixa la belle adolescente aux cheveux d’or alors qu’elle laissait libre court à son pouvoir. Les pupilles bleues de Linda brillèrent faiblement, comme à chaque fois qu’elle utilisait son don. Ce phénomène interpellait toujours miss Gift, comme hypnotisée par l’éclat bleuté des yeux de son amie. Elle ne pouvait s’empêcher de la comparer à une chatte au regard d’argent.
Elle avait appris très jeune à se servir de son incroyable talent, fendre l’espace à volonté, sans effort, et elle n’ignorait pas l’immensité de ce pouvoir, ainsi que les diverses possibilités que cela lui procurait. De nombreuses fois, elle avait tenté d’approcher des gens comme elle. Tara vouait un véritable culte à tous ceux qui, comme elle, n’étaient pas normaux. Malheureusement, les quelques mutants qu’elle avait rencontrés dans le passé ne partageaient pas son enthousiasme. La plupart craignaient jusqu’à ce que la communauté découvre leurs pouvoirs et se terraient, certainement comme Linda aurait du le faire si elle avait suivi les volontés de son antipathique de père…
Linda était la première. La seule jusqu’alors à avoir vu en elle une amie, une sœur. La regarder canaliser le froid de sa petite main aux ongles soignés sur le loquet était magique. Comment pouvait-on ne pas se reconnaître entre méta-humains ? Comment ne pouvait-on pas voir que ces deux filles là étaient de la même race ? Tara, elle, l’avait vu.
Elle sourit lorsque Linda Mason saisit le volet et le tira sèchement, faisant voler en éclat le loquet métallique congelé.

Linda secoua son poignet, faisant tomber quelques cristaux de givre restés sur sa peau. Son sourire n’était pas aussi assuré que celui de sa comparse. La peur l’étreignait tout comme sa conscience avait refait surface. L’adolescente aux cheveux noirs ne lui laissa pas le temps de penser, prenant à nouveau sa main, la gauche pour ne pas finir avec des engelures aux doigts.
Les deux jeunes femmes se retrouvèrent instantanément de l’autre côté de la vitre. Tara traversait à volonté tout obstacle de verre, n’étant arrêtée que par la portée de sa vision dans l’expression de son pouvoir. Elles restèrent immobiles, silencieuses. Si Linda était tremblante de peur, Tara semblait bien plus à l’aise avec l’idée de commettre une effraction. Elle serra légèrement la main de sa camarade, essayant de la rassurer.
C’était ce qu’elle voulait. L’interdit, cette abstraction que Linda ne connaissait que si peu, ferait oublier à la jolie blonde les horribles mots que son père avait pu prononcer. Tara Gift s’amusait toujours autant dans ses sorties nocturnes mais elle se remémorait encore de ses toutes premières fois, lorsque ses tempes semblaient devoir exploser sous les martèlement du sang dans ses veines.
Elle sourit de plus belle en constatant que son amie connaissait la même sensation. Tous les sens de Linda semblaient être en alerte, ses pupilles brillaient d’avantage dans l’obscurité de la pièce.

Tara sortit une minuscule torche de sa poche, faisant naître un rayon de lumière jaune fendant les ombres de ce qui s’avérait être une cuisine. Le couple s’enfonça dans la maison, sur la pointe des pieds, la lumière vive de la torche longeant rapidement les murs. Tara pointa du doigt la porte d’entrée en éclairant un petit boîtier doté d’un clavier numérique.
-Là, gèle ça aussi, c’est l’alarme.
L’inspiration que prit la demoiselle aux cheveux dorés indiqua que le niveau de stress ne baissait pas. Elle s’approcha du petit boîtier blanc et tendit à nouveau le bras. Eclairés par la torche, ses doigts laissèrent des flots de givre s’abattre sur l’appareil qui finit par être englobé dans un glaçon d’une quarantaine de centimètres de diamètre, hors de service.
Linda regarda son œuvre, ébahie par ce qu’elle faisait, presque en transe. Elle sentit les lèvres de son amie se poser sur sa joue, la sortant de sa rêverie.
- Tu es super, lança Tara en éloignant ses lèvres du visage ahuri de miss Mason.
Le rayon de lumière éclaira le mur du salon, où trônaient deux tableaux de maître et un équipement électronique dernier cri. La petite brune s’empressa d’aller vers un des tableaux, qu’elle décrocha sans difficulté.
- Tara ! Tu ne vas pas voler le tableau ? s’inquiéta Linda.
- On n’a pas fait tout ça pour rien ! Aide-moi à décrocher l’autre.
Linda Mason regarda autour d’elle. A tout moment, les propriétaires ou un policier pouvaient surgir. Le volet ouvert signalait la présence d’intrus ! Le faisceau de la lampe torche était certainement visible de l’extérieur !
Sans aucune logique, la belle adolescente courut aider sa complice à décrocher le second tableau, plus lourd.
Tara Gift saisit à nouveau la main de Linda, la tirant jusqu’à l’escalier menant à l’étage.
- Je sais ce qui va t’amuser, miss bourge !
Elles gravirent les marches deux par deux sans se lâcher la main, juste éclairées par le faible rayon de la torche. La petite brune ouvrit deux portes avant de trouver la chambre des parents. Cette fois, elle alluma carrément la lumière.
- Tu es malade ! Quelqu’un va nous repérer ! chuchota Linda qui ne voulait pas que sa voix n’ajoute à la lumière pour qu’elles finissent en prison à casser des cailloux.
- Chut ! Il est trois heures du mat, personne ne va nous voir…mais dépêche-toi, ça doit se faire vite un cambriolage.
- Parce que tu en as déjà fait ? Et dépêche-toi pour quoi faire ?
Tara ouvrit une petite commode, fouillant à l’intérieur avec une rapidité étonnante.
- Boite à bijoux trouvée ! On prend le tout ! déclara la voleuse en souriant de toutes ses dents à Linda qui n’avait pas bougé.

A peine trois minutes plus tard, Linda portait un sac à dos trouvé sur place, fourré de plusieurs robes de marque et du petit coffret de bois censé contenir la fortune personnelle de la maîtresse de maison.
- Tu ne m’as pas dit, tu as déjà fait ça ? insista Linda entre la panique et l’excitation.
- Tu crois que j’ai eu mes robes où ? répondit la garce brune, fière de sa révélation.
- Tes robes ? Elles sont toutes volées ? continua miss Mason en suivant son amie dans l’escalier.
- Pas toutes non, mais celles que tu as portées, oui, toutes. Et pas mal de chaussures aussi…
Tara tendit la main en arrière, appuyant sa paume entre les seins de son amie, la stoppant net dans sa descente.
- Et les tableaux ? On les vole aussi ? Tu en as d’autres ?
- Je ne crois pas que c’est le moment de parler de ça tu sais…chuchota lentement la fille aux cheveux de jais.
Un aboiement sourd vint interrompre la jeune femme dont la torche éclairait un des deux chiens présents en bas de l’escalier.

Les deux molosses n’avaient pas l’air bien réveillés mais étrangement menaçant dans la faible lumière produite par la lampe de l’adolescente. Ils grognèrent de concert, interdisant aux intruses de continuer à descendre les marches.
- Tu ne plaisantais pas pour les chiens ? lâcha Linda entre ses mâchoires crispées.
- j’avais l’air ? répondit la fille de tête de la même manière, replaçant très lentement son bras le long de son corps.
- Tu nous téléportes ? demanda la petite blonde dont le dos commençait à ruisseler de sueur comme les grognements hargneux ne cessaient pas.
- Je ne vois pas la fenêtre, si je nous téléporte c’est au milieu d’eux deux…
- Et tu as une meilleure idée ?
- je cherche…

Fort heureusement, aucunes des deux bêtes ne semblait vouloir monter l’escalier pour étriper ou déchiqueter les adolescentes paralysées. Les chiens se contentaient de grogner à chaque mouvement, même léger, que pouvaient faire les voleuses en herbe. Si Tara avait mieux étudié les habitudes des occupants de la propriété, elle aurait pu savoir que Luke et Han, les deux gardiens des lieux, avaient interdiction formelle de monter les marches où restaient immobiles les jeunes femmes.
Soudain, les mots de Tara, pourtant prononcés à voix basse, résonnèrent dans la tête de Linda.
- Il va falloir que tu les gèles…
La petite blonde faillit défaillir, sentant ses jambes perdre toute leur force. Elle posa sa main gauche sur l’épaule de Tara pour se maintenir debout, incapable de répondre.
Il s’agissait d’être vivants. Elle avait déjà vu ce que son pouvoir pouvait faire, elle avait faillit tuer la fille qui lui servait d’appui. L’image de Tara en larmes, dans son uniforme en lambeaux et couverte de givre, était encore gravée dans sa mémoire.
Tara posa sa main sur celle de Linda. Malgré le froid des doigts de son amie, elle savait sans même la voir que celle-ci serait horrifiée à l’idée de déverser ses foudres glacées sur des animaux, quand bien même hostiles.
Les doigts des deux jeunes femmes se croisèrent. Tara serra fort, elle-même n’aurait jamais voulu blesser un animal mais il était évident que les deux molosses ne les laisseraient pas monter et s’éclipser par une fenêtre de l’étage. Le moindre pas condamneraient les jeunes femmes, c’était évident aux yeux de Tara.

Les doigts de Linda serrèrent encore d’avantage ceux de son amie alors qu’elle levait lentement son autre bras pour le passer au dessus de l’épaule droite de Tara.
La fille de l’éditeur avait elle aussi réalisé qu’elles étaient face à une impasse.
Son bras se tendit lentement, laissant à Tara le loisir de sentir le courant d’air frais caresser sa joue. La petite blonde ouvrit la main, semblant montrer sa paume aux chiens grondant toujours dans le faisceau de lumière.
Tara pouvait entendre le souffle de son amie dans son dos, court, puissant, trahissant la peur et l’horreur de ce qu’elle allait faire.
Les doigts de Linda s’écartèrent d’un geste. Elle crispa ceux de sa main gauche entre ceux de Tara jusqu’à lui faire mal. Une profonde inspiration précéda le torrent de givre.
Les animaux n’eurent pas le temps de bouger, Sans doute ne comprirent-ils pas ce qui leur arrivait. Tara regarda le pouvoir de son amie déferler sur les chiens, écarquillant les yeux d’horreur et de fascination. Un froid profond envahit l’escalier. L’instant sembla durer une éternité pourtant en moins de trois secondes, Linda avait enfermé les deux chiens dans un impressionnant iceberg.
Refermant ce poing qui avait semé la mort, la belle blonde plongea son regard dans celui de Tara. L’éclat bleuté de ses yeux n’avait jamais été aussi resplendissant. Il se fana aussi vite comme elle sombrait dans l’inconscience. Tara retint la chute de son amie, évanouie.
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Sam 28 Mar - 14:46



Linda Mason ouvrit les yeux sur un plafond inconnu, lentement. Le lit sur lequel elle était allongée était confortable, elle ne portait plus que sa combinaison isotherme sous des draps dont la douceur venait lui caresser le menton.
Elle n’était pas dans sa chambre, ni dans celle d’Arthur. La vision de la jolie blonde s’adapta à la semi-obscurité de la pièce : il s’agissait visiblement d’une chambre. Un hôtel ? Une fenêtre se trouvait à quelques mètres de la literie, on pouvait entendre le bruit de la ville naissante malgré le volet clôt. Les idées de l’adolescente se remirent en place alors qu’elle se redressait sur le lit. Les paroles de son père, si blessantes, le concessionnaire Rolls, la maison, leur cambriolage, les chiens…
La main de la belle blonde vint se placer sur ses lèvres sans même qu’elle en eut conscience. Comment avait-elle pu tuer ces animaux ? Elle avait vu le résultat, les deux molosses emprisonnés dans des blocs de glace, privés d’air. Il n’avaient du survivre que quelques secondes avant de suffoquer et de perdre la vie. Linda chercha son amie du regard dans la pièce, en vain. Elle était seule dans cette petite chambre.

La lumière faible du jour levant filtrait par l’encadrement du volet. La jeune femme ouvrit la porte de la chambre, inquiète de sa solitude entre ces murs. La pièce dans laquelle elle déboucha était plus grande, une sorte de salon à l’ameublement sobre. Il s’agissait d’un appartement manifestement situé en hauteur. La lueur pourtant encore faible de l’aube fit fermer les paupières à la jeune femme, légèrement aveuglée. La main en visière, elle se dirigea vers les ouvertures, regardant la rue cinq ou six étages en contrebas. Le salon ne comportait que peu de meubles : Un canapé en toile beige datant de quelques années, une télévision lui faisant face, une commode décorée, une table ronde et quelques chaises.
Le regard de Linda fut attiré par un coin de la pièce. Un drap blanc couvrait ce qui semblait être une grande caisse. La jeune femme observa un instant la porte qui semblait être la sortie, plus lourde et solide que celle menant à la chambre, et se dirigea, curieuse, vers l’intriguant bout de tissu immaculé.
Ce n’était pas une caisse. La petite blonde souleva tout d’abord un coin du drap puis le tira d’un geste ample, dévoilant un râtelier où étaient rangées plusieurs tableaux. Elle ne comprit pas. Tara était une voleuse d’œuvres d’art ? Comment lui aurait-elle caché ça durant tous ces mois d’amitié ?
Pourtant, elles avaient volé deux toiles durant la nuit. Rapidement, avide de découvrir la vérité, Linda bascula les toiles unes à unes. Elle recula d’un pas lorsqu’elle reconnût une des deux œuvres. Tara avait encore des secrets.

Le claquement de la porte d’entrée fit sursauter la jeune femme aux cheveux d’or. Elle se retourna, l’air froid tournait déjà autour de son poing, prête à envoyer sur quiconque un javelot de glace.
- Hey ! Tu as le réveil agressif, lança Tara en se fendant d’un sourire, sans bouger.
La jeune femme tenait un sac de papier brun. L’odeur du café chaud embauma la pièce presque dans l’instant. Tara s’avança et déposa son sac sur la table, se rendant compte que Linda avait découvert ses toiles.
La fille de l’éditeur resta à regarder son amie, les lèvres entrouvertes comme elle ne savait quoi dire. Elle ne comprenait ni où elle était, ni pourquoi Tara possédait une bonne trentaine de tableaux volés dans un appartement du sixième étage en plein centre ville. La jeune brune ramassa le drap et recouvrit ses toiles avec soin.
- Il faut en prendre soin, c’est fragile.
- Tu as volé tout ça ? demanda Linda.
La jeune femme aux cheveux de jais lui répondit d’un sourire.
- Café ? On en parle après ?
Linda s’apaisa, rassurée par le sourire de son amie. Elle ne comprenait pas encore mais elle n’avait pas à douter de celle qu’elle considérait comme sa sœur.

Les deux adolescentes s’assirent devant les grands cafés fumants, Tara sorti quelques donuts de son sac de papier. Elle semblait particulièrement tranquille malgré le déroulement catastrophique de la soirée. Si Linda avait pu lire dans les pensées, elle aurait compris que son amie adoptait cette attitude pour la rassurer.
- Comment ça va ? demanda Tara qui avait vu son amie s’écrouler quelques heures plus tôt après avoir congelé les chiens de garde.
- Ca peut aller…un peu perdue en me réveillant je dois dire…
La main de Tara se posa délicatement sur celle de la petite blonde. Elle ne la laisserait pas longtemps comme les doigts fins de Linda étaient froids mais ce geste comptait. Elle était aux côtés de Linda, une amie à vie.
- Tous ces tableaux ? Ils sont volés ?
Tara acquiesça, elle voulait quoi qu’il arrive dire la vérité à la blonde adolescente.
- Ca fait quelques années déjà que j’ai commencé ma collection, j’adore la peinture.
- Quelques années ? Pourquoi ne m’as-tu rien dit avant ?
- Tu aurais désapprouvé non ? lâcha Tara avant de prendre une grande gorgée de café.
- Probable oui…
Linda Mason finit par ricaner.
- Et cet appartement ? Où sommes nous ? Tu as tué le propriétaire et tu loges là les week-ends ? continua la petite blonde.
- Non, c’est un cadeau, de mon père.
Linda avala un morceau de donut. Les paroles suivantes de son amie faillirent l’étouffer.
- Mon vrai père en fait, pas celui que tu as déjà vu…

Miss Mason toussa plusieurs fois, obligée de boire une grande gorgée de café pour avaler.
- Tu as été adoptée ? Mais qu’est-ce que je ne sais pas de toi encore ?
Tara la regarda avec un léger air de culpabilité mais la malice n’avait définitivement pas quitté son regard.
- Pas vraiment, ma mère est ma mère naturelle, mon père non…Et ce n’est pas toi qui vas me reprocher de ne pas parler de nos parents si ?
Linda plongea son regard dans les yeux bleus de sa camarade, elle n’avait pas tort. Les deux jeunes femmes parlaient beaucoup, souvent, voire tout le temps, mais quasiment jamais elles n’avaient de conversation sur ceux qui leur avaient donné la vie, et accessoirement leur la rendaient invivable.
Finalement, Tara avoua que son père véritable était un homme marié lorsqu’elle était née. Il n’avait logiquement pas voulu fuir son mariage pour assumer une relation d’un soir et s’était contenté de donner une grosse somme d’argent à sa mère. Celle-ci avait gardé une partie non négligeable de l’argent pour sa fille et s’était à son tour marié quelques années plus tard.
- Viens, je vais te montrer, déclara la jolie brune en se levant de table.
Elle entraîna Linda vers la commode où elle fouilla un tiroir.
- Regarde, c’est lui mon vrai père, dit-elle en montrant une vieille photographie à la petite blonde.
Linda en resta bouche bée.
- Tu plaisantes ! lâcha-t-elle enfin en prenant le cliché en main.
- Non, du tout ! Ca calme hein !
Linda rendit la photographie à sa camarade qui la rangea soigneusement. Elle avait du mal à croire à tout ce qu’elle venait d’apprendre mais Tara ne pouvait pas être mythomane.
- Tu sais que les cours commencent dans une heure ? demanda celle-ci en refermant le tiroir de la commode. Je t’emmène chez toi te changer ?
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Edelweiss - Linda Mason
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MessageSujet: Re: la petite histoire de Linda   Dim 19 Juil - 3:32

Quelques semaines plus tard…

Temper Jones voyait la route défiler au travers du pare-brise maculé des cadavres d’insectes croisés le long de la 52. Le trajet jusqu’à Alexandria n’était que d’un peu plus de deux heures mais le policier ne roulait vraiment pas vite. Il arriverait certainement après le coucher du soleil, s’il arrivait…
Cette fois il avait bu assez pour être saoul.

Le territoire américain était selon la légende propice aux grands voyages, teintés de réflexion et de souvenirs, comme certains réalisateurs aimaient le rappeler environ tous les deux ans d’un bon road movie permettant à un acteur sur le déclin de se refaire la cerise.
Prenant une nouvelle gorgée de sa flasque de whisky, Jones se laissa aller à quelques remontées dans sa mémoire, pas bien éloignées, juste assez pour lui donner envie de reprendre le goulot en bouche.
L’enterrement de Jane avait été somptueux. L’ensemble de la profession avait versé larmes et dollars en son honneur, même Jones. Les Hounds ne firent plus parler d’eux depuis leur rencontre avec le Sabre et les nombreuses interpellations musclées qui suivirent cette soirée moribonde finirent par rendre totalement inexistante leur activité.

Jones, lui, avait été affublé d’un nouveau coéquipier puisqu’il avait refusé de prendre le congé sympathiquement proposé par son supérieur. L’homme était un transfuge de Washington, arrivé dans le Minnesota pour suivre son épouse. Autant dire un ‘’vrai’’ mâle comme Temper les aimait, incapable d’envoyer promener son épouse.
La coopération entre les deux policiers ne dura que neuf jours avant que Jones ne lui brisa l’épaule dans un accès de colère. Une sombre conversation dont le vétéran n’avait plus souvenir mais où son avis devait certainement être le bon…
Cependant, cela serait peut-être passé s’il n’avait pas été convoqué – une nouvelle fois – dans le bureau du capitaine. Pourquoi cet homme ne comprenait-il pas que Jones faisait du meilleur boulot seul ? Lui coller un coéquipier dans les pattes n’aidait personne. L’erreur du capitaine fut d’aborder le cas de Jane.
A vrai dire, Temper Jones ne se souvenait plus vraiment ce que lui avait dit son supérieur au sujet de la jeune femme. Sans doute qu’elle était morte par sa faute, ou qu’elle avait voulu jouer au mercenaire pour lui plaire…En tout cas une chose qu’il n’avait pas à dire.
Le Sabre n’était peut-être pas un héros parfait, encore moins un homme parfait ; mais il respectait les morts, qu’ils le fussent de sa main ou de celle d’un autre.

Le capitaine de la police de Minneapolis n’était pas mort mais cela n’était pas passé loin. Jones ne regrettait même pas de l’avoir molesté dans son bureau. Il s’en était d’ailleurs pris de bonnes par ses collègues. Tous des frustrés qui rêvaient depuis des années de lui bleuir le visage.
Ils ne s’étaient pas gênés.
C’était donc ainsi, le Sabre avait été tout bonnement viré de la police, et ce n’était pas plus mal. Il était quoi qu’il arrive toujours capable d’aller chercher ses renseignements auprès d’indicateurs fiables ou même se servir dans les archives du commissariat sans que ses anciens collègues ne puissent l’apercevoir. Au pire il exploserait quelques rotules à ceux qu’il jugeait comme planqués.
Aucune plainte n’avait été portée contre Jones, tous ayant considérés qu’il était plus fou et déstabilisé par la mort de sa partenaire qu’autre chose.
A présent il roulait dans une Oldsmobile de location pour rejoindre la quiétude familiale.
Aaaah…Ruth…Est-ce qu’elle, il arriverait à ne pas lui en coller une ?

Ruth Pastor, née Jones, cinquante trois ans, trois enfants et trois chats, bonne mère de famille et bonne épouse, était l’aînée.
Plus jeune, Temper la détestait mais il devait reconnaître que le mariage et les arrivées successives des petits avaient considérablement changé son côté garce. Elle restait tout de même difficilement supportable plus de deux jours.
Pourquoi avait-il accepté son invitation ? Pensait-il que, maintenant au chômage, il lui passerait son air supérieur et sa volonté de tout diriger ?
Plus certainement, il avait besoin de fuir Minneapolis. Errer dans les couloirs de son appartement n’aidait en rien. Jones avait fini par se dire que la déprime couvait peut-être plus qu’il ne voulait l’entendre. A un psy trop cher il avait préféré le cocon familial, et quel cocon !

Au moment où l’Oldsmobile passa le panneau marqué Alexandria, l’ancien flic faillit faire demi-tour. Si dans son costume de justicier nocturne il était toujours certain des bonnes décisions à prendre, cette fois il se sentait hésitant. Repensant à la valise bien calée dans son coffre, pleine de ses armes et de sa tenue héroïque, il appuya néanmoins sur l’accélérateur.
Ruth habitait les beaux quartiers, il se souvenait encore du chemin à prendre depuis six ans qu’il n’était pas venu. Il était dix-neuf heures cinquante huit précises.

Il ne restait plus que deux minutes !
Courant à perdre haleine, Linda Mason était en retard. Elle s’était fixée seule cet horaire à respecter et tenait à tous prix à ne pas arriver une seule fois après vingt heures…c'est-à-dire environ une demi-heure avant que ne rentre son éditeur de père.
La jeune collégienne retrouvait également ses capacités à cette heure-ci et si le froid qui commençait à entourer ses membres ne la gênait pas, elle pu également augmenter la cadence. D’aucun aurait trouvé que cette jeune fille en uniforme avait la foulée d’une athlète et ce n’était pas faux. Plus elle grandissait et plus Linda se trouvait forte. Les poids qu’elle pouvait lever et la hauteur à laquelle elle sautait lorsqu’elle laissait son pouvoir en paix était tout simplement prodigieux.

Arrivée devant la grille du manoir, la belle blonde regarda sa montre : vingt heures précises. Heureusement la voiture de John Mason n’était pas dans l’allée. L’adolescente se dirigea en vitesse dans l’immense bâtisse. Elle se changea, laissant son uniforme dans le panier à linge. Qu’arriverait-il si elle devait croiser son père en rentrant dans un tel état un jour ? Il fallait être honnête, ses vêtements sentaient la sueur et le sexe…ce que n’apprécierait à coup sûr pas John. Tout en attachant ses cheveux dans un chignon pratique, Linda se demande si elle voulait être prise sur le fait ? Cela lui ferait quoi, après tout, de dévoiler à son père qu’elle aimait un homme ? de lui dire en face qu’elle faisait l’amour presque tous les jours avant de rentrer chez elle, certains midis entre les cours au lieu d’aller déjeuner et même plusieurs soirs par semaine lorsqu’elle faisait le mur pour rejoindre l’appartement secret de Tara ?
Le bruit de la porte s’ouvrant tira la belle adolescente aux cheveux d’or de sa rêverie. Elle savait ce que ces révélations lui apporteraient : de fulgurantes douleurs sur les joues et des barreaux à ses fenêtres.

Elle se promit de partir un jour, de quitter cette prison et son geôlier pour vivre son amour dans les bras d’Arthur…un jour…
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la petite histoire de Linda

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